vignette|upright=1.8|Logo de la Charte de la participation du public.
La démocratie participative est une forme de partage et d'exercice du pouvoir, fondée sur le renforcement de la participation des citoyens à la prise de décision politique dans le cadre de la démocratie représentative. À la différence de la démocratie directe, le processus de décision ne se fait pas sans les élus mais en collaboration avec ces derniers. On parle également de « démocratie délibérative » pour mettre l'accent sur les différents processus permettant la participation du public à l'élaboration des décisions, pendant la phase de délibération. La démocratie participative ou délibérative peut prendre plusieurs formes, mais elle s'est d'abord instaurée sur le terrain de l'aménagement du territoire et de l'urbanisme, avant de s'étendre dans les champs de l'environnement. Dans ces cadres, les associations jouent un rôle central en tant qu'interlocuteurs pour les autorités publiques. En France, une Charte de la participation du public du ministère de l'Écologie liste les bonnes pratiques en matière de participation du public..
Fondements L'impératif participatif : « démocratiser la démocratie » Apparu à la fin des années 1960, le concept politique de démocratie participative s'est développé dans le contexte d'une interrogation croissante sur les limites de la démocratie représentative, du fait majoritaire, de la professionnalisation du politique et de l'« omniscience des experts ». Ainsi s'est affirmé l'impératif de mettre à la disposition des citoyens les moyens de débattre, d'exprimer leur avis et de peser dans les décisions qui les concernent. Aux États-Unis, une figure clé à l'origine de ce mouvement est Saul AlinskyManuel de l'animateur social, Points Politique, 1976 Être radical : manuel pragmatique pour radicaux réalistes, Aden, 2011 tandis qu'au Canada deux figures clés sont Murray G. Ross et Michel BlondinBLONDIN, M. (1964). Conseil de quartier de Saint-Henri: naissance et développement d’un projet pilote centré sur la participation d’un certain nombre de citoyens d’un quartier, Monographie, Montréal, Conseil des œuvres de Montréal, 40 p.BLONDIN, M. (1965a). «L’animation sociale en milieu urbain: une solution», Recherches sociographiques, vol. 6, no 3, p. 283-304.BLONDIN, M. (1965b). Le projet Saint-Henri : description et analyse d’un projet centré sur la participation des citoyens, Monographie, Montréal, Conseil des œuvres de Montréal, 75 p.BLONDIN, M. et H. OUELLET (1966). L’animation sociale à Montréal, éléments du programme de travail 1966-1967, Monographie, Montréal, Conseil des œuvres de Montréal, 36 p.BLONDIN, M. (1967a). «L’animation sociale : sa nature et sa signification au Conseil des œuvres de Montréal », Montréal, Conseil des œuvres de Montréal, paru en 1968, dans Bien-être social canadien, vol. 20, no 1, jan.-fév. 1968, p. 5-22.BLONDIN, M. (1967b). «Notes sur l’animation sociale en milieu urbain», Cahiers de l’Institut canadien d’éducation des adultes (ICÉA), nos 4-5, p. 44-71.BLONDIN, M. (1967c). L’habitation à loyer modique : ses difficultés, ses exigences, Montréal, Conseil des œuvres de Montréal, 6 p.BLONDIN, M. (1967d). «Quels changements apporte l’animation sociale ? », Cahiers de l’Institut canadien d’éducation des adultes (ICÉA), nos 4-5, p. 165-179.BLONDIN, M., H. OUELLET et R. CHAGNON (1967e). Relogement des familles expropriées. Îlots Saint-Martin, première étape du projet de rénovation urbaine du secteur «Petite Bourgogne», Montréal, Conseil des œuvres de Montréal, 93 p.BLONDIN, M. (1968a). «Problèmes de quartiers détériorés», dans H. BLUMENFELD (dir.), Une ville à vivre : un colloque sur l’habitat d’aujourd’hui et de demain, Compte rendu de la conférence de l’Institut canadien des affaires publiques tenue en 1967, Montréal, Éditions du jour, p. 145-153.BLONDIN, M. (1968b). Journée-rencontre des comités de citoyens – 19 mai 1968, Montréal, Conseil des œuvres de Montréal, 17 p.BLONDIN, M. et al. (1968c). Les implications logiques d’une société où il y aurait une véritable participation, Montréal, Conseil des œuvres de Montréal, 12 p.BLONDIN, M. (1968d). L’animation sociale telle qu’élaborée et mise en œuvre au Conseil des œuvres de Montréal, Montréal, Conseil des œuvres de Montréal, 42 p.BLONDIN, M. (1968e). Le développement de l’animation sociale au Conseil des œuvres de Montréal, Montréal, Conseil des œuvres de Montréal, 4 p.BLONDIN, M. (1968f). «Vie urbaine et animation sociale », Recherches sociographiques, vol. 9, nos 1-2, p. 111-119.BLONDIN, M. (1969a). Bilan du service d’animation sociale – année 1968-1969, Montréal, Conseil des œuvres de Montréal, 4 p.BLONDIN, M. (1969b). «L’animation sociale», Convergence, vol. 2, no 3, p. 29-39.BLONDIN, M. (1969c). Projet d’éducation et d’organisation populaire (POPIR), Montréal, Conseil des œuvres de Montréal, 12 p.BLONDIN, M. et al. (1970). «CIDOC: fenêtre sur l’Amérique Latine », Institut canadien d’éducation aux adultes (ICÉA), Pièce au dossier, no 3.BLONDIN, M. (1971a). L’éducation populaire en Amérique du Sud, Montréal, Institut canadien d’éducation des adultes (ICÉA), 30 p.BLONDIN, M. (1971b). «Animación social: una filosofía par la acción», Educación popular para El Desarrollo (Oruro, Bolivie), vol. 11, no 5, p. 50-58.BLONDIN, M. (1971c). Education and Community Organization Project, Montréal, Conseil de développement social de Montréal, 12 p.BLONDIN, M. (1971d). «Animation sociale», dans J.A. DRAPER (dir.), Citizen Participation: Canada–A Book of Readings, Toronto, New Press, p. 159-171. avec la pratique d'animation sociale ayant pour but de mobiliser les citoyens dans un mouvement de démocratie participative.
Cette nouvelle façon d'appréhender la décision politique répond également au besoin éthique de statuer sur les controverses socio-techniques issues notamment des nouvelles découvertes technologiques et scientifiques. L'ouvrage de Michel Callon, Pierre Lascoumes et Yannick Barthe, Agir dans un monde incertainMichel Callon, Pierre Lascoumes, Yannick Barthe, Agir dans un monde incertain, Seuil, 2002, résume synthétiquement ce problème et les moyens de le dépasser : . Les décideurs doivent avoir, en cas d'erreur, la possibilité de corriger les décisions publiques et d'appréhender à nouveau des options qu'ils avaient abandonnées. Pour éviter l'irrévocable, il faut quitter le cadre des décisions traditionnelles et accepter de prendre, plutôt qu'un seul acte tranché, une série d'actes mesurés, enrichis par les apports des profanes. C'est par exemple, dans le domaine de la santé publique, un acquis des associations de patients victimes du sida. Il est aujourd'hui admis que ces mouvements des malades ont participé à un rééquilibrage de la relation médecin-patient dont les bénéfices se sont étendus bien au-delà de la lutte contre le sida.
Cette nécessité de revitaliser la démocratie s'appuie donc sur un rôle et un pouvoir nouveaux dévolus aux citoyens. Elle s'appuie, comme l'exprimait le philosophe pragmatiste John Dewey, sur une « citoyenneté active et informée » et sur la « formation d'un public actif, capable de déployer une capacité d'enquête et de rechercher lui-même une solution adaptée à ses problèmes »John Dewey, Le Public et ses problèmes, Paris, Publication de l'université de Pau/Farrago, 2003.. En ce sens, la participation citoyenne est intrinsèquement liée à la liberté d'accès aux documents administratifs, ce qui est formalisé, par exemple, dans la Convention d'Aarhus sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement de 1998.
En France, la participation des citoyens s'est traduite par une abondante production réglementaire. à partir des années 1980 et par l'action d'institutions publiques spécialisées, comme la Commission nationale du débat public (CNDP) et le Conseil économique, social et environnemental (CESE). Des associations animent également le débat sur la participation des citoyens à la décision publique, l'Institut de la concertation et de la participation citoyenne (ICPC)., Démocratie ouverte. et Décider ensemble..
Démocratie et cohésion sociale Si la démocratie est une valeur et pas seulement une « technique de gouvernement », une majorité de 51 % des votants, ne représentant qu'une part inférieure à ce chiffre du corps électoral, ne suffit pas à justifier une politiqueFauchard, . L'État est chargé d'assurer la cohérence dans une société qui est hétérogèneSapir, . Aujourd'hui le problème de la cohésion se substitue à celui de l'intégrationRosanvallon, . La démocratie est une activité collective dont la fonction essentielle est de « faire société »Rosanvallon, .
Insuffisances de la démocratie représentative Le désintérêt La participation au premier tour des législatives en France, de 77,2 % en 1958, est tombée à 48,7 % en 2017 : plus de la moitié des électeurs potentiels en 2017 (abstentionnistes + votes blancs) n'ont pas participé au premier tour. Ce désintérêt de la chose publique résulte notamment des dérives médiatiques de l'État spectacle, la personnification de la chose politique qui prend le pas sur le fond (le programme électoral puis l'action gouvernementale), amplifiée par les techniques de communication modernesFauchard , la déception à l’égard des politiciens, l'absence de choix véritable. À cette crise de la représentativité s'ajoutent la désillusion (sentiment que les jeux sont faits), la lassitude, le sentiment d'incapacité à changer le statu quo.
Non-représentativité La non-représentativité au sein du Parlement concerne certaines catégories du peuple, et ne s'exprime plus, entre autres, en catégories socioprofessionnelles, mais en opinions de partis politiques. Or Michel Koebel souligne que nos visions sont profondément marquées et dépendantes de nos conditions d'existence et de notre habitusAlter Eco, , . Les ouvriers et employés, qui constituent la moitié des actifs en France, ne représentent que 5 % des députés. Les jeunes, les femmes, les minorités sont aussi mal représentées quant à leur perception des choses, leur disposition d'esprit ou leur expression, et leur acceptabilité des décisions. Ces catégories sociales font peu partie des partis politiques, des acteurs de pouvoirs, et même des institutions politiques censées les représenterDulong, . Au niveau local, des compétences de plus en plus étendues sont nécessaires à l'exercice d'un mandat local à la suite de la décentralisation. Il en résulte une professionnalisation des élus locaux. L'ensemble de ces facteurs crée une coupure entre les professionnels de la politique et les profanesFauchard, .
Vision d'avenir négligée Selon Pierre Rosanvallon, « les régimes démocratiques ont du mal à intégrer le souci du long terme ». Sont en cause la personnalisation des acteurs politiques et la proximité des échéances électorales, mais aussi les électeurs insuffisamment éclairés ou organisés, ayant délégué leur souci du long terme aux représentants. Or c'est le long terme qui est porteur de l'intérêt généralFauchard, et 139..
Selon Dominique Bourg aussi, l'avenir est un aspect négligé de la démocratie représentative moderne. Il requiert prédiction, précaution et innovation politique. Ainsi par exemple le problème du changement climatique revêt un caractère intrinsèquement prospectif, peu compatible à la fois avec les impératifs de la représentativité personnalisée, et avec les intérêts immédiats des électeurs. En ce qui concerne les générations futures, la notion même de « représentation » est déroutante..
Problématiques liées aux techniques de communication modernes
Deux espaces communicationnels