Merlin (, , ), communément appelé Merlin l'Enchanteur, est un personnage légendaire, prophète magicien doué de métamorphose, commandant les éléments naturels et les animaux dans la littérature médiévale. Sa légende provient à l'origine de la mythologie celtique brittonique, et s'inspire certainement d'un druide divin, mêlé à un ou plusieurs personnages historiques. Son image première est assez sombre. Les plus anciens textes concernant Myrddin Wyllt, Lailoken et Suibhne le présentent en « homme des bois » torturé et atteint de folie, mais doué d'un immense savoir, acquis au contact de la nature et par l'observation des astres. Après son introduction dans la légende arthurienne grâce à la Vie de Merlin de Geoffroy de Monmouth, et au Merlin de Robert de Boron, Merlin devient l'un des personnages les plus importants dans l'imaginaire et la littérature du Moyen Âge. Depuis cette période, son personnage est mentionné très régulièrement dans la littérature, qui a construit son image par inspiration successive entre différents auteurs.

Dans le cycle arthurien, dont il est désormais indissociable, Merlin naît d'une mère humaine et d'un père diabolique. Bâtisseur de Stonehenge, il emploie ses sortilèges pour permettre la naissance du Roi Arthur et son accession au pouvoir, grâce à l'épreuve de l'épée Excalibur et à la formation de la Table ronde. Conseiller du roi et de ses chevaliers, il prédit le cours des batailles, influe sur leur déroulement et entraîne la quête du Graal. Homme sauvage proche du monde animal, Merlin se retire régulièrement en forêt pour y rencontrer son scribe et confident Blaise. Son histoire connaît différentes fins selon les auteurs, la plus connue étant celle où il tombe éperdument amoureux de la fée Viviane, à laquelle il enseigne ses secrets de magicien. Elle finit par l'enfermer à jamais dans une grotte ou une prison d'air, en usant de l'un de ses propres sortilèges.

De façon contemporaine, son nom est fréquemment associé à la fonction d’« enchanteur », notamment depuis que ce terme a servi de titre à la version française du dessin animé de Walt Disney en 1963, Merlin l'Enchanteur.

Il reste une source d'inspiration pour de nombreux auteurs et artistes, comme Guillaume Apollinaire (L'Enchanteur pourrissant), René Barjavel (L'Enchanteur), Stephen R. Lawhead (Cycle de Pendragon) et T. A. Barron (Merlin). Son mythe est enfin, de nos jours, le sujet de romans, de poèmes, d'opéras, de pièces de théâtre, de bandes dessinées, de films, de téléfilms, de séries télévisées et de jeux.

Étymologie Il existe de nombreuses théories concernant l'origine du nom de Merlin. Il est également connu sous la forme latine ; galloise , ou ; bretonne Marzhin « Martin », Murlu, Merlu, Aerlin, MerlikHervé Le Bihan, « La figure du Merlin des Bretons des afallennau gallois aux contes bretons armoricains » dans ou cornique . D'après l’Oxford English Dictionary, le nom le plus ancien est le gallois Myrddin, via le barde Myrddin Wyllt, l'un des personnages historiques qui auraient inspiré le Merlin légendaire. Geoffroy de Monmouth latinise ce nom en vers 1135. Le médiéviste Gaston Paris pense qu'il a choisi la forme Merlinus plutôt qu'une latinisation régulière en *Merdinus afin d'écarter toute homophonie avec un mot anglo-normand d'origine scatologique dérivé du latin . Henri d'Arbois de Jubainville suppose le résultat de la « tendance du d à se changer en l dans les langues indo-européennes ». D'après Martin Aurell, la forme latine est une euphonie de la forme celtique, pour rapprocher Merlin du merle blanc en lequel, avec ses pouvoirs chamaniques, il peut se métamorphoserMartin Aurell, « Excalibur et les mystères de la table ronde » dans Au cœur de l'histoire, Europe 1, 6 avril 2011, 13:30 .

Mer vignette|gauche|L'amphithéâtre romain de Moridunum, cité à laquelle Merlin devrait son nom.|alt=Ruines montrant deux murs de pierres. La théorie la plus répandue concernant l'origine du nom gallois , selon Claude Sterckx, est celle reposant sur l'étymologie de Caerfyrrdin. Elle est proposée par le celtisant Alfred Owen Hughes Jarman, d'après qui () se retrouve dans le toponyme Caerfyrddin, nom gallois de la ville désormais connue sous le nom de Carmarthen. Il se décompose en Caer- « fort, forteresse, rempart, ville fortifiée » (cf. breton kêr « village, ville ») + -fyrddin, forme mutée de Myrddin. Myrddin semble contenu dans la forme en ancien brittonique latinisé du nom de [Caer]fyrddin, à savoir : [castrum] Moridunum. Moridunum a donné Myrddin et s'explique par le brittonique Mori- « mer » (> vieil irlandais muir, gallois môr, breton et cornique mor cf. gaulois more « mer ») et -dunum « citadelle, enceinte fortifiée, mont » (cf. gaulois dunon. Vieil irlandais dún « fort, forteresse »; vieux gallois din « fort, forteresse, ville », gallois dinas « ville », vieux breton din « forteresse, château, citadelle »), d'où le sens global de « fort(eresse) de la mer »Myrddin sur le site de Nordic Names (lire en anglais).

En 1965, Eric P. Hamp propose une étymologie assez proche, Morij:n, soit « le maritime ». Il n'existe pas de lien évident entre Merlin et la mer dans les textes à son sujet, mais cette théorie s'expliquerait par la nature du père de Merlin dans les textes gallois, Morfryn. Il pourrait être un démon maritime, décrit plus tard comme le Diable ou un incube.

Oiseau vignette|Un merle mâle (Turdus merula), oiseau dont le nom a peut-être inspiré celui de Merlin en français.|alt=Petit oiseau noir au bec jaune-orangé, sur un buisson aux fleurs jaunes. Dans nombre de récits à son sujet, Merlin peut prendre la forme d'un oiseau, c'est le cas notamment dans La Folie de Suibhne (Buile Shuibhne). De plus, en anglais, le Faucon émerillon (Falco columbarius) est surnommé « merlin » : de nombreux écrivains de fiction n'ont pas manqué de souligner cette analogie. En langue française, une association logique est de lier Merlin au merle. Ainsi, le folkloriste Jean Markale considère que la forme Merlin est d'origine française, et signifie « petit merle », allusion au caractère persifleur et provocateur qu'on lui prête dans les récits du Moyen Âge..

Cette théorie n'est pas universellement retenue, et présente le désavantage de ne s'appliquer qu'au français médiéval. Elle explique cependant l'existence de l'« esplumoir Merlin » comme une sorte de nid où Merlin se métamorphose, en abandonnant son apparence d'oiseau W. A. Nitze, « The esplumoir Merlin » dans Speculum , 1949, . Dans l'imaginaire celtique, le merle est un oiseau de l'Autre Monde, en raison notamment de son chant mélodieux qui rappelle celui des bardes et transporte celui qui écoute. En ce sens, la mythologie du merle est proche du personnage de Merlin.

Le merle blanc est aussi le titre d'un conte populaire français (conte-type 550) dans lequel l'oiseau est l'équivalent d'un enchanteur, capable de rajeunir autrui à volonté, objet d'une quête confiée par un roi vieillissant. Par son pouvoir sur l'écoulement du temps et sa capacité à restaurer le pouvoir de la royauté, cet oiseau magique rappelle Merlin. Sa blancheur est une marque de sa nature féerique, un motif fréquent dans l'univers celtique. Les analogies entre Merlin et le merle s'apparentent davantage à un rapprochement postérieur qu'à une véritable étymologie, puisque le nom français de Merlin est plus tardif que les autres formes.

Martin Le gallois est donné pour l'équivalent du français Martin, anthroponyme latin. La forme bretonne Marzhin « Martin » rappelle aussi les Marses, dont le nom est venu à désigner les sorciers et charmeurs de serpents, c'est une forme bretonne dans laquelle [t] / [d] a régulièrement donné [z] cf. vieux breton ard, arth « ours » > breton arzXavier Delamarre (préface Pierre-Yves Lambert), Dictionnaire de la langue gauloise : une approche linguistique du vieux-celtique continental, éditions Errance, 2003, p. 56.. Ce rapprochement est en lien avec saint Martin, cité par , qui dispose de pouvoirs comparables à ceux de Merlin (bien que les siens proviennent de Dieu, et non de forces panthéistes). Le personnage de Merlin l'a vraisemblablement inspiré.

Description vignette|Merlin vu par Louis John Rhead dans King Arthur and His Knights, 1923.|alt=Gravure d'un vieil homme barbu vu de dos, face à un corbeau. Le Merlin connu actuellement à travers les contes et les dessins animés, enchanteur, prophète, homme des bois, maître des animaux et des métamorphoses, sage et magicien proche de la nature, a connu une longue évolution. Merlin n'est pas une création des auteurs du cycle arthurien, son origine est bien plus ancienne. Il est en quelques sortes redécouvert, christianisé et réinventé par différents auteurs pour y figurer. À l'origine, les textes gallois le voient comme un barde. « Personnage capital du Moyen Âge », Merlin devient un véritable mythe littéraire grâce à sa popularité.

Origines Bien avant d'être un personnage littéraire, Merlin appartient à une tradition orale brittonique du Nord : Myrddin vit en Cumbria. "Cette région fut une source de nombreuses traditions brittones" (Y. Guehennec, La tradition celtique, Fouesnant, 2024). Un débat ancien oppose les partisans d'une origine historique à ceux d'une origine mythologique. Il est peu vraisemblable qu'il soit une création littéraire du Moyen Âge. Pour Claude Lecouteux, il provient « de la littérarisation et de la christianisation d’un individu venu d’ailleurs, d’un lointain autrefois que même les auteurs du ne comprenaient sans doute plus »Claude Lecouteux, « Merlin : éléments d’étude stratigraphique » dans Iris , 2001, . Par ses pouvoirs, Merlin s'apparente davantage à une créature de légende qu'à un être humain. La théorie la plus probable, soutenue par Philippe Walter ( h. c.) et différents universitaires, serait qu'il soit né d'une fusion entre un personnage légendaire celte et un personnage historique, un chef de clan supposé et nommé Myrddin, confondu avec l'Ambrosius dont parle saint GildasSaint Gildas (trad. C. Kerboul-Vilhon) De excidio britannia - Décadence de la Bretagne, cité par .

Devin inspiré

Les récits légendaires autour de Merlin prennent certainement leurs sources dans un fonds celtique ou pré-celtique antérieur aux influences chrétiennes. Quelques croyances « folkloriques", mais surtout un groupe solide de traditions poétiques et narratives ont survécu par l'oralité jusqu'au , quand les clercs couchent cette matière orale à l'écrit. Le Merlin primitif commet les « trois péchés du druide » et se retrouve déchu de ses anciennes fonctions, sous l'influence du christianisme qui diabolise la « magie druidique ». Myrddin Wyllt, Lailoken et Suibhne se convertissent tous trois à la foi chrétienne à la fin de leurs récits respectifs. Philippe Walter voit dans la légende celtique originelle de Merlin celle d'un druide divin lié à des rituels saisonniers calendaires, d'où son image d'homme des bois, d'astrologue, de devin et de magicien. L'existence d'un mythe fondateur autour de Merlin dans la mythologie celtique est possible. Cette théorie ne peut toutefois pas être totalement écartée, les premiers auteurs des écrits mentionnant Merlin s'appuyant sur le folklore populaire oral, mais aussi sur des traditions aristocratiques des Brittons de leur époque. Lors de sa christianisation, il perd certaines de ses anciennes caractéristiques comme sa maîtrise du temps, un attribut divin.

Fonds chamanique, divinité de la nature