Antoine de Tounens, né Antoine Orélie Tounein le à La ChèzeLa Chèze s'écrit aussi La Chaise., dans la commune de Chourgnac (Dordogne), et mort le à Tourtoirac (Dordogne), est un avoué puis aventurier et cryptarque français qui par deux ordonnances du et , déclare la fondation du Royaume d'Araucanie et de Patagonie, parfois appelé Royaume de Nouvelle-France, dont il s'intitule le souverain sous le nom d'Orélie-Antoine roi d'Araucanie et de Patagonie. Il revendique pour son royaume des territoires occupés par des tribus Mapuches et revendiqués également par le Chili et l'Argentine.
En , il est arrêté par les autorités chiliennes. Jugé fou par la cour suprême de Santiago, il est expulsé du Chili le et rapatrié vers la France par voie consulaire comme « passager à la ration » (c'est-à-dire logé et nourri avec l'équipage) sur un navire. De retour en France, il continue de revendiquer son royaume et retente, sans succès, plusieurs expéditions en Araucanie pour le reconquérir. Il meurt célibataire et sans enfants en 1878 à Tourtoirac où il est hébergé chez son neveu.
Depuis 1882, des Français (sans liens entre eux ni avec Antoine de Tounens) sont prétendants au trône du Royaume d'Araucanie et de Patagonie. Frédéric Luz, un héraldiste français, est l'actuel prétendant depuis .
Biographie L'avoué de Périgueux Antoine Orélie TounensCe patronyme est écrit de bien des façons à l'état civil : Thounem, Tounem, Tounems, Tounens… est le dernier fils et le huitième des neuf enfants (cinq garçons et quatre filles) de Jean Tounens, né Tounein (1781-1862), cultivateur puis boucher à Tourtoirac. et de son épouse Catherine Jardon (1787-1873).
Son père Jean Tounein obtient en appel un jugement de la cour impériale de Bordeaux en date du autorisant sa famille à rectifier son patronyme en « Tounens » et à y ajouter une particule pour s'appeler désormais « de Tounens ». En effet, le nom de sa famille est mentionné de Tounens dans les actes d'état civil de la fin du au milieu du , avant d'être altéré et de perdre la particule dans les actes ultérieurs.
L'aisance de son père, dont les biens sont évalués à avant qu'il ne subisse des revers de fortune, lui permet de faire quelque étude, d'obtenir le baccalauréat et d'acheter une charge d'avoué à Périgueux.
Avoué à Périgueux à partir de 1851, cette situation lui semble monotone. et il rêve secrètement de gloire et de donner à la France un territoire qui compenserait la perte du Canada et de la Louisiane.. Au fil de ses lectures son attention se porte sur l'Araucanie et la Patagonie dont les territoires occupés par un certain nombre de tribus sont revendiqués par le Chili (pour l'Araucanie) et l'Argentine (pour la Patagonie)..
Franc-maçon, membre de la Loge des Amis Persévérants de Périgueux affiliée au Grand Orient de France, il expose devant ses frères son projet de partir en Araucanie afin d'y fonder un royaume..Il quitte définitivement la franc-maçonnerie en 1867. Léo Magne dans L'Extraordinaire aventure d'Antoine de Tounens, roi d'Araucanie-Patagonie, Éditions Latino-Américaines, Paris, 1950, 199 pages, pages 122 et 123 cite une communication d'Ambroise Darboy intitulée « Le Pape Pie IX et le Roi d'Araucanie » parue dans l'Intermédiaire des chercheurs et curieux (ICC) du 10 avril 1925. L'auteur de cette communication indique que parmi les papiers de son oncle Georges Darboy se trouve une lettre du adressée au pape Pie IX par Antoine de Tounens où ce dernier demande à être relevé de son excommunication due à son appartenance à la franc-maçonnerie (« Je m'étais fait recevoir franc-maçon sans savoir ce qu'était la franc-maçonnerie »). Pie X a annoté en latin, signé et renvoyé la requête à l'archevêque de Paris : Si vera sunt exposita, num Deus non invidetur, preces remittimus Archiepiscopo Parisiensi, ut, reparando, scandalo et damnatis erroribus absolvat confitentem reum, et det illi paenitentiam salutarem. La traduction (incomplète) figurant dans l'ouvrage de Léo Magne (page 123) est la suivante : « Si les choses exposées sont vraies, nous remettons la supplique à l'Archevêque de Paris, de telle sorte que le scandale étant réparé et les erreurs condamnées, il absolve le coupable repentant et lui donne une pénitence salutaire. ».
En 1857, Antoine de Tounens vend sa charge d'avoué et sa famille contracte un emprunt de francs auprès du Crédit foncier de France en vue de son projet. En juin 1858, il quitte la France et embarque à Southampton sur un paquebot anglais à destination du Chili.
Roi d'Araucanie et de Patagonie
right|thumb|100px|Le lonco (chef militaire mapuche) Quilapán, vers 1870. Il débarque le au port de Coquimbo au Chili, s'installe d'abord à La Serena, et, après avoir passé quelque temps à Valparaíso et Santiago, se dirige vers l'Araucanie, à partir du port de Valdivia. Il entre en contact avec le lonco (chef militaire mapuche) Quilapán qui lui accorde un droit de passage sur ses terres, interdites aux huincas (Chiliens).
Les Mapuches résistent alors aux soldats chiliens. Tounens leur promet des armes et gagne la confiance de quelques chefs Mapuches. qui l'élisent toqui (chef de guerre) suprême des Mapuches.....
Antoine de Tounens fonde le Royaume d'Araucanie et de Patagonie par deux ordonnances du et du . dont il s'intitule le souverain. avec le titre de roi. sous le nom d'Orllie-Antoine .. Le même jour que l'ordonnance du , il décrète la constitution de son royaume..
Il relate dans ses mémoires : « Je conçus le projet de me faire nommer chef des Araucaniens. Je m'ouvris à ce sujet à plusieurs caciques des environs de l'Impérial, et, après avoir reçu d'eux le meilleur accueil, je pris le titre de roi, par une ordonnance du , qui établissait les bases du gouvernement constitutionnel héréditaire fondé par moi » « Le , je rentrai en Araucanie pour me faire reconnaître publiquement roi, ce qui eut lieu les 25, 26, 27 et dernier. N'étions-nous pas libres, les Araucaniens de me conférer le pouvoir, et moi de l'accepter ? ». Trois jours plus tard, par une ordonnance du , il déclare « La Patagonie est réunie dès aujourd'hui à notre royaume d'Araucanie »., fixant comme limites à son royaume le fleuve Biobío et le rio Negro au nord, l'océan Pacifique à l'ouest, l'océan Atlantique à l'est et le détroit de Magellan au sud.
Selon Bruno Fuligni il s'invente deux ministres, Lachaise et Desfontaines, dont il appose la signature au bas de ses actes.. Il tire les noms de ces deux ministres imaginaires de deux hameaux (La Chèze et Les Fontaines) de son village natal de Chourgnac... Patrick Thevenon écrit « Il s'entraîna, ainsi, à écrire de trois façons différentes, qui lui permettaient de légiférer, tour à tour, au nom du roi, de M. Lachaise, Premier ministre, ou de M. Desfontaines, garde des Sceaux »..
Il demande à la France de l'aider, mais il n'en obtient pas de réponse..
Pierre Razoux écrit « Au-delà de son caractère anecdotique, l'affaire avait fait prendre conscience aux autorités chiliennes que les territoires d’Araucanie et de Patagonie pourraient susciter l’appétit d’aventuriers plus sérieux ou celui de puissances coloniales en mal de territoires »..
Le , Antoine de Tounens est arrêté comme agitateur politique par les autorités chiliennes. puis passe en jugement. Le procureur demande au juge une peine de dix ans de prison pénitentiaire pour le crime de perturbation de l'ordre public, mais le , le juge Matus rend sa sentence et affirme « qu'au moment où le délit a reçu un commencement d'exécution, M. de Tounens était fou ». Il suspend le procès et décide de remettre Antoine de Tounens à l'asile d'aliénés de Santiago, où un membre de sa famille pourra venir le réclamer, le chargé d'affaires de France étant chargé de son rapatriement. Antoine de Tounens fait appel de cette sentence, mais un arrêté de la cour de Santiago du confirme la sentence du juge en le déclarant fou....
Antoine de Tounens est expulsé par les autorités chiliennes. et le consul de France le fait embarquer pour la France le à Valparaiso à bord du Dugay-Trouin comme passager à la ration...
Tentatives de retour en Araucanie Rentré en France en mars 1863, Antoine de Tounens s'installe à Paris, où il crée une petite cour, décernant décorations et titres, tout en étant pauvre et endetté, et considéré par certains comme un souverain de fantaisie....., d'un pays qui n'existait pas réellement. ou qualifié parfois « d'imaginaire »...
Il lance en 1864 un appel qui échoue pour une souscription nationale de 100 millions « pour donner à l'Araucanie un budget de recettes ».. Il envoie en 1866 et 1867 deux pétitions aux députés et aux sénateurs français qui ne sont pas prises en considération..
En 1869, Antoine de Tounens tente une nouvelle expédition pour reconquérir son royaume et revient en Araucanie en compagnie d'un nommé Antoine Planchu qui est son nouveau bailleur de fonds et qui nourrit des arrière-pensées concernant le trône d'Araucanie ; mais en août 1871 il décide de rentrer en France. Par charité, il est alors rapatrié vers Marseille..
En 1872, Antoine de Tounens apprend qu'Antoine Planchu a usurpé son trône et est parvenu à acquérir une influence considérable sur les Araucans et a entrepris plusieurs expéditions contre les Chiliens. Il fait publier la note disant que « M. Planchu n'est pas à la tête des affaires publiques ». Le succès d'Antoine Planchu ne dure pas longtemps, et on le retrouve noyé dans un cours d'eau quelque temps plus tard..
Le , Antoine de Tounens lance un autre appel pour une souscription de 30 millions et annonce sérieusement que les revenus de son royaume atteindraient bientôt 200 millions de francs..
En avril 1874, avec quatre compagnons qu'il a ralliés à sa cause, Antoine de Tounens fait une deuxième tentative pour se rendre en Araucanie et reconquérir son royaume, mais il est arrêté en mer et écroué à Buenos Aires en juillet et expulsé en octobre 1874. Il revient à Paris où il vit dans la misère ..Quid 2003.
Quatre ans avant sa mort, alors qu'il était en « exil » en France, il dessina et fit frapper en 1874 une monnaie du royaume d'Araucanie et de Patagonie..
En 1876, Antoine de Tounens retourne une dernière fois en Argentine, mais il tombe malade. On le ramasse, inconscient, dans une rue de Buenos Aires. Il est opéré, et le consul de France le rapatrie vers la France en quatrième classe.
Rentré en France, Antoine de Tounens retourne dans sa région natale où l'archevêque de Bordeaux s'intéresse à son malheureux sort. Pour se procurer des ressources, il vend des brevets d'un ordre de chevalerie « mais ce petit trafic ne lui assura même pas du pain ». Malade et à bout de ressources, il entre à l'hôpital de Bordeaux, d'où il envoie de nombreux courriers pour intéresser à son sort les innombrables membres de ses ordres de chevalerie..
Mort et hommages Après toutes ces tentatives malheureuses pour conquérir son ancien royaume, Antoine de Tounens, ruiné, tombe gravement malade et meurt à Tourtoirac (Dordogne), le , âgé de 53 ans, alors qu'il était hébergé chez son neveu, Jean dit Adrien Tounens, boucher à Tourtoirac (Dordogne), son héritier potentiel.. Sur son acte de décès, le maire de Tourtoirac porte la mention « Antoine de Tounens, ex-roi d'Araucanie et de Patagonie ».
Quant aux territoires des Mapuches, revendiqués pour royaume par Antoine de Tounens, ils ne sont plus indépendants depuis leur partage, en , entre le Chili et l'Argentine sous l'arbitrage de la Grande-Bretagne..
En 1981, l'écrivain Jean Raspail publie un roman intitulé Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie (aux éditions Albin Michel), qui retrace « la vie romancée » d'Antoine de Tounens.. Ce roman reçoit le Grand prix du roman de l'Académie française la même année.