Anne Marie Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, dite la Grande Mademoiselle, née le au palais du Louvre et morte le au palais du Luxembourg, est une des principales personnalités de la haute noblesse française de cour du Grand siècle.

Fille de Gaston d'Orléans, petite-fille de et cousine germaine de , elle hérite, par sa mère, de la souveraineté de la principauté de Dombes, qu’elle transmet au fils légitimé du roi, le duc du Maine.

Indépendante, dotée d'un fort caractère, elle n'a pas hésité à tenir tête à son père et au Roi Soleil au sujet de mariages qu'ils voulaient lui imposer ou de son immense fortune — qu'elle a tenu à gérer elle-même, à sa majorité.

Biographie Origines et surnom L'histoire la désigne sous le surnom de « Grande Mademoiselle », en raison du titre de « Grand Monsieur » porté par son père, Gaston de France (1608-1660), depuis la naissance de Philippe, frère cadet de , appelé alors « Petit Monsieur » ; Gaston avait d'abord porté celui de « Monsieur » en tant que frère cadet du roi .

Elle tient son titre de duchesse de Montpensier de sa mère, Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier, richissime et unique héritière d'une branche cadette des Bourbon. À cela s'ajoute la fortune de son père, ce qui fait de la Grande Mademoiselle la princesse la plus riche et la plus titrée d'Europe. Sa signature était « Anne Marie Louise d'Orléans ».

Enfance et mariages avortés À sa naissance, le , elle se retrouve la plus riche héritière du royaume de France, sa mère étant morte en la mettant au mondeJean Garapon, préface de Mémoires d'Anne Marie Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, Paris, Honoré Champion, 2020, , p. 14.. Dans ses Mémoires, elle s'indignera que, selon l'opinion, les .

Marié contre son gré pour que la fortune des Montpensier soit attribuée à la famille royale, peut-être jaloux de la richesse de sa fille, son père Gaston d'Orléans lui porte peu d'affection. Il espérait avoir un fils, dans le cas où il accéderait au trône à la mort de , celui-ci n'ayant pas encore d'héritier à l'époque. Anne-Marie-Louise souffrira toute sa vie de ce manque d'amour. Son père se remarie par amour en 1632, avec Marguerite de Lorraine sans l'assentiment du roi. De ce fait, la nouvelle duchesse d'Orléans vit plus de dix ans en exil à Bruxelles auprès de la reine-mère Marie de Médicis pendant que Gaston intrigue contre le pouvoir royal et son représentant, le cardinal de Richelieu. Anne-Marie-Louise connaît l'affection du couple royal, et Anne d'Autriche. Elle a pour gouvernante madame de Saint-Georges, qui lui apprend toute sa généalogie. gauche|vignette|Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier. Elle se voit proposer de nombreux projets de mariage du fait de sa très grande fortune ; nombre de princes et de souverains demandent sa main, mais ces projets échouent à cause de son père et du roi son cousin, jaloux, ainsi que de la haute opinion qu'elle avait de son propre rang — elle est très indépendante et refuse d'obéir à son père et au roi, entendant choisir elle-même son époux. Depuis son plus jeune âge, Anne-Marie-Louise avait le projet d'épouser le roi, son cousin. Le cardinal Richelieu, puis le cardinal Mazarin, font tout pour s'opposer à une telle union, s'attirant l'inimitié de la duchesse. Ses espoirs sont réduits à néant le jour où épouse l'infante d'Espagne.

La Fronde

thumb|La Grande Mademoiselle (Extrait de P. Lenail, Le Parlement des Dombes, 1900.) thumb|200px|Mademoiselle par Jean Nocret. Gaston d'Orléans ne voulant pas prendre parti dans ce conflit, il envoie sa fille à sa place. Celle-ci, espérant pouvoir enfin briller aux yeux de son père qui l'a toujours négligée, se précipite à Orléans avec ses deux « maréchales de camp », la comtesse de Fiesque et la comtesse de FrontenacGaston d'Orléans, « Lettre à mesdames les comtesses, maréchales de camp de l'armée de ma fille contre le Mazarin », Mémoires de Mademoiselle de Montpensier, Charpentier, 1858, , .. Le , elle arrive dans la ville pour convaincre les autorités municipales de ne pas ouvrir les portes de la ville aux troupes royales. Son discours est un échec, cette action d'éclat n'empêche pas l'avancée des armées de Turenne après la bataille de Bléneau. Le , lors de la bataille du faubourg Saint-Antoine, la duchesse fait tirer le canon de la Bastille sur les troupes royales pour sauver son cousin, le prince de Condé, envers qui elle nourrit également des projets matrimoniaux. Le neveu préféré de Mazarin, Paul Jules Mancini, fait partie des victimes de ces combats. Ces deux épisodes ruinent sa réputation et sa faveur : elle est exilée en Bourgogne pour trois ans.

thumb|left|200px|La Grande Mademoiselle par Louis Ferdinand Elle l'Aîné.

Exil et vie à la Cour Sur ses terres de Saint-Fargeau, de 1652 à 1657, elle se lance dans l'écriture de mémoires dont elle poursuit la rédaction au château d'Eu, en Normandie. Dans ce récit elle raconte ses souvenirs comme une poignante confession. Elle brosse son portrait, confie ses états d'âme sans fausse pudeur et même avec un certain talent, teinté d'égotisme. Encore lus de nos jours, ses mémoires sont un témoignage important et, somme toute, unique de la vie d'une femme au , prisonnière de son éducation et de son rang : là où les autres mémorialistes disent ce qu'ils ont vécu, elle dit ce qu'elle a ressenti.

Elle privilégie les arts durant son exil en découvrant notamment Lully, puis, ultérieurement, en l'introduisant à la cour du Roi. Elle frequente les salons littéraires et fait partie de groupes d'écrivaines connues sous le nom de "précieuses".

La duchesse revient à la Cour en 1657. Un épisode célèbre de sa vie est son aventure, à partir de 1670, à l'âge de 43 ans, avec le duc de Lauzun, un gentilhomme cadet de Gascogne, bellâtre et volage, de cinq ans plus jeune, qui lui fait une cour assidue. Le roi, devant l'insistance de sa cousine, autorise le mariage pour le plus grand bonheur de celle-ci en lui conseillant toutefois de vite se marier avant que la nouvelle se sache. Lorsque les courtisans apprennent ce projet, ils protestent en effet : Lauzun est issu d'une famille désargentée et qui n'a pas de place importante à la cour ; il y a entre lui et la Grande Mademoiselle un immense fossé social. Trois jours après avoir autorisé le mariage, convoque les amants, sa cousine et Lauzun, pour leur retirer son autorisation. La duchesse est désespérée ; elle hurle, pleure, mais rien n'y fait. Lauzun, quant à lui, réagit froidement et demeure insensible et détaché. On peut supposer qu'il souhaitait épouser Anne-Marie-Louise pour profiter de son immense fortune.

Il essaie alors d'obtenir en compensation une charge plus importante à la cour, et s'adresse à cet effet à madame de Montespan, la maîtresse du roi, qui feint d'accepter d'intercéder en sa faveur. Lauzun alarmé se cache sous le lit de la marquise et entend celle-ci dire à qu'il faut se méfier de lui et ne pas lui accorder cette charge. Peu de temps après, Lauzun, furieux, ayant insulté la marquise, le roi le fait emprisonner pendant dix ans dans la prison de Pignerol. Pour l'en faire sortir, la Grande Mademoiselle accepte de transmettre une partie de sa fortune, essentiellement des terres (le comté d'Eu, la principauté de Dombes et la baronnie de Beaujolais) au fils naturel de , le duc du Maine, faisant de lui son héritier. Elle épouse secrètement Lauzun mais n'y trouve pas son bonheur. Lauzun se lasse bientôt d'elle la maltraite et reprend sa carrière de courtisan ambitieux et de séducteur invétéré.

Malgré son immense fortune, la Grande Mademoiselle n'est pas très populaire à la Cour. La plupart des courtisans et des princes, dont lui-même, sont jaloux de sa fortune et de ses innombrables possessions. A plusieurs reprises son père Gaston tente de mettre la main sur ses biens. La marquise de Sévigné la décrit dans ses lettres comme avare et assez froide ayant peu d'ami(e)s à la cour. Elle passe ses dernières années en dévotion.

Sépulture Elle meurt à soixante-cinq ans en 1693 d'une maladie de vessie qui s'aggrave rapidement. Au sujet de ses funérailles le mémorialiste Saint-Simon écrit : Son corps est inhumé dans le caveau des Bourbons en l'église abbatiale de Saint-Denis.

Son cœur est porté à la chapelle Sainte-Anne (nommée la « chapelle des cœurs » et renfermant les cœurs embaumés de 45 rois et reines de France) de l'église du Val-de-Grâce. En 1793, lors de la profanation de cette chapelle, l'architecte Louis François Petit-Radel s'empare de l'urne reliquaire en vermeil contenant son cœur, le vend ou l'échange contre des tableaux à des peintres qui recherchaient la substance issue de l'embaumement dite « brun momie » – très rare et hors de prix – qui était censée, une fois mêlée à de l'huile, donner un glacis incomparable aux tableaux..

Publications Divers portraits, Paris, 1659, lire en ligne Sara Harvey, Entre littérature galante et objet précieux. Étude et édition critique des Divers portraits de Mademoiselle de Montpensier (1659), Paris, Hermann, 2013. Mémoires (1729) Correspondance Œuvres complètes, volumes I et II. Mémoires, tomes I et II, édition critique de Jean Garapon. Paris, Honoré Champion, collection "Sources classiques", 2020.

Dans la culture populaire Télévision L'émission Secrets d'Histoire sur France 2 du , intitulée , lui fut consacrée.

Cinéma C'est un des personnages principaux du film Les Caprices de l'enfant roi, sorti en 2026, son rôle est interprété par Suzanne de Baecque.

Titres thumb|200px|Statue d'Anne Marie Louise d'Orléans dans la série des Reines de France et Femmes illustres du jardin du Luxembourg. La Grande Mademoiselle possédait de très nombreux titres, terres et seigneuries. Voici ceux qui sont mieux connus : Petite-fille de France (rang créé par sous la pression de Gaston) Première mademoiselle de France Duchesse et pair de Montpensier (1627) Duchesse et pair de Châtellerault (1627)s Duchesse et pair d'Aumale (1686-1686) Duchesse de Saint-Fargeau (1627-1681) (duché donné à Lauzun, vendu en 1713 aux Le Pelletier (de Saint-Fargeau) Princesse souveraine de Dombes (1627-1681) (principauté donnée au duc du Maine, échangée en 1762 avec ) Princesse de La Roche-sur-Yon (1627) Princesse de Joinville (1627-1689) Dauphine d'Auvergne (1627) Marquise de Mézières (1627-1669) (marquisat vendu à Isaac Bartet pour ) Comtesse et pair d'Eu (première pairie de France à cette époque) (1657-1681) (comté vendu à Louis Auguste, duc du Maine) Comtesse de Forez Comtesse de Mortain Comtesse de Bar-sur-Seine Vicomtesse de Bresse Vicomtesse d'Auge Vicomtesse de Domfront Baronne de Beaujolais et dame de Beaujeu Baronne de Montaigut-en-Combrailles et dame du pays de Combrailles Baronne de Roche-en-Régnier Baronne de Thiers-en-Auvergne (baronnie donnée à Lauzun, vendue au financier Crozat) Baronne de Cuverville(-sur-Yères)« Vente par mademoiselle de Montpensier au duc du Maine des terres, seigneuries et comté d'Eu et de la baronnie de Cuverville, moyennant la somme de , 2 février 1681 ». (Fond de Dreux, papiers de famille, 300 APII 14), cité dans « La Grande Mademoiselle » par Christian Bouyer, Pygmalion, 2004. Dame de Champigny-sur-Veude (1627-1635) - échangé de 1635 à 1656 puis retrouvé en 1656 - et de Bois-le-Vicomte (échange : 1635-1656) Dame d'Argenton, Aigurande, Cluys (Indre) & Le Châtelet (Cher) Dame de Choisy-sur-Seine (1678), Sainte-Sévère, Ecolle (Ercole ?).

La duchesse de Montpensier avait droit en France au prédicat d'altesse sérénissime, du fait de son rang de première princesse du sang de France. Le prédicat d'altesse royale ne sera conféré au premier prince du sang que sous le règne de au profit du duc d'Orléans, futur roi .