vignette|250px|Photographie aérienne durant le débarquement.

Le raid de Dieppe ou est une attaque par les Alliés en France occupée, menée le sur le port de Dieppe. Le quart des troupes canadiennes engagées dans cette opération y périt, faisant de cette opération la plus meurtrière de la guerre pour ce pays, l'opération se soldant par un cuisant échec.

À l'aube du 19 août 1942, une force navale composée de huit destroyers et de quatre chasseurs de sous-marins FNFL escortant près de de débarquement de tous types fait route vers les côtes françaises de la Manche. Elle mobilise près de , desquels y laisseront la vie, pour ce qui sera le plus grand raid de la Seconde Guerre mondiale. 74 escadrilles de chasseurs et de bombardiers en assureront la couverture aérienne.

Pour la première fois dans la Seconde Guerre mondiale, des hommes se ruent à l'assaut de ce que les nazis appellent , la protégée par le . La alliée travestit le fiasco en victoire (elle récupère cette catastrophe lors du débarquement de Normandie en indiquant que le but de l'opération était de servir de répétition générale du jour J) tandis que la propagande allemande met l'accent sur l'échec de l'ouverture d'un second front allié en Europe de l'Ouest. Rétrospectivement, l'inefficacité du raid marque la prise de conscience que toute opération alliée visant à reprendre position sur le continent européen passera par une offensive de très grande ampleur et préparée longuement à l'avance.

Avant le raid Contexte L'Allemagne étend son emprise de Biarritz à Léningrad, d'Oslo à Athènes, et de l'océan Atlantique au Caucase. La victorieuse guerre éclair qu'espérait Hitler et ses généraux échoue devant Moscou en . Néanmoins, la pression exercée sur l'Armée rouge par le commandement allemand, à la tête de très combatives, demeure énorme et les colonnes motorisées nazies progressent à vive allure vers les gigantesques complexes industriels de la Volga ainsi que sur les champs pétrolifères de Bakou.

En 1942, « l'année terrible », l'Allemagne triomphe sur tous les fronts. Le Royaume-Uni perd Tobrouk, aux portes de l'Égypte. Le canal de Suez, artère vitale pour son économie de guerre, est directement menacé. Dans l'Atlantique, les « U-Boot » coulent deux fois plus de bateaux qu'en 1941. L'Union soviétique, au prix de pertes énormes en hommes et en matériel, contient difficilement la progression de l'armée allemande vers le Caucase, aux frontières de l'Iran et de la Turquie. Entre les deux mâchoires de l'étau, il n'y a que quelques centaines de kilomètres de désert et de montagnes, ainsi qu'un rideau fragile composé de quelques divisions d'hommes du Commonwealth.

Demandes géopolitiques Depuis plusieurs mois, Staline insiste de plus en plus fermement auprès des gouvernements américain et britannique sur l'urgence d'ouvrir un second front à l'ouest de l'Europe afin d'obliger l'Allemagne à redéployer ses forces et à diminuer ainsi la pression qu'elles font subir à l'Armée rouge. Roosevelt et l'État-major américain laissent entendre à Molotov, le ministre des Affaires étrangères de Staline en déplacement à Washington, qu'un débarquement limité pourrait avoir lieu sur les côtes françaises pour l'été 1942 avec pour but l'ouverture d'un second front ().

Churchill est très réticent à l'égard de l'initiative américaine, car sa vision politique du conflit le pousse plutôt à considérer qu'un débarquement en Afrique du Nord, et un second dans les Balkans qu'il nomme le « ventre mou de l'Europe », conviendraient mieux aux intérêts britanniques. Néanmoins, afin de donner des gages de bonne volonté aux Soviétiques au moindre coût, car il doute désormais de leur capacité à résister beaucoup plus longtemps à la pression allemande, il accepte qu'une opération de portée limitée soit lancée sur les côtes françaises. Ce sera l', qui est rebaptisée après un premier report.

L'emploi des troupes canadiennes est privilégié car celles-ci n'ont pratiquement pas été engagées depuis le début du conflit, ce qui place le Premier ministre Mackenzie King dans une position politique délicate.

Au cours de l'examen d'un projet contre Dieppe entrepris en , une dizaine d'objectifs sont fixés : tester les défenses allemandes, maintenir la pression sur les forces allemandes, gagner en expérience, détruire des radars et une base aérienne, rapporter le maximum d'informations Selon l'historien de marine qui s'est appuyé sur d’archives déclassifiées, un commando est créé en marge de cette opération par Ian Fleming, alors officier du renseignement naval dans la Marine britannique. Ce commando a pour objectif de mettre la main sur des documents allemands secrets, notamment sur la machine Enigma, situés dans un bâtiment du port de Dieppe, alors occupé par la Kriegsmarine..

Forces en présence

Lors de l', les forces alliées se composent de :

50 rangers américains ; 15 commandos français du commando Kieffer des Forces navales françaises libres, sous les ordres de l'officier des équipages de première classe Francis Vourch et dont 3 trouveront la mort ; 237 bateaux dont 7 destroyers de la Royal Navy, 1 de la et 4 chasseurs de sous-marins français (Ch 5 Carentan, Ch 12 Bénodet, Ch 42 Larmor et Ch 43 Lavandou) des FNFL ; 60 escadrilles de chasse ; 7 escadrilles de bombardiers.

Les forces allemandes se composent de principalement du d'infanterie de la d’infanterie. Les Allemands disposent aussi en renfort de la , à Amiens, et de la SS Brigade Leibstandarte Adolf Hitler, à Vernon. Mais ces unités n'auront pas le temps d'intervenir dans la bataille.

Opération Rutter L' est une opération de portée limitée sur les côtes françaises dont le port de Dieppe est l'objectif.

Lord Mountbatten, proche du roi George VI et chef du Quartier général des opérations combinées (QGOC) depuis mars 1942, est chargé de l'organisation de cette opération, à laquelle participent la marine et l'aviation britanniques ainsi que quelques navires des Forces navales françaises libres. Les troupes d'assaut sont constituées par des unités du Corps d'armée canadien, commandé par le général Crerar. Aucun officier ne participe à la planification du raid..

L' doit se dérouler le . Elle est annulée, en raison des très mauvaises conditions atmosphériques qui règnent sur la Manche, alors que les troupes d'assaut sont embarquées depuis plusieurs jours à bord des bateaux qui doivent les déposer sur la côte française. De plus, on signale la présence de la qui vient d'être retirée du front de l'Est et mise au repos à Amiens. Le plan prévoit aussi des bombardements préliminaires intensifs, mais la mauvaise visibilité compromet cette partie du plan et, par conséquent, la fiabilité du reste de l’opération. Pour l'état-major britannique et le général Montgomery, commandant en chef des Forces britanniques du sud de l'Angleterre, l'annulation est définitive puisque, entre autres raisons, le secret de l'opération ne peut plus être assuré du fait que plusieurs milliers d'hommes ont regagné leur cantonnement à terre. Le succès d'une reprise de l'opération paraît, dans ces conditions, sérieusement compromis.

Mountbatten et ses collaborateurs du QGOC décident de leur propre autorité, sans concertation et sous la pression américaine, la reprise du raid quels qu'en soient les risques. Cette décision est facilitée par le fait que Montgomery est alors affecté en Égypte et que le contre-amiral Baillie-Grohman, commandant les forces navales de l’opération, qui avait lui aussi manifesté de sérieuses réserves, est remplacé par le contre-amiral Hughes-Hallett, bras droit de Mountbatten.

Opération Jubilee L' n'a jamais été pensée comme une bataille dans le but de conquérir et de tenir un territoire de façon permanente, mais plutôt comme un raid, une action éclair au terme de laquelle on se retire.. L'objectif officiel est de tester les défenses d'un port en vue d'un débarquement. Mais un film documentaire britannique explique qu'il s'agissait surtout de s'emparer de machines à chiffrer Enigma à 4 rotors, à l'état-major de la Kriegsmarine de Dieppe et à bord des bateaux à quai dans le port. Elle repose désormais exclusivement sur les épaules des troupes d'assaut de la division d'infanterie canadienne commandée par le général John Hamilton Roberts. Ses hommes, pour la plupart, ont suivi un entraînement intense au Royaume-Uni, mais n'ont jamais connu l'épreuve du combat..

Le , à du matin, ce sont , répartis en qui traversent la Manche. À , les troupes canadiennes et deux commandos britanniques accompagnés de américains et marins commando des Forces navales françaises libres débarquent, sur un front de , en quatre points de la côte de part et d'autre du port de Dieppe où est porté l'effort principal une demi-heure plus tard. Parmi les embarcations de débarquement se trouvent des Landing Craft Assault (LCA) pour le débarquement des troupes, des Landing Craft Mechanized (LCM) pour le débarquement des véhicules, des Landing Craft Tank (LCT) pour le débarquement des blindés et des Higgins Boat ainsi que de nombreuses petites embarcations qui complètent ce convoi dont la couverture aérienne est assurée par des bombardiers et chasseurs dont une soixantaine de Spitfire Mk IX. Le point de débarquement est une côte inhospitalière bordée par des plages de galets que surplombent les parois verticales de falaises truffées de défenses de toutes sortes : batteries de canons à longue portée, mortiers, nids de mitrailleuses, bunkers bétonnés, emplacements de tir individuels. Des réseaux de fil de fer barbelé hauts de plusieurs mètres encerclent la ville et obstruent les rares ravines qui permettent d'accéder au sommet des falaises où l'ennemi s'est retranché. C'est à l'assaut d'une véritable forteresse que vont se lancer. d'entre eux y trouvent la mort et y sont blessés ou faits prisonniers.

Ce débarquement doit s'effectuer sur cinq secteurs différents, depuis Berneval et le hameau de Puys, à l'est, jusqu'à Pourville et Quiberville, à l'ouest.

Berneval Au large de Berneval, de débarquement transportent le commando qui doit débarquer à , soit 15 minutes après le lever du jour. C'est l'opération « FLODDEN ». Sept d'entre elles seulement atteignent la côte. Les autres sont dispersées à la suite d'un combat avec des navires allemands faisant route vers Dieppe et dont la présence a pourtant été signalée à deux reprises par l'Amirauté britannique au capitaine Hughes-Hallett, commandant les forces navales de l'opération, qui ne reçoit pas les messages ou les ignore délibérément… L'avantage de l'effet de surprise est perdu et la défense allemande est en alerte. Néanmoins, l'opération se poursuit.

À , 120 hommes et quelques rangers américains à bord de six péniches débarquent à l'est de la position qu'ils doivent attaquer. Ils sont immédiatement cloués sur la plage par le feu des défenseurs allemands retranchés au sommet de la falaise et qui tirent comme à l'exercice. Ils luttent âprement pendant plus de cinq heures, puis, succombant sous le poids de leurs morts et de leurs blessés, ils sont contraints de se rendre.

droite|vignette|Sépulture d'Edward V. Loustalot au Cimetière militaire américain de Neuville-en-Condroz.

La septième péniche dépose le major , trois officiers et 17 hommes à l'ouest de la position, en face de la gorge du « Val au Prêtre » dans laquelle ils s'engagent. Ils grimpent le long de la falaise en s'agrippant aux réseaux de fil de fer barbelés et attaquent avec un armement réduit la batterie côtière de sept canons qui domine la mer et en neutralisent l'action pendant plus de deux heures. Le second lieutenant Edward V. Loustalot y est le premier fantassin américain tué en Europe durant la Seconde Guerre mondiale.

Puys