La bataille de Sidi-Brahim s'est déroulée en Algérie du 23 au entre les troupes françaises et celles d'Abd El Kader. Elle dure trois jours et trois nuits et se solde par une victoire d'Abd El Kader.

Contexte politico-militaire

Un affrontement continu entre la France et Abd el-Kader Quinze années après la capitulation de Hussein Dey et la fin de la Régence d'Alger en 1830, les combats de Sidi-Brahim s'inscrivent dans la série d'affrontements militaires réguliers, de plus ou moins grande ampleur, entre la France et Abd el-Kader (1808-1883), proclamé sultan (il préféra le titre d'émir) le par une assemblée des tribus après que son père Mahieddine eût déclaré le djihad, la guerre sainte, contre les envahisseurs français. Considéré comme un chef politique et militaire de premier ordre, l'émir constitua une armée organisée de , et 240 artilleurs. Il commence par s'imposer en contre l’agha des Douair, Mustapha ben Ismaël dont il défait les troupes près de Tlemcen, à Meharaz. En , il inflige de lourdes pertes aux troupes du général Trézel à la Macta, près de Mostaganem ; à la fin de 1835 et au début de 1836, l’expédition commandée par le gouverneur général, le maréchal Clauzel, n’a pu tirer aucun succès de l’occupation temporaire de Mascara et de Tlemcen.

La détermination du maréchal Bugeaud Deux séries d'événements importants précèdent les combats de Sidi-Brahim et permettent de comprendre le contexte de guerre permanente qui ne cesse qu'en 1847 avec la reddition de l'émir : le , le général Bugeaud, alors lieutenant-général des armées en Algérie et Abd el-Kader signent le traité de la Tafna par lequel la France reconnaît à l'émir une relative souveraineté sur l'Ouest de l'Algérie. Reniant sa parole, en , l'émir envahit la Mitidja et en 1840 il appelle de nouveau les musulmans à la guerre sainte contre les envahisseurs chrétiens. Devenu gouverneur général de l'Algérie en , le général Bugeaud annonce sa volonté de soumettre l'Algérie tout entière et entame une guerre totale. le , avec 600 cavaliers (les chasseurs d'Afrique du lieutenant-colonel Morris) et les zouaves , le duc d'Aumale, fils du roi Louis-Philippe, s'empare de la smala (capitale itinérante) de l'émir, forte de et , installée à Taguine.

Abd el-Kader, absent lors de l'assaut, se replie dans les confins algéro-marocains pour échapper aux colonnes françaises désormais lancées à sa recherche et qui accentuent leur pression sur lui : le , le général de Lamoricière s'empare de son camp, le même scénario se reproduit le avec la colonne Géry, puis à nouveau avec Lamoricière le et le avec le général Tempoure. Le , les troupes du sultan du Maroc Moulay Abd er-Rahman sont battues à la bataille d'Isly. Privé du soutien actif du sultan et libre de circuler sur son territoire, Abd el-Kader continue depuis le Maroc de longs mois encore de déclencher diverses insurrections qui conduisent notamment au sacrifice des chasseurs à pied à Sidi-Brahim, puis à sa reddition en 1847.

Les circonstances du déclenchement de l'opération

Tensions à la frontière algéro-marocaine Depuis la prise de la smala en , la situation à la frontière algéro-marocaine était très tendue du fait de la présence d'Abd el-Kader dans ce secteur et aussi en raison de la pression mise par le gouvernement britannique sur le sultan du Maroc pour résister aux ambitions de la France en Algérie. Cela conduisit le général Bugeaud à prendre la tête d'une colonne qui arriva le à Lalla-Maghnia, où avait été signé en mars un traité fixant les limites de la frontière entre l'Algérie et le Maroc, et poursuivi sa route jusqu'à Oujda, au Maroc qu'elle occupa et d'où elle s'élança pour remporter la bataille de l'Isly le .

À l'occasion de cette campagne, le général Bugeaud avait installé le un poste militaire à Djemaa el Ghazaouet, petit village côtier à une trentaine de kilomètres de la frontière marocaine. D'abord confié à la garde des guerriers kabyles, il fut renforcé rapidement et placé en sous les ordres d'un officier réputé pour son énergie et son courage, Lucien de Montagnac (1803-1845) promu quelques semaines plus tôt, le , au grade de lieutenant-colonel au 15 Léger. À partir d', la garnison fut sur le qui-vive et obligée de faire plusieurs sorties tant l'agitation des tribus était forte.

Pas de vagues sur la frontière Les consignes du gouvernement du maréchal Soult étaient claires, il ne souhaitait pas d'embrasement à la frontière marocaine. La consigne était à la « vigilance » comme l'avait rappelé en le ministre à Lamoricière, commandant la place d'Oran, en se félicitant de la désignation du maréchal de camp Eugène Cavaignac à la tête de la subdivision de Tlemcen : « J’ai vu avec plaisir que vous aviez établi le maréchal de camp Cavaignac à Tlemcen. Sa présence et son activité intelligente me rassurent complètement sur la défense de cette frontière. Je vous prie de le lui témoigner. ».Lamoricière avait recommandé à Cavaignac beaucoup d’attention et de prudence en surveillant spécialement la ligne allant de Lalla-Maghnia à Djemaa el Ghazaouet en évitant toute pointe vers l’ouest.En , le maréchal Bugeaud s'était déplacé à Djemma-Ghazaouet, pour faire « sentir avec force, combien il pouvait être dangereux d’aller livrer des combats au dehors, ainsi qu’il en manifestait l’intention. ». Dans un courrier du , Cavaignac rappela à Montagnac, de redoubler de surveillance et lui confirma l’ordre expressément donné par Bugeaud et renouvelé par Lamoricière, qui lui interdisait d’effectuer une opération à l’extérieur de la place.Cette lettre fut interprétée par Montagnac comme un reproche à son encontre et, de nature impulsive, il en conçut une vive irritation, d'autant que, selon le Général Paul Azan, ses relations avec Cavaignac étaient mauvaises car il ne le trouvait pas assez ferme.

L'emballement fatal Outre cette correspondance mal interprétée, Montagnac se trouva sous la pression de plusieurs événements qui précipitèrent sa décision.Fin août-début septembre, il devint évident que l'émir avait quitté son camp sur la rive gauche de la Moulouïa pour rentrer en Algérie, faire annoncer dans les montagnes des Trara révoltées et dans la vallée de la Tafna son arrivée prochaine et ainsi gagner les tribus à sa causeNotice manuscrite sur le combat de Sidi-Brahim du capitaine Guénard, officier adjoint du bureau arabe de Djemmaa El Ghazaouet.Le , Montagnac partit même en reconnaissance du côté de Sidi-Brahim, accompagné du Commandant Courby de Cognord et du lieutenant de Saint-Alphonse avec une escorte d'une soixantaine de hussards. La mission ne remarqua rien de particulier.

L'offensive du général Cavaignac De son côté, averti des déplacements d'Abd el-Kader, le général Cavaignac sortit de Tlemcen et se porta sur la rive gauche de la rivière, avec une petite colonne composée du Bataillon de zouaves, de deux bataillons du Léger, d’un bataillon et de deux compagnies d’élite du de ligne, de deux escadrons du Chasseurs d’Afrique et d’un escadron du Hussards, avec deux sections d’artillerie de montagne et cinquante sapeurs.Toute l’infanterie ne comptait que 1340 baïonnettes et la cavalerie 300 chevaux. En avant, à Lalla-Maghnia, se trouvait le lieutenant-colonel de Barral du , avec le Bataillon de chasseurs, un bataillon du Léger, deux escadrons du Chasseurs d’Afrique et deux obusiers de montagne ; « mais, (écrivait le général Cavaignac à la date du ,) l’effectif de cette colonne est si faible, vu l’état sanitaire des troupes, que je ne pourrai l’engager dans le pays des Trara qu’après que je serai maître de ses crêtes. J’aurai alors environ , qui me suffiront pour cerner le pays et y frapper un coup décisif, si j’y trouve une résistance sérieuse. »Du 22 au , le général ne cessa pas de combattre.Dans la nuit du 24, précédée par le Léger, la colonne Cavaignac remonte l'oued Hamman et, conformément à son objectif initial, occupe les points hauts, notamment la position forte de Bal El Nar.Informé à deux heures du matin des combats de Sidi-Brahim et sans nouvelle de Barral, le général, lui-même légèrement blessé et privé du commandant du Zouave, tué dans les combats, préfère se replier sur Lalla-Maghnia.

La sortie prématurée du lieutenant-colonel de Montagnac Le au soir, le caïd de la tribu des Souhalias, Mohammed Ben Trari, qui avait la confiance du colonel, était venu lui demander sa protection en raison du projet d'Abd El Kader de razzier sa tribu. Montagnac avait ordonné une reconnaissance, mais n'avait pas bougé.Le 21, la demande du caïd se faisant plus pressante, Montagnac quitte Djemma-Ghazaouet vers 22 heures avec la majeure partie de la garnison dont il laisse la garde au capitaine du génie Coffyn (qui dispose de 130 chasseurs, 20 hussards et une cinquantaine d'éclopés de diverses unités).

Le détachement Montagnac est composé : de deux pelotons du Hussards (66 cavaliers), placés sous le commandement du Cdt Courby de Cognord, du capitaine Genty de Saint-Alphonse et du sous-lieutenant Klein, de cinq compagnies du Chasseurs (346 chasseurs et carabiniers), placés sous les ordres du Cdt Froment-Coste et du capitaine Dutertre, adjudant-major. ( cie : Cne Burgard; : S-Lt Larrazet; : Cne de Chargère; : Lt de Raymond; -carabiniers- Cne de Géreaux et Lt de Chappedelaine), d'un chirurgien Rozagutti et d'un interprète Lévy, de douze bêtes de somme et de leurs conducteurs, six jours de vivres, soixante cartouches par homme sans réserve de munitions.

Cette sortie prématurée, contraire à toutes les instructions reçues, empêcha Montagnac de prendre connaissance en temps voulu des derniers ordres de mouvement envoyés par le lieutenant-colonel de Barral, dont la colonne, arrivée à Lalla-Maghnia le 21, s'était dirigée immédiatement vers Nédromah par le col de Bab El Thaza.

De là, Barral avait envoyé le capitaine de Jonquières, avec un peloton de Chasseurs d'Afrique, vers Djemma-Ghazaouet pour donner instruction à Montagnac de se porter sans délai à Nédromah. Lorsque l'ordre parvint enfin à Montagnac le 23 au matin, il se trouvait plus à l'ouest, déjà au contact des troupes d'Abd el-Kader et il fit savoir à Barral qu'il allait engager le combat.

L'objectif de Montagnac était de défendre les Souhalia et les Djebala et d'empêcher l’émir de faire la jonction avec les Ghossels, réfugiés dans les Traras où tout le monde prenait les armes en sa faveur.Toute précipitée et contraire aux ordres qu'elle fut, la décision de Montagnac n'était pas sans fondement.

Déroulement de la bataille vignette|gauche|290px|Épisode des guerres d Afrique: Sidi Brahim par Gaspard Gobaut.

Sorti le dimanche à 22 heures de sa garnison de Djemma-Ghazaouet, le détachement du lieutenant-colonel de Montagnac marcha jusqu'à deux heures du matin avant de s’arrêter au bord de l'oued Taouli où il campa jusque vers 11 heures.Il se déplaça ensuite de moins d'une dizaine de kilomètres (deux lieues) pour s'établir au bord de l'oued Tarnana.Dès le début de l'après-midi du lundi 22, des cavaliers ennemis apparurent sur les hauteurs et les premiers coup de feu furent échangés avec les avant-postes et les patrouilles de reconnaissance.La nuit, les mulets restent bâtés, en attendant le combat.

L'échec des charges de hussards Le mardi 23 au matin, les avant-postes ennemis s'étaient rapprochés à moins d'un kilomètre et les crêtes du Djebel Kerhour s'étaient couvertes de 6 à 700 cavaliers.À 9 heures, Montagnac, avec le commandant Courby de Cognord prit la tête des deux pelotons de hussards et des , et compagnies de chasseurs pour se porter au-devant de l'ennemi. La progression dans les ravins était difficile et les chevaux étaient tenus à la bride.