Carteret, prononcé [karteré], est une ancienne commune française du département de la Manche et de la région Normandie, intégrée à Barneville-Carteret depuis 1965.

Géographie

Toponymie Le nom de la localité est attesté sous les formes Carterei., de Cartreio en 1125, Chartrai en 1156., de Cartrahio en 1167, Cartret en 1179, Carterei en 1180, de Kartraio au , Cartrait vers 1210..

Du scandinave Kart (« terrain caillouteux ») et du scandinave Reidh qui signifie le « mouillage »...

Ce nom est porté par la famille de Carteret connue depuis le comme tenant la seigneurie de Carteret puis de Carteret et de Saint-Ouen à partir du avec . L'extension du toponyme, comme l'arrondissement dans le New Jersey (état des États-Unis d'Amérique) est lié à l'histoire de la famille.

Histoire Antiquité Il n'y a pas de preuve archéologique de l'utilisation romaine du cap de Carteret à des fins militaires ni de vestiges d'habitations gallo-romaines sur le territoire de la commune...

Selon certains auteurs une voie secondaire aboutit à Carteret au lieu nommé « le Castel », où un camp romain (exploratorium) surveille la côte et le havre contre un éventuel débarquement d'un envahisseur..

Moyen Âge Un Guy de Carteret () dit l'Oiseleur est le premier seigneur connu notamment à Jersey. Vers le la terre de Carteret relève directement du duc de Normandie.. Un seigneur de Carteret participa à la bataille d'Hastings.

En 1125, (1130) donne l'église à l'abbaye du Mont-Saint-Michel avec les dîmes de la paroisse et une terre à Jersey avec également ses dîmes, ainsi que la chapelle Saint-Ouen de Jersey. L'abbé du Mont est à cette époque Richard de Méré.

Renaud laisse trois fils : Philippe, Onfroy et Geoffroy. Philippe l'aîné sera à son tour seigneur de Carteret. En 1129, il fait bâtir à ses frais sur l'île de Jersey, l'église de Torteval et vint en 1135, en compagnie de sa mère Lucie, restitué à Bernard du Bec, abbé du Mont, les biens donnés par son père dont il s'était emparé, y ajoutant même la dîme de ses moulins ainsi que plusieurs pièces de terre à Jersey et Carteret. Lui succède son fils de Carteret, puis un Philippe de Carteret qui en 1180 doit le service d'un chevalier au duc-roi , puis , fils de Philippe qui est en 1200 seigneur de Carteret. En 1204, après l'annexion de la Normandie continentale par Philippe Auguste il prend le parti du roi d'Angleterre Jean sans Terre à qui il rend hommage pour sa terre de Saint-Ouen de Jersey ; ses biens continentaux sont confisqués par le roi de France. Vers 1210, la terre de Carteret est entre les mains du roi de France par confiscation.

En 1271, (1309) est en possession de la terre de Carteret, et doit au roi de France le service d'un tiers de chevalier. Avec son frère Roger il sert dans l'armée du roi de France Philippe le Hardi contre le comte de Foix. En 1286, passe un accord avec le seigneur de Barneville, Richard Carbonnel, sur les droits et coutumes du havre de Carteret. Succède à Renaud son fils , puis le fils unique de ce dernier, , qui était seigneur de Carteret au début de la guerre de Cent Ans. Les Carteret avaient alors retrouver leurs domaines en Cotentin, probablement rendu en 1258 à la suite du traité de Paris par . Mais la fidélité de envers , considéré comme une forfaiture par le roi de France, entraîna la confiscation définitive des biens des Carteret en Cotentin. Le , , par un acte donné au prieuré du Pré (ou de Bonnes-Nouvelles), faubourg Saint-Sever de Rouen, donne à maître Yves Simon, clerc du roi et de lui même, les héritages de Regnaut de Carteret, chevalier, sis à Carteret, estimés valoir de rente. Mais dès 1349, Carteret est la possession de Jeanne de Clamorgan, qui est également dame de Saint-Plançois-du-Mor (fief de Saint-Sauveur-de-Pierrepont), et en partie de Saint-Pierre-Église et épousa Jean Le Sage, chevalier, seigneur de Chandon en Touraine (Amboise). Leur fils, Pierre Le Sage, seigneur de Chandon, Saint-Pierre-Église et Carteret, épousa Jeanne Piquet. De cette union sont issus : Robert Le Sage (né vers 1380), comte de Chandon, et Raoul Le Sage (), chevalier de Chandon, seigneur de Carteret, de Saint-Plançois-du-Mor et, en partie, de Saint-Pierre-Église et Rauville, qui prêta hommage à et intégra son Grand Conseil.. Entre-temps, en , c'est du port de Carteret que s'embarqua avec armes et bagages, après sa reddition, la garnison anglaise du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte autorisée à quitter le Cotentin..

En 1467, la terre de Carteret est entre les mains du roi de France et ce jusqu'à l'époque de où la terre est érigée en fiefferme.

Temps modernes Le , les commissaires du roi aliènent la terre à Jean Toulorge, pour le prix de et . Celui en cède la moitié à Gilles Le Seigneur qui s'est rendu caution et avait payé la moitié au trésor royal. Toulorge s'installa en Angleterre sans payer sa part, et Le Seigneur, poursuivi en justice et contraint par corps, paya finalement la totalité de la somme et fut mis en possession de l'intégralité de la terre de Carteret.

La fiefferme se composait alors d'une rente de : de froment, de sel, , , (poules) et en argent avec droit de juridiction, gage plège (assemblée de vassaux d'un même fief), cour et usage, reliefs (droits que le vassal doit payer à son seigneur, lors de certaines mutations), treizièmes (droit perçu par le seigneur sur les mutations et les ventes de propriétés), droits de gravage et de pêcherie. Quant au manoir, il était , et il fallait plus de pour le reconstruire et encore près de pour réparer les moulins également en ruine. Le , Gilles Le seigneur vend la terre de Carteret à Pierre Beaugendre, écuyer, pour le prix de et et pour les frais. Le , Pierre Beaugendre remit la fiefferme de Carteret aux commissaires du roi, moyennant le remboursement du prix d'acquisition et des frais.

En 1567, Pierres Beaugendre, écuyer, sieur de Carteret, est taxé pour ce fief de dans le rôle des nobles et roturiers, au titre du ban et de l'arrière ban de la vicomté de Coutances, réalisé par Gilles Dancel, seigneur d'Audouville, lieutenant général du bailli de Cotentin, tenu à Coutances les -. La fiefferme de Carteret, tenu du roi, avait des extensions à Notre-Dame-d'Allonne, Saint-Pierre-d'Allonne et Barneville..

En 1580, la fiefferme de Carteret fut aliénée pour quatre années à plusieurs adjudicataires dont Pierre Lemoigne, Clément, Colas et Bertrand Duval, Jacques Le Pasquet, François Toulorge, Pierre Leclerc, Nicolas Sybran, tous de Carteret, et Pierre Beaugendre qui seront « coseigneurs » de Carteret jusqu'en 1593. En 1593, l'aliénation fut alors faite annuellement au profit du seigneur de Thoville pour , de Gilles Le Chevallier pour et , et Guyon Avoine pour . Le , nouvelle aliéniation, la terre est adjugée à Olivier Tympel pour le prix de , qui le déclare que l'acquisition a été faite pour le baron de La Luthumière (Brix), Antoine de La Luthumière (1619), seigneur de Brix et de La Haye-d'Ectot. Lui succède son fils, François Le Tellier de La Luthumière (1579-1658), seigneur et patron de Brix, La Haye-d'Ectot et autres seigneuries, gouverneur de la ville et du château de Cherbourg, puis la fille et seule héritière de ce dernier, Marie-Françoise de La Luthumière (1625-1695) qui avait épousé, le , Henri de Matignon (1633-1682), comte de Torigny et lieutenant du roi en Normandie. Après la mort le de Marie-Françoise, les terres de Carteret, de La Haye-d'Ectot, d'Yvetot et la baronnie de la Luthumière (Brix), échouèrent, le , à l'une de ses filles, Catherine-Thérèse de Matignon (1662-1699)., à la suite d'un partage entre elle et sa sœur, Charlotte Goyon de Matignon épouse de ..

Le , Catherine-Thérèse de Matignon avait épousé en premières noces, Jean-Baptiste Colbert (1651-1690), marquis de Seignelay, et, le , en secondes noces, Charles de Lorraine (1648-1708), comte de Marsan, sire de Pons et prince de Mortagne, avec qui elle eut deux enfants, Charles Louis et Jacques-Henri de Lorraine (1698-1734), dit le chevalier de lorraine, qui hérita de Carteret. Celui-ci, le , fieffa la terre de Carteret à Robert Henri Rossignol (ou Le Rossignol), écuyer, conseiller du roi, lieutenant civil et criminel au bailliage de Saint-Sauveur-le-Vicomte, maître des Eaux et Forêts, avocat au Parlement de Paris, sieur de Boisroger, moyennant de rente. Mais le , le chevalier de Lorraine vend la terre de Carteret à Pierre Pitteboult (1685-1740), seigneur de Sortosville-en-Beaumont pour la somme de , dont comptant, les restantes constituées en de rente racquitable à la volonté de l'acquéreur.

Le , Pierre Pitteboult remet la terre de Carteret à titre de clameur féodale à Robert Le Rossignol ; remise ratifiée le par le chevalier de Lorraine qui reçut les de capital. Robert Le Rossignol ( à Saint-Sauveur-le-Vicomte), avait épousé, le , Barbe-Françoise Dancel de Quinéville et eurent plusieurs enfants dont : Jean-Baptiste-François Rossignol, écuyer, seigneur de Carteret, Georges-Robert-Michel Le Rossignol, Madeleine-Françoise Le Rossignol.

En 1760, la terre de Carteret passe à Robert Pierre Le Rossignol, sieur de Doublemont, cousin de Jean-Baptiste-François Le Rossignol de Carteret.

Robert-Pierre Le Rossignol, fils de Pierre Le Rossignol et de Catherine du Moustier, né vers 1708 et mort célibataire le au château de Tour-en-Bessin, eut plusieurs héritiers dont Marie-Bernadine de Hennot, dame du Rosel, Barneville, Graffard et Sortosville-en-Beaumont qui reçut la fiefferme de Carteret avec gravage, droits honorifiques et rentes seigneuriales, la grande et petite garenne de Carteret, le château de Carteret, la grande ferme du château et trois autres petites fermes, les fermes de La Moinerie et du lieu Gaugain à Tour-en-Bessin et diverses rentes.

En 1784, un descendant de la famille de Carteret en Angleterre fut nommé baron sous le nom de lord Carteret.

Le dernier seigneur de Carteret fut Hyacinthe Robert François Lefebvre d'Anneville, écuyer, né le , mort le , et dont la tombe se trouve dans l'ancien cimetière de l'église Saint-Louis.

Époque contemporaine En 1842, lors d'une halte chez des amis, Chateaubriand découvre Carteret et sa plage abritée du vent, où ne résident en villégiature qu'une vingtaine de familles.

En 1889, à la suite de l'arrivée du train et grâce à la ligne de bateaux en provenance de Jersey, Carteret, puis Barneville deviennent des stations balnéaires de renom. Le syndicat d'initiative est créé en 1904..

C'est à Carteret que les Américains, le , réalisèrent la coupure du Cotentin, isolant ainsi la place de Cherbourg. Son souvenir est perpétué par un monument érigé près du château d'eau.

En 1964, la commune de Carteret est réunie à celle de Barneville-sur-Mer.

Administration

Population et société Les habitants sont appelés les Carteretais.

Démographie

Économie

Culture locale et patrimoine Lieux et monuments vignette|La plage de la vieille église de Carteret. vignette|Ruines de la vieille église de Carteret, avec son pignon gothique. Le cap de Carteret et son ancien corps de garde, inscrit au titre des monuments historiques.. Maison-phare. Ruines de la vieille église paroissiale de Carteret du , au bas du côté nord du cap, située au bord de la falaise, dédiée à saint Germain le Scot. D'origine romane, avec un appareil en arête-de-poisson de la nef qui s'élève à peine au-dessus du sol actuel, il subsiste notamment le chœur, à chevet plat avec oculus, reconstruction d'époque gothique, . La chapelle nord, au vu de la forme des moulurations des arcs de ce qui reste de sa voûte, date d'un bien avancé. Ces arcs reposaient sur des culots sculptés des symboles des quatre Évangélistes dont le bœuf (saint Luc) et l'aigle (saint Jean) sont encore discernables. À noter que les parties gothiques réemploient d'innombrables fragments de sarcophages taillés dans le calcaire oolithique.