Les îles Féroé (, ; , ) sont un archipel européen subarctique du nord de la mer du Nord, aux confins de la mer de Norvège. Sous le nom d'Îles Féroé, l'archipel est l'un des trois pays constitutifs du royaume de Danemark, avec le Danemark lui-même et le Groenland. Les pointes septentrionales des îles de Streymoy et Eysturoy sont à peu près équidistantes de l'Écosse et de l'Islande. L'archipel a une superficie de et compte, en 2023, , appelés Féroïens.
La forme de gouvernement est une monarchie constitutionnelle parlementaire (avec Frédéric X, l'actuel roi de Danemark, pour chef d'État). Les langues officielles sont le féroïen et le danois, les devises la couronne féroïenne et la couronne danoise, la religion d'État le luthéranisme (Église luthérienne des îles Féroé), et la capitale et plus grande ville Tórshavn.
Les Îles Féroé sont une province autonome du royaume de Danemark depuis 1948. Elles possèdent un gouvernement qui leur est propre et qui a compétence dans toutes les affaires, à l'exception de la défense et d'une grande partie de la politique étrangère.
Toponymie et étymologie vignette|Littoral occidental de Suðuroy.
En danois, le nom de l'archipel est (prononcé ). Le terme pourrait provenir du vieux norrois (« mouton »), étant le pluriel défini d (« île ») en danois. signifierait, selon cette hypothèse, « les îles des moutons ».Leur nom polonais est Wyspy Owcze, soit littéralement « Îles des moutons ».. En féroïen, son nom est (prononcé ). est le pluriel d, terme désuet pour « île » qui se retrouve au singulier en finale des noms de nombreuses îles de l'archipel (cf. carte, ci-dessous Géographie).
En français, « îles Féroé » — avec une minuscule à « îles » — désigne l'archipel au sens géographique, tandis qu'« Îles Féroé » — avec une majuscule à « Îles » — désigne le territoire au sens administratif et politique.
Le toponyme « îles Féroés » — avec « Féroés » au pluriel —, bien qu'erroné, peut se rencontrer assez rarement.
Histoire
L'histoire ancienne de l'archipel est mal connue. L'occupation humaine pourrait dater du Faroe Islands were first colonized between to century AD, archaeologists find, medievalists.net, — commentaire de : The Vikings were not the first colonizers of the Faroe Islands, coll., Quaternary Science Reviews, volume 77, , .. Des moines hiberno-écossais pourraient s'y être installés au et y avoir introduit des moutons et des chèvres – mais ce point n'est pas confirmé.
Des recherches récentes, faites à partir d'analyses de crottes de moutons, font remonter au début du l'arrivée de colons, sans doute venus des îles Britanniques..
Vers 650, des Scandinaves s'installent sur l'archipel, y apportant le vieux norrois, qui évolue par la suite pour donner le féroïen actuel. On suppose que ces colons ne viennent pas directement de Scandinavie, mais plutôt de communautés scandinaves autour de la mer d'Irlande, des Shetland, ou des Orcades, et des Norvégiens-Gaëls. Selon la saga des Féroïens, le premier homme à poser le pied sur les îles Féroé, Grímr Kamban, fuyait la tyrannie du roi de Norvège Harald .
Au , Sigmundur Brestisson, dont le clan a prospéré dans le sud des îles, mais a été quasiment exterminé par des envahisseurs venus du nord de l'archipel, s'échappe en Norvège. Il est renvoyé aux îles Féroé afin d'en prendre possession au nom du jarl Håkon Sigurdsson. Il introduit le christianisme et, malgré son assassinat, les îles deviennent possession du roi de Norvège Olaf Tryggvason. La domination norvégienne se maintient jusqu'en 1386, lorsque les îles sont intégrées à l'union de Kalmar, puis à la double monarchie Danemark-Norvège. Le Danemark prend progressivement le contrôle de l'archipel et, lorsque l'union avec la Norvège est dissoute, en 1814 par le traité de Kiel, conserve la possession des îles.
Le monopole du commerce dans les îles Féroé est aboli en 1856. Vers la fin du , l'archipel connaît un éveil national, initialement centré sur le maintien du féroïen et donc d'abord orienté culturellement, puis politiquement après 1906, avec la création des premiers partis politiques.
Le , trois jours après l'invasion du Danemark par l'Allemagne nazie, les troupes britanniques envahissent l'archipel, pour éviter que les Allemands n'y établissent une base avancée et pour renforcer le contrôle britannique dans l'Atlantique nord. En 1942-1943, les Britanniques construisent le seul aéroport des îles, l'aéroport de Vágar. Le contrôle de l'archipel est restitué au Danemark à la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais une autonomie large est introduite en 1948.
Auparavant, en septembre 1946, un référendum d'autodétermination est organisé, et les partisans de l'indépendance l'emportent avec 50,72 % des voix pour une participation de 67,61 %. Le gouvernement féroïen annonce alors l'indépendance prochaine de l'archipel, mais le gouvernement danois la refuse en jugeant l'écart trop faible, le nombre de votes blancs et nuls étant notamment supérieur à l'écart entre les votes Pour et Contre. Le roi Christian X décide de dissoudre le Løgting, provoquant des élections législatives anticipées en novembre 1946. Les partis unionistes l'ayant emporté, le statu quo est maintenu.
En 1973, les Îles Féroé ne rejoignent pas la Communauté européenne avec le Danemark. L'archipel connaît de sérieuses difficultés économiques dans les années 1990, à la suite de l'effondrement de l'industrie de la pêche, et essaye dès lors de diversifier son économie. Le soutien à l'indépendance a grandi et est d'ailleurs l'un des objectifs du Tjóðveldi (Parti républicain).
En mars 2000, le gouvernement féroïen présente au gouvernement danois un projet d'indépendance totale, à l'exception de la couronne danoise, qui resterait la monnaie de l'archipel, et du souverain de Danemark qui demeurerait le chef d'État de l'archipel. Dans ce projet, une coopération est prévue dans les domaines de la justice, de la santé et du transport aérien. Le Gouvernement danois répond que cette indépendance se traduirait par un arrêt de l'aide financière ( de couronnes par an) et exige aussi le remboursement de la dette ( de couronnes). Devant cette menace et dans le contexte de la crise économique dans l'archipel à la suite de l'effondrement des cours du poisson, le référendum prévu pour le est annulé. Les sondages locaux donnaient alors des avis partagés (environ 45 % pour l'indépendance, 45 % contre).
Un nouveau référendum sur l'indépendance, accepté par le gouvernement danois, est prévu le , avant d'être finalement repoussé ...
Géographie
Localisation Les îles Féroé forment un archipel de dix-huit îles principales au large de l'Europe du Nord, situées dans l'océan Atlantique nord, à à l'ouest-nord-ouest des îles Shetland et non loin de la mer de Norvège. Cependant, seule la pointe nord-est de l'île de Fugloy a un point commun avec cette mer. Les îles sont centrées sur 62°N et 7°W.
La terre la plus proche est l'île écossaise de North Rona, à au sud. La côte d'Écosse est située à au sud-sud-est et Aberdeen ne se trouve qu'à . L'Islande est située à au nord-ouest et sa capitale, Reykjavik, à . Le Danemark est distant de au sud-est et sa capitale, Copenhague, de . La Norvège, avec la ville de Bergen, est distante de à l'est.
La superficie de l'archipel atteint . Le tracé littoral est évalué à ; aucun lieu n'est à plus de d'une côte. L'archipel culmine à , au Slættaratindur. Il ne possède pas de lac ni de cours d'eau importants. Les profondeurs autour des îles sont comprises entre 150 et .
Les principales sont Fugloy, Svínoy, Borðoy, Viðoy, Kunoy, Kalsoy, Eysturoy, Streymoy, Vágar, Mykines, Hestur, Koltur, Nólsoy, Sandoy, Skúvoy, Stóra Dímun, Lítla Dímun et Suðuroy ..
Climat vignette|gauche|Diagramme ombrothermique de Torshavn ( d'altitude).
Selon la classification de Köppen, le climat de ces îles est subarctique maritime. Le caractère océanique est déterminé par la dérive nord atlantique : les étés sont frais (températures moyennes : ) et les hivers sont doux (températures moyennes : ) ; les brouillards sont fréquents et les vents forts (la vitesse moyenne du vent est de ). On compte quelque de pluie par an en moyenne. La moyenne des précipitations annuelles sur la capitale est de et il tombe jusqu'à plus de sur les sommets septentrionaux.
L'archipel ne fait donc pas partie de l'Arctique si on se réfère à la ligne de Köppen (c'est-à-dire l'isotherme de + pour la moyenne thermique du mois le moins froid).
Les deux courants dominants, tiède en surface (correspondant à la prolongation du Gulf Stream) et froid en profondeur (issu de la mer de Norvège), se mêlent de telle sorte que ces eaux sont riches en éléments nutritifs et attirent les poissons.
Géologie vignette|gauche|Point culminant de l'archipel : le Slættaratindur (), Eysturoy. vignette|gauche|Profils des côtes en 1767 par le navigateur Yves de Kerguelen Trémarec.
Dès le début du , les géologues se sont surtout intéressés aux minces couches de charbon intercalées entre les formations de basalte. À la fin du , les basaltes des îles Féroé ont été au centre des débats entre neptunistes et plutoniens et la première prospection géologique des îles a commencé dans les années 1820 (Cf. travaux de James et Archibald Geikie qui ont ouvert la voie à Joannes Rasmussen, considéré comme le père de la géologie de ces îles).
Le géologue Joseph Marie Élisabeth Durocher consacra la thèse de son diplôme d'ingénieur géologue de l'École des Mines de Paris aux roches et minéraux des îles Féroé. Puis il parcourt le nord de l'Europe pour étudier les dépôts métallifères et contribue à des articles sur la géologie, la minéralogie, la métallurgie et la chimie, notamment dans l'ouvrage de Paul Gaimard Voyages de la commission scientifique du Nord de la Scandinavie, en Laponie, au Spitlberg et aux Féroé, pendant les années 1838-1840.
J. Rasmussen a publié la première carte géologique complète en 1969.
L'archipel présente une orientation des reliefs — fjords et crêtes — assez nette. La question de cette organisation peut être posée en fonction d'un système de fracturation profond indépendamment des tunnels sous-marins et des fractures plus superficielles.
Sur la carte géologique, trois grands ensembles basaltiques se partagent l'archipel qui fait partie de l'ensemble volcanique de l'Atlantique Nord avec Antrim, Jan Mayen, les Hébrides, l'Islande et une partie du Groenland (essentiellement au sud du Scoresby Sund). Sept formations sont reconnues par les géologues (dont la plus ancienne, Lopra, est constituée de diverses volcanoclastites : lapilli et tuffs). Les îles Féroé sont dominées par des laves basaltiques de type tholéite, formées au Paléogène sur une épaisseur de .. Le plateau Groenland-Féroé s'est vraisemblablement formé par déplacement du point chaud islandais (et peut-être par le déplacement du plateau Vøring), il y a environ d'années (un contexte de marge passive volcanique liée avec le point chaud de l'Islande). Lorsque le point chaud du Groenland parvient à la marge orientale de celui-ci, il y a synergie avec la dorsale médio-atlantique et cette hyperactivité crée l'archipel volcanique. Un second plateau volcanique — le plateau océanique islandais actuel — se forme lorsque le plateau s'approche de la dorsale.
Contrairement à ce qui était proposé précédemment, les géologues pensent que de grands flux composés de laves pāhoehoe ont été charriés durant plusieurs mois à plusieurs années et pas des flux de laves de type ʻaʻā mises en place rapidement. Le Suðuroy, avec la formation Beinisvørð (la vaste étendue latérale sur d'épaisseur), montre des lobes caractéristiques de pāhoehoe gonflées. Ils sont bas et plans plutôt que scoriacés comme de la lave a'a. Ainsi les zones scoriacées supérieures sont réinterprétées comme des altérations dues à la pédogenèse (développement du sol). Les dykes et sills sont nombreux.