Friedrich Karl Christian Ludwig Büchner était un philosophe et naturaliste hessois, né à Darmstadt le , mort dans cette même ville le .
Il était le troisième fils de Louise Caroline Reuss (1791-1858) et d' (1786-1861), ancien médecin militaire dans l'armée napoléonienne, médecin à Goddelau. Son neveu Ernst Büchner (1850-1924), fut un chimiste industriel et l'inventeur d'outils scientifiques comme l'entonnoir Büchner. Les parents de Ludwig Büchner éduquèrent leurs six enfants dans un monde de sciences, de culture et d'art : Georg Büchner (1813-1837), médecin, poète, écrivain, révolutionnaire et scientifique ; Mathilde Büchner (1815-1888) ; (1817-1892), homme politique ; Luise Büchner (1821-1877), écrivain et féministe ; Ludwig Büchner (1824-1899), médecin dont les travaux philosophiques marqueront l'histoire du matérialisme de ce siècle ; Alexander Büchner (1827-1904), écrivain et professeur de littérature.
Biographie En 1843, il se rendit à l'université de Gießen, où il étudia tout d'abord la philosophie, puis se tourna vers la médecine pour satisfaire au vœu de sa famille. Il alla aussi suivre les cours de l'école de médecine de Strasbourg, puis revint à Gießen, où, sur la présentation d'une thèse intitulée : « Beiträge zur Hall'schen Lehre von einem excitomotorischen Nervensystem » en 1848, il reçut le titre de docteur. Il prit également part aux mouvements politiques de cette année-là, et il en donna une description humoristique dans un article du Humoristiches Deutschland de Stettenheim intitulé « Eninnerungen eines 1848ers ». Une nouvelle de lui (Im schönen Grund) fut insérée dans la Westliche Post de Saint-Louis aux États-Unis. Plusieurs travaux du même genre sont restés inédits.
Une fois reçu docteur, il alla, pour quelque temps, perfectionner ses connaissances aux universités de Wurtzbourg (où il étudia la pathologie avec Rudolf Virchow, célèbre matérialiste) et de Vienne. Puis il revint en Allemagne, où, sous la direction de son père, Ernst Büchner, médecin légiste renommé, il s’adonna à l’étude de la médecine légale, écrivant une série de mémoires et d’expertises sur des controverses médico-légales qui fut publiée dans un journal consacré à cette discipline : Vereinte deutsche Zeitschrift für die Staats Arzneikunde, qui paraissait alors dans la ville de Fribourg-en-Brisgau. Cette série d’articles eut un tel succès auprès des praticiens que la Société des médecins badois pour le progrès de la médecine légale le nomma membre honoraire, et lui décerna une médaille au mérite littéraire.
Tout en s’adonnant à la science, il trouva le temps de recueillir les écrits laissés par son frère aîné, Georg, qui décéda à 23 ans, après avoir conquis une certaine renommée comme littérateur, en 1835, par son drame Dantons Tod. Il les fit publier avec une introduction et une biographie en 1850 chez Sauerländer à Francfort-sur-le-Main.
En 1852, il fut nommé assistant à la clinique médicale de Tübingen et fut en même temps autorisé en qualité de privat-docent. Lorsqu’en 1855 eut lieu à Tübingen le congrès des médecins et des naturalistes allemands, Büchner en écrivit les comptes-rendus pour le Würtembergischen Staatsanzeiger et pour l'Augsburger Allgemeine Zeitung. Ces comptes-rendus et la lecture de l’ouvrage de Moleschott sur la circulation de la vie, lui donnèrent l’idée du livre, auquel il doit la plus grande partie de sa renommée : Kraft und Stoff, Empirisch-naturphilosophische Studien (traduit en français par Force et matière, études populaires d’histoire et de philosophie naturelles chez Reinwald, Paris). Ce livre, dont les hardiesses eurent un retentissement immense, eut comme résultat premier d’obliger son auteur, accusé d’immoralité, à abandonner sa chaire de Tübingen, et à rentrer dans sa ville natale, où il reprit l’exercice de sa profession.
Dans ce livre, il chercha à démontrer l’indestructibilité de la force et de la matière, et la finalité de la force physique, s’appuyant sur l’infini de la matière et sur l’immutabilité des lois de la nature, préconisant l’expérimentation, seule source, selon lui, de vérité. Mais ce furent surtout le matérialisme extrême de cet exposé, qui traite également de l’âme et de l’idée de Dieu, et la suppression du libre arbitre, détruisant la notion de responsabilité (« l’homme n’est pas libre, il va où son cerveau le pousse »), qui provoquèrent la violence de ces attaques. Cet ouvrage connut pourtant un immense succès et fut salué par Lange comme « le fruit d’un enthousiasme fanatique pour le progrès de l’humanité ».
Ce livre fut traduit en de très nombreuses langues, et les rééditions allemandes furent, chacune, précédées d’une introduction différente, autant de réponses de Büchner aux attaques soulevées par son ouvrage. En même temps, l’auteur développait son système matérialiste dans une série d’articles et d’essais qu’il publia dans le Jahrhundert de Hambourg, dans les Anregungen für Kunst, Leben und Wissenschaft de Leipzig, dans les Stimmen der Zeit, et dans la Gartenlaube.
En 1857, il publia Natur und Geist oder Gespräche zweier Freunde über den Materialismus und über die realphilosophischen Fragen des Gegenwart. Mais après la parution du premier volume concernant le Macrocosmos, il se convainquit que la forme dialoguée n’était pas la plus facilement intelligible pour le grand public. Aussi il ne fit pas paraître le second volume qui devait traiter du Microcosmos. Malgré cela, l’ouvrage bien qu’incomplet connut de multiples rééditions chez T. Thomas de Leipzig. L'abandon de ce second volume et l’emploi régulier dans le titre de ses ouvrages de l’expression in allgemein verständlicher Darstellung (sous une forme compréhensible par tous) montrent son souci premier d’être accessible au plus grand nombre. Büchner fut ainsi plutôt un vulgarisateur tentant de faire passer au grand public une idée simple, mais révolutionnaire à l’époque : le matérialisme. Ce ne fut pas un penseur fécond, ni même véritablement original, puisqu’il eut des devanciers qui l’inspirèrent, mais il eut le courage d’exposer cette idée hautement et clairement, et de s’y tenir toute sa vie. En résumé, pour lui, la Nature était purement physique, elle n’avait ni but, ni volonté, ni lois imposées par une autorité surnaturelle, et donc sans sanctions infligées en cas de transgression.
Les années suivantes, entre 1861 et 1881, il poursuivit ses publications Science et nature : essais de philosophie et de science naturelle. T. 1, par le Louis Büchner, traduit de l'allemand par Augustin Delondre, Paris, éd. Germer Baillière, coll. «Bibliothèque de philosophie contemporaine», 1866.Nature et science : études, critiques et mémoires ( française), par le Louis Büchner, traduit sur la allemande par le Gustave Lauth, Paris, Éd. Germer Baillière, coll. «Bibliothèque de philosophie contemporaine», 1882. réunissant dans ces nouveaux ouvrages les contenus de ses précédents articles et mémoires liés par sa préoccupation constante du matérialisme. Il donna également en 1864 une traduction de l’ouvrage du géologue anglais Lyell, qu’il intitula . Il poursuivit dans cette même veine par ses propres ouvrages : (1869), etc.
Pendant l’hiver 1872-1873, il se rendit aux États-Unis, où il tint plusieurs conférences qui furent presque toutes incluses ou refondues dans ses différents ouvrages, à l’exception d’un exposé sur la question de la femme, écrit sur la prière d’une association pour les droits de la femme, et un autre sur le naturalisme qui n’a été publié qu’en anglais sous le titre Materialism : its history and influence on society.
En à Paris il prononce un discours pour l'inauguration de la statue de Diderot par Gautherin, boulevard Saint-Germain.
Le matérialisme de Büchner fut le point de départ du mouvement libre-penseur en Allemagne. En 1881, il fonda à Francfort-sur-le-Main la Ligue allemande des libres-penseurs, permettant aux athées de ce pays de se déclarer publiquement pour la première fois.
La tombe de Ludwig Büchner se trouve dans l' (tombe : I S 17).
Œuvres Kraft und Stoff, Empirisch-naturphilosophische Studien, in allgemein verständlicher Darstellung, chez Meidinger Sohn, Francfort-sur-le-Main (1855), puis chez T. Thomas, Leipzig . Traduit en français à partir de la allemande, 272 pages, Force et matière, études populaires d’histoire et de philosophie naturelles chez Reinwald, Paris, (6 éditions entre 1855 et 1884). Principaux chapitres : force et matière - immortalité de la matière - immortalité de la force - infini et dignité de la matière - immutabilité et universalité des lois de la nature - ciel - périodes de création de la terre - génération primitive - destinée des êtres dans la nature - cerveau et âme - pensée - siège de l'âme - idées innées - idée de Dieu - existence personnelle après la mort - force vitale - âme animale - libre arbitre; Natur und Geist oder Gespräche zweier Freunde über den Materialismus und über die realphilosophischen Fragen der Gegenwart, in allgemein verständlicher Form (1857), puis chez T. Thomas, Leipzig (1874) ; Physiologische Bilder chez T. Thomas, Leipzig, en 2 volumes (1861-1875) ; Aus Natur und Wissenschaft. Studien, Kritiken und Abhandlungen, in allgemein verständlicher Darstellung chez T. Thomas, Leipzig, en 2 volumes (1862-1884). Traduit en français à partir de la allemande par le Gustave Lauth, Nature et science, études, critiques et mémoires, mis à la portée de tous chez G. Baillière (1881), puis Reinwald, Paris (1886), 377 pages. Traduit également en italien et en russe. Principaux chapitres : la quintessence du socialisme - philosophie et darwinisme - demi-homme, demi-animal - hérédité et développement - persécutions des hérésies scientifiques - professeur Virchow et liberté de la science - éducation et raison - Monsieur Hansen et la foi au merveilleux - culture - influence sur le libre arbitre des lois de transmissions héréditaires - dogmatiste du darwinisme - libre pensée - testament du curé Jean Meslier - solution sur la question des juifs - matérialisme en France - inconnaissable - philosophie des sciences naturelles - origine et histoire des religions - immortalité - morale des hérétiques - matérialisme et mesmérisme - foi officielle dans la science - martyrs de la libre pensée - morale naturelle - égoïsme et civilisation - anti-Kant - Kant et F.A. Lange - cerveau et esprit - professeur W. Wundt et matérialisme - finalité et développement - vie future et science moderne - corps et esprit - Jésus-Christ et Bouddha - à propos du monument de Schopenhauer ; , chez T. Thomas, Leipzig (1864), traduction de l’ouvrage de Lyell , (L'ancienneté de l'homme prouvée par la géologie et remarques sur les théories relatives à l'origine des espèces par variation chez G. Baillière Paris 1870, traduit par Chaper ) Chap 1 : Introduction Chap 2 : Période récente : tourbe et amas de coquillages au Danemark, cités lacustres suisses Chap 3 : Fossiles humains et objets d’art de la période récente Chap 4 : Le Pléistocène : ossements d’hommes et de mammifères éteints dans des cavernes belges Chap 5 : Le Pléistocène : crânes humains des cavernes de Neandertal et d’Engis Chap 6 : Outils de silex dans les alluvions du Pléistocène et dans le sol des cavernes Chap 7 : Tourbe et alluvions du Pléistocène dans la vallée de la Somme Chap 8 : Outils de silex dans les alluvions du Pléistocène de la vallée de la Somme Chap 9 : Objets d’art dans les alluvions du Pléistocène de France et d’Angleterre Chap 10 : Contenus des cavernes et emplacements des sépultures au Pléistocène Chap 11 : Âge des fossiles humains du Puy en France et de Natchez dans le Mississippi Chap 12 : Ancienneté de l’Homme relativement à la période glaciaire et à la flore et à la faune existantes Chap 13 : Relations chronologiques entre la période glaciaire et les premiers signes d’apparition de l’homme en Europe Chap 14 : Relations chronologiques entre la période glaciaire et les premiers signes d’apparition de l’homme en Europe (suite)