vignette|325px|Boutre à l'arrivée. Djibouti, .
Henry de Monfreid, né le à La Franqui, (commune de Leucate, Aude), et mort le à Ingrandes (Indre), est un marin, aventurier, contrebandier, armateur, commerçant de haschisch, et peut-être aussi agent du renseignement français, ainsi qu'un écrivain prolifique.
Dans de nombreux romans autobiographiques publiés à partir de 1931.., il met en scène sa vie aventureuse centrée sur l'Égypte, la mer Rouge, la Somalie, l'Éthiopie, le Yémen, la mer d’Arabie et les Indes de 1911 à la Seconde Guerre mondiale.
Biographie Jeunesse Henry de MonfreidLa particule n'a rien de nobiliaire. Sa grand-mère paternelle, actrice du nom de Marguerite Barrière, change son nom pour celui de Caroline de Monfreid (le nom de famille de sa mère était Fonfred) lorsqu'elle va rejoindre son amant américain aux États-Unis (Grandclément, 1990, ).Henri écrit son prénom avec un "y" lorsqu'il amorce sa carrière littéraire. Henry de Monfreid, Impossible Grand-Père / Chronologie, Guillaume de Monfreid, Glénat, p 446. est le fils de George-Daniel de Monfreid, peintre, graveur et collectionneur d'art, et de Marie-Amélie Bertrand (généralement appelée Amélie).
Sa prime enfance s'écoule à la petite station balnéaire de La Franqui (Leucate), où la famille de sa mère exploite un établissement pour vacanciersLe Cap de Trois Frères, H. de Monfreid, Grasset et Henry de Monfreid, Impossible Grand-Père / Chronologie, Guillaume de Monfreid, Glénat, p. 370.. Dès cette époque, le jeune Henry développe un goût marqué pour la voile et le large en naviguant avec son père sur les voiliers de ce dernier, d'abord le Follet, puis l'Amélie, un yacht de , notamment lors d'une traversée de Port-Vendres à Alger alors qu'il a cinq ansEn mer Rouge, Henry de Monfreid, présentation de Jean-Christophe Rufin, texte de Guillaume de Monfreid, Gallimard, 2005, chronologie, .. À sept ans, il va rejoindre ses parents à Paris ( rue Saint-Placide) où on l'inscrit à l'École alsacienne. Son père fréquente assidument la bohème, peintres ou écrivains, qu'il reçoit dans son appartement bourgeois. Henry de Monfreid va donc côtoyer des peintres comme Matisse, Toulouse-Lautrec et GauguinL'Exilé, H. de Monfreid, Grasset et Henry de Monfreid, Impossible Grand-Père / Chronologie, Guillaume de Monfreid, Glénat, p. 371.. Durant l'été, et jusqu'à la mort de sa mère en 1902Son oncle, Émile Bertrand, tentera de l'évincer de la succession en se présentant comme seul successeur légitime de La Franqui. En 1905, à l'issue d'une procédure en captation d'héritage intentée par le père de Henry, ce dernier acceptera un règlement de et, en contrepartie, abandonne ses prétentions sur La Franqui. Combat, H. de Monfreid, Grasset., il continuera de passer ses vacances à La Franqui. Cette période de sa vie, entre autres ses démêlés avec la famille de sa mère, constituera un des thèmes importants des dix romans autobiographiques de la série L'envers de l'aventure, qu'il publiera à partir de 1953.
Il a lorsque ses parents se séparent et quittent Paris. Le jeune Henry est placé en pension pour qu'il n'ait pas à quitter son école. En 1892, il entre au lycée à Carcassonne où habite alors sa mère. Il passe son premier bac en 1896, retourne à Paris et prépare Centrale au lycée Saint-Louis où il est interne. Il obtient d'assez bonnes notes et décroche même des distinctions, mais il étouffe entre les quatre murs du lycée et se laisse aller à des frasques. Il se fait renvoyer, mais l'examen étant proche, il est réadmis comme externe. Il rate l'examen de peu. Henry de Monfreid ne fera donc pas carrière comme ingénieur des Chemins de fer et devra trouver un autre moyen d'existence. Il lui restera de ses études d'ingénieur un goût et une facilité pour les sciences et les techniques qui lui seront d'une grande utilité en mer Rouge lorsqu'il se mettra à construire des bateaux ou devra réparer en haute mer un moteur en pannePrès de 30 ans après son échec à Centrale, son premier gros investissement, fruit de ses trafics en mer Rouge, consistera dans l'achat d'une centrale électrique en août et septembre 1924. Henry de Monfreid, Impossible Grand-Père / Chronologie, Guillaume de Monfreid, Glénat, p 418. .
À l'âge adulte En 1900, Henry qui vit depuis quelques mois avec sa nouvelle compagne, Lucie Dauvergne avec qui il aura deux enfants, se voit contraint d'entamer son service militaire. Il cherche en vain à obtenir un sursis et finalement réussit à se faire réformer en simulant une congestion pulmonaire après avoir aspiré de l'hypochlorite de chaux mélangé à de l'acide chlorhydrique, rapporté dans Grandclément, ..
Monfreid vit pendant plusieurs années de petits boulots. Il décroche un emploi de colporteur au Planteur de Caïffa, où il se tire assez bien d'affaire et monte même en grade, mais son père lui fait quitter ce métier de en lui promettant une rente mensuelleGrandclément, .. Après une brève carrière comme chauffeur de maître, il se fait engager dans la région de Melun. par la société Maggi où il devient rapidement un contrôleur de la qualité du lait. Henry de Monfreid rêve toutefois d'être son propre patron : il démissionne et achète une affaire d'élevage de volaille avec l'argent reçu de son oncle dans le cadre du procès en captation d'héritage. Manque de chance, les poulets meurent tous et l'entreprise fait faillite. Maggi le réengage et il réussit à se faire nommer chef de ramassage à Fécamp, pour être près de la merEn 1906-1909, Henry de Monfreid, Impossible Grand-Père / Chronologie, Guillaume de Monfreid, Glénat, p376.. Traficoter avec la qualité du lait et du beurre est un fléau à l'époque et Monfreid s'y laisse prendre. Il est en mer sur sa barque lorsque le représentant juridique de son employeur arrive à Fécamp pour le congédier. Monfreid, qui rêve de plus en plus à une carrière maritime, songe à se présenter à l'examen de capitaine au long coursHenry de Monfreid, Le Feu de Saint-Elme, Robert Laffont, 1973, ., mais il se laisse convaincre de mettre à profit ses connaissances de l'industrie laitière et il achète une petite laiterie près de MelunEn 1909, Henry de Monfreid, Impossible Grand-Père / Chronologie, Guillaume de Monfreid, Glénat, p. 376.. Manque de chance encore une fois : Melun est très touchée par les débordements de la Seine en 1910 et la laiterie, isolée pendant des semaines, perd ses clients. Au même moment, il est gravement atteint de la fièvre de Malte qui manque de l'emporter et qui le cloue au lit pendant des mois. La laiterie est vendue à perte. Ses rapports avec Lucie se sont dégradés avec le temps et c'est au cours de sa convalescence chez son père qu'il décide de mettre fin à leur relation de dix ansLe 6 janvier 1910, Henry de Monfreid, Impossible Grand-Père / Chronologie, Guillaume de Monfreid, Glénat, p. 376.. C'est aussi durant sa convalescence qu'il fait la connaissance d'Armgart FreudenfeldCertains biographes de Monfreid, dont Grandclément, la présentent comme ayant été la fille du gouverneur d’Alsace, mais on ne trouve pas de Freudenfeld dans la courte liste des gouverneurs de l’Alsace-Lorraine (Statthalter des Reichslandes Elsaß-Lothringen), tous membres de la haute aristocratie allemande. Il semble que Ferdinand Freudenfeld fut plutôt un fonctionnaire civil de haut rang (Oberregierungsrat) à Metz. Henry de Monfreid, Impossible Grand-Père / Chronologie, Guillaume de Monfreid, Glénat, p. 371., une Allemande née le à Metz, à qui George-Daniel donne des cours de peinture, et qui épousera en 1913 Henry avec qui elle aura trois enfants, Gisèle (1914-1999), Amélie (1921-2008) et Daniel (1922-1976)Henry de Monfreid, Impossible Grand-Père / Chronologie, Guillaume de Monfreid, Glénat, p 253..
Henry de Monfreid, qui termine sa convalescence, cherche une piste pour partir et mettre la plus grande distance possible entre son passé, notamment Lucie, et lui. Justement, un ami connaît un négociant en Éthiopie, Gabriel GuignionyNé en 1871. Très jeune, il fut négociant et agent consulaire au Harrar avant de rentrer en France où il fonde une société d'importation, notamment de café et de cuir. Monfreid dira de lui qu'il fut le pionnier de l'influence française en Abyssinie.. Quelques jours plus tard, Monfreid apprend qu’il est engagé à l’essai comme agent de factorerie au salaire de par mois. Cet emploi est loin d’être le pactole, d’autant que Monfreid doit payer lui-même son voyage jusqu’à Djibouti et qu’il n’a aucune garantie d’emploi. Mais cela n'a aucune importance : il veut partir Henry de Monfreid, Le Lépreux, 1935, .. À la mi-, il embarque à Marseille à bord du vapeur l’Oxus comme passager de troisième classe à destination de Djibouti.
Dans la Corne de l'Afrique Son premier contact avec la Corne de l’Afrique est loin d’être encourageant. À Djibouti, l’agent de la maison Guigniony l’accueille avec une mauvaise grâce non dissimulée, voyant en lui encore un de ces ratés auxquels le patron n’a pas su dire leur faitLe feu de Saint-Elme, .. Le lendemain, Monfreid prend le train pour Dire Dawa, au Harar, province à majorité musulmane conquise par l’empereur Menelik vingt-cinq ans plus tôt. Cette ville-champignon, surgie lors de la construction du premier tronçon de la ligne d'Addis-Abeba à Djibouti du Chemin de fer franco-éthiopien, est alors en pleine effervescence. Terminus provisoire de la ligne depuis 1902, elle connaît à cette époque un boum résultant de la reprise de la construction ferroviaire et de l’activité des maisons de commerce européennes spécialisées principalement dans l’importation de café et de peaux.
Dans ses premiers ouvrages, axés sur ses aventures en mer et qui établissent sa réputation d’« aventurier de la Mer rouge », Monfreid parle peu de cette parenthèse de deux ans passée en Éthiopie, et c’est grâce à la publication après sa mort des nombreuses lettres qu’il adresse à son père et à Armgart, qu'il épousera en 1913, qu’on connaît mieux cette période de sa vie. Une semaine après son arrivée, il se demande déjà s’il ne perd pas son temps dans ce pays perdu : , écrit-ilOctobre 1911, Lettres d'Abyssine, Henry de Monfreid, Arthaud.. Finalement, c’est par le rôle de vendeur-acheteur itinérant au salaire mensuel de deux cent cinquante francs plus le logement qu’il amorce son aventure africaineFreddy Tondeur, Sur les traces d'Henri de Monfreid, Anako/Pages du Monde, Paris, 2004, .. Fin , il quitte Dire Dawa pour une première tournée dans les montagnes du Tchertcher des agences de Guigniony — de simples campements rudimentaires — pour y acheter café, peaux, cuirs, cire, civette et ivoireBaraduc, .. .
Puis, attiré par la mer, il s'installe à Djibouti fin 1913 où il achète un boutre, baptisé le Fath-el-Rahman, et avec lequel il amorce la vie aventureuse qui fera l'objet de son premier récit autobiographique : Les Secrets de la mer Rouge. Plus tard, installé à Obock, il construit ses navires de ses propres moyens, dont le plus célèbre, lAltaïr, goélette de avec seulement de tirant d'eauPoursuite du Kaïpan, H. de Monfreid, Grasset, p. 8. et gréé de voiles auriques, lui permettra de fréquenter les rives de la mer Rouge cernée de bancs de récifs. Sa connaissance des mouillages et des ports en fait une source de renseignements utile à la France pendant la Première Guerre mondiale.
Il entame ensuite une vie de contrebandier, se convertit à l'islam en 1914Thibaut Pinsard, L'appel à une autre vie, Routard.com, religion de son équipage, se fait circoncire, et prend le nom d'Abd-el-Haï (esclave du vivant). Selon Guillaume de Monfreid, sa . Il continue : . D'ailleurs, Henry de Monfreid a été enterré selon le rite catholique.
Lors de l'entretien donné à Jacques Chancel au cours de l'émission Radioscopie du , il déclara d'ailleurs s'être alors .