Élisabeth Báthory de Ecséd (Báthory Erzsébet en hongrois, Alžbeta Bátoriová-Nádasdiová en slovaque) est une comtesse hongroise de la famille princière des Báthory, née le . Michel Mourre, Mourre : Dictionnaire encyclopédique d'histoire, Paris, Larousse, 1997, . et morte le . Les accusations d'un pasteur luthérien, et de nombreux témoignages à charge, font d'elle l'une des plus célèbres meurtrières de l’histoire hongroise et slovaque : la « dame sanglante de Csejte (Čachtice) », du nom du château près de Trenčín (dans la Hongrie royale, aujourd’hui une partie de la Slovaquie), où elle vécut la plus grande partie de sa vie.
Après la mort de son mari, quatre complices supposés et elle sont accusés de sévices et de meurtres de filles et de jeunes femmes, dont le nombre reste incertain. Les chefs d'accusation sont cependant parfois discutés par les historiens, du fait qu'il n'existe pas de preuve en dehors de témoignages obtenus sous la contrainte et la torture. Sa condition noble lui évite un procès et l'exécution mais en 1610, elle est emprisonnée dans le château de Čachtice, où elle restera jusqu'à sa mort.
Le cas de Báthory a inspiré de nombreuses histoires et légendes, selon lesquelles elle se serait baignée dans le sang de ses victimes pour garder sa jeunesse . Si ces légendes sont largement mises en doute par les historiens modernes, elles persistent malgré tout dans les croyances populaires.
Biographie Jeunesse et origines vignette|gauche|Ecsed, le lac et le vieux château. Élisabeth Báthory naît dans une propriété familiale à Nyírbátor, dans le royaume de Hongrie, le . Elle passe son enfance au château d'Ecsed.
Son père est György Báthory, un membre de la branche Ecsed de la famille Báthory, favorable aux Habsbourg. C'est l'un des frères d'André Báthory, gouverneur de la Transylvanie de 1552 à 1553 pour le compte des Habsbourg. Par sa mère Anna, issue de la branche Somlyó de la famille Báthory, elle est la nièce d'Étienne Báthory, prince de Transylvanie, qui deviendra roi de Pologne.
Mariage vignette|redresse|gauche|. Dès l'âge de onze ans, Élisabeth est promise en mariage à Ferenc Nádasdy et confiée à sa future belle-mère, Orsolya Nádasdy, née Kanizsay de Kanizsa, laquelle la prépare à son devoir d'épouse et de mère.
Elle emménage au château de Sárvár. Là, elle aurait eu une amourette avec un paysan et aurait accouché d'une fille, morte à la naissance. En 1575, à l’âge de quinze ans, elle se marie avec Nádasdy, à Vranov nad Topľou.
vignette|Ruines du château de Čachtice. Ferenc lui offre comme cadeau de mariage le château de Čachtice, situé dans les Carpates, près de Trenčín, entouré d’un village et de champs. Nádasdy l'a acheté à l’empereur du Saint Empire, ce qui en fait une propriété de la famille.
En 1578, Nádasdy devient commandant en chef des troupes hongroises, qu’il mène durant la guerre contre l'Empire ottoman.. C'est un homme courageux mais cruel. Pendant les absences de son mari, Élisabeth Báthory gère leurs affaires..
Pendant les dix premières années de leur mariage, Élisabeth n'a pas d'enfant. En 1585, une fille, Anna, naît. Une autre fille, Orsolya, et un fils, Andras, suivent, mais tous les deux meurent en bas âge. Élisabeth donnera encore naissance à Katarina et à Pál, ce dernier étant né en 1598.
Durant la « Longue Guerre » contre les Ottomans (1593-1606), elle est chargée de la défense des propriétés de son mari .. La menace est sérieuse : le village de Čachtice a été pillé par les Turcs en 1599 Cachtice., et Sárvár, situé près de la frontière qui sépare la Hongrie royale et la Hongrie ottomane, est en plus grand danger encore.
Élisabeth est une femme cultivée, sachant lire et écrire en hongrois, allemand, slovaque, roumain, grec et latin. D’après les lettres qu’elle a laissées, on connaît plusieurs cas où elle intervient en faveur de nécessiteux, notamment une femme dont le mari avait été capturé par les Turcs, ainsi qu'une autre dont la fille avait été violée et mise enceinte.
Son mari meurt en 1604, à l’âge de quarante-huit ans. Son décès pourrait être lié à une blessure reçue au combat mais, selon d’, il aurait été assassiné par une prostituée, ou bien par le général Giorgio Basta, un condottiere italien au service des Habsbourg, combattant contre les Báthory en Transylvanie.
Arrestation Enquête Entre 1602 et 1604, le pasteur luthérien István Magyari vient dénoncer publiquement à la cour de Vienne des atrocités qui, selon la rumeur, auraient été commises par Élisabeth Báthory.
Les autorités mettent un certain temps avant de répondre aux plaintes de Magyari. Finalement, en 1610, l'empereur du Saint-Empire charge György Thurzó, palatin de HongrieUne sorte d'équivalent de premier ministre et de juge suprême., de l'enquête. En , Thurzó demande à deux notaires de rassembler des preuvesLettres du de Thurzó aux deux hommes, reproduites dans ..
Avant même d’avoir obtenu des résultatsLe , András de Keresztú envoie trente-quatre témoignages à Thurzó. Le , Mózes Cziráky en envoie dix-huit., Thurzó commence à négocier avec le fils d’Élisabeth et ses deux beaux-fils. Un procès et une exécution causeraient un scandale public et jetteraient la disgrâce sur une famille noble et influente ; la fortune d’Élisabeth serait saisie par la couronne. Thurzó se résout à assigner la comtesse à résidenceUne lettre du du beau fils d’Élisabeth Zrínyi à Thurzó fait mention de l’accord négocié plus tôt. Voir ..
Accusations On dénombre plus de collectés en 1610 et 1611. Les rapports du procès comprennent les témoignages des quatre accusés, ainsi que ceux de treize autres témoins, notamment le « castellan »Le gouverneur du château., et le reste du personnel du château de Sárvár.
Ses premières victimes seraient de jeunes paysannes de la région, attirées à Čachtice par des offres de travail bien payées pour être servantes au château. Plus tard, elle aurait commencé à tuer des filles de la petite noblesse, envoyées chez elle par leurs parents pour y apprendre l’étiquette. Des rapts semblent aussi avoir été pratiqués.
La description de tortures mises en évidence durant le procès sont souvent fondées sur le ouï-dire. Parmi les atrocités décrites on cite notamment : de longs passages à tabac, entraînant souvent la mort ; des brûlures et autres mutilations des mains, parfois aussi sur le visage et les parties génitales ; des morsures atteignant des parties de peau du visage, des bras et du corps ; une exposition au froid entraînant la mort ; une mise à mort par dénutrition.
L’utilisation d’aiguilles sera aussi mentionnée au procès par les collaborateurs. Certains témoins mentionnent des proches qui seraient morts au château. D’autres rapportent des traces de torture sur des cadavres ; certains étaient enterrés au cimetière, d’autres dans des lieux divers.
Selon les déclarations des accusés, Élisabeth Báthory aurait torturé et tué ses victimes non seulement à Čachtice, mais également dans ses propriétés à Bécko, Sárvár, Deutschkreutz, Bratislava, Vienne et même sur le chemin entre ces différents lieux.
En plus des accusés, plusieurs personnes sont mentionnées comme ayant fourni des jeunes filles à Élisabeth Báthory. Le nom d'Anna Darvulia est ainsi cité : c'était sans doute une femme des environs, dont la rumeur dit qu’elle aurait joué un rôle important dans le déclenchement des agissements sadiques d'Élisabeth Báthory. Elle serait cependant morte avant cette dernière.
Le nombre total de jeunes filles torturées et tuées par Báthory selon l'accusation reste inconnu, bien qu’on en mentionne une centaine entre les années 1585 et 1610. Les estimations diffèrent grandement. Szentes et Fickó en rapportent respectivement 36 et 37 au cours de leur période de service. Les accusés estiment le nombre à une cinquantaine ou plus. Le personnel du château de Sárvár évalue le nombre de corps retirés du château à 100, peut-être même 200. Un témoin au tribunal évoquera un carnet, dans lequel un total de aurait été consigné par Báthory elle-même. Ce carnet n’a été mentionné nulle part ailleurs et n’a jamais été découvert ; cependant, ce nombre fait partie de la légende entourant Báthory.
Tous ces chefs d'accusation sont pris avec prudence par les historiensMiklós Molnàr, Histoire de la Hongrie, Paris, Librairie académique Perrin, 2004, . car, comme le souligne la BBC, Dossiers de la BBC.. Point que souligne également l'historien Miklós Molnàr, spécialiste de la Hongrie qui n'exclut pas que toute cette affaire ait été un coup monté pour faire main basse sur la fortune d'Erzsébet Báthory et mettre fin à son pouvoir, les témoins ayant inventé ou exagéré des faits dans le seul but de mettre fin à leur supplice. Par ailleurs, Molnár souligne aussi qu'aucun corps n'a été trouvé et que la comtesse n'a pas eu la possibilité de se défendre contre ces accusations, et il conclut ainsi :
Certaines légendes populaires véhiculent également l'idée selon laquelle la comtesse se serait baignée dans le sang de ses victimes pour conserver sa jeunesse. Mais comme le notent des historiens comme , , , À la recherche de Dracula : l'histoire, la légende, le mythe, Robert Laffont, 1973. et Molnàr, et n'est soutenue par aucune preuve, ni aucun témoin dossiers de la BBC.. Les essayistes Elizabeth Miller. et Michel Meurger soulignent la crédulité de certains universitaires exégètes de Dracula face aux inventions romanesques de l'ouvrage de l'écrivaine surréaliste Valentine Penrose, Erzsébeth Bathory : La Comtesse sanglante (Paris, Mercure de France, 1962), Ainsi, le professeur angliciste Jean Marigny continue-t-il d'évoquer les censément pris par Élisabeth Báthory. bien que , précise Michel Meurger, regrettant que les chercheurs français recourent trop souvent à Penrose plutôt qu'aux études historiques sérieuses d'universitaires hongrois ou allemands.
En 1984, l'historien hongrois avança une théorie selon laquelle Élisabeth Báthory n'aurait pas commis ces crimes et aurait été victime d’une conspiration , , Budapest, 1984.. Cette théorie a été cependant rejetée par György Pollák en 1986 György Pollák, « », dans , Budapest, , .. Néanmoins, en 1997, le Mourre, dictionnaire encyclopédique d'histoire, mentionne la thèse de László Nagy et la considère comme possible :
Procès Thurzó se rend à Čachtice le , et fait arrêter Élisabeth Báthory, ainsi que quatre de ses serviteurs, accusés d’être ses complices. On dit que les hommes de Thurzó auraient trouvé le corps d’une fille morte et celui d'une mourante. Une autre femme est trouvée blessée, d’autres enferméesLettre de Thurzó à sa femme, , publiée dans ..
Tandis que la comtesse est assignée à résidence ses complices sont poursuivis. Un procès, préparé à la hâte, se tient le à Bytča, présidé par le juge de la Cour royale suprême, Theodosious Syrmiensis de Szuló, et vingt juges associés. Élisabeth elle-même ne comparaît pas au procès.
Les accusés au procès sont : Dorottya Szentes, désignée aussi sous le nom de Dorkó, Ilona Jó, Katalin Benická, Le nain János Újváry, Ibis ou Ficzkó.
Dorkó, Ilona et Ficzkó sont reconnus coupables et exécutés. Dorkó et Ilona ont les doigts arrachés, avant d’être jetées au feu, tandis que Ficzkó, dont la culpabilité est jugée moindre en raison de son jeune âge, est décapité avant d’être jeté aux flammes. Un échafaud public est érigé près du château pour montrer que justice a été rendue. Katalin Benická est condamnée à une sentence de prison à vie, car elle a agi uniquement sous la contrainte et l’intimidation des autres, comme l'attestent les témoignages.
Dernières années et mort Élisabeth, jamais poursuivie au tribunal, reste assignée à résidence dans une seule pièce de son château et ce jusqu’à sa mort.