Le Creux de l'enfer est un centre d'art contemporain situé dans la vallée des Usines, à Thiers, dans le département du Puy-de-Dôme, en région Auvergne-Rhône-Alpes.
Établi dans une ancienne usine de coutellerie fermée définitivement en 1956, il s'insère dans le cadre de la politique de décentralisation culturelle engagée sous l'impulsion de Jack Lang en 1985. Il est ouvert en 1988, trois ans après le symposium national de sculpture monumentale métallique organisé par la ville de Thiers. Il fait partie des cinquante centres d'art contemporain français à être conventionnés par le ministère de la culture.
Son fonctionnement est calqué sur le modèle allemand des , lieux dévolus à l'art contemporain où les artistes sont très impliqués. Le Creux de l'enfer consacre l'intégralité de ses espaces à une programmation d'expositions temporaires (renouvelées chaque trimestre) et d'événements, développés en étroite collaboration avec les artistes invités.
Depuis , il bénéficie du label « centre d'art contemporain d'intérêt national » et devient le premier centre d'art contemporain labellisé de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Depuis 2021, le Creux de l'enfer bénéficie de l'Usine du May, nouvel espace important consacré aux projets de territoire et aux partenariats mais aussi à un atelier de travail.
Localisation L'édifice est situé dans le département français du Puy-de-Dôme, sur la commune de Thiers. Placé au cœur de la Vallée des Usines, il est construit dans le lit mineur de la Durolle. L'ancienne usine se situe également entre l'usine du May en amont de la rivière et l'usine d'Entraygues en aval.
Plan général Plan général du cœur de la vallée des Usinesalt=Plan d'une partie de la vallée des Usines.|400x400pxAnciens ateliers/usinesAutre1 : Usine d'EntrayguesA : Jardins dessous Saint-Jean2 : Usine du Creux de l'enferB : La rivière Durolle3 : Usine du MayC : Avenue Joseph-Claussat4 : Forges MondièreD : Passerelle d'accès au Creux de l'enfer5 : Anciens ateliers de coutellerie
Histoire vignette|redresse|L'usine, cliché pris à la fin du .|alt=Vieille photographie du centre d'art prise depuis le lit de la Durolle, à la fin du .
Origines de la coutellerie dans la vallée
La force hydraulique de la Durolle est utilisée à Thiers dès le Moyen Âge pour mouvoir les moulins à farine, les foulons des tanneurs, les maillets des papetiers, et avec le développement de la coutellerie, les martinets des fondeurs et les meules des émouleurs.. Dès le , un quart de la population thiernoise exerce le métier de coutelier.. Les objets produits dans la vallée sont exportés dans plusieurs pays au : en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Turquie et « aux Indes »Legrand d'Aussy remarque dans son livre Voyage en Auvergne, en 1788, que les industriels thiernois luttent efficacement contre les industriels anglais jusque dans les Indes..
Origines de l'usine Première usine D'après les travaux de Grégoire de Tours, le martyr saint Genès est décapité sur un rocher dans la vallée de la Durolle, nommé le « rocher de l’enfer »... Une première fabrique venue s’installer à son pied est recensée. Il s’agit alors d’un rouet à émoudre les couteaux appartenant à un certain Jehan Ahon Florat, et qui est déjà en place en 1476.
Vers le milieu du , des forgerons et des artisans intègrent les usines installées le long de la vallée de la Durolle.. Ces gens découvrent alors le monde industriel de la vallée des Usines. Ils vivent alors entre des fours incandescents, des découpoirs mécaniques, des étaux limeurs, des marteaux pilons à planche et de martinets. Rougeoiement de la fournaise, chaleur intense, bruit fracassant, membres happés par des courroies, mains coupées par des machines, corps broyés par l’éclatement des meules sont des éléments que connaissent régulièrement les ouvriers de l'usine. Des hommes, des femmes et des enfants se trouvent dans des conditions de travail très difficiles.
Usine actuelle vignette|L'usine avec une toile pendue où un premier diable rouge est peint au début du .|alt=Vieille photographie de l'usine prise avec une toile pendue à une fenêtre du étage où un premier diable rouge est peint au début du .
L'usine est mentionnée comme abritant des martinets en 1836, appartenant à Charles Pelossieux. Dans les années 1880, elle est acquise par Pierre Delaire qui y installe une aiguiserie et des ateliers de façonnage de manches de couteaux. En 1899, seule subsiste l'activité d'aiguisage. Le bâtiment actuel est reconstruit dans le premier quart du , vraisemblablement à la suite d'un incendie qui détruit quasiment totalement l'usine. Dans les années 1920 et 1930, l'usine abrite l'entreprise Garret, spécialisée dans la forge et le découpage de lames de couteaux.
Utilisation lors de la Seconde Guerre mondiale Au début de la Seconde Guerre mondiale, des pièces de mitrailleuses américaines sont entreposées dans l'usine afin de rejoindre l’équipement secret de bateaux de la marine française. Au dernier sous-sol, les employés vérifient les maillons de mitrailleuse. Lorsque la région est occupée par les Allemands en 1942, l’usine est réquisitionnée, mais elle sert aussi au maquis qui y camoufle émetteurs.
gauche|vignette|upright|Logo du Creux-de-l'enfer depuis l'ouverture de la dernière usine.|alt=logo officiel du Creux de l'enfer. Il représente un diable dessiné en gris sur fond blanc tenant un trident et ayant une queue pointue recourbée.
Nom et logo de l'usine Le nom de l'usine vient du fait que les conditions de travail y étaient très difficiles, les ouvriers disent alors que même le diable ne voudrait pas habiter dans cette usine.
Le premier diable représenté sur l'usine est peint sur une simple toile et fixé directement sur la façade du bâtiment. Possédant les attributs classiques qui lui sont propres (cornes, ongles griffus, queue recourbée), il domine ainsi la cascade du « creux-de-l'enfer ». En 1934, après le dernier incendie de l'usine, la façade est restaurée et la direction entreprend de faire peindre un diable rouge d’une hauteur dépassant les deux mètres sur la façade principale de l'usine — le même qu'utilise le centre d'art contemporain comme logo de nos jours. Il est réalisé par Louis Guelpa et son frère, des peintres en bâtiment originaires de la ville de Thiers, qui, pour ce faire, doivent utiliser un échafaudage à balançoire partant du toit avec des contrepoids faits de simples caisses de coutellerie garnies de métal.
Fermeture du site À partir de 1956, alors que le diable peint en rouge est toujours visible sur la façade, l’usine est abandonnée, à l'image de nombreuses manufactures de la vallée ayant désormais davantage besoin de machines électriques, d’espace et de lumière, que de la force motrice de la Durolle. Ainsi, pendant trente années, le bâtiment est abandonné et son état général se dégrade rapidement.
vignette|Le pont Épée au pied du centre d'art pris en 2018.|alt=Photographie d'une petite passerelle rejoignant le centre d'art par-dessus la Durolle.
Symposium international de sculpture monumentale métallique
En 1985, un symposium national de sculpture monumentale métallique est organisé par la Ville de Thiers. Il permet à plusieurs artistes régionaux et internationaux de collaborer avec des artisans locaux autour de la réalisation de leurs œuvres.. George Trakas, artiste canadien, fait découvrir l'histoire du Creux-de-l'enfer dans ses œuvres et met en place un ensemble de passerelles permettant de s'approcher au plus près de l'eau. Il conçoit le « pont-épée », qui surplombe encore aujourd'hui la cascade...
Réhabilitation et mise en valeur La même année, le conseil municipal présidé par Maurice Adevah-Pœuf entreprend de revaloriser le bâtiment de l'usine. Il décide d'y créer un centre d'art contemporain dans le cadre de la politique de décentralisation culturelle engagée par Jack Lang.. En 1987, la ville de Thiers achète le bâtiment afin que le centre d'art ouvre ses portes au public un an plus tard.. Le centre d'art se forme alors en association.. Le conseil municipal affiche alors sa volonté de garder l'histoire du lieu. La restructuration du bâtiment est confiée aux architectes Xavier Fabre et Vincent Speller. La façade est conservée en l’état tandis que les intérieurs le sont partiellement. Les visiteurs peuvent toujours voir des parties d'engrenages et de rouets à l'intérieur du bâtiment. Le nom du lieu est gardé, et il est toujours inscrit sur la façade du bâtiment.
Le Creux-de-l'enfer est inauguré en au son des Tambours du Bronx. C'est alors le national d’art contemporain créé en France.
Architecture Éléments extérieurs L'architecture extérieure de l'usine est de style industriel.. La façade, partiellement décrépie, laisse entrevoir la présence de briques qui servent à la construction des ouvertures. La pierre, précisément le granite, est également utilisée pour construire la bâtisse. Sur la façade principale du bâtiment est inscrit en couleur rougeâtre le nom « Usine du Creux de l'enfer ». L'usine, qui comporte quatre étages, possède de grandes ouvertures laissant facilement entrer la lumière extérieure. La couverture est faite en terrasse de béton et accueille une petite pyramide en verre et en acier qui sert de débouchement sur le toit pour l'escalier principal de l'usine..
En 1985, alors que le symposium national de sculpture monumentale métallique se tient sur toute la commune, George Trakas, artiste canadien, met en valeur l'usine du Creux-de-l'enfer avant qu'elle soit réhabilitée. Il crée un parcours en fer forgé directement dans le lit de la Durolle ainsi qu'un pont, le « Pont Épée » qui décore encore l'entrée principale du centre d'art..
Décoration intérieure À l'intérieur, le plafond est fait de voûtes en berceau plein-cintre. Plusieurs éléments datant de l'époque où l'usine était encore en activité sont également préservés, comme des poulies ou encore la cage d'escalier qui est essentiellement d'origine.. L'ensemble est peint en gris, blanc et noir. Le bâtiment, accolé à la roche, laisse entrevoir la pierre directement dans les salles d'exposition. Des restes de machines et des systèmes hydrauliques d'origine sont également présents dans les étages inférieurs de l'usine, au niveau du lit de la DurolleCes restes sont visibles depuis l'avenue Joseph-Claussat en regardant en direction du lit de la Durolle au pied de l'ancienne usine..
Aucun objet présent dans l'usine n’est inscrit sur la base Palissy..
Partenaires Le Creux de l’enfer reçoit les soutiens de plusieurs partenaires, publics et privés, qui permettent l’ouverture d’un espace d’exposition au public et la création de trois nouveaux projets par an avec des artistes français et étrangers, une politique d’édition et de diffusion d'ouvrages et une programmation de sensibilisation à l’art contemporain.. Ils financent une partie des coûts de fabrication et d'assemblage des œuvres exposées.
Ainsi, les principaux partenaires publics sont la ville de Thiers, le ministère de la Culture, le conseil départemental du Puy-de-Dôme et le conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes.. Le centre d'art bénéficie du soutien d'autres partenaires au niveau régional pour des projets spécifiques : Clermont Auvergne Métropole, le parc naturel régional Livradois-Forez et l'académie de Clermont-Ferrand. Les principaux partenaires privés sont Arcelor, L’Oréal, la galerie Persano, Oliva Arauna et la galerie Zürcher..
Projet du centre d'art Le projet artistique et culturel du Centre d'art porté par Sophie Auger-Grappin, sa directrice depuis ., s'adosse sur ce qui a fondé l'apparition du centre d'art contemporain né de l'expérience réussie d'un partage des formes artistiques et des savoirs artisanaux, mais aussi de la volonté des artistes et des politiques d'unir l'architecture industrielle des coutelleries à une activité de création permanente..