Cyrille (en grec : Κύριλλος ; en vieux slave : Кѷриллъ), aussi appelé Constantin le Philosophe, né vers 826 à Thessalonique et mort le à Rome, et son frère Méthode (en grec : Μεθόδιος ; en vieux slave : Меѳодїи), évêque de Sirmium né en 815 à Thessalonique et mort le en Grande-Moravie (probablement à Velehrad, où il est enterré dans la cathédrale), sont connus comme « les Apôtres des Slaves », c'est-à-dire ceux qui ont évangélisé les peuples slaves de l'Europe centrale. On leur attribue la conception de l'alphabet glagolitique. Au , leur mission en Grande-Moravie marqua le début d'une ère nouvelle pour les peuples slaves, non seulement dans le domaine religieux mais aussi dans le développement linguistique et culturel.

L'Église orthodoxe fête le natalice de Cyrille le , celui de Méthode le et la synaxe des deux saints isapostoles le . L'Église catholique fête les deux saints le depuis 1970, après avoir assigné leur fête au en 1880 et au en 1897Calendarium Romanum (Typis Polyglottis Vaticanis, 1969), p. 88. L'Église catholique de la République tchèque et de la Slovaquie les fête le . Le Lettre apostolique Egregiae virtutis., le pape les a proclamés co-patrons de l'Europe avec saint Benoît. Jusqu'à la fin du neuvième siècle, la langue officielle d'écriture des Bulgares était le grec. Le génie de Byzance, incarné en Constantin - Cyrille et Méthode, a guidé Slaves et Bulgares vers une culture d'expression slaveDenis Zakythinos, Βyzance état national ou multi-national ?, EKT, Αthènes 1981, p. 35.

Jeunesse Fils d'un drongaire du thème de Thessalonique nommé Léon, et d'une mère appelée Marie, ils appartenaient à une fratrie de sept frères dont Constantin était le benjamin. Leur père étant mort alors que Constantin avait quatorze ans (donc en 841/842), le premier ministre Théoctiste les prit sous sa protection. Constantin, particulièrement, reçut une brillante éducation à Constantinople, sous l'égide, notamment, de Léon le Mathématicien et de Photius, et il fut bientôt connu, sous le nom de « Constantin le Philosophe », comme l'un des hommes les plus savants de la capitale.

Les deux frères entamèrent des carrières de fonctionnaires, Méthode dans l'administration provinciale, Constantin dans la diplomatie : il participa à une ambassade à Bagdad auprès du calife Jafar al-Mutawakkil. Méthode fut le premier des deux à entrer en religion, en 856, dans un monastère du mont Olympe de Bithynie (à environ quarante ans), mais Constantin le rejoignit peu après (âgé de 28/29 ans)Cependant, comme le signale Jacques Le Goff (« Le christianisme médiéval », dans Histoire des religions, coll. La Pléiade, Gallimard, t. 2), Constantin ne semble avoir pris le nom monastique de Cyrille qu'à Rome, à la fin de sa vie, ce qui implique qu'il n'était pas moine avant.. Selon leurs Vies, ils se consacrèrent alors aux « livres » : il est probable, en fait, qu'ils commencèrent alors leurs travaux sur la mise au point de l'alphabet glagolitique et d'une liturgie et d'une littérature religieuse en langue slave.

On sait que l'alphabet existait en 863 et il a dû exiger plusieurs années de travail. Leur région de naissance, autour de Thessalonique, était en grande partie peuplée de Slaves, et leur mère, Marie, était peut-être d'origine slave, puisqu'ils parlaient apparemment la langue.

Mission chez les Khazars En 860, les deux frères, selon la tradition (ou peut-être Constantin seul), sont envoyés en mission chez les Khazars, peuple des steppes établis au nord de la mer Noire et qui a embrassé le judaïsme au . Selon la tradition hagiographique, ils auraient accompli de nombreuses conversions au christianisme au cours de cette mission. D'autre part, ils auraient alors retrouvé en Crimée les reliques du pape Clément I, qu'ils devaient apporter à Rome en 868.

Peu après leur retour, en 862, le prince Rastislav de Grande Moravie envoya une ambassade à Constantinople pour demander des clercs capables d'instruire ses sujets dans le christianisme dans leur propre langue. C'est alors, selon les hagiographes, que les deux frères auraient inventé l'alphabet glagolitique et traduit la Bible (et les principaux textes religieux grecs), en se basant sur la langue slave pratiquée dans la région de Thessalonique d'où ils venaient en quelques semaines ou mois (862-863). Cependant, il s'agissait sûrement de leur part d'une entreprise plus ancienne(en) Ladislas Abraham, article Cyrille et Méthode de la Catholic Encyclopedia, Tome IV, 1908.. Cette initiative a non seulement facilité la diffusion du christianisme mais a également jeté les bases de la littérature et de l'enseignement écrits en langues slaves.

Christianisation de la Bohême et de la Moravie avant Cyrille et Méthode vignette|240px|Saint Cyrille et saint Méthode reçus par le pape (basilique Saint-Clément, Rome).

En , en vertu du traité de Verdun, l'empire franc est divisé en trois États distincts. La Francie orientale, qui deviendra plus tard le Saint-Empire romain germanique, se considère comme l'héritière de l'empire de Charlemagne et de son ambition d'une expansion de l'empire et de l'Église catholique en Europe centrale. Dans la première moitié du , à partir des évêchés de Salzbourg, de Ratisbonne et de Passau, des missionnaires francs pénètrent en Bohême, Moravie et dans la région qui s'étend de la Slovaquie à la Carinthie.

Les aristocrates moraves et tchèques adoptent le style de vie et la religion des aristocrates francs. Rastislav (ou Rostislav) qui prend le pouvoir en Grande-Moravie en est sans nul doute chrétien et il a prêté serment de fidélité au roi de Francie orientale . Il étend rapidement son influence à la Bohême et entre alors en conflit avec Louis le Germanique Pavel Bělina, Petr Čornej, Jiří Pokorný, Histoire des Pays tchèques, Seuil, Paris, 1995, pp. 16-18.

Vers , l'entourage de Rastislav se décide à demander l'appui du pape pour renforcer à la fois son État et la chrétienté. En , il effectue le même type de requête à Byzance : Une ambassade est envoyée auprès des deux chefs, spirituel et temporel, de la chrétienté orientale : le patriarche Photius et l'empereur .

Évangélisation de la Bohême et de la Moravie par Cyrille et Méthode délègue alors en Moravie une mission dirigée par les deux frèresSelon Jacques Le Goff, art. cit., p. 801, c'est Constantin qui part en premier, Méthode ne venant que consolider sa mission. pour y créer une Église de rite oriental et établir avec la Grande-Moravie des relations durables. Constantin et Méthode qui parlent le dialecte slave de Macédoine ont des facilités pour évangéliser ces peuples à qui ils enseignent une liturgie en langue slave Jacques Le Goff, art. cit., pp. 801-803 . La mission byzantine étend vite son action à la PannonieLa Pannonie, limitée au Nord par le Danube est située à l'emplacement de l'actuelle Hongrie, et partiellement de la Croatie et de la Serbie., provoquant ainsi l'opposition de l'archevêque de Bavière qui considère que ses droits sont violés. Mais à partir de , la situation est changée à Constantinople : est assassiné et le patriarche Photius démis de ses fonctions. Constantin et Méthode se rendent alors auprès du pape , apportant à Rome les reliques supposées de qui sont accueillies avec grande vénération par le souverain pontife.

Méthode lui-même, ainsi que ses disciples Clément d'Ohrid, Gorazd, Naum, Angelar et Sava sont alors ordonnés prêtres et diacres, et le pape accepte l'usage du vieux slave comme langue liturgique, ce qui était un point très épineux en Occident, où seuls l'hébreu, le grec et le latin étaient reconnus comme langues religieuses légitimes. consacre aussi Constantin évêque. Mais peu de temps après, en , ce dernier meurt à Rome, après être devenu moine sous le nom de Cyrille. nomme alors Méthode archevêque de Sirmium, en Pannonie, évêque missionnaire pour les Slaves, chargé d'organiser une province ecclésiastique dans les régions à l'est de Salzbourg.

En , Méthode est emprisonné en Souabe à l'instigation des évêques allemands qui contestent sa juridiction et n'admettent pas sa liturgie ; il n'est libéré qu'en sur l'intervention du pape . Appelé à Rome, il est approuvé par le pape , et consacré évêque du royaume de Grande-Moravie en juin , Le diocèse de Nitra est érigé comme premier siège territorial du projet missionnaire de Méthode. En , il fait un dernier voyage à Constantinople où Photius a été rétabli comme patriarche. Il repart ensuite et meurt en Moravie en article « Méthode » dans le Grand Larousse encyclopédique en dix volumes, tome VII, 1963.

Le vieux-slave et le cyrillique vignette|200px|Icône de Bucarest ().

L'œuvre de Cyrille et Méthode est de longue durée. Les Slaves leur doivent une culture exprimée en langue vernaculaire, le vieux-slave, et un accès à la culture byzantine. L'œuvre missionnaire de saint Cyrille et saint Méthode date d'une époque où, malgré la tension qui s'accroît entre l'Orient et l'Occident, la chrétienté a encore le sentiment de former un seul corps.

Avec Cyrille et Méthode, les Slaves ont été dotés de leur premier alphabet et de leurs premiers textes religieux : évangile, psautier, épîtres, offices. Il semble que l'alphabet inventé par Cyrille ne soit pas l’alphabet connu sous le nom de « cyrillique » mais l’alphabet « glagolitique ». Le dialecte slave dans lequel les premiers textes ont été rédigés avec l'alphabet de Cyrille est celui de la région de Thessalonique. À cette époque, le slave présente encore une unité suffisante pour qu’un dialecte du littoral méditerranéen soit compris par des Slaves de l’Europe centrale.

La poursuite de l'œuvre de Cyrille et Méthode vignette|170px|Statues de Cyrille et Méthode à Samara (Russie).

L'œuvre de Cyrille et Méthode se maintient jusqu'en 894 sous le règne de Svatopluk, neveu de Rastislav, qui constitua un empire de la Grande Moravie incluant, en plus de la Moravie, la Slovaquie, la Bohême, une partie du territoire des Serbes polabes, la Silésie, la région de Cracovie et celle du lac Balaton en Pannonie. Mais ensuite, les compagnons des deux frères doivent quitter la région, et le christianisme original qu'ils y avaient implanté tombe sous les coups du clergé germanique: l'évêque allemand prend sa succession et rétablit le latin comme langue d'Église.

Cette dispersion des disciples, accélérée par la destruction du royaume de Moravie par les Magyars ruine en apparence l'œuvre de Méthode, mais permet en fait d'essaimer la liturgie et le nouvel alphabet dans les pays slaves, premièrement en Bulgarie, puis chez les Serbes et les RussesDerjavin, Die Slaven im Altertum, 1948.

En Bulgarie, fin - début , deux centres sont particulièrement actifs, celui de l'école d'Ohrid avec Clément, Naum, Gorazd, Angelar et Sava, et l'École littéraire de Preslav avec Constantin de Preslav, Jean l'Exarque et Chrabr le moine. La Grande Moravie est remplacée par la Bohême où subsistent des monastères fidèles à la tradition de Méthode, et un double culte en latin ou en vieux-slovèneDvornik, The Slavs, p. 171 et Trautmann, Die slavischen Völker und Sprachen, p. 81. En Croatie blanche, c'est autour du monastère de Tynce à Cracovie que le rite vieux-slovène se diffuse. Malgré son mariage avec la princesse de Bohème Dubravka, le roi de Pologne nouvellement converti, Mieszko opte pour le rituel latin. Deux métropolites coexistent pourtant, l'un à Gniezno en rituel latin et l'autre à Sandomir, sans doute en rite vieux-slaveKetrzynski; Paszkiewicz, The Origins of Russia, pp. 89 et 389 qui disparut au moment où le schisme fut officiel (1054).

Peu à peu se précise ainsi en travers de l'Europe, une frontière, non pas politique, mais bien réelle qui sépare le christianisme latin et le christianisme grec.