Le disque de Phaistos ou disque de Phaestos est un disque d'argile cuite découvert en 1908 par l'archéologue italien Luigi Pernier sur le site archéologique du palais minoen de Phaistos, en Crète. Il pourrait dater du milieu ou de la fin de l'âge du bronze minoen (). Son diamètre est d'environ seize centimètres et il est couvert, sur ses deux faces, de hiéroglyphes imprimés à l'aide de poinçons. En tout, ce sont , dont 45 différents, qui recouvrent le disque, en formant une spirale partant de l'extérieur vers le centre de l'objet. Son usage, sa signification et même son lieu de fabrication font l'objet d'âpres discussions. À ce jour, aucun autre objet similaire n'a été retrouvé.

De nombreuses théories entourent ce disque, quant à sa provenance, son utilisation ou sa signification. Alors qu'il n'est pas encore certain qu'il s'agisse d'un texte, la plupart des chercheurs penchent pour cette hypothèse, certains d'entre eux ayant proposé des déchiffrements ou des traductions. Mais l'absence d'objets similaires permettant de confronter leurs théories ne permet pas à ce jour de valider ces hypothèses.

Bien que l'authenticité du disque soit généralement admise, certains chercheurs avancent l'hypothèse qu'il puisse s'agir d'un faux.

Le disque original est exposé au musée archéologique d'Héraklion.

Présentation

Le disque de Phaistos mesure de diamètre et d'épaisseur. Il a été daté par la connaissance de la date de destruction du site où il a été retrouvé.

Les deux faces du disque portent , dont 122 sur la face A et 119 sur la face B. On dénombre différents, arrangés en de deux à sept signes. On ne note que deux séquences identiques, probablement le nom d'un personnage, d'un lieu ou d'une .

Découverte thumb|La tablette en linéaire A découverte en même temps que le disque.

Le site de Phaistos est sondé par Federico Halbherr et Antonio Taramelli en 1894, en ouvrant quelques tranchées sur le flanc sud de la colline de Phaistos. Sous les murs de l'époque hellénistique, encore visibles à la surface, ils butent sur une décharge contenant beaucoup de tessons de poterie minoenne. Mais le projet de lancer des fouilles systématiques est lancé en 1899 avec la création de la mission italienne de Crète. Les fouilles commencent au printemps 1900, quelques semaines seulement après le lancement des fouilles d'Arthur John Evans à Cnossos. Les fouilles avancent très rapidementPour L. Godart, les fouilles seraient allées trop rapidement, surtout si l'on se réfère aux usages en vigueur dans l'archéologie moderne. : au nord-est du site, elles aboutissent à la paroi septentrionale de la pièce 88 et au mur qui forme la limite est du corridor 87. L'angle extérieur dessiné par les murs en question est couvert de roches calcaires. Des déblais partent de ces roches et s'étendent jusqu'à la limite nord-est de la colline.

En 1900-1901, Luigi Pernier ouvre le premier des sondages dans cette partie du site, pendant lesquels il découvre des restes hellénistiques. En 1903, il pratique un autre sondage et met au jour des restes plus anciens dont la plupart remontent au minoen moyen. Les constructions situées dans cette zone sont nettement coupées du reste des constructions palatiales et Pernier les relègue au rang de dépendances : c'est pourquoi leur fouille systématique n'intervient pas tant que le complexe palatial n'est pas entièrement exploré. Cependant, un beau pavement en stuc, un pilier quadrangulaire et une colonne sont des indices signifiant de manière certaine que ces bâtiments devaient avoir une quelconque importance. On note aussi des dalles d'argile, disposées à peu de distance les unes des autres et qui affleurent du sol. C'est là que Pernier fait un nouveau sondage en 1908. Ces dalles d'argile sont en réalité des parois séparant cinq petits compartiments alignés d'ouest en est et enchâssés au sein d'une double rangée de murs fermée par des blocs de calcaire équarris disposés de manière irrégulière. Ces compartiments pratiquement vides ne permettent pas à Pernier de déterminer leur finalité. Mais à l'est du cinquième compartiment, un autre local, appelé chambre 8 et mesurant sur , mieux conservé, doit permettre d'expliquer la finalité de l'ensemble.

Le 3 août 1908, dans l'angle nord-ouest du petit compartiment, à environ cinquante centimètres au-dessus du fond rocheux, parmi des restes de terre noire mêlée à de la cendre, des charbons et des tessons, les archéologues découvrent le disque de Phaistos. Et à quelques centimètres plus au sud-est, pratiquement à la même profondeur, on trouve une tablette en linéaire ACette tablette porte l'appellation PH1..

Le disque de Phaistos est retrouvé posé sur le sol, en position oblique, incliné vers le nord, la face supérieure étant celle qui en son centre présente une rosette. La couche de terre dans laquelle repose le disque remplit trous et aspérités du fond rocheux, mais ne semble pas former un sol, car la terre n'est ni battue ni compacte et contient, tant au niveau du disque que dans les couches inférieures, des tessons appartenant à la même époque.

thumb|Plan du secteur nord-est du palais avant les fouilles de 1908. Les cinq compartiments inexplorés avant cette date sont numérotés 1 à 5 sur le plan. D'après Luigi Pernier. thumb|Secteur nord-est après les fouilles de 1908. Dans le local noté 8 sur le plan, l'astérisque représente l'emplacement où le disque fut découvert, la croix l'emplacement de la tablette en linéaire A. D'après Luigi Pernier.

Authenticité contestée L'authenticité de cet objet est régulièrement mise en cause. Toutefois, la plupart des spécialistes, se fondant sur les rapports de fouilles de Luigi Pernier, considèrent ce document comme authentique. Cette hypothèse a été renforcée par la découverte, en 1934, par Spyridon Marinatos, de la hache d'Arkalochori, qui comporte des gravures de signes qui ne sont pas identiques à ceux du disque, mais assez similaires sans atteindre la même régularité.

L'éventualité qu'il puisse s'agir d'un faux a été soulevée par certains chercheurs. La plupart d'entre eux pensent que le disque aurait été réalisé en 1908, date de sa découverte. Pour Jérôme M. Eisenberg, Luigi Pernier aurait créé ce disque, car il ne trouvait pas de pièce majeure sur le site de Phaistos et voulait à la fois remotiver ses équipes et faire une découverte lui permettant d'égaler les découvertes de Halbherr à Gortyne. Certains estiment cependant que le disque pourrait dater du .

Les doutes sur l'authenticité du disque s’appuient sur 4 éléments :

d'abord l'épaisseur du disque, trop faible pour avoir été manufacturée au second millénaire, l'absence en Crête du type d'argile ayant servi à sa réalisation, la régularité de la cuisson impossible à atteindre avec les fours de l'époque enfin la qualité des poinçons (régularité et finesse) au-delà des capacités des matériaux disponibles à l'époque.

Le modèle ayant inspiré cet artefact pourrait être le disque de Magliano découvert en Toscane dès 1882.

D'autres interrogations entourent sa découverte :

les conditions : le matin alors que la zone avait déjà été fouillée sans succès la veille, l'emplacement en bordure du site, la couche sédimentaire meuble non datée, l'état de conservation extraordinaire par rapport au milieu, la présence des Gilliéron (père et fils, artistes installés à Athènes souvent suspectés de faux) aux côtés de Luigi Pernier, etc.

Eisenberg a souhaité procéder à des tests de thermoluminescence sur le disque afin de tenter de statuer de façon définitive sur l'âge du disque. Le musée archéologique d'Héraklion refuse à ce jour toute étude du disque en dehors de son caisson de verre dans lequel il est exposé, la raison invoquée étant la très grande fragilité du disque.

Le questionnement sur l'authenticité fait l'objet d'un reportage vidéo sur Arte en 2016, on y retrouve Jérôme M Eisenberg.

La richesse et la qualité des objets exposés dans ce musée sont extraordinaires, cependant le disque demeure l'une sinon la principale attraction.

Unicité thumb|Le plomb de Magliano.

La plupart des archéologues qui ne remettent pas en cause l'antiquité du disque estiment qu'il ne s'agit probablement pas d'une œuvre unique. Ils pensent que d'autres réalisations avec ces symboles ont existé ; en effet, les caractères ne sont pas dessinés mais ont été imprimés à l'aide de tampons, ce qui n'est pas un moyen économique de produire un seul disque.

Deux objets ont particulièrement attiré l'attention des chercheurs par leur ressemblance avec le disque : La hache d'Arkalochori est une hache votive sur laquelle quinze symboles ont été gravés qui font penser à ceux que l'on retrouve sur le disque. Le signe qui présente une tête vue de profil (17px|unicode 5.1) a été associé au signe 2 du disque et le signe du tronc avec rameau (17px|unicode 5.1), au signe 22. Il s'avère que les signes qui y sont gravés ne présentent qu'une ressemblance superficielle avec ceux du disque ; de plus, il est aujourd'hui communément admis qu'il ne s'agit que de symboles décoratifs et non d'une écriture. Godart n'hésite pas à parler d'une œuvre effectuée par un minoen analphabète qui n'aurait fait qu'essayer de copier des caractères en linéaire A sans pouvoir donner une signification réelle à l'ensemble. Le disque de Vladikavkaz qui est un disque gravé de signes très proches de ceux de Phaistos, mais gravés à la main, aurait été découvert en 1992 en Ossétie, fait d'argile pure, de couleur marron clair, la marque d'une planche était encore visible au revers. Sur l'endroit du disque ont été tracés trois cercles concentriques qui divisent la surface du disque en quatre champs. Les champs sont recoupés par des lignes verticales et ainsi divisés en secteurs dans lesquels ont été tracés trois à cinq signes. On suppose qu'il s'agit d'une écriture hiéroglyphique et que les secteurs correspondent à des mots. Contrairement au disque de Phaistos qui fut gravé sur les deux faces et à l'aide de poinçon, le disque de Vladikavkaz a été gravé à la main et sur une seule face. Mais pour la chercheuse Efi Polighianaki il ne fait aucun doute qu'un même système graphique a été utilisé pour les deux disques. D'ailleurs on trouve des signes identiques à ceux du disque de Phaistos. Il contient également des symboles différents, ce qui pourrait compléter les déjà connus sur le disque de Phaistos. Néanmoins, la disparition de l'objet, qui suivit de peu la publication de l'article, soulève de sérieux doutes sur son authenticité. Il est généralement admis, et ce jusqu'à son éventuelle réapparition, que l'on ne peut le considérer comme une preuve de la non-unicité du disque.

D'autres objets, même s'ils n'ont pas autant de points communs que les deux précédents avec le disque, ont cependant fait l'objet de rapprochements avec le disque de Phaistos : la bague de Mavro spilio. Il s'agit d'un anneau en or trouvé dans une grotte près de Knossos par Arthur Evans. L'anneau porte une inscription en linéaire A de . D'un diamètre de seulement , la bague n'était sûrement pas prévue pour être portée. Comme pour le disque de Phaistos, la spirale a été tracée en premier, avant d'y graver les syllabogrammes. le disque de Magliano, un disque en plomb étrusque, beaucoup plus tardif que le disque de Phaistos mais dont la disposition n'est pas sans rappeler le disque.

Ainsi, à ce jour, le disque de Phaistos reste un hapax (ou unicum).

Datation