vignette|Les Bravi, peinture à l'huile d'Ernest Meissonier, 1852, Collection Wallace.|alt=Deux hommes aux couleurs vives armées d'une épée, l'un regardant au travers du trou d'une serrure
Un tueur à gages est une personne qui assassine d'autres personnes au profit d'un commanditaire pour des raisons matérielles ou financières.
Il est difficile d’identifier un tueur à gages ou de remonter à son commanditaire. La somme d'argent demandée est très variable mais est en moyenne d'une dizaine de milliers de dollars dans les pays anglo-saxons. Le niveau des tueurs à gages est extrêmement variable, allant des purs amateurs ne commettant qu'un seul assassinat aux tueurs méticuleux et rarement attrapés, la plupart utilisant des armes à feu. Les tueurs à gages professionnels peuvent être indépendants ou liés à une organisation criminelle spécialisée dans le meurtre à gages.
Le motif du commanditaire pour engager un tueur à gages varie entre pays mais reste très souvent motivé par l'argent : en Russie et au Brésil, les tueurs à gages sont généralement recrutés par des hommes d'affaires pour éliminer un rival économique, là où dans les pays anglo-saxons on recrute généralement des tueurs à gages pour tuer un membre de sa famille et ainsi toucher une assurance ou un héritage.
Histoire
À la fin du et au début du , les grands propriétaires terriens brésiliens emploient des tueurs à gages pour assassiner des employés et travailleurs ruraux contestataires, et des familles rivales. Le pouvoir économico-politique de ces propriétaires assurent à leurs tueurs à gages une impunité judiciaire totale. À partir de la fin du , le métier de tueur à gages se professionnalise au Brésil, et devient indépendant des propriétaires terriens, se déplaçant en nomade et aidé par des intermédiaires donnant les cibles à abattre, bien que cela ne concerne pas tous les tueurs à gages.
Aux États-Unis, les tueurs mafieux regroupés au sein de « Murder Incorporated » ont commis un millier de meurtres au nom du Syndicat national du crime (National Crime Syndicate) dans les années 1930. Le nombre de meurtres à gages semble augmenter dans le pays mais aussi en Angleterre à partir des années 1960.
Après la chute de l'URSS, la faiblesse du système judiciaire russe et le retour à une économie de marché rendent attractif le métier de tueur à gages dans les années 1990. Ils sont généralement recrutés par des hommes d'affaires par rivalité pécuniaire, et les plus professionnels sont ancrés dans des organisations criminelles spécialisées. Le nombre de tueurs à gages diminue légèrement avec le temps mais reste un problème majeur : en 2003 le procureur général Valentin Stepankov affirme que dans l'année ont été commis par des tueurs à gages. Les tueurs à gages sont très variés, allant des addicts aux drogues aux anciens membres des services secrets.
La démocratisation d'internet permet à certains tueurs à gages de trouver de nouveaux clients ou d'avoir plus facilement accès à des appels d'offres sur le Dark web mais aussi sur l'internet traditionnel.
Criminologie +Synthèse des étudesPaysMode opératoirePrixMobile typique du commanditaireCaractéristiques typiques du tueur à gagesSourceMéthode d'exécution privilégiéeAutreAmateursProfessionnelsArme à feuDommages collatéraux dans 1/4 des cas, pas de disposition de cadavre Rivalité entre hommes d'affaires Litige politiqueAnciens agents des services secrets, affiliés à une organisation criminelle spécialiséeArme à feuEffectué surtout la nuit, en intérieur Presque exclusivement des hommes blancs, en moyenne de , généralement un proche du commanditaireEffectué en extérieur, en zone rurale ou périurbaine, pas de disposition de cadavre Rivalité entre hommes d'affaires Rivalité entre gangsNomades, anciens militaires ou habitués au crime, affiliés à une organisation criminelle spécialiséeArme à feu Éliminer un rival AssuranceArme à feuHéritagePresque exclusivement des hommes, en moyenne de Arme à feuEffectué dans la rue, en zone rurale ou périurbaine, pas de disposition de cadavreRivalité entre hommes d'affairesPresque exclusivement des hommes, en moyenne de , généralement un proche de la victimeDésespérément en manque d'argentNomades, très organisés, anciens militaires ou habitués au crimeArme à feu à Rivalité entre hommes d'affaires Litige politique Rivalité entre gangsArme à feuEmbuscade, pas de disposition de cadavre Assurance HéritagePresque exclusivement des hommes, en moyenne de , généralement un proche du commanditaireDésespérément en manque d'argentExpérimentés dans le meurtre, la médecine légale et le cambriolage à mensuelsRivalité entre gangsArme à feuSous-catégorie des shooters : Tirs en rafale dans la rue à plusieurs, grand nombre de dommages collatérauxSous-catégorie des shooters : Rivalité entre gangsSous-catégorie des shooters : entre 16 et , sans emploi et non scolarisés
Mode opératoire alt=Collection d'armes à feu de profil, allant du petit revolver à la grosse mitrailleuse sur fond blanc|vignette|Les tueurs à gages privilégient les armes à feu comme mode opératoire. Le mode opératoire le plus courant est largement identifié comme l'utilisation d'armes à feu, tout pays confondu. Une étude britannique de 2013 chiffre le mode opératoire par armes à feu à 51,9 %, suivi de l'assassinat au couteau (13,5 %). Une autre étude britannique chiffre de même l'année suivante le mode opératoire à l'arme à feu à 71 %, suivi du roulement de coup (14 %). Une étude de 2018 se basant sur des données mondiales (Yaneva ) chiffrent à 68 % le nombre d'utilisations d'armes à feu.
Une étude russe de 1998 affirme que des dommages collatéraux sont répertoriés dans 23,3 % des cas. Yaneva chiffrent plutôt le nombre de dommages collatéraux à 6 %.
Une étude américaine de 1998 explique que 79 % des meurtres à gages s'effectuent entre et .
Yaneva expliquent que les tueurs à gages agissent en solitaire lors de l'exécution dans 52 % des cas.
Les tueurs à gages ne se débarrassent presque jamais du cadavre de leurs cibles, mais les laissent gésir là où ils les ont tués.
Les meurtres à gages sont commis généralement en zone rurale ou en banlieue. Une étude britannique de 2014 suggère qu'une grande majorité des tueurs à gages ne commettent qu'un seul assassinat, et sont commis dans la rue et non en intérieur ; similairement, une étude britannique de 2016 explique que 59 % des assassinats sont commis en extérieur, et 26 % dans la maison de la victime. Cependant ; une étude américaine de 1998 affirme au contraire que la majorité des meurtres à forfait sont commis majoritairement dans la maison de la cible (63 %) et moins en extérieur (25 %). Yaneva chiffrent plutôt le nombre de meurtres à gages dans la maison de la victime à 35 %, et en extérieur à 38 %. alt=Deux hommes en tenue militaire, celui à gauche pointe quelque chose au loin, et celui juste à sa droite cible vers cette direction avec un fusil mitrailleur|gauche|vignette|Les tueurs à gages professionnels sont fréquemment d'anciens militaires ou agents des services secrets. Surtout à partir de la fin du , les tueurs à gages professionnels sont jugés très méticuleux par les experts, ayant très peu de chance de se faire arrêter car étant des nomades se déplaçant constamment pour minimiser le nombre de traces et leurs liens avec la victime, ce qui pose des problèmes pour les criminologues qui peuvent ainsi difficilement les étudier. Plusieurs études soulèvent que les tueurs à gages professionnels sont très précis dans leurs tirs, ou parviennent à faire passer leurs assassinats pour des morts accidentelles. Ce sont fréquemment, mais pas exclusivement, des personnes anciennement impliquées dans des services militaires ou secrets, et doués aux armes à feu.
Ken Levi, Louis Schesinger, David Wilson et Mohammed Rahman, partant de cas individuels, suggèrent que les tueurs à gages, en particulier ceux professionnels, déshumanisent et dépersonnifient de manière continue leurs victimes pour les réduire à de simples cibles pour rendre leurs tâches plus faciles. À l'inverse, les tueurs à gages ne parvenant pas à déshumaniser leurs cibles finissent déstabilisés, ce qui les pousse à ne pas tuer leurs cibles et augmente la probabilité qu'ils se fassent attraper.
La démocratisation d'internet permet à certains tueurs à gages de trouver de nouveaux clients généralement via le dark web, ce qui permet une moindre prise de risque en minimisant le contact et les informations entre tueurs et commanditaires. La plupart des sites tentent d'assurer une image professionnelle en affichant une expérience militaire ou des liens avec la mafia quoique de manière très vague. La majorité des sites (67 %) proposent en plus de l'assassinat un kidnapping et/ou une torture préalable, à l'inverse, 42 % des offres excluent explicitement certaines pratiques (torture) et/ou types de cible (politiciens, enfants). La majorité des paiements (71 %) s'effectuent en Bitcoin, et/ou s'opèrent entièrement ou partiellement avant le meurtre (75 %), et/ou le calcul du coût est généralement détaillé (79 %). Les journalistes Jean-Michel Décugis, Vincent Gautronneau et Jérémie Pham-Lê expliquent par ailleurs qu'en France la sous-catégorie des est constituée de jeunes tueurs à gages entre 16 et recherchant de manière décentralisée des appels d'offres sur le dark web ou sur les réseaux sociaux comme TikTok.
Dénombrement En 1998, une étude russe affirme que sur l'année 1997, 21 meurtres étaient commandités, mais seuls 5 ont été résolus ; et de manière générale 10 % des meurtres à gages sont résolus.
En 2003, une étude de l'Institut australien de criminologie chiffre à 163 le nombre de meurtres à forfait et tentatives de meurtre à forfait en Australie entre 1989 et 2002, avec une réussite dans 94 des cas.
Les meurtres à forfait représentent généralement un faible pourcentage des meurtres. Par exemple, ils représentaient environ 5 % de tous les meurtres en Écosse, de 1993 à 2002..
Selon Slate, le FBI et la Metropolitan Police enquêtent annuellement sur environ 100 meurtres commis par des tueurs à gages.
Une étude sud-africaine de 2017 explique qu'entre 2000 et 2015, environ sont chaque année des meurtres à gages, ce qui représente 0,35 % de l'ensemble des homicides.
Coût et mobile vignette|Deux types de dynamiques représentées entre le tueur à gages, le commanditaire et la victime.|centré|alt=Deux diagrammes encadrés : à gauche le commanditaire est en liaison avec la victime, la flèche part du tueur vers le commanditaire et une flèche rouge part du tueur vers la victime, à droite il y a une ligne du commanditaire vers le tueur, puis une ligne du tueur vers la victime. alt=Billets de différentes coupures en euro recouvrant le plan|vignette|La moyenne du paiement d'un tueur à gages est d'environ dans les pays anglo-saxons. Une étude russe de 1998 indique que les tueurs à gages sont majoritairement employés par des hommes d'affaires souhaitant supprimer leurs rivaux, mais aussi parfois en cas de litige politique. Le nombre de meurtres à gages augmente ainsi lors de croissance économique, de libéralisation, d'élections, et de changement de direction d'entreprise. Une étude sud-africaine de 2017 explique dans la continuité que les meurtres à gages augmentent dans le contexte de changements politiques ou économiques majeurs d'un pays : 41 % des contrats sont motivés par la rivalité commerciale, 23 % par la rivalité politique, et 23 % par la rivalité entre gangs, avec un prix moyen de à . Une étude mexicaine de 2020 affirme que les meurtres à gages sont surtout liés au narcotrafic, avec un salaire mensuel entre et .
Une étude australienne de 2003 indique que le mobile principal pour engager un tueur à gages est l'élimination d'un rival (19 % des cas), suivi de mobiles financiers (16 %) ; les paiements variant entre et par meurtre, avec une moyenne de .
Une étude britannique de 2013 affirme que le taux de réussite (en moyenne de 71 %) accroît avec le salaire du tueur à gages.