Lhypercapnie ou lhypercarbie, du grec ancien υπερ, hyper, « au-dessus, au-delà » et ϰαπνοσ, kapnos, « vapeur, fumée, souffle », désigne un excès de dans le sang. Ce phénomène survient lorsque la pression partielle de dans le sang artériel (Pa) normalement voisine de 5,3 ± 0,5 kPa (40 ± 4 mmHg) devient trop élevée ; on parle alors de surcharge du sang artériel en .
Causes L'hypercapnie peut survenir de deux façons distinctes : soit par inhalation d'air ou de mélanges enrichis en dioxyde de carbone ; en cas de pollution de l'air par du , ou en présence d'une atmosphère confinée, par exemple chez une personne enfouie sous la neige par une avalanche, cas où les effets de l'hypercapnie s'ajoutent à ceux du froidGrissom, C. K., Radwin, M. I., Scholand, M. B., Harmston, C. H., Muetterties, M. C., & Bywater, T. J. (2004). Hypercapnia increases core temperature cooling rate during snow burial. Journal of Applied Physiology, 96(4), 1365-1370.) ; on parle alors d'hypercapnie exogène ; soit par hypoventilation due : à une diminution des performances de l'échangeur pulmonaire (insuffisance respiratoire), à une baisse de la sensibilité des centres respiratoires (hypoventilations d'origine toxique ou pharmacologique). On parle alors d'hypercapnie endogène, à une réduction volontaire de la fréquence respiratoire, comme lors d'un entraînement en hypoventilationXavier Woorons, L'entraînement en hypoventilation, repoussez vos limites!, Arpeh, 2014, 176 .
Contrairement aux hypercapnies exogènes, les hypercapnies endogènes sont souvent associées à une hypoxémie.
Par la suite, on abordera exclusivement le cas de l'hypercapnie exogène.
Mécanisme L'accroissement de Pa (pression partielle de dans le sang artériel), lié à la présence de dioxyde de carbone dans l'air inspiré (Pi, pression partielle de dans l'air inspiré) induit une baisse du pH artériel (acidose respiratoire) par suite de la libération d'ions selon la réaction suivante :
+ → → +
Cette augmentation de Pa et la chute concomitante du pH artériel, qui sont d'autant plus importantes que Pi est élevé, vont entraîner un ensemble de réactions physiologiques caractéristiques de l'hypercapnie exogène. Pour la plupart des fonctions physiologiques, ces effets sont biphasiques : effet maximal lors des premières 24 heures d'exposition (hypercapnie aiguë), suivie ultérieurement d'une atténuation plus ou moins importante de ces effets grâce notamment à la mise en jeu par l'organisme, de mécanismes d'adaptation à l'hypercapnie chronique (c'est le cas par exemple du pH artériel qui revient progressivement à un niveau proche du niveau de référence 7,40 après quelques jours d'exposition à une atmosphère enrichie en dioxyde de carboneRadziszewski E. (1987). Effets physiologiques chez l'Homme du confinement de longue durée en atmosphère enrichie en dioxyde de carbone thèse d'État, Fac. Sc. Lyon, -11, 329 pp.).
Effets De premières données expérimentales sur les effets de l’hypercapnie chronique exogène ont été obtenues par K.E. Schaefer « Preventive aspects of submarine medecine » Undersea Biomedical Research 1979, vol.6, 246p. en 1979 aux États-Unis à partir d’expérimentations animales et d’observations faites à bord des sous-marins. Mais ce sont essentiellement les résultats obtenus en France par R. Guillerm et E.Radziszewski « Effects on man of 30-Day exposure to a Pi of 14 torr (2 %): Application to exposure limits » Undersea Biom. Res. 1979, Vol. 6, K.E. Schaefer, éd., S91-S114 au cours d’expériences de confinement de longue durée qui ont permis de préciser les mécanismes d’adaptation de l’Homme à l’hypercapnie exogène et de fixer, sur des bases expérimentales, les limites admissibles de en fonction de la durée d’exposition.
Les données proviennent d'expositions de volontaires à des taux assez élevés : de 0,5 à 4,5 % (soit des pressions partielles de comprises entre 0,47 et 4,28 kPa) pendant 2 à 30 jours, avec une pression partielle d'oxygène de l'ordre de 20 kPa.
NB : le calcul des pressions partielles tient compte de la présence dans les poumons de la vapeur d’eau saturée à soit 6,26 kPa ; il en résulte :
Pi = fraction de dans l’air inspiré (Fi en %) × ( − 6,26 kPa)
De manière synthétiqueE. Radziszewski « Effets physiologiques chez l'homme du confinement de longue durée en atmosphère enrichie en dioxyde de carbone » Proceedings of a colloquium on Space and Sea, Marseille, France, 24-27 novembre 1987, ESA SP-280 edit., mars 1988, 19–23 :
jusqu’à 1 % de dans l’air inspiré (Pi < 0,98 kPa), les effets du sur l’ensemble des paramètres biophysiologiques mesurés ne sont pas significatifs et restent dans les limites de la précision des mesures (zone indifférente). entre 1 % et 2 % de dans l’air inspiré (0,98 kPa < Pi < 1,93 kPa) la surcharge du sang artériel en ne dépasse pas 0,4 kPa (environ 3 mmHg) et la chute du pHa 0,01 u. Le débit ventilatoire s’accroît de 15 % en moyenne à Pi 0,98 kPa et de 45 % à Pi 1,93 kPa ; cet accroissement est dû essentiellement à l’augmentation du volume courant, la fréquence respiratoire restant inchangée. Les variations des autres paramètres biophysiologiques restent discrètes et noyées dans le bruit de fond expérimental. entre 3 % et 4 % de dans l’air inspiré (2,85 kPa < Pi < 3,8 kPa), la surcharge artérielle en avoisine 1 kPa et engendre une baisse significative du pHa de l'ordre de 0,04 u. Il en résulte une stimulation importante des centres respiratoires, se traduisant par une hyperventilation importante et gênante (+ 130 % à Pi 3,8 kPa) ainsi qu’une augmentation de la Pa. À ces concentrations, l’hyperventilation résulte d’une augmentation simultanée du volume courant et de la fréquence respiratoire. On décrit des signes manifestes d’intolérance, tels qu’asthénie, céphalées, gastralgies, troubles du sommeil et une capacité limitée à l’effort, ainsi que des signes d’hyperexcitabilité du myocarde. À noter, enfin, que les effets de l’hypercapnie, qui sont maximaux au cours des premières heures d’exposition (hypercapnie aiguë), sont accompagnés d’une augmentation du nombre d’hématies, liée à une hémoconcentration due à une polyurie hydrique au cours des premières 24 heures d’exposition ; ces effets s’atténuent ultérieurement grâce à la mise en jeu de mécanismes d’adaptation (hypercapnie chronique). Après 24 heures de récupération à l’issue de la période d’exposition au dioxyde de carbone, les valeurs de l’ensemble des paramètres biophysiologiques mesurés reviennent à leur niveau de référence. à partir de 4,5 % (Pi = 4,28 kPa), le seuil de tolérance admissible est dépassé (exacerbation des signes d’intolérance, augmentation de la fréquence cardiaque, de la pression artérielle et de la sécrétion d'hormones surrénaliennes).
+Symptômes en fonction de la pression partielle de Pression partielleEffets2 kPa (0,02 bar)la tolérance des sujets au est bonne sans altération notable des fonctions physiologiques au repos et à l'effort3 kPa (0,03 bar)la tolérance reste satisfaisante au prix d'une surcharge artérielle en , d'une acidose respiratoire et d'une hyperventilation marquées4 kPa (0,04 bar)céphalées, hyperventilation gênante, gastralgies, asthénie, troubles du sommeil.4.5 kPa (0,045 bar)augmentation de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle, stimulation de la sécrétion hormonale surrénalienne.7 kPa (0,07 bar)temps de tolérance limité à quelques dizaines de minutes Chez l'homme en bonne santé, 7,5 % de dans l'air inhalé génèrent de la peur et une anxiété aiguë qui altèrent les fonctions neuropsychologiques fronto-exécutives (flexibilité cognitive, traitement émotionnel, mémoire de travail et mémoire spatiale) ; le temps de latence et les erreurs augmentent dans les tests ; et des symptômes de panique apparaissent (avec troubles de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque systolique)Savulich, G., Hezemans, F. H., van Ghesel Grothe, S., Dafflon, J., Schulten, N., Brühl, A. B., ... & Robbins, T. W. (2019). Acute anxiety and autonomic arousal induced by CO2 inhalation impairs prefrontal executive functions in healthy humans. Translational psychiatry, 9(1), 1–10.. En plongée, l'hypercapnie peut devenir dangereuse car l'hyperventilation et la sensation d'oppression poussent le plongeur à « cracher » son détendeur pour reprendre son inspiration, ce qui conduit inévitablement à la mort par noyade.
Traitement Ils relèvent souvent de la médecine d'urgence et consistent à fournir à nouveau de l'oxygène au patient, mais aussi à traiter les symptômes et dégâts éventuels induits par le manque d'oxygène d'une part (hypoxieBrugger H, Sumann G, Meister R, Adler-Kastner L, Mair P, Gunga HC, Schobersberger W, and Falk M. (2003), Hypoxia and hypercapnia during respiration into an artificial air pocket in snow: implications for avalanche survival. Resuscitation 58: 81-88, .), par l'excès de d'autre part, et, dans certains cas (immersion, séjour sous la neige à la suite d'une avalanche, par les effets de l'eau éventuellement ingérée ou du froid (hypothermieGrissom CK, McAlpine JC, Harmston CH, Radwin MI, Scholand MB, Morgan JS, and Bywater TJ (2004), Hypothermia during simulated avalanche burial and after extrication (Abstract). Wilderness Environ Med 15: 59.Bullard RW and Crise JR (1961), Effects of carbon dioxide on cold-exposed subjects. J Appl Physiol 16: 633-638Brugger H and Durrer B (2002), On-site treatment of avalanche victims ICAR-MEDCOM-recommendation. High Alt Med Biol 3: 421-425Brugger H, Durrer B, and Adler-Kastner L. 1996), On-site triage of avalanche victims with asystole by the emergency doctor. Resuscitation 31: 11-16.).
Notes et références
Annexes Articles connexes Hypercapnie tolérable : détermination des limites admissibles de dioxyde de carbone dans l'air inspiré.
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