Jacques Lemaigre Dubreuil, né le à Solignac (Haute-Vienne) et mort le à Casablanca (Maroc), est un homme d’affaires, dirigeant du groupe Lesieur et militant politique français.
Dans les années 1930, il préside la Fédération nationale des contribuables et est proche des milieux d’activistes d'extrême droite qu'il finance comme la Cagoule. Durant la Seconde Guerre mondiale, il participe aux négociations sinon aux complots préparant le débarquement américain en Afrique en Nord de novembre 1942 puis, après la guerre, se rapproche des milieux autonomistes du Maroc.
Il a été assassiné, vraisemblablement par un groupe terroriste bien que la justice n'ait jamais conclu sur ce point.
Origines et jeunesse Né dans une famille d'ancienne bourgeoisie du LimousinPierre-Marie Dioudonnat, le Simili-Nobiliaire-Français, éd. Sedopols, 2012, p.501, Jacques Lemaigre Dubreuil est le fils de Georges-Léon Lemaigre Dubreuil (1864-1933), qui fut maire de Solignac pendant quarante ans, et de Geneviève Labour. Jacques eut un frère aîné, René (1892-1979) et deux sœurs, Marie-Louise (1893-1984) et Edmée (1898-1961).
Il fait ses études à l'école Gerson à Paris puis à l'École des sciences politiques.
Carrière militaire Campagne contre l'Allemagne Le , Jacques Lemaigre Dubreuil est appelé comme cavalier au 20e régiment de dragons, habituellement en garnison à Limoges et à cette date en mouvement entre la Lorraine et la Marne, .. Il est promu brigadier le puis aspirant le , alors que le régiment occupe un secteur de tranchées en Alsace. Après une période d'instruction à l'École de cavalerie de Saumur, il est affecté au Centre d'instruction des autos-mitrailleuses (CIAM) à Versailles. Début , le CIAM le détache, en tant qu'aspirant, au 10e groupe d'autos-mitrailleuses et autos-canons (GAMAC), retiré du front de la Somme pour rejoindre la mission française d'assistance à la Roumanie. Le capitaine Richemond, commandant le GAMAC indique que J. Lemaigre Dubreuil, comme tous les officiers français détachés en Roumanie, prend pour la durée de la mission le grade supérieur au sien, soit celui de sous-lieutenant, p. 32..
Quelques semaines après son retour en France, il est confirmé à titre définitif le dans son grade de sous-lieutenant ce qui lui permet de rejoindre le 15e groupe d'autos-mitrailleuses et autos-canons en octobre comme chef de section. Il participe ainsi à tous les engagements offensifs et défensifs de l'année 1918, notamment près de Château-Thierry, à Mont-Saint-Père, où il est blessé le . Ses lui valent d'obtenir quatre citations et de recevoir la croix de chevalier de la Légion d'Honneur, p. 19-24.. De 1918 à 1922 Après avoir été promu lieutenant le , il quitte le GAMAC le et se voit détaché à la mission française à Constantinople à partir du jusqu'à la fin d'. Il passe alors à l'armée du Levant, chef de section au 6e groupe d'autos-mitrailleuses de cavalerie en Cilicie, où il obtient une nouvelle citation à l'ordre de l'armée. Rapatrié en 1921, il effectue un stage à Saumur à la fin de l'année, passe en garnison au 3e régiment de hussards à Strasbourg puis prend un congé sans solde de trois ans fin à l'issue duquel il démissionne de l'armée. Il est promu capitaine de réserve le Registre matricule du département de la Haute-Vienne, bureau de Limoges, classe 1914, matricule 1685 (Archives départementales de la Haute-Vienne, 1R763, vues 315-316/884)..
L'après-guerre Administrateur et directeur général de Lesieur En 1922, de retour à la vie civile, il travaille à la Banque des pays du Nord puis la quitte pour rejoindre la société Marc Desaché, courtiers à la Bourse de Paris.
Le , il épouse Simone Lesieur (1904-1992)Clothilde de Gastines, « Chronique d'une décolonisation – Jacques Lemaigre Dubreuil au Maroc, 1950-1955 » , dans La Lettre de la coopération française au Maroc, 20, mai 2006, 16/36, sur le site ambafrance-ma.org, consulté le 11 mars 2010. Texte intégral sur le site de l'auteure.Le Gaulois, 31 janvier 1926, seconde fille de Georges Lesieur, fondateur de la société des « Huileries Georges Lesieur »Collectif, Dictionnaire historique des patrons français, Flammarion, 2010, . Simone Lesieur possède alors actions de l'entreprise de son père, soit 7,5 % du capital contrôlé à 65 % par son père et ses trois filsTristan Gaston-Breton, Lesieur, une marque dans l'histoire 1908-1998, Paris, Perrin, 1998, . Jacques Lemaigre Dubreuil intègre son conseil d'administration la même annéeTristan Gaston-Breton, Lesieur, une marque dans l'histoire 1908-1998, Paris, Perrin, 1998, . En 1931, à la mort de Georges Lesieur, il devient, à l'âge de , l'un des dirigeants de la société familiale. Il prend en charge son développement en France et à l'étranger jusqu'à sa mort.
En pratique, il partage la direction de l'entreprise avec son beau-frère Paul Lesieur (1885-1966), deuxième fils de Georges et héritier désigné depuis la mort en 1930 du fils aîné, Maurice. Paul Lesieur préside le conseil d'administration, gère la direction opérationnelle de la société, la production ainsi que le complexe d'expéditions. Lemaigre Dubreuil, lui, s'occupe principalement du marketing en France et à l'étranger ainsi que de la production et de l'acheminement à Coudekerque des matières premières notamment en provenance de Dakar au Sénégal. Son rôle reste assez discret au sein de la firme jusqu'à la Seconde Guerre mondialeTristan Gaston-Breton, Lesieur, une marque dans l'histoire 1908-1998, Paris, Perrin, 1998, . Il devient directeur général de l'entreprise en 1934 mais il partage cette fonction avec Henri Lesieur, troisième fils de GeorgesTristan Gaston-Breton, Lesieur, une marque dans l'histoire 1908-1998, Paris, Perrin, 1998, .
En , Lemaigre Dubreuil est désigné seul directeur général de LesieurTristan Gaston-Breton, Lesieur, une marque dans l'histoire 1908-1998, Paris, Perrin, 1998, (Du fait de la législation du régime de Vichy, il abandonne pendant la guerre son poste d'administrateur, qu'il retrouve après le conflit). . Il supervise les usines que la firme construit en Afrique durant le second conflit mondial, créées à la demande du régime de Vichy mais aussi en prévision de l'après-guerre, et mises en service entre 1943 et 1948Tristan Gaston-Breton, Lesieur, une marque dans l'histoire 1908-1998, Paris, Perrin, 1998, Gazette des tribunaux du Maroc, 22 février 1941. Il préside les nouveaux établissements de Lesieur en Afrique : Lesieur Afrique-Casablanca, Lesieur Afrique-Dakar, et Lesieur Afrique-Alger, fondés en 1941Tristan Gaston-Breton, Lesieur, une marque dans l'histoire 1908-1998, Paris, Perrin, 1998, .
Il possède comme sa belle-famille des intérêts dans les magasins du Printemps, dirigés depuis 1920 par Pierre Laguionie, qui a épousé Germaine Lesieur, autre fille de Georges LesieurCollectif, Dictionnaire historique des patrons français, Flammarion, 2010, . Paul Lesieur remplace son père au conseil de surveillance de la société possédant le Printemps. et a quitté le conseil d'administration de Lesieur en 1926Tristan Gaston-Breton, Lesieur, une marque dans l'histoire 1908-1998, Paris, Perrin, 1998, (Son épouse rejoint le conseil en 1940 toutefois).. Le Printemps s'occupe de la direction et de la gestion des grands magasins Jones, installés à Paris avenue Victor Hugo« Jones ferme », Le Monde, 13 décembre 1979. Lemaigre Dubreuil succède à son beau-frère Maurice Lesieur (1883-1930) comme administrateur de la société des grands magasins Jones en 1931. Paul Lesieur est vice-président du conseil d'administration, Henri Lesieur est aussi administrateurLes Assemblées générales, 1931, « Grands magasins », La Journée industrielle, 16 février 1934 (réélu administrateur), Les Assemblées générales, 1940.
Sa belle-famille possède également des intérêts dans une firme pétrolière, la Société générale des huiles de pétrole. Fondée en 1920-1921, contrôlée par l'Anglo-Persian Oil Company (future BP), elle a repris les activités pétrolières de la société Georges Lesieur et ses Fils en échange d'actions et d'obligations et d'autres firmes françaises comme Paix et Cie. Lemaigre Dubreuil administre cette firme de 1935 à 1937 avant de céder son siège à son beau-frère Paul LesieurWilliam A. Hoisington, Jr, The Assassination of Jacques Lemaigre Dubreuil A Frenchman between France and North Africa, Routledge, 2005, Les Assemblées générales, octobre 1938.
Engagement nationaliste dans les années 1930 gauche|vignette|Jacques Lemaigre-Dubreuil élu président de la Fédération nationale des contribuables dans Excelsior du 3 mars 1935. Le journaliste Pierre Péan le présente comme un militant d’extrême droitePierre Péan, Le Mystérieux docteur Martin, Fayard, 1993., au début des années 1930 et l'un de ses financiers. En 1934, Lemaigre Dubreuil adhère à la Fédération nationale des contribuables (FNC), fondée en 1928, en devient au début de l'année suivante le président de la fédération de la Seine, puis le président nationalLe Journal, 3 mars 1935, Le Petit Parisien, 3 mars 1935Tristan Gaston-Breton, Lesieur, une marque dans l'histoire 1908-1998, Paris, Perrin, 1998, . Il se fait connaitre par ses articles publiés dans la presse et ses réunions, à Paris et en provinceWilliam A. Hoisington, Jr, The Assassination of Jacques Lemaigre Dubreuil A Frenchman between France and North Africa, Routledge, 2005, Chap. 1 : Taxpayer revolt in France, p. 1-36.. Il appuie Henri Dorgères et son mouvement des Comités de défense paysanne, les fameuses « chemises vertes », au financement duquel il participePascal Ory, « Le dorgérisme, institution et discours d'une colère paysanne (1929-1939) », Revue d'histoire moderne et contemporaine, , , avril-juin 1975, .. Lemaigre Dubreuil et Dorgères tiennent des réunions communes. À partir de 1936, il prend toutefois ses distances avec Dorgères.
Il est l'un des adversaires les plus résolus du Front populaire. Durant l'été 1936, le gouvernement du Front populaire décide de modifier les statuts de la Banque de France et fait voter la loi du . L'Assemblée générale des actionnaires dont le rôle est de défendre les intérêts des actionnaires de la banque, qui est alors privée, voit son pouvoir affaibli. Les actionnaires se groupent en une Association des porteurs d'action de la Banque de France (APABF) et s'allient avec la FNC. Jacques Lemaigre Dubreuil se porte candidat pour l'élection de conseiller général représentant les actionnaires. Il porte plainte contre Vincent Auriol, ministre des Finances, pour escroquerie afin de médiatiser sa candidature. Il est élu membre du conseil général de la banque en pour un mandat de trois ans et s'évertue à harceler Émile Labeyrie, gouverneur de la Banque de France pendant le Front populaire, et Vincent AuriolArnaud Manas, « La banque de France, le front populaire et l’or espagnol », Olivier Feirtag et Michel Margairaz (dir.), L’internationalisation des banques centrales des débuts du XXe siècle à nos jours, Presses de Sciences Po, 2012Le Journal, 16 octobre 1936.
Lemaigre Dubreuil attaque violemment le gouvernement dans L’Action contribuable, organe de la FNC : Lemaigre Dubreuil lance une campagne d’affichage dans Paris et dans son journal en 1937, réclamant la Haute Cour pour Auriol pour avoir ruiné la France en 1937.