La bande dessinée allemande est la bande dessinée réalisée par des auteurs allemands, et destinée avant traduction aux marchés allemand, suisse et autrichien. Fortement concurrencée dans les pays germaniques par de nombreuses traductions de bandes dessinées de langue française, américaines, japonaises et néerlandaises, elle s'exporte assez peu.

Histoire Avant la Première Guerre mondiale thumb| La naissance de la bande dessinée allemande s'inscrit dans une tradition de diffusions d'images imprimées, les , sorte d'équivalents des images d'Épinal, doublée d'une forte présence de la presse satiriquePour tout ce qui n'est pas spécifiquement sourcé dans ce paragraphe : .. Les premières bandes dessinées sont publiées dans le journal satirique munichois publié par Kaspar Braun et Friedrich Schneider, lesquels éditent également des . Les premiers auteurs sont Wilhelm Busch (dont l'œuvre la plus célèbre est , publiée à partir de 1865), Carl Reinhardt () et Lothar Meggendorfer (). À la fin du siècle, les revues se multiplient : Simplicissimus, ou connaissent un certain succès. Des créateurs émigrés aux États-Unis comme Rudolph Dirks et Lyonel Feininger participent au développement du comic strip.

Parmi ces précurseurs, les œuvres de Wilhelm Busch sont celles qui ont obtenu le plus de succès. Elles ont été rapidement traduites en plusieurs langues, et sont passées dans le patrimoine culturel des pays de langue allemande, où elles demeurent très populaires. Cependant, selon le spécialiste allemand de la bande dessinée Andreas C. Knigge, le succès de ces histoires illustrées a aussi pu freiner en Europe et particulièrement en Allemagne le développement de la bande dessinée « moderne », dont elles sont encore assez éloignées. C'est ainsi que les premiers traducteurs de bandes dessinées américaines ont supprimé les bulles dont l'usage s'était généralisé aux États-Unis pour leur donner une forme plus semblable à celle des histoires illustrées classiques.

Dans l'entre-deux-guerres : un timide renouveau sous influence américaine, coup d'arrêt nazi Dans les années 1920, les magazines publicitaires promeuvent la bande dessinée. À la fin des années 1920, les bandes dessinées nord-américaines commencent à percer sur le marché allemand. En 1930, crée dans , premier strip à bulles allemand. L'arrivée au pouvoir des nazis en 1933 met provisoirement fin à cet essor : le régime considère la bande dessinée comme une pratique d'origine étrangère sans intérêt dont il convient de limiter l'influence en Allemagne.. Le strip essentiellement muet d'e.o.plauen constitue une exception. Publiée à partir de dans la , cette série devient la première bande dessinée vraiment populaire depuis celles de Wilhelm Busch. Elle constitue une étape importante de l'histoire de la bande dessinée allemande, car son dynamisme .

Après l'arrêt de , le même journal remplace le strip par , de Ferdinand Barlog. Durant la Seconde Guerre mondiale, la publication de bandes dessinées cesse plus ou moins, notamment en raison des pénuries de papier. Elle renaît tardivement après l'armistice, suivant alors une évolution différenciée selon l'occupant.

Après la guerre : la domination de la bande dessinée enfantine En RFA En RFA, la bande dessinée qui renaît n'est plus guère destinée qu'aux enfants, sur le modèle américain : des influencés par les publications apportés par les GIs sont créés. En 1950, Manfred Schmidt crée Nick Knatterton dans Quick ; à l'origine parodie de bandes dessinées américaines, cette série policière connaît un très grand succès et est rapidement adaptée au cinéma. En 1951, crée Mecki dans . En 1953 le rédacteur en chef du magazine , Henri Nannen, décide de créer un supplément jeunesse, faisant la part belle à la bande dessinée : de et Taró de F. W. Richter-Johnsen et en sont les séries phares. À partir de 1953, le prolifique Hansrudi Wäscher crée de nombreuses séries de bande dessinée d'aventure qui obtiennent un grand succès : Sigurd (chevalerie), Tibor (un tarzanide), (science-fiction)

C'est également en 1953 que Rolf Kauka lance , les aventures de deux renards dans un monde anthropomorphe d'inspiration disneysienne. Il crée un studio qui devient le principal pourvoyeur de bande dessinée enfantine populaire du pays, avec notamment et Mischa. En 1958, Bessy, création de Willy Vandersteen et Karel Verschuere commence à être traduite ; c'est également un grand succès.

À la suite de la création d'un Office fédéral de contrôle des médias dangereux pour la jeunesse en 1954, la bande dessinée allemande tend à s'auto-censurer. Il faut attendre la traduction, au milieu des années 1960, des albums Losfeld et des comics underground (dans ) pour qu'émerge une bande dessinée adulte en Allemagne de l'Ouest : d'Alfred von Meyserburg est la première série du type, en 1968. Les supports de publications alternatifs se créent, comme Pardon (Chlodwig Poth, F. K. Waechter, etc.), Hinz und Kunz, Zomix qui permettent l'émergence d'une nouvelle scène, autour de Rötger Feldmann, alias Brösel, qui en 1981 crée Werner, qui devient « un véritable phénomène de société », Franziska Becker (), Ralf König (pionnier de la bande dessinée humoristique homosexuelle), Matthias Schultheiss (dont l'adaptation des Contes de la folie ordinaire de Charles Bukowski est un succès) et Gerhard Seyfried (plus underground).

La bande dessinée jeunesse évolue également. En 1972, le groupe Springer lance Zack, où Turi et Tolk (Turi und Tolk) de Dieter Kalenbach parvient vite au succès. L'hebdomadaire publie également des auteurs français, belges ou néerlandais, comme Hermann, Jean Graton ou Jean Giraud. Ehapa publie quant à lui Astérix.

Les revues pour la jeunesse en RDA En RDA, hormis quelques publiés dans les journaux, la majeure partie de la production est également destinée à la jeunesse. Celle-ci s'organise autour de deux mensuels à bas coût, tous deux créés en 1955, qui ont un précurseur en (puis en 1965), dont le premier numéro sort le ; publication du mouvement de jeunesse communiste des moins de 14 ans, il n'est pas exclusivement consacré à la bande dessinée, et la propagande y est assez présente, rendant difficile la création d'œuvres de qualité. Son prix est de 20 Pfennige jusqu'en 1990, stabilité liée à l'idéologie du journal.

Le apparaît , son successeur logique puisqu'il est publié par la société , l'éditeur de la Jeunesse libre allemande, mouvement de jeunesse des 14-25 ans. Un peu moins politisé que son prédécesseur, il propose également plus de bande dessinée. La plus célèbre d'entre elles est de Jürgen Kieser, qui, sur le modèle de , conte les aventures de deux souris évoluant dans un univers anthropomorphes. Son tirage va de (1960) à exemplaires (1989) et son prix reste également stable à 20 Pfennige jusqu'en 1990.

Le de la même année paraît aux éditions le premier numéro de Mosaik, conformément au désir d'Hannes Hegen de créer une revue de bande dessinée.. La série phare est (connue également sous le nom des ). Lorsque le trimestriel devient mensuel en , Hegen est entouré d'une équipe appelée le . La revue connaît un grand succès, d'autant plus qu'elle est orientée vers le divertissement pur : la bande dessinée est omniprésente et, comme dans les petits formats, de longues aventures sont offertes chaque mois aux lecteurs. Dès 1962, une édition finlandaise est lancée. En 1975, à la suite du départ d'Hegen et de ses personnages, l'éditeur lance les (), création de Lothar Dräger et Lona Rietschel. De nombreuses éditions en langue étrangère existent alors, mais elles rencontrent généralement assez peu de succès.

Ces revues restent jusqu'à la fin de la RDA les trois fers de lance de la bande dessinée enfantine, même dans les années 1980 lorsqu'un certain renouveau se fait sentir. Les revues pour la jeunesse est-allemande d'origine étatique ne survivent cependant pas à la réunification : et disparaissent en .

La bande dessinée allemande depuis la réunification Si la bande dessinée pour enfants reste peu innovante, et largement tributaires des traductions, la création allemande s'est fortement diversifiée depuis la fin des années 1980, autour de revues comme , ou (revue suisse) et d'éditeurs alternatifs comme , et d'auteurs comme , , Walter Moers, Frans Stummer, Guido Sieber, Frida Bünzli, Hendrik Dorgathen, Haimo Kinzler, Isabel Kreitz, Martin Frei, Ralf Schlüter, Thomas von Kummant, Dieter Jüdt, Max Baitinger, Jennifer Daniel, Martin tom Dieck, Anke Feuchtenberger, Flix, Sascha Hommer, Ulf K., Reinhard Kleist, Ralf König, Ulli Lust, Mawil, Mikaël Ross, Olivia Vieweg, Patrick Wirbeleit, Barbara Yelin etc.

Les revues pour la jeunesse arrivent à se maintenir à des niveaux de vente viables : diffuse en 2010 à environ exemplaires chaque mois (environ en 1993) et Simpson Comics Selon PZ, l'équivalent allemand de l'Alliance pour les chiffres de la presse et des médias..

En Allemagne, le marché de la bande dessinée est moins développée que dans l'Europe francophone ou en Italie, et concerne environ 3 % des impressions. Les principaux éditeurs de bande dessinée allemande sont Schwarzer Turm, Weissblech Comics, Gringo Comics et Zwerchfell. Panini Comics publie les bande dessinées de Marvel et DC Comics. Carlsen Comics, Ehapa, publient des bandes dessinées françaises et japonaises.

Notes et références

Annexes Documentation Ouvrages

, annuel, depuis 200

Articles

Textes d'exposition Matthias Schultheiss, Germaniaques : la génération BD allemande, SIBD, 1993 Goethe-Institut de Nancy, « La bande dessinée allemande », 2006

Internet Orlando, Atze, Mosaik Goethe-Institut, German-language comics, 2009

Liens externes Deutscher Comic Guide, base de données des publications de bande dessinée en langue allemande