Le château Woolsack ou château de Woolsack ou encore The Woolsack est une propriété foncière située sur la commune de Mimizan, dans le département français des Landes. Construit en 1911 sur les bords du lac d’Aureilhan par l'aristocrate anglais Hugh Grosvenor, duc de Westminster, il est la réplique de The Woolsack, résidence d'été de Rudyard Kipling, auteur du Livre de la jungle. Il est dans un site classéPanneau de présentation du monument sur site par arrêté du Site classé des abords du lac d'Aureilhan.

Présentation Le château Woolsack est une gentilhommière, petit domaine noble à la campagne. Il occupe le sommet d'une butte (tuc, en gascon), offrant un point de vue privilégié sur le lac d'Aureilhan. À l'origine, il a une triple fonction de pavillon de chasse, de maison de vacances et de lieu de réceptions mondaines.

Architecture Le bâtiment est de style architectural « néo Cape Dutch », alliant le style des maisons de campagne anglaises avec le style colonial hollandais, propre à la région du Cap en Afrique du Sud. Il est fait de briques pleines rouges, les murs sont à colombages. Il est de forme carrée et composé de quatre ailes encadrant un patio central à ciel ouvert avec une circulation couverte en pourtour supportée par des colonnes de pierre, desservant toutes les pièces. Les ailes sont dotées de pignons à frontons percés d'œils-de-bœuf et aménagés en pigeonniers. Des chiens-assis marquent l'emplacement des chambres à coucher à l'étage. Une toiture d'ardoises couvre le bâtimentLe pavillon Woolsack, un lieu d'accueil privilégié, service communication du Groupe Gascogne.

La façade principale donne sur le lac. On peut y accéder par un grand escalier partant du débarcadère et menant jusqu'à l'entrée principale de la demeure. Malgré son style imitant l'architecture coloniale du Cap, le bâtiment s'intègre à son environnement, grâce à son habile association de briquettes et de colombages typique de la région et présente dans certaines maisons landaises du pays de BornC'est notamment le cas des maisons ouvrières de l'ancienne forge de Pontenx .

Historique Le duc de Westminster Hugh Richard Arthur Grosvenor, né le , est issu d'une des familles les plus prestigieuses de Grande-Bretagne. Il reçoit à sa naissance le titre de vicomte Belgrave et trois mois plus tard, le surnom de Bend'Or, familièrement Benny, quand Bend'Or, un cheval de son grand-père, remporte une course hippique. Son père, filleul de la reine Victoria, décède en 1884Bulletin des Amopaliens landais, juin 2002 (Association des Membres de l'Ordre des Palmes Académiques).

C'est en 1899, à la mort de son grand-père, le premier duc de Westminster, qu'il accède à l'âge de 20 ans au titre et aux responsabilités ducales. Il est à ce moment réputé pour être l'homme le plus riche d'Angleterre. Après ses études au collège d'Eton, il entame une carrière militaire qui l'amène en Afrique du Sud. Lors de la guerre des Boers, il se fait remarquer par son courage au feu et la pertinence de ses décisions rapides. Là naîtra une indéfectible amitié avec Winston Churchill.

Rentré en Angleterre, il devient le gentleman le plus brillant du Royaume-Uni grâce à ses réceptions fastueuses, grandes chasses et voyages. Il organise ainsi sa vie entre Eaton Hall dans le Cheshire (Angleterre), Lochmore dans le Sutherland (Ecosse), et Bourdon House à Londres.

Origines du château D'une rencontre fortuite entre deux chasseurs, Monsieur Bacon (notaire, maire de Labouheyre et conseiller général des Landes)M Bacon est un des acteurs du développement de Mimizan-Plage. Il est notamment à l'origine de la création du premier casino dans les toutes dernières années du , de l'établissement des bains de mer sur la plage en 1904, des feux d'artifice tirés l'été, de la venue de Maurice Martin en 1905, de la création du syndicat d'initiative en 1921, etc. et le Colonel Rawlinson, proche du duc, naît une aventure hors du commun pour ce recoin du pays de Born. Invité par son ami Rawlinson à participer à une partie de chasse au sanglier organisée par ces deux personnages fin , le duc capture un solitaire sur la rive nord de l'étang d'Aureilhan, au lieu dit « le Serbiat ». Sous le charme, le duc décide d'édifier sur le site même un pavillon de chasse.

Peu après cette première visite, le duc fait l'acquisition en de la dune boisée de Sourgens de plus de 10 hectares sur les berges du lac d'Aureilhan pour y construire un pavillon de chasseMimizan, Woolsack, Coco Chanel et Le Pylône, Georges Cassagne, imprimerie Andres à Labouheyre, juin 2011. Celui-ci lui est offert par la couronne britannique, en reconnaissance du courage dont il a fait preuve pendant la seconde guerre des Boers et pour le service rendu. Les travaux de construction débutent peu après.

Avant même cette date, les architectes du duc avaient déjà travaillé à un projet d'un « Woolsack » anglais. En résidence en Afrique du Sud, le duc occupait en effet au Cap une maison appelée « The Woolsack », aménagée à la demande du premier ministre de la colonie du Cap, Cecil Rhodes par Herbert Baker, architecte renommé, pour en faire la résidence d'été de l'écrivain Rudyard Kipling de 1900 à 1908. Le duc en gardait le meilleur souvenir et souhaitait en construire une réplique en Europe. Il confie pour cela les plans de Baker aux architectes Detmar Blow et Fernand Billerey en les chargeant de la construction de Mimizan.

Nom du domaine Woolsack (en anglais, sac de laine) est à l'origine le nom donné au banc rempli de laine et recouvert de tissu rouge du lord chancelier à la Chambre des lords du Royaume-Uni.

La vie au château Sans attendre la fin des travaux, le duc de Westminster fait son tout premier séjour sur son nouveau domaine dans un chalet spécialement aménagé pour lui pour y passer les fêtes de Noël, événement que relate le Daily Mail dans son édition du . Il vient par la suite séjourner régulièrement jusqu'en 1940 dans sa propriété. À l'époque du duc, l'aile Ouest est consacrée aux pièces de service et au personnel ; l'aile sud comprend salle à manger et salon avec une terrasse donnant sur le lac ; l'aile Est se compose de deux chambres et d'une salle de bains pour le duc et la duchesse ; deux autres chambres et une salle de bains sont situées dans l'aile nord. Le parc est naturellement planté de pins maritimes. Des mimosas, rapportés d’Afrique du Sud, peuplent les sous-bois. Des arbres de Judée et quelques sujets d’espèces plus rares entourent la maison. Les abords sont égayés de camélias roses, de rosiers, d’iris et d’hortensias. Des citronniers et orangers ornent la terrasse.

Ces séjours permettent au duc d'échapper pour un temps aux contraintes officielles et d'organiser chasses à courre et réceptions. Lui et ses invités gagnent la région en train jusqu'à la gare de Labouheyre, où le chauffeur Monsieur Fournier vient les chercher. Mais en l'absence d'un chemin d'accès terrestre, et faute d'accord de la mairie pour en aménager un, c'est en bateau à moteur avec cabine depuis Aureilhan que le duc rejoint sa propriété. Il fait pour cela édifier un ponton en béton sur les bords du lac où il fait graver son initiale « W ». Sur la rive opposée, un ponton en bois au pied des marches permet l'accès à sa propriété. C'est également en bateau que se fait le ravitaillement, la traversée des invités et des chiens (trois meutes). Cet accès quasi maritime ajoutait au charme des lieux aux yeux du duc, ancien lord de l'amirauté britannique.

La venue du duc constitue un événement important pour la région et de nombreux habitants entrent à son serviceMimizan, perle de la côte d’argent, d'Hervé Foglia. Le domaine est en effet un relais de chasse, nécessitant des moyens matériels et humains. Un quartier anglais est construit à l'écart du château, comptant une dizaine de bungalows à la mode anglaise, en bois laqué blanc souligné de noir, hébergeant le personnel chargé d'organiser les parties de chasse, la gouvernante, l’intendant, la meute et les maîtres-chiens, les piqueurs, le muletier, le chauffeur, les palefreniers et les amis. Il y a en permanence une vingtaine de chevaux, une soixantaine de chiens, deux automobiles. On circule d’une maison à l'autre par des sentiers forestiersExposition ASEM Archéologie à Mimizan, juillet 2009.

Invités de marque Le duc entraîne dans son sillage toute une société brillante et cultivée. Les célébrités de l'entre-deux-guerres défilent à Woolsack, conjuguant l'agrément d'une vie mondaine et le charme d'un cadre forestier protégé.

De 1924 à 1930, Coco Chanel est une intime du duc et visiteuse privilégiée du château où elle vient se ressourcer. Elle est parfois accompagnée de ses petites mains, les « cousettes », leur offrant quelques jours de vacances à la villa « Le Pylône »Pension de famille située au 59 rue de la Poste, à Mimizan-Plage, quelques années avant l'instauration des congés payés. La relation entre Coco Chanel et le duc prend fin lorsque celui-ci se marie le pour la troisième fois, avec Loëlia Ponsonby. Leur témoin est Winston Churchill, qui est invité à Woolsack dès 1920. Loelia écrit dans ses mémoires :

« L'un des endroits où j'étais heureuse de revenir était Mimizan dans les Landes, là où nous avions séjourné pendant notre lune de miel. Avant la guerre de 14, Benny avait fait construire cette maison pour chasser le sanglier, mais les sangliers se faisant plus rares, il avait emmené son équipage en Normandie où ils étaient très nombreux. Cependant il espérait toujours que les sangliers reviendraient à Mimizan, et à côté de la maison il y avait un paddock où vivaient un mâle et une femelle. Ils étaient énormes, méchants et empestaient, mais leurs petits marcassins étaient ravissants avec leur fourrure soyeuse et bigarrée, on aurait dit des petits zèbres. Quand ils furent sevrés, on les lâcha dans la forêt, mais en secret la nuit, de peur que les paysans ne s’en aperçoivent et ne viennent apporter leurs factures de dégâts faits aux jardins. A Woolsack, j'y ai fait beaucoup de jardinage, fait abattre des arbres pour dégager la vue sur le lac, j'ai aménagé des marches pour descendre jusqu'à l'eau, et de chaque côté j'ai planté des iris et des rosiers grimpants qui ont admirablement pris dans ce sable fin. Les soirs d'été, nous sillonnions le lac sur mon petit bateau à moteur « le Loelia », pour chasser le canard sauvage, ou bien nous descendions la petite rivière en canoë et allions nous baigner sur la plage de sable fin. La nature y était si calme ! »Livret « the Woolsack », réalisé par le Groupe Gascogne (1995 env.), imprimerie Barrouillet à Dax (100 exemplaires originaux numérotés, puis réédition).

D'autres personnalités de l'époque sont également invitées, comme Charles Chaplin, Salvador Dalí, Suzanne Lenglen, Lloyd George, Georges Carpentier ainsi que le roi d'Espagne Alphonse XIII, le dessinateur Sem, sir Anthony Eden. Winston Churchill, ami intime du duc depuis la guerre des Boers, fait de fréquentes visites à Woolsack, seul ou en famille. Il aime se promener sur les rives du lac et y installe parfois son chevalet pour peindre, il réalisera une vingtaine de toiles représentant Mimizan et ses alentours. C'est à Woolsack que Churchill rencontre Coco Chanel pour la première fois en 1927. Il écrira : « Cette fameuse Coco apparut et j'en fut tout de suite séduit »Extrait de The Woolsack, groupe Gascogne.

Les loisirs Chasse La région très giboyeuse est peuplée de sangliers et chevreuils, permettant de belles parties de chasse à courre, raison d'être du pavillon. Palombes, grives, ortolans, bécasses sont également très recherchés par le duc. Victime de la sur-chasse, le gibier se raréfie avec le temps et le duc déplace parfois bêtes et hommes à Saint-Saens en Normandie pour d'autres parties de chasse à courre.