vignette|redresse|Capanée montant aux remparts de Thèbes foudroyé par Zeus, amphore campanienne à figures rouges, vers , Villa Getty.

Dans la mythologie grecque, la guerre des Sept Chefs ou les Sept contre Thèbes (en grec ancien , en latin ) est une expédition militaire qui oppose une armée menée par sept chefs venue d'Argos à la ville de Thèbes.

Le conflit se déroule une génération avant la guerre de Troie. Il intervient dans le contexte de la succession d'Œdipe et de l'exil d'un de ses fils, Polynice, par son frère Étéocle, qui s'est emparé du trône de la cité. Réfugié à Argos, Polynice parvient à rallier, avec le soutien du roi Adraste, une armée comptant notamment parmi ses rangs Amphiaraos, Capanée et Tydée, qu'il mène contre sa ville natale. Sur le chemin, la mort de l'enfant Archémore, pour qui les Sept Chefs instituent les Jeux néméens, annonce le désastre à venir. Malgré l'ambassade de Tydée, l'assaut a lieu et est un échec pour les Sept Chefs : Adraste est le seul survivant, tandis que les deux fils d'Œdipe s'entretuent, comme le voulait la malédiction prononcée par leur père. Antigone, sœur de Polynice, parvient au péril de sa vie à faire enterrer son frère contre la décision du régent de Thèbes Créon, tandis que Thésée doit intervenir pour offrir une sépulture aux autres guerriers. Une génération plus tard, les fils des Sept Chefs, les Épigones, lancent à leur tour une expédition et vengent leurs pères.

La guerre des Sept Chefs est le sujet de la Thébaïde, une épopée perdue rattachée au Cycle thébain, et apparait dès les épopées homériques. Populaire dans d'autres formes poétiques postérieures, cette guerre figure en toile de fond de plusieurs tragédies athéniennes, comme Les Sept contre Thèbes d'Eschyle et certaines pièces de Sophocle et Euripide. Elle connait une postérité chez des auteurs d'époque romaine, comme Stace avec sa Thébaïde, mais aussi chez des mythographes qui compilent différentes versions du mythe.

Les Sept Chefs sont largement représentés dans l'art grec de la période archaïque et classique, aussi bien en Grèce continentale qu'en Grande-Grèce, ainsi que dans l'art étrusque, dans la céramique, la sculpture et la glyptique, seuls ou en groupe. Au , quelques artistes néo-classiques reprennent ce thème.

Mythe D'après Walter Burkert, le mythe des Sept contre Thèbes pourrait trouver son origine dans l'Épopée d'Erra, un récit babylonien mettant en scène sept démons menés par le dieu de la guerre Erra.

La légende des Sept contre Thèbes apparait en premier lieu dans les épopées. Certains événements préliminaires apparaissent dès lIliade de Homère : le conflit entre Étéocle et Polynice, la tentative infructueuse de rallier les Mycéniens à l'attaque argienne, l'ambassade de Tydée à Thèbes ainsi que la participation de Capanée notamment. La trahison d'Ériphyle et la mort d'Amphiaraos sont également mentionnées dans lOdyssée du même poète. La Thébaïde, une épopée perdue du Cycle thébain, avait, d'après quelques fragments conservés, pour thème principal la guerre des Sept Chefs.

La confrontation entre Étéocle et Polynice est le cœur des Sept contre Thèbes d'Eschyle. D'autres tragédies grecques mettent en scène le conflit des Sept Chefs : Antigone et Œdipe à Colone de Sophocle ainsi que Les Phéniciennes, Les Suppliantes et Hypsipyle d'Euripide. Différents éléments du mythe sont réutilisés dans la poésie lyrique, chez Mimnerme, Stésichore, Corinne ou encore Pindare.

Les textes grecs inspirent de nombreux auteurs latins : Ennius, Lucius Accius, Vopisque mais surtout Stace, avec une Thébaïde en douze livres qui développe le mythe original. Plusieurs auteurs tardifs laissent également des récits détaillés du mythe, comme Diodore de Sicile, le Pseudo-Apollodore, Hygin et Pausanias le Périégète.

La malédiction d'Œdipe

vignette|Johann Heinrich Füssli, , huile sur toile, 1786, .

Dans lIliade, la guerre des Sept Chefs se déroule une génération avant la guerre de Troie ; Hésiode, dans Les Travaux et les Jours, considère ces deux conflits comme les principaux évènements de la race des héros.

La guerre des Sept Chefs trouve son origine dans la dispute entre Étéocle et Polynice, les deux fils d'Œdipe, roi de Thèbes, qui sont maudits par leur père : différentes versions coexistent.

Dans les fragments de la Thébaïde, les deux frères négligent par deux fois Œdipe : une première fois, Polynice utilise deux objets interdits, une table en argent de Cadmos et une coupe en or, hérités par ses ancêtres ; une deuxième fois, les fils donnent à leur père la hanche et non l'épaule d'un animal sacrifié. Outragé, Œdipe les maudit à se battre pour le partage de leur héritage puis à s'entretuer : leur destin est donc de s'affronter.

Chez Stésichore, le devin Tirésias annonce, dans une prophétie, que les deux frères vont s'entretuer : pour éviter cette issue, leur mère leur propose de tirer au sort qui règnera sur Thèbes et qui en sera exilé, emportant avec lui les biens d'Œdipe. Dans la version de Hellanicos, Étéocle propose à Polynice d'abandonner le trône contre le chiton et le collier d'Harmonie. Si ce n'est pas explicité dans ces mythes, Polynice aurait pu déclencher le conflit en souhaitant renégocier ce marché. Dans d'autres versions, Étéocle fait valoir son droit d'aînesse ou utilise la force pour expulser son frère.

Dans Les Sept contre Thèbes, Eschyle n'explicite pas à quelle version du mythe il se rattache : les deux frères se battent pour le pouvoir, Polynice accuse Étéocle de l'avoir exilé et ce dernier espère le long de la pièce que la malédiction de son père ne se réalise pas. Sophocle, dans Œdipe à Colone, raconte qu'Œdipe, expulsé de Thèbes par Créon dans l'indifférence de ses fils, maudit Polynice lorsque celui-ci souhaite se réfugier à ses côtés après son propre exil.

Chez Euripide, les deux frères sont maudits car ils ont enfermé Œdipe après que celui-ci ait découvert la relation incestueuse qu'il a entretenu avec sa mère Jocaste et qu'il se soit crevé les yeux. Les frères évitent alors de se côtoyer, et décident d'alterner règne et exil : Étéocle est le premier à monter sur le trône, mais il ne le restitue pas à son frère au bout d'une année. Cette version est largement reprise par les sources postérieures et tend à s'imposer. Hygin ajoute qu'Œdipe organise cette alternance lui-même.

L'alliance argienne vignette|redresse|Polynice offrant le collier d'Harmonie à Ériphyle, pélikè à figures rouges attique, 450 à , .

Dans les différentes versions du mythe, Polynice exilé se rend à Argos, chez le roi Adraste. Cette arrivée est notamment racontée dans les trois tragédies d'Euripide : alors que Polynice arrive dans la cité et trouve un endroit où s'abriter, il se dispute avec Tydée, lui aussi exilé de Calydon. Adraste, qui assiste à la scène, voit dans les deux guerriers en train de se battre le lion et le sanglier à qui il doit marier ses filles d'après un oracle : Polynice s'unit à Argie tandis que Tydée épouse Déipyle. Adraste promet alors à ses deux gendres de reconquérir leur royaume respectif, à commencer par celui de Polynice.

Amphiaraos, beau-frère d'Adraste et devin, s'oppose dans un premier temps à l'expédition mise en place vers Thèbes car il prévoit une fin funeste. Il est néanmoins obligé de partir sur la décision de sa femme, Ériphyle : celle-ci, depuis une dispute entre Adraste et Amphiaraos, détient le dernier mot en cas de désaccord. Or, elle reçoit de Polynice le collier d'Harmonie et prend donc son parti.

D'après lIliade, Polynice et Tydée se rendent ensemble à Mycènes pour chercher des alliés dans leur guerre, mais les habitants de la cité refusent car Zeus envoie de mauvais présages.

Le nombre et l'identité des chefs de l'armée argienne changent en fonction des sources. D'après Pausanias, c'est Eschyle qui fixe leur nombre à sept, chacun menant son contingent sur une des portes de Thèbes, alors que les traditions plus anciennes semblent en compter plus, venus de différentes cités du Péloponnèse. Dans sa liste, ainsi que dans celle de lŒdipe à Colone , Adraste ne fait pas partie des sept : à Amphiaraos, Polynice et Tydée s'ajoutent Capanée, Étéocle fils d'Iphis, Hippomédon et Parthénopée. Dans Les Phéniciennes et chez les auteurs plus tardifs comme Diodore de Sicile, le Pseudo-Apollodore, Hygin et Stace, Adraste est bien un des sept, et Étéocle n'apparait pas. Le Pseudo-Apollodore cite une variante où Polynice et Tydée sont remplacés par Mécistée et Étéocle. Pausanias décrit enfin un groupe statuaire à Delphes où les Sept sont représentés : Parthénopée y est remplacé par un certain Halithersès.

+Listes comparées des Sept ChefsLes Sept contre Thèbes et Œdipe à ColoneLes Phéniciennes et sources tardivesVariante du Pseudo-ApollodoreGroupe statuaire de DelphesAdrasteAdrasteAdrasteAmphiaraosAmphiaraosAmphiaraosCapanéeCapanéeCapanéeCapanéeÉtéocle fils d'IphisÉtéocle fils d'IphisÉtéocle fils d'IphisHalithersèsHippomédonHippomédonHippomédonHippomédonMécistéeParthénopéeParthénopéeParthénopéePolynicePolynicePolyniceTydéeTydéeTydée

La mort d'Archémore

vignette|redresse|La mort d'Archémore, sarcophage romain de Corinthe, , musée archéologique de l'ancienne Corinthe.

L'armée argienne se met en marche vers Thèbes, mais elle s'arrête dans la région de Phlionte, sur les rives de l'Asopos de Corinthie, où elle institue les Jeux néméens pour commémorer la mort d'Archémore, né sous le nom d'Opheltès.

La version la plus complète de cette légende apparait dans la tragédie Hypsipyle d'Euripide. Opheltès est le fils d' et de Lycurgue et a pour nourrice Hypsipyle. Celle-ci laisse l'enfant sans surveillance, le temps d'emmener l'armée argienne près d'une source d'eau, et Opheltès est tué par un serpent. Amphiaraos persuade les parents de renoncer à la vengeance et qu'il s'agissait du destin de leur enfant, et institue des jeux en son honneur. L'enfant est renommé Archémore, signifiant « le début du désastre », ce qui annonce la fin tragique de l'expédition.

L'ambassade de Tydée vignette|Tydée tuant Ismène, amphore corinthienne à figures noires, vers , musée du Louvre.

Dans lIliade et chez le Pseudo-Apollodore, Tydée est envoyé en ambassadeur à Thèbes alors que l'armée argienne parvient au niveau de l'Asopos béotien. Dans les versions de Diodore de Sicile et de Stace, Tydée part depuis Argos. Cet évènement, à qui Stace consacre une grande partie du deuxième livre de son œuvre, devait faire l'objet d'un long développement dans le Cycle thébain perdu ; il constitue l'aristie de Tydée, telle qu'évoquée chez Homère.

Dans l'épopée homérique, Tydée trouve les chefs thébains chez Étéocle, en train de faire la fête. Ceux-ci semblent refuser ses négociations et il décide de les provoquer dans un concours, qu'il remporte avec l'aide d'Athéna. Sur le chemin du retour, il est pris en embuscade par un groupe de cinquante soldats, menés par Polyphontès et Maeon. Seul ce dernier est épargné par Tydée, qui massacre la troupe.

D'après une scholie à Mimnerme et quelques représentations sur céramique, Tydée aurait assassiné Ismène, une des filles d'Œdipe, sur l'ordre d'Athéna, pendant qu'elle couchait avec son amant Théoclymène ou Périclymène. La présence du héros argien dans la chambre d'une femme avec laquelle il n'a aucun lien de parenté est inexpliquée : il est proposé qu'il s'agisse d'une homonyme, peut-être une fille du dieu fleuve de l'Asopos.

L'assaut sur Thèbes vignette|Le combat entre Étéocle et Polynice, urne funéraire en terre cuite polychrome étrusque de Chiusi, 200 à , musée archéologique et d'art de la Maremme.