Régis Debray, né le à Paris, est un écrivain, philosophe, militant révolutionnaire et haut fonctionnaire français.

Engagé aux côtés de Che Guevara dans les années 1960, il est emprisonné et torturé à plusieurs reprises en Amérique du Sud et il a été accusé d'avoir révélé la cachette de Che Guevara. Il devient par la suite un écrivain prolifique. Dans le domaine des sciences de l'information, il crée et développe le domaine de la médiologie et fonde la revue MédiuM. Il est fondateur en 2002 de l'Institut d'étude des religions et de la laïcité, une chaire universitaire française publique sur « l'enseignement du fait religieux dans l'école laïque ». Il a été membre de l'académie Goncourt entre 2011 et 2015.

Biographie Enfance Régis Jules Debray. est le fils de Georges Debray, avocat au barreau de Paris, ancien membre du conseil de l'Ordre des avocats et secrétaire de la Conférence des avocats du barreau de Paris., et de Janine Alexandre-Debray, avocate et femme politique..

Études Élève au lycée Janson-de-Sailly dans le de Paris, il a pour premier « passeur » vers la philosophie Jacques Muglioni qu'il décrit comme un « hussard noir de la grande époque » ne commentant jamais l'actualité.. Il est reçu premier au concours d'entrée à l'École normale supérieure (Lettres) en 1960 puis passe l'agrégation de philosophie en 1965, tout en militant à l'Union des étudiants communistes. Il étudie à la faculté des lettres de Paris. En 1965, il est nommé professeur de français au lycée Henri-Poincaré de Nancy, qu'il quitte après quelques mois d'enseignement.

Avec Che Guevara vignette|upright=1.3|Régis Debray en 1970. La même année, il part à Cuba puis suit Che Guevara en Bolivie. Il théorise sa participation à la guérilla de Ñancahuazú dans Révolution dans la révolution (1967) où il développe la théorie du foquisme de « foco » (foyer en espagnol) : la multiplication de foyers de guérillaPierre Lepape, Les Révolutions du , coll. « Le point de la question », SGPP, 1970, et sq., « Debray : le castrisme théorisé ».. Ion Mihai Pacepa, ancien général des services secrets roumains, dit qu'alors le « terroriste français Régis Debray était un agent hautement prisé du KGB »Ion Mihai Pacepa et R. Richlak, Disinformation, WND Books, Washington, 2013, ch. 12.. Il use alors du pseudonyme de « Danton »Charles Jaigu, « Régis Debray, professionnel du désenchantement », Le Figaro Magazine, semaine du 21 octobre 2016, ..

La guérilla de Ñancahuazú est un rapide fiasco aggravé le , lorsque Régis Debray et Ciro Bustos, un artiste-peintre citadin, sont capturés car ils étaient censés aller prévenir des amis de la situation désespérée du Che. Tous deux sont torturés en prison par les forces gouvernementales et par des agents de la Central Intelligence Agency (CIA). Irénée Guimarães sera aussi, à cette occasion, arrêté avec eux par la police militaire bolivienne. Les preuves d'un accord de Debray avec la CIA pour "parler" et donc donner le Che, contre l'arrêt des tortures et la promesse d'une peine légère, ont été découvertes Pacho O'Donnell, Che, la vida por un mundo mejor, Random House Mandatori, 2003, .avec d'autres pièces qui prouvent que des informations et des portraits dessinés par Ciro Bustos, des "portraits-robots" au crayon du groupe de Che Guevara dans la montagne, ont bien été donnés en échange d'un traitement de faveur, pour l'identification du Che et de son groupe de guérilleros dans la montagne.

Montrées chez lui à Henri de Turenne, le réalisateur, par Ciro Bustos lui-même, il les révèle au grand public dans un film documentaire sur les derniers jours du Che, confirmant que ce sont bien ces renseignements obtenus par l'armée bolivienne lors de leurs interrogatoires respectifs, qui ont permis de débusquer et de cerner le Che dans le ravin par où le groupe tentait de s'échapper puis de le maîtriser au terme d'une fusillade.

Ces informations orales, écrites et graphiques, données à la police militaire bolivienne par Régis Debray et Ciro Bustos, ont mené les quatre brigades de l'armée bolivienne qui le traquaient, à identifier, tracer et intercepter le groupe de guérilleros.

Arrestation et prison en Bolivie Selon Jorge Castañeda Gutman, Debray est passé à tabac les premiers jours de sa détention, mais jamais torturé au sens propre. Personne à aucun moment n’a touché un cheveu de Ciro BustosJorge Castañeda, Compañero, .Pierre Kalfon, Che, Le Seuil, .Régis Debray, Loués soient nos Seigneurs, Gallimard, 1996, .. C’est au bout de trois semaines, après avoir sciemment parlé dans le vide de façon à ne livrer aucune information concrètePréface de François Maspero au Journal de Bolivie de Che Guevara, La Découverte, 1995, ., que Debray admet les évidences, à savoir la présence du Che, déjà reconnue par Bustos, les déserteurs et le guérillero Vasquez Viana, arrêté le et victime d’un subterfuge. Même après la rupture politique de Debray avec le régime cubain, Manuel Piñeiro, le chef des services secrets cubains, reconnaît que ce dernier n’a fait que Luís Suarez Salazar, Barbarroja, Selección de testimonios y discursos del Comandante Manuel Piñeiro Losada, La Havane, Ediciones Tricontinental, 1999, et 120.. Quant à Fidel Castro, qui avait déjà évoqué « l’attitude ferme et courageuse » de Debray dans sa préface au Journal du Che (1968), il répète dans sa Biographie à deux voixIgnacio Ramonet, Fidel Castro, biographie à deux voix, Fayard, 2007 pour la traduction française (de l'espagnol), et 276. l’avoir envoyé lui-même en mission en Bolivie, et ne lui fait reproche de rien. Debray a lui-même, dans sa Déclaration devant le Conseil de GuerreRégis Debray, Déclaration devant le conseil de guerre, Camiri, Bolivia, Instituto del Libro, La Havane, 1968 (voir la de couverture) et Maspero, 1968., révélé et stigmatisé la présence de la CIA dans ses interrogatoires et les propositions qui lui furent faites de se renier en échange d’une libération « rapide et discrète »« Le procès Régis Debray », Les Cahiers libres, , Maspero, 1968, . (Voir la de couverture.).

Selon Jean Lartéguy, Debray manqua de peu d’être victime d'une exécution extrajudiciaire : des camarades des trois officiers morts devaient venir, avec l'accord des gardiens, pour l'abattre ; la garde fut changée, et le projet éventé. Le lendemain, un tueur déguisé en policier chargé de l’enquête fut arrêté aux portes de la prison. Enfin, au cours du transfert entre et Camiri, il devait être « abattu en tentant de s'échapper » ; il fut finalement transporté par hélicoptère.

Selon Aleida Guevara, il aurait livré des informations-clés permettant d'éliminer le CheAleida Guevara, l'un des cinq enfants d'Ernesto Che Guevara, avait affirmé dans une déclaration au quotidien argentin Clarin, que Régis Debray est directement à l'origine de la mort de son père pour avoir « parlé plus que nécessaire ». Debray s'était refusé à commenter cette accusation : , estimant qu'il n'avait pas à revenir sur ces épisodes de la guérilla bolivienne . Cette imputation, intervenue après la rupture politique de Debray avec le régime cubain en 1989 (alors qu'a lieu le procès du général Ochoa et que s'ensuit l'exécution de son ami , qu'il condamne), n'a jamais été reprise par Fidel Castro, et même démentie par le chef des services secrets cubains, Manuel PiñeiroIgnacio Ramonet, , , 484-486.Manuel Barbarroja Piñeiro, Che Guevara and the Latin American Revolution, Ocean Press, Melbourne/New York, 2001, . Version espagnole : Barbarroja : Seleccion de testimonios y discursos del Comandante Manuel Piñeiro Losada, Ediciones Tricontinental, La Havane, 1999, : « No seria etico de mi parte, sin elementos probatorios, responsabilizar a Debray con la localizacion de la guerrilla, ni mucho menos con la muerte del Che. », ainsi que par François MasperoMaspero, « Regis Debray, admirable en Bolivie », Libération, 3 février 2001., Pierre Clostermann, compagnon de la Libération, après une entrevue avec le général ParrientosEntretien de Pierre Clostermann avec Rémi Kauffer pour Historia , janvier 1998, et aussi L'Histoire vécue : un demi-siècle de secrets d'État, : « Les Américains avaient mis un tel paquet pour localiser le Che qu'ils disposaient d'une foule de renseignements. Debray a peut-être été imprudent, mais il n'a pas parlé. », l'investigateur cubain Froilán GonzálezAdys Cupull et Froilán González, La CIA contre le Che, éditions EPO, 1993, . et par Régis Debray lui-même.

Régis Debray sera condamné le à la peine maximale de trente ans d'emprisonnement militaire, échappant à la peine capitale. S'ensuivra une campagne internationale en sa faveur lancée par Jean-Paul Sartre ; il sera libéré au bout de trois ans et huit mois d'incarcération, le ., grâce à un général modéré de la junte militaire au pouvoir en Bolivie. Laurence Debray écrit qu'un attaché militaire bolivien fut nommé à Paris afin de négocier secrètement un accord de fourniture d'équipement militaire en échange de la liberté de Debray..

Libre en Amérique du Sud À sa libération, il séjourne au Chili et rencontre Salvador Allende et Pablo Neruda. De la rencontre avec Salvador Allende émergeront le livre Entretiens avec Allende sur la situation au Chili, ainsi qu'un entretien vidéo : Ce que disait AllendeDont un extrait est disponible sur le site de Régis Debray.. Il travaille fin 1972 avec Serge et Beate Klarsfeld afin de les aider à organiser l'enlèvement du responsable nazi Klaus Barbie, devenu fonctionnaire en Bolivie, et d’obtenir son jugement en France. L'opération échoue en raison d'un incident technique, et parce que Barbie est emprisonné temporairement à la Paz. Dix ans plus tard en 1982 Debray convaincra Mitterrand de procéder à l'extradition de Barbie, alors que la dictature bolivienne était tombée. Il rentre en France en 1973. Ciro Bustos vit quant à lui en exil en Suède.

En 1975, il intervient pour défendre son ami Pierre Goldman dans son procès. Il publie un livre, « Nos rendez-vous manqués (Pour Pierre Goldman) », qui est un hommage à une génération de militants.

En 1979, son tiers-mondisme revenant à la charge, il participe — essentiellement en tant qu'observateur — à la révolution sandiniste aux côtés des muchachos du Nicaragua aux côtés de Daniel Ortega et Humberto Ortega, qui considèrent le proche de Castro comme un ami. Un crochet par Paris lui fait manquer le renversement du dictateur Somoza en placeRégis Debray, Les masques, Folio, 1992, .

Retour en France De 1981 à 1985, il est chargé de mission pour les relations internationales auprès du président de la République François Mitterrand. Le , une explosion détruit son appartement, vide à ce moment-là ; cet attentat aurait été commis par de mystérieuses « Brigades révolutionnaires françaises » qui avaient revendiqué l'enlèvement de Jean-Edern Hallier, quelques mois plus tôt, le .. Régis Debray est ensuite nommé secrétaire général du Conseil du Pacifique Sud, et enfin maître des requêtes au Conseil d’État puis mis en disponibilité sans traitement en 1988. Il démissionne en 1992.

En 1991, il participe à la fondation du Comité Laïcité République.. La même année, il est responsable culturel du Pavillon français à l’exposition universelle de Séville. En 1993, il présente une thèse de doctorat. à Paris-I, intitulée « Vie et mort de l’image. Une histoire du regard en Occident », sous la direction de François Dagognet ; il obtient, en 1994, son habilitation à diriger des recherchesSur travaux, jury présidé par M. Bourgeois, en Sorbonne..

Il analyse alors l'impact des médias et de la communication, et fonde, en 1996, les Cahiers de médiologie qui deviennent, en 2005, la revue Médium. Transmettre pour innover.

En 1998, il est directeur de programme au Collège international de philosophie (avec François Dagognet) et anime un séminaire sur « Technique et Philosophie »). Il devient président du Conseil scientifique de l'École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques (ENSSIB).