Shahab-ud-din Muhammad Khurram, plus connu sous son nom de règne Shâh Jahân (ou Chah Djahan ; « roi du monde »), né le à Lahore (Empire moghol) et mort le au Fort d'Agra à Agra (Empire moghol), est le cinquième empereur moghol. Son règne s'étend du au .

Shâh Jahân était généralement considéré comme le plus compétent des quatre fils de l'empereur Jahângîr et après la mort de Jahângîr à la fin de l'année 1627, lorsque la guerre de succession éclata, Shâh Jahân en sortit victorieux. Il met à mort tous ses rivaux pour le trône et est couronné empereur en à Agra sous le nom de règne « Shâh Jahân » (qui lui a été donné à l'origine comme titre princier).

Bien qu'il soit un militaire compétent, Shâh Jahân est plus célèbre pour ses réalisations architecturales. La période de son règne est généralement considérée comme l'âge d'or de l'architecture moghole. Shâh Jahân commanda la construction de nombreux monuments, dont le plus connu est le Taj Mahal à Agra, mausolée où il repose à côté de son épouse bien-aimée Mumtaz Mahal.

En , Shâh Jahân tomba gravement malade, ce qui déclencha une guerre de succession entre ses quatre fils, de laquelle son troisième fils Aurangzeb, sortit victorieux. Shâh Jahân se remit de sa maladie, mais Aurangzeb l'assigna en résidence surveillée au Fort d'Agra de jusqu'à sa mort en .

Le , Aurangzeb se couronna empereur en prenant le titre d'Alamgir (« conquérant du monde »).

L'empire moghol a atteint l'apogée de sa gloire sous le règne de Shâh Jahân et il est largement considéré comme l'un de ses plus grands souverains.

Jeunesse Naissance Shahab-ud-din Muhammad Khurram né le à Lahore, au Pendjab (province actuelle du Pakistan) était le troisième fils du prince Salim (plus tard connu sous le nom de « Jahângîr » au moment de son accession au trône. Sa mère était une princesse Rajput de Mârvar appelée la princesse Jagat Gosaini (son nom officiel dans les chroniques moghole étant Bilqis Makani). Le nom Khurram (« joyeux ») a été choisi pour le jeune prince par son grand-père, l'empereur Akbar, avec qui le jeune prince était très lié.

Juste avant la naissance de Khurram, un devin aurait prédit à l'impératrice Ruqaiya Begum, la première épouse d'Akbar qui était sans enfant, que l'enfant encore à naître était destiné à la grandeur impériale.

Ainsi, alors que Khurram n'avait que six jours, Akbar ordonna que le prince soit enlevé à sa mère et remis à Ruqaiya pour qu'il puisse grandir sous sa garde. Akbar réalisa ainsi le souhait de son épouse d'élever un empereur moghol. Ruqaiya a parfaitement assumé la responsabilité principale de l'éducation de Khurram et il est resté avec elle jusqu'à ce qu'il ait presque . Khurram et sa grand-mère partageaient une relation étroite comme Jahângîr l'a noté dans ses mémoires : Ruqaiya avait aimé son petit-fils Khurram .

Après la mort d'Akbar en 1605, le jeune prince fut autorisé à retourner dans la maison de son père et donc à retrouver sa mère biologique.

Éducation Enfant, Khurram a reçu une éducation générale correspondant à son statut de prince moghol, qui comprenait la formation militaire et une grande variété de disciplines artistiques, telles que la poésie persane et la musique hindoustanie, dont la plupart ont été inculqués, selon des chroniqueurs de la cour, par Akbar et Ruqaiya.

En 1605, alors qu'Akbar était sur son lit de mort, Khurram, qui était alors âgé de Qazvini, Asad Beg; l'historien de l'ère moghale, est resté à son chevet et a refusé d'en partir même après que sa mère ait essayé de le récupérer. Compte tenu de l'incertitude politique qui a précédé immédiatement la mort d'Akbar, Khurram était en danger du fait des oppositions politiques à son père Jahângîr. Selon un chroniqueur, .

La rébellion de Khusrû En 1605, son père succède au trône, après avoir écrasé une rébellion du prince Khusrû demi-frère de Khurram. Khurram reste alors éloigné de la politique et des intrigues immédiatement après l'événement, ce qui semble être une volonté délibérée de la part de JahângîrJahangir, Tuzk-e-Jahangiri; The Emperor's memoirs. En tant que troisième fils, Khurram ne conteste pas les blocs de pouvoir en présence, celui de son père et celui de son demi-frère, les deux grandes puissances de l'époque dans la région. Khurram était sûr de lui …

En raison de la longue période de tension entre son père et son demi-frère, Khurram a commencé à se rapprocher de son père et, avec le temps, a commencé à être considéré comme l'héritier de facto par les chroniqueurs de la cour. Ce statut a été officiellement sanctionné lorsque Jahângîr a accordé à Khurram, en 1608, la suzeraineté de la ville d'Hisar, qui était traditionnellement le fief de l'héritier-présomptif.

En 1608, l'attribution du sarkar de Hissar Firoz proclama donc au monde que Khurram était destiné au trône.

Nûr Jahân Nûr Jahân (« lumière du monde ») était une jeune veuve intelligente et belle avec une excellente éducation appartenant au harem. Elle fait la conquête de Jahângîr qui l'épouse en 1611. Elle devint un acteur majeur du gouvernement, assisté par Khurram, au fur et à mesure que Jahângîr sombrait dans les plaisirs du vin et de l'opium. Des pièces de monnaie frappées à son nom ainsi qu'à celui de Jahângîr atteste sa puissance politique. Ses proches parents acquirent dès lors des positions importantes dans la cour moghole, formant ce qui a été appelé la junte Nur Jahan par les historiens.

Mais, lorsque , le frère de Khurram, épouse Ladlî fille de Nû Jahân et de son premier époux, Khurram craint d'être écarté du trône et prend l'initiative de se révolter contre son père et sa belle-mère en 1626. Vainqueur en 1627, il monte enfin sur le trône de l'empire moghol et écarte définitivement Nûr Jahân du pouvoir.

Mariages vignette|Shâh Jahân et Mumtaz Mahal. Kandahari begum Shâh Jahân a en premier lieu épousé, le à Agra, la princesse Kandahari Begum, fille d'un arrière-petit-fils d'Ismaïl Shah de Perse, avec qui il a eu une fille, son premier enfant. À ce moment, il était déjà fiancé avec Mumtaz Mahal.

Mumtaz Mahal En 1607, Khurram s'est fiancé à Arjumand Bânu Begam, également connu sous le nom de Mumtaz Mahal (en , « l'élue du Palais »). Ils se sont rencontrés dans leur jeunesse et ils avaient environ 14 et 15 ans quand ils se sont fiancés. Cinq ans plus tard ils se sont mariés. La jeune fille appartenait à une famille noble persane illustre qui servait les empereurs moghols depuis le règne d'Akbar.

Le patriarche de la famille était Mîrzâ Ghiyâs Beg, également connu sous le nom de Itimad-ud-Daula (« pilier de l’État »). Il avait été le ministre des finances de Jahângîr et son fils, Asaf Khan jouait un rôle important à la cour où il finit par occuper le poste de premier ministre. La tante de la mariée, l'impératrice Nûr Jahân, aurait joué le rôle de marieuse.

Le prince dut attendre cinq ans avant d'être marié en 1612, à une date choisie par les astrologues de la cour comme la plus propice à un mariage heureux. C'était un engagement inhabituellement long pour l'époque. vignette|gauche|redresse|Shâh Jahân, accompagné par ses 3 fils devant leur grand-père maternel Mîrzâ Ghiyâs Beg. Sur le plan politique, les fiançailles ont permis à Khurram d'être considéré comme officiellement entré dans sa majorité ce qui lui a permis de recevoir plusieurs suzeraineté, d'avoir un rang militaire et d'assumer des fonctions officielles dans l'État, étape importante dans l'établissement de sa propre revendication au trône.

Le mariage fût très heureux et Khurram resta voué à Mumtaz Mahal jusqu'à sa mort. Elle lui donna quatorze enfants, dont sept survécurent jusqu'à l'âge adulte.

Outre le véritable amour entre les deux époux, Arjumand Banû Begum qui était une femme politiquement astucieuse a souvent été une conseillère importante et une confidente de son mari. vignette|Le Taj Mahal par Edwin Lord Weeks - Walters Art Museum - Baltimore - États-Unis.

Mumtaz Mahal mourut à l'âge de () en donnant naissance à à Burhanpur.

Les historiens contemporains notèrent que la princesse Jahanara, âgée de , était si affligée par la douleur de sa mère pendant cet ultime accouchement qu'elle commença à distribuer des pierres précieuses aux pauvres, espérant une intervention divine. Shâh Jahân fut considéré comme étant « paralysé par le chagrin » et les crises de larmespg. 177 Nicolls, Fergus ; Shâh Jahân..

Le corps de l'impératrice fût d'abord enterré temporairement dans un jardin d'agrément fortifié connu sous le nom de Zainabad. Sa mort a eu un profond impact sur la personnalité de Shâh Jahân et lui a inspiré la construction du Taj Mahal où elle a été définitivement inhumée par la suite.

Autres épouses Ultérieurement Khurram prit pour épouses Akbarabadi Mahal (Izz-un-Nissa) et Fatehpuri Mahal, mais d'après les chroniqueurs de la cour, ses relations avec celles-ci étaient davantage fondées sur des considérations politiques et elles ne jouissaient que du statut d'épouses royalesAsad Beg Qazvani; Mughal era historian.

Le militaire Le prince Khurram a fait preuve d'un talent militaire affirmé. La première occasion pour Khurram de tester ses prouesses militaires a été pendant la campagne des Moghols contre l'état rajput de Mewar, qui était hostile aux Moghols depuis le règne d'Akbar. En 1614, commandant une armée d'environ , Khurram commence son offensive contre le royaume rajput. Après une année de combats, le maharana Amar Singh II vaincu se rend aux forces moghols et son royaume devient un état vassal de l'Empire moghol.

En 1617, Khurram reçoit l'ordre de traiter avec des tribus Pachtounes afin de sécuriser les frontières méridionales de l'Empire et de rétablir le contrôle impérial sur la région. C'est à ce moment que ses succès dans ces conflits décide Jahângîr à lui accorder le titre de Shâh Jahân, à élever son rang militaire et à lui permettre de siéger sur un trône spécial dans son Darbâr, un honneur sans précédent pour un prince qui consolidae ainsi son statut de prince héritier.

Le prince rebelle vignette|gauche|Shâh Jahân sur son cheval (dans sa jeunesse). L'héritage du pouvoir et de la richesse dans l'empire moghol n'étant pas déterminé par des règles comme la primogéniture, les fils princiers s'affrontaient pour obtenir des succès militaires et consolider leur pouvoir à la cour. Cela a souvent entraîné des rébellions et des guerres de succession. En conséquence, un climat politique complexe a entouré la cour moghole dans les années de formation de Khurram.

En 1611, son père épouse Nûr Jahân qui exerce rapidement une influence considérable à la cour avec son frère Asaf Khan. Or, Mumtaz Mahal était la fille d'Asaf Khan et son mariage avec Khurram consolide les positions de celui-ci et de Nûr Jahân à la cour. Les intrigues de la cour et la décision de Nûr Jahân de marier sa fille issue de son premier mariage avec le plus jeune frère du prince Khurram, Shahryar et le soutien à la revendication du trône par ce dernier entraînent de nombreuses divisions internes. Khurram qui n'appréciait pas l'influence de Nûr Jahân sur son père, était en outre furieux d'avoir à jouer les second rôle après Shahryar le préféré.

Lorsque les Perses assiègent Kandahar, Nûr Jahân était de fait à la tête des affaires. Elle ordonne au prince Khurram de marcher sur Kandahar, mais il refuse craignant qu'en son absence, Nûr Jahân tente d'empoisonner son père Jahângîr ou le convainque de nommer Shahryar comme héritier du trône à sa place. Cette crainte amène le prince Khurram à se révolter contre son père plutôt qu' à se battre contre les Perses.

En 1622, Khurram lève une armée avec l'appui du général Mahâbat Khân et ils marchent contre l'empereur et l'impératrice. Il est vaincu à Bilochpur en et se réfugie au Mewar à Udaipur auprès du Maharana Karan Singh. D'abord logé à Delwada Ki Haveli, il est déplacé au palais Jag Mandir à sa demande. En gage d'amitié, le prince Khurram échange alors son turban avec celui de son hôte et ce turban est toujours conservé au musée du Pratap à Udaipur.