vignette|André Boisclair durant un débat pour la course à la chefferie du Parti québécois de 2005. Louis Bernard est en arrière-plan. La rhétorique politique est l'étude du langage qu'utilisent les personnalités politiques, soit pour débattre entre eux, soit à l'adresse du public.

L'objet du discours politique est de persuader autrui : une des deux fonctions de la rhétorique, qui s'intéresse aussi à la manière de convaincre.

Le débat politique, entre spécialistes, prend le plus souvent la forme d'un débat réglé qui limite les moyens qu'il est permis d'employer.

Éléments historiques Il est question de rhétorique politique depuis que la politique existe. Cicéron, dans son traité De oratore, fait dire à Crassus :

Le discours politique tourné vers les grandes envolées lyriques et l'émotion a longtemps bénéficié d'une aura grâce à l'ascendant, le prestige et l'autorité de grands orateurs politiques nourris de références historiques et employant de nombreuses figures de rhétorique et des effets langagiers. Ce discours a en grande partie perdu de son crédit depuis le : le modèle dialogiste est remplacé par le modèle propagandiste (symbolisé par le communisme et le nazisme) puis par le marketing politique et sa rhétorique particulière, régulièrement associée aux techniques de manipulation et de mensongeModèles développés par le professeur en communication Arnaud Mercier dans son ouvrage La Communication politique. . .

À la fin du , dans les démocraties occidentales, le discrédit de la communication politique est renforcé par la peopolisation de la sphère politique, sous l'influence de l'égalitarisme et de la multiplication des médias qui ont paradoxalement un contenu informationnel uniforme privilégiant la forme sur le fond. La encourage le webcasting (diffusion d'audio/vidéo sur Internet). et le (diffusion d'informations vers un public restreint et non pas au grand public, fruit d'un ciblage fin des publics par les programmateurs de télévision et des catégories d’électeurs par les politiques). La communication politique abandonne donc la rhétorique de la mobilisation émotionnelle pour celle de la séduction. Les politiques et leurs conseillers adoptent une stratégie multimédia (interview, talk-show, Politique-divertissement (politainment), publication de communiqués de presse, de tribunes et de livres, communication dans les réseaux sociaux…).

Aux alentours des années 1990, cette communication est stigmatisée à cause de son recours au storytelling qui . Le rejet de cette forme de communication politique s'inscrit dans un mouvement de défiance envers les institutions politiques, les discours des politiciens et les rhétoriques manipulatoires.

Les citoyens, bien qu'incrédules aux effets langagiers du discours politique et aux mécanismes rhétoriques, y restent toutefois sensibles ; ils n'ont, de plus, souvent pas le temps de décrypter tous ces mécanismes (au contraire des journalistes) : l'idéal habermassien — modèle de démocratie délibérative, c'est-à-dire une sphère publique avec une communauté de citoyens éclairés par des médias de masse qui garantiraient les conditions de possibilité d'une organisation sociale pleinement démocratique — apparaît ainsi difficilement atteignable.

« Vide », « creux », « prévisible », le discours politique actuel, volontariste et emprunt d'un certain lyrisme, est dénoncé et pour son association fréquente auxquels il renvoie. Selon le sociologue Christian Le Bart,

Stratégies discursives politiques

L'exorde est le commencement du discours qui doit susciter l'intérêt de l'auditoire, voire sa curiosité et sa bienveillance envers l'orateur.. Il prend schématiquement trois formes : exorde simple ou par l'hommage et les remerciements, exorde par l'insinuation en insistant sur l'enjeu du discours et qui peut faire usage de précautions oratoires, exorde ex abrupto ou par la surprise. Le plan rhétorique selon l'objectif de la personnalité politique et le contexte : plan classique argumentatif (arguments et réfutation) ou dialectique (thèse -antithèse - synthèse), plan chronologique, plan journalistique (présentation des éléments du plus important au moins important, selon le principe QQOQCCP), plan AIDA (Attention – Intérêt – Démonstration – Acceptation ou Action), plan CBS (Constat – Besoin – Solution), plan SOP (Situation - Opinion - Proposition).... Attitude ou fonction modale : mode assertif ou déclaratif (avec notamment l'assertion catégorique, positive ou négative, sans se soucier d'apporter des preuvesVoir Stratagème XIV dans L'Art d'avoir toujours raison du philosophe allemand Arthur Schopenhauer.), mode interrogatif (phrase interrogative qui exprime une demande d'information adressée à un interlocuteur, l'affirmation dépendant de sa réponse), mode exclamatif (phrase qui témoigne de l’expression d'une émotion), etc. Stratégie discursive de répétition d'un mot isolé ou d'une phrase (anaphoreExemples : Moi président de la République ; énoncés performatifs anaphoriques qui associent le pronom « je » à un verbe actif (énoncés promissifs tels que « je promets »)., anadiplose, antépiphore, épanaphore, épiphore, épanode, épizeuxe, épanadiplose, symploque, etc.). Cette stratégie composée d'un continuum qui va des simples redondances routinières jusqu'aux reformulations, provoque un « martèlement » qui peut bénéficier de l'effet de simple exposition. Cette mais une .. L'apostrophe, interpellation vive et par surprise, qui peut s'adresser au public ou à un interlocuteur (présent ou absent), en prenant son mode de pensée en considération (prise à témoin, jeu de la connivence), en l'invitant à réfléchir (moyens phatiques), en le laissant seul juge (je sais que vous ferez le bon choix), en le provoquant (« je vous mets au défi de trouver mieux », « comment pouvez-vous imaginer … »). Les petites phrases et punchlines, par exemple lors des débats télévisés du premier tour et du second tour de l'élection présidentielle françaiseValéry Giscard d’Estaing lance à François Mitterrand lors du débat présidentiel du 10 mai 1974 : « Je trouve toujours choquant et blessant de s’arroger le monopole du cœur. Vous n’avez pas, M. Mitterrand, le monopole du cœur ! ». Mitterrand réplique le 5 mai 1981 : « Vous avez tendance à reprendre le refrain d’il y a 7 ans, l’homme du passé. C’est quand même ennuyeux que dans l’intervalle vous soyez devenu, vous, l’homme du passif ». Le 28 avril 1988, Jacques Chirac fait remarquer à François Mitterrand qu’ils n’étaient ni président ni Premier ministre. Son adversaire dégaine : « Mais vous avez tout à fait raison M. le Premier ministre », fixant avec dédain le candidat du RPR. Le 2 mai 1995, Lionel Jospin lance à Jacques Chirac « Il vaut mieux 5 ans de Jospin que 7 ans de Chirac ». Cf. .. Elles ont retenu l'attention car elles sont basées sur des procédés narratifs puissants (suspensionExemple : Mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance., effets prosodiques : variations de débit et de rythme tels que les pauses et silences rhétoriques, les accélérations et les décélérations ; variations de volumes tels que les crescendo et decrescendo…) L'argumentation ad hominem d'une personnalité politique pour montrer la contradiction entre les propos et les agissements de son adversaire, voire l'attaque personnelle pour discréditer ses propos sans rapport avec le fond du débat (une technique manipulatoire étant le discrédit par avance, appelé l'empoisonnement du puits). En situation d'attaque ad hominem, l'homme politique peut employer la stratégie d'encaissement (silence, flou, minimisation, dénégation ou contestation), la stratégie de la réplique, ou celle de la réinterprétationCertains faits reprochés ne sont pas faux mais ils ont été mal compris. et de la pondérationLes faits ne sont pas faux mais ils ne sont pas graves., cette dernière favorisant la désescalade de la conflictualité. L'argument comparatif qui met de côté le contexte. Les discours démagogiques utilisent cet argument simplificateur et manipulateur afin d'établir des « raccourcis de pensée » L'énoncé autophageÉnoncé qui se détruit lui-même en s'énonçant. Exemples : « je vous le dis de manière spontanée », « je ne suis pas raciste, mais… », « je pense que j'ai une grande qualité, c'est ma modestie ». Clément Viktorovitch, chronique « les points sur les i » dans l'émission télévisée Clique, 5 février 2020 La provocation, sous forme d'expression lapidaire et réductrice (exemples : le plombier polonais, la marchandisation du monde…) ou de petites phrases assassines, faisant appel plus à l'émotion qu'au raisonnement. Un certain penchant pour le néologisme traduit le souci de frapper les esprits (au risque d'être accusé de populisme politique) en se distinguant au-dessus du bruit ambiant de la communication Les affirmations employées comme argument d'autorité (position professorale avec le procédé de désubjectivation) Le recadrage sémantique qui opère à partir d’une substitution d'un terme trop connoté par un autreCe recadrage fait des clandestins des « sans papiers » puis des « migrants » ; un « accord » obtenu après négociation avec les syndicats devient un « succès ». L'utilisation d'énoncés stéréotypés situationnels : clichés, truismes (par exemple légitimation de l'action publique par l'emploi de concepts mobilisateurs.) et lieux communs (topos) en cas de difficulté à faire des analyses et propositions claires ou à démontrer le bien-fondé de l'analyse, ou pour faire passer de fausses idées, en profitant de l'impression de vérité et d'évidence qu'ils dégagent Les présupposés, amalgames et biais cognitifs (attention sélectiveAppelée aussi attention dirigée ou focalisée, il s'agit d'un concept en psychologie cognitive selon lequel l'auditeur du discours accorde plus d'attention aux informations du discours qui le confortent dans ce qu'il pense (biais de confirmation fréquent face à des éléments contradictoires dans le même discours)., effet de cadrage idéologiqueLa personnalité politique zoome ou dézoome sur la situation locale ou générale qui conforte son discours., argumentation par l'exemple qui se substitue à l'exemplification, Yes-set ou no-setSéquence d'acceptation notamment utilisée en prospection marketing, consistant en une série de truismes ou de négations, parachevée par une ultime affirmation ou négation, bien que plus discutable ou non vérifiable, mais qui est plus facilement acceptée. ) L'alternance entre biais accusatoire et biais excusatoire : les personnalités politiques sont promptes à accuser leurs adversaires et à s'absoudre de leurs propres erreurs (biais d'autocomplaisance) Keith G. Allred, « Relationship Dynamics in Disputes: Replacing Contention with Cooperation », dans Michael L. Moffitt et Robert Bordone, Handbook of Conflict Resolution, Jossey-Bass, 2005, p. 85 Les promesses, sans en indiquer comment leur mise en place est faisable Les sophismes (fausse dichotomie ou dichotomisationProcédé simplificateur qui favorise la mise en lumière de deux positions antagonistes, de deux camps opposés, de deux visions binaires (bien/mal, rationnel/irrationnel). En politique, ce procédé vise à réduire une situation complexe à une alternative entre deux options., homme de paille, généralisation abusiveLes politiques abandonnent la rhétorique experte ou savante au profit de la rhétorique de montée en généralité. Ils utilisent une . Cf , association dégradanteStratagème XXXII de Schopenhauer, raisonnement circulaire (pétition de principe, cercle vicieux), pente savonneuse et déplacement de la fenêtre d'Overton, fausse causeCorrélation illusoire, post hoc ergo propter hoc., sophisme du leurre ou du hareng rouge, sophisme de la mauvaise fréquentation, sophisme de la question multiple, sophisme du cornu, du chauve, sophisme naturaliste). Les informations erronées (ex: contre-vérité) Les raisonnement en faisant appel à la peur, au pathos ou à la terreur