La bataille du pont de Lodi oppose, le , l’armée d'Italie du général Napoléon Bonaparte aux armées coalisées commandées par le général Karl Philipp Sebottendorf, pour la prise du pont de Lodi sur l’Adda. Pour les Français, elle conclut de manière victorieuse la deuxième partie de la campagne d’Italie.

Campagne précédant la bataille Bonaparte surprend tout le monde par son début de campagne : il sépare les armées austro-sardes lors des batailles de Montenotte et Mondovi et contraint le royaume de Piémont-Sardaigne à signer l'armistice de Cherasco, le , puis le traité de Paris, le . Il trompe ensuite le général Beaulieu en franchissant, après un petit engagement au cours duquel le général Laharpe trouve la mort, le Pô à Plaisance alors que le général autrichien l’attendait plus en amont, à Valenza. Beaulieu réussit néanmoins à éviter d’être tourné et à franchir l’Adda et le Mincio mais il doit abandonner Milan. Bonaparte borde alors l'Adda à hauteur de Pizzighetone mais les défenses ennemies sont trop puissantes à cet endroit-là. Il longe l'Adda vers le nord et parvient à Lodi. C'est ici qu'il trouve la faille dans le dispositif adverse, à savoir l’arrière-garde autrichienne commandée par le général Sebottendorf, qui cherche à détruire le pont.

Information sur le champ de bataille Lodi est situé sur la rive droite de l’Adda, un affluent du Pô. Devant les murs de la ville, des maisons de pêcheurs et une statue de Saint-Jean Népomucène font face au pont.

Dispositions des Autrichiens Sebottendorf a ordre de rester à Lodi seulement 24 heures avec ses , puis se replier de nuit aussi sur Crema. Il dispose de : 12 bataillons (inclus un Italien, le du régiment Belgioioso, IR Nr. 44), 14 canons et 16 escadrons (inclus de la brigade napolitaine, commandés par Ruiz)Fabry, Campagne de l'armée d'Italie. Clausewitz, La Campagne d’Italie.Rapports historiques des régiments de l'armée d'Italie..

Il est installé sur la rive gauche où s’élèvent les levées de terre formant la digue. Il a rangé ses soldats sur deux lignes : 3 bataillons de croates au débouché du pont appuyés par 14 canons (6 pièces régimentaires de 3 livres des Grenz, 6 pièces de 12 livres et 2 obusiers de 7 livres de la réserve) positionnés sur une langue d’alluvions au pied de la digue pouvant battre le pont, 5 autres, 100 pas en arrière. La cavalerie est positionnée à Fontana (1/2 h de marche de Lodi). Ce corps retranché derrière l'Adda, contrôle un pont de bois sans parapet, pas très large (de 6 à 8 mètres), long de 195 mètres, seul point de passage de la région.

3 bataillons sont détachés à Corte Palasio, à une lieue en aval, où se trouve un second passage (probablement un bac ou un gué). Le général Gerhard Rosselmini avec 1 bataillon et 2 escadrons sont restés au-delà du pont, à Lodi, pour recueillir Vukassovich qui rejoint avec son arrière-garde.

Ordre de batailles autrichiens Légendes : LtG. = lieutenant général GEC = général en chef GdB. = général de brigade MjG. = major général Cap. = capitaine GdD. = Général de division Col. = colonel LtCol. = lieutenant colonel

Unité.Eff. hist.notesLtG. Sebottendorf – corps d'opération9 455Première ligne à Lodi MjG. Vukassovich – arrière-garde2757Rég. d'inf. – combiné du district de Carlstädt__Bataillon "Liccaner-Grenzer" + Artillerie régimentaire 2 x 3 livres480__Bataillon "Ottocaner-Grenzer" + Artillerie régimentaire 2 x 3 livres1 104Rég. d'inf. – 1st "Warasdiner-Grenzer" / 2nd "Banater-Grenzer"__bataillon de Grenz + Artillerie régimentaire 2 x 3 livres510Rég. d'inf. – Nadasdy__ bataillon de fusiliers623Artillerie4 pièces de 12 livres de campagne 322 obusiers de 7 livres de campagne8Deuxième ligne à Lodi MjG. Roselmini – brigade d'infanterie2 145Rég. d'inf. – "Terzy"__, et de fusiliers1 212Rég. d'inf. – Belgioso__2 cie du de fusiliers311Rég. d'inf. – "Thurn"__ bataillon de fusiliers622Brigade de cavalerie910Rég. de cav. – uhlans "Meszaros"__2 escadrons286Rég. de cav. – hussards "Erzherzog Joseph"__4 escadrons624Détachement de  Fontana CdB. Ruiz – division de « cavalieri napoletani »1 000Rég. de cav. – Reggimenti Dragoni – "Principe"__4 escadrons de dragons500Rég. de cav. – Reggimenti Dragoni – "Napoli"__4 escadrons de dragons500Détachement de Corte di Palasio MjG.Nicolleti – brigade d'infanterie2 310Rég. d'inf. – "Strassoldo" – Major Strassoldo__ bataillon de fusiliers + Artillerie régimentaire 2 x 3 livres920__ bataillon de fusiliers + Artillerie régimentaire 2 x 3 livres599Rég. d'inf. – "Grossherzog von Toscana"__ bataillon de fusiliers + Artillerie régimentaire 2 x 3 livres755Artillerie6 pièces de 6 livres de campagne36Brigade de cavalerie333Rég. de cav. – hussards "Erdödy"__2 escadrons333

Disposition des Français vignette|Bataille du pont de Lodi, (musée de la Révolution française).

Le pont doit être pris intact car Bonaparte veut franchir l’Adda rapidement pour poursuivre le gros de l’armée autrichienne, commandée par le général Beaulieu, qui se replie sur Mantoue. Les batteries d’artillerie françaises sont placées de part et d’autre de la ville, tenant le pont sous leur feu afin d’empêcher l’ennemi de le détruire. En amont, la cavalerie traverse à gué pour attaquer la redoute et contraindre les Autrichiens à l’évacuer. L’instant choisi est celui où la colonne française, formée dans la rue principale de Lodi, progresse sur le pont.

Ordre de batailles français Légendes : LtG. = lieutenant général GEC = général en chef GdB. = général de brigade MjG. = major général Cap. = capitaine GdD. = général de division Col. = colonel LtCol. = lieutenant colonel CdB = chef de bataillon

UnitéEff. hist.notesBonaparte - GECGdD. Berthier – chef état-majorGdB. Dallemagne – avant-gardeAttaque par le pontGdB. Gardanne – brigade d'infanterieRég. d'inf. – bataillon de carabiniers réunis__3 Cie de carabiniers de la légère__3 Cie de carabiniers de la légèreRég. d'inf. – bataillon de carabiniers réunis - CdB. Dupas__3 Cie de carabiniers de la légère__3 Cie de carabiniers de la légèreGdB. Lanusse - brigade d'infanterie976Rég. d'inf. – bataillon de grenadiers réunis__3 Cie de grenadiers de la __3 Cie de grenadiers de la Rég. d'inf. - bataillon de grenadiers réunis__3 Cie de grenadiers de la __3 Cie de grenadiers de la GdB. Lannes – brigade d'infanterie976Rég. d'inf. – bataillon de grenadiers réunis__3 Cie de grenadiers de la __3 cie de grenadiers de la Rég. d'inf. – bataillon de grenadiers réunis__3 cie de grenadiers de la __3 cie de grenadiers de la Artillerie à cheval2 pièces légères de 8 livres à cheval21GdB. Beaumont – division de cavalerie1 519Passe l'Adda a gué par le NordRég. de cav. – hussards__4 escadrons360Rég. de cav. – chasseurs__4 escadrons594Rég. de cav. – dragons__4 escadrons300Rég. de cav. – dragons__4 escadrons244Artillerie à cheval2 pièces légère de 8 livre à cheval21GdD. Masséna – division d'infanterie3 061GdB. Cervoni – brigade d'infanterie1440Suit le corps de DallemagneRég. d'inf. – légère – CdB. Destaing__, et de la légère1 200__3 cie de carabiniers de la légère240GdB. x – Brigade d'inf.921Rég. d'inf. – légère – CdB Fornesyarrive à la fin des combats, poursuit l'ennemi__, et de la légère921Artillerie de division7006 pièces légères de 3 livres de campagne522 pièces légères de 3 livres de campagne176 obusiers de 6 livres de campagne50Sapeurs du bataillon193, cie de sapeurs du bataillon236 cie de sapeurs du bataillon118Artillerie attachée2 pièces de 8 livres de campagne21Artillerie à cheval2 pièces légères de 8 livres à cheval13GdD. Augereau – division d'infanterie2 193GdB. Rusca – brigade d'infanterie990Attaque par le Sud__, et de la légion des Allobroges990CdB. Dessaix – brigade d'infanterie921Suit le corps de CervoniRég. d'inf. – légère – CdB. Boyer__, et de la légère921Détachement de cavalerie194Rég. de cav. – chasseurs1 esc. par le pont, 1 par le Sud__2 escadrons194Artillerie de division886 pièces légères de 3 livres de campagne52Artillerie attachée2 pièces de 8 livres de campagne271 obusier de 6 livres de campagne9

La bataille Vers 9 h, à Zorlesco, les Français trouvent l’arrière-garde autrichienne. Ayant à combattre le bataillon aux portes de la ville, ils concluent de la présence même de ce bataillon que le pont ne devait pas être coupé. Vers 11 h, Vukassovich et le de Carlstadt atteignent le pont de Lodi sans encombre. Le bataillon et les deux escadrons de la rive droite se retirèrent aussi, sans être serrés d’assez prêt pour que l’ennemi passât à leur suite. Vers 12 h, Bonaparte court de sa personne jusqu’au débouché de ce pont, et fait aussitôt, sous le feu adverse, mettre en batterie deux pièces d’artillerie à cheval de son avant-garde à la droite du pont, le long de la rive (vraisemblablement un peu à couvert), afin d’empêcher d’éventuels travaux de destruction du pont par les sapeurs autrichiens. Dans le même temps, le bataillon autrichien Nadasdy rejoint la première ligne.

vignette|Vue actuelle du lieu de la bataille (côté français). Le pont de 1796 a été détruit, et il se situait à 40 mètres à droite de l'actuel pont. On voit encore des traces de son commencement, en bord de rive.

N’ayant que l’avant-garde à sa disposition, Bonaparte attend l’arrivée de renfort pour essayer de passer le pont. Vers 17 h, une canonnade violente commence de part et d’autre, car au fur et à mesure de l’arrivée des renforts (Masséna avec son avant-garde commandée par le général Cervoni), une batterie plus imposante de 28 canons est constituée sous le chef de brigade Sugny, au pied du mur d’enceinte qui fait face au pont et le long de la rive. Un feu nourri est ouvert sur l’artillerie autrichienne, qui, entièrement découverte, paraît en avoir beaucoup souffert et est contrainte de retirer ses pièces quelque peu en arrière pour échapper à des salves de mitrailles très efficaces.

Vers 18 h, Bonaparte se résout à enlever le pont de vive force : il forme une colonne serrée avec ses grenadiers et carabiniers réunis, qu’il cache au plus près du débouché du pont. Les Savoyards sous les ordres du chef de bataillon Dupas, commandant le de carabiniers (les deux bataillons des carabiniers réunis), reçoivent la mission d'être les premiers à franchir le pont. Le général en chef envoie également chercher un gué au sud tandis que les cavaliers de Beaumont, au nord, doivent normalement déboucher dans deux heures à droite et à gauche des Autrichiens, forçant la décision.

Dès que le feu des batteries ennemies ralentit, la colonne d’infanterie s’ébranle sur le pont, soutenue par le feu de ces pièces et malgré le feu des canons adverses. Les Autrichiens retiennent leur feu puis tirent à mitraille sur les premiers qui s'engagent. Autour de Dupas, c'est un massacre, l'assaut se rompt. Voyant que ce coup d'arrêt peut tout perdre, les généraux réagissent. Masséna, Dallemagne, Lannes, Berthier et Cervoni, suivis par leurs aides de camp, se ruent en avant aux cris de « Vive la République ». Cette charge des chefs fait merveille. Passés le milieu du pont, des carabiniers savoyards et dauphinois remarquent que la profondeur du fleuve diminue d'un coup. Ils se glissent dans le flot et poursuivent l’attaque jusqu’au débouché du pont en hurlant. Au même moment, en quelques minutes, deux compagnies abordent l'autre rive par le pont. La première salve a couché de nombreux soldats, mais la fumée gêne les artilleurs autrichiens et ces derniers sont sabrés par les carabiniers du alors qu'ils rechargent leurs pièces.