Marie Pavlovna Romanova (en russe : Мария Павловна), grande-duchesse de Russie, née le à Saint-Pétersbourg (Empire russe), morte le à Constance (Allemagne de l'Ouest), est la fille du grand-duc Paul Alexandrovitch de Russie et d'Alexandra de Grèce. Le , elle épouse le prince Guillaume de Suède, duc de Södermanland, dont elle divorce le . De cette union est né Lennart, duc de Småland puis comte de Wisborg.

Biographie

Famille et jeunesse thumb|left|upright|La grande-duchesse Maria Pavlovna, avec sa mère en 1890. La grande-duchesse Marie Pavlovna est née le à Saint-Pétersbourg. Elle est le premier enfant et la fille unique du grand-duc Paul Alexandrovitch de Russie et de sa première épouse, Alexandra de GrèceHouston, Grand Duchess Marie: Eyewitness to the last days of tsarist Russia, p. 42.. Elle porte le nom de sa défunte grand-mère paternelle, l'impératrice Marie de Hesse-Darmstadt, et de sa grand-tante et marraine, l'impératrice Marie FeodorovnaGrand Duchess Marie, Education of a Princess, p. 3.. Marie n'a pas encore deux ans lorsque sa mère meurt des suites de complications de la naissance de son frère cadet, le grand-duc Dimitri Pavlovitch de Russie en 1891. Le grand-duc Paul est tellement bouleversé par la mort inattendue de sa jeune épouse qu'il néglige ses deux jeunes enfants, qui sont confiés à son frère aîné, le grand-duc Serge Alexandrovitch et à son épouse Élisabeth de Hesse-Darmstadt, sœur de la tsarine Alix de Hesse-Darmstadt, qui n'ont pas d'enfants. Une fois rétabli émotionnellement, le grand-duc Paul reprend les deux enfants avec lui. Le grand-duc aime ses enfants, mais comme c'est l'usage à l'époque, il s'abstient de leur témoigner une affection spontanéeHouston, Grand Duchess Marie: Eyewitness to the last days of tsarist Russia, p. 43.. Marie et son frère sont élevés par des gouvernantes et des tuteurs, mais ils adorent leur père qui leur rend visite deux fois par jour. Les enfants passent Noël et plus tard quelques vacances d'été avec le grand-duc Serge et la grande-duchesse Élisabeth. Le couple aménage une salle de jeux et des chambres pour les enfants dans leur maison de campagne d'Ilinskoe.

L'enfance de Marie Pavlovna se déroule dans la splendeur. Ses premiers souvenirs sont de magnifiques palais et des domaines de campagne peuplés d'armées de serviteurs. Jusqu'à l'âge de six ans, Marie parle mal russe car toutes ses gouvernantes et sa famille parlent anglais. Plus tard, elle a une autre gouvernante, mademoiselle Hélène, qui lui apprend le français et reste avec elle jusqu'à son mariage. À l'âge de sept ans, elle voyage dans son wagon personnel accompagnée de sa gouvernante pour visiter l'Allemagne et la France. Le dimanche, elle et son frère sont autorisés à jouer avec des enfants issus de familles aristocratiques. Ayant grandi sans mère et avec un père souvent absent, la grande-duchesse Marie et son frère Dimitri deviennent très proches, comptant sur leurs affection et compagnie réciproquesHouston, Grand Duchess Marie: Eyewitness to the last days of tsarist Russia, p. 44.. gauche|vignette|262x262px|La grande-duchesse Marie Pavlovna et son frère le grand-duc Dimitri Pavlovitch dans les années 1890. En 1895, le grand-duc Paul entame une liaison avec Olga Valerianovna von Pistolkors, une femme mariée. Il réussit à lui obtenir le divorce et l'épouse à l'étranger en 1902. Comme ils se sont mariés en bravant l'opposition de Nicolas II, le tsar leur interdit de retourner en RussieMenzies, Grand Duchess Marie Pavlovna of Russia (1890–1958), p. 4.. Sans père, Marie, douze ans, et Dimitri, onze ans, déménagent à Moscou sont placés sous la garde de leur oncle le grand-duc Serge et de son épouse la grande-duchesse Élisabeth. Marie et Dimitri en veulent à leur tante et à leur oncle, leur reprochant la séparation forcée d'avec leur père, qui les a abandonnés. Le grand-duc Serge est strict et exigeant, mais dévoué et affectueux envers les enfants. Marie écrit dans ses mémoires : « À sa manière, il nous aimait profondément. Il aimait nous avoir près de lui et nous donnait une bonne partie de son temps. Mais il était toujours jaloux de nous. S'il avait su toute l'étendue de notre dévotion envers notre père, cela l'aurait rendu fou »Maylunas & Mironenko, A Lifelong Passion, pp. 264 -265.. Marie Pavlovna déclare également qu'elle ne peut pas être entièrement en désaccord avec ceux qui pensent que le grand-duc Serge était sans cœur, égocentrique et cruelMenzies, Grand Duchess Marie Pavlovna of Russia (1890–1958), p. 5.. Marie a une relation quelque peu tendue avec sa tante. La grande-duchesse Élisabeth a du mal à s'entendre avec les enfants et elle se montre froide et distante à leur égard. Le grand-duc Serge, gouverneur général de Moscou, est une figure polarisante. Ciblé par l'organisation de combat des SR, il est assassiné au Kremlin en . Le terroriste s'est abstenu de commettre une attaque antérieure parce qu'il avait aperçu dans le carrosse du grand-duc Élisabeth, Marie et son jeune frère Dimitri, et il ne voulait pas tuer de femmes et d'enfantsMaylunas & Mironenko, A Lifelong Passion, p. 258.. Après l'assassinat de leur oncle, les deux enfants sont bouleversés, en particulier Dimitri. Le grand-duc Paul revendique la garde de ses enfants, mais le tsar fait d'Élisabeth leur tutriceHall, How lovely it is to be a Bride, p. 11.. Le grand-duc Paul est autorisé à leur rendre visite, mais pas à retourner définitivement en Russie. Après l'assassinat de son mari, la grande-duchesse Élisabeth regrette son comportement à l'égard des enfants et se rapproche d'eux.

Dans son adolescence, Marie est décrite par sa tante maternelle, la grande-duchesse de Russie Marie de Grèce, comme « pleine de vie et très joyeuse, mais encline à être obstinée et égoïste, et plutôt difficile à gérer »..

Premier mariage left|thumb|180px|Marie Pavlovna et le prince Guillaume lors de leur mariage en 1908. Au cours des deux années suivantes, la tante de Marie se tourne vers la religion et les œuvres caritatives. Envisageant de se retirer de la cour pour fonder un ordre religieux, la grande-duchesse Élisabeth décide de trouver un mari à sa nièce. Peu après Pâques 1907, le prince Guillaume, duc de Södermanland, deuxième fils du roi Gustave V de Suède et de Victoria de Bade, visite Saint-Pétersbourg et est présenté à Maria Pavlovna, âgée de seize ans et décrite comme espiègle et fière. Le prince est grand, mince, brun et distingué « avec de beaux yeux gris », se souvient Marie. Il reste dîner et le lendemain, Marie apprend qu'il souhaite l'épouser. Pressée par sa tante de donner une réponse rapide, Maria accepte la proposition du prince et se retrouve fiancée à un homme qu'elle ne connaissait que depuis quelques heures. Le mariage ayant des implications politiques et diplomatiques positives tant pour la Russie que pour la Suède, le tsar Nicolas II donne son consentement. Le grand-duc Paul n'est quant à lui pas consulté. Les fiançailles officielles sont annoncées en au palais de Peterhof.

Maria Pavlovna écrit par la suite qu'elle a le sentiment que sa tante l'a précipitée dans ce mariage. Cependant, à l’époque, elle apprécie l’attention et elle a hâte de s’échapper de l'univers de l'enfance. « Nous pourrons alors voyager ensemble », écrit-elle à Guillaume après leurs fiançailles, « Et vivre comme nous le souhaitons et à notre guise. J'attends avec impatience une vie merveilleuse – une vie pleine d'amour et de bonheur, comme vous me l'avez décrit dans vos dernières lettres ».

thumb|180px|La grande-duchesse Maria Pavlovna portant la robe de cour russe au début des années 1910.

De Peterhof, Maria Pavlovna et sa tante se rendent au domaine d'Ilinskoe, où Guillaume les rejoints pendant un mois avant de partir en croisière aux États-Unis. Le jeune couple entretient alors sa relation à travers des lettres. Marie s'imagine amoureuse : « C'est beau d'avoir quelqu'un, même loin, qui t'aime plus que tout et que tu aimes plus que tout le monde sur terre », lui écrit-elleHall, How lovely it is to be a Bride, p. 12.. En octobre, Guillaume retourne en Russie pour rejoindre la grande-duchesse et son frère et est présenté à leur père, autorisé à revenir en Russie pour le mariage de sa filleHall, How lovely it is to be a Bride, p. 13.. Au départ de Guillaume, Marie lui écrit : « Je t'aime tellement chaque jour, chaque heure de plus en plus. J'aimerais que ce soit avril maintenant, comme ce serait beau ». Dans ses mémoires, écrit plus de vingt ans plus tard, la grande-duchesse fait de différentes affirmations : « J'utilisais Guillaume, en un sens, uniquement pour obtenir ma liberté »Houston, Education of a Princess, p. 103.. À l'approche du mariage, elle commence à avoir des doutes et souhaite rompre les fiançailles, mais la princesse Irène de Hesse-Darmstadt, qui rend visite à sa sœur la grande-duchesse Élisabeth, la persuade du contraireHall, How lovely it is to be a Bride, p. 14.. Bientôt, Maria Pavlovna attend de nouveau avec enthousiasme sa nouvelle vie. Le mariage a lieu à Tsarskoye Selo le . gauche|vignette|210x210px|Le duc et la duchesse de Södermanland en 1908. Après une lune de miel en Allemagne, en Italie et en France, les jeunes mariés se rendent en Suède, où une réception officielle les attend avec les drapeaux de la Russie et de la Suède flottant sur Stockholm. Au début, le mariage semble réussi. Le couple s'installe dans la campagne suédoise, dans la province de Södermanland.. Ils y passent l'été et retournent en octobre à Stockholm. Marie ajoute le suédois aux cinq autres langues qu'elle parle et elle devient populaire dans son nouveau pays. Les Suédois estiment en effet qu'elle travaille plus que son mari. Elle est très appréciée de son beau-père Gustave V, qui aime son « effervescence, son charme et son anticonformisme ». Marie Pavlovna est enceinte à l'automne, mais elle se rend vite compte qu'elle a peu de points communs avec son mari. Leur relation est froide. Elle s'intéresse peu à lui et lui à elle. Le seul enfant du couple, le prince Lennart, duc de Småland, naît donc le ..

À l'automne 1910, Marie Pavlovna emménage avec son mari et leur fils dans une maison qu'elle a fait construire à l'extérieur de Stockholm.. Marie va à la chasse, assiste à des courses de chevaux, pratique des sports d'hiver et joue même au hockey sur gazon dans l'équipe de sa belle-sœur, la princesse héritière de Suède Margaret de Connaught. Elle s'inscrit à l'école d'art et prend des cours de peinture et de chant. Marie joue de temps en temps avec son fils, qui se souvient d'être assis sur ses genoux alors qu'ils dévalent une volée de marches sur un grand plateau en argent. Elle écrit également un abécédaire illustré pour Lennart, publié en 1912.. droite|vignette|La grand-duchesse Maria Pavlovna avec son fils, sa grand-mère Olga Constantinovna de Russie, son arrière-grand-mère Alexandra de Saxe-Altenbourg et un portrait de sa mère en 1909. Cependant, la vie à la cour suédoise impose à Maria Pavlovna autant de restrictions qu'en Russie. Son mari, en tant qu'officier de marine, a peu de temps à lui consacrer. Elle le trouve « froid, timide et négligent », et lorsqu'elle essaye de l'approcher, il s'éloigne d'elle en larmes. Fin , le jeune couple est envoyé pour un voyage de cinq mois en Asie du Sud-Est en tant que représentant de la Suède au couronnement du roi de Siam. Le roi Rama V et le duc de Montpensier commencent à lui faire la cour, ce qu'elle apprécie. Les relations entre le couple se refroidissent encore plus. Elle annonce alors à son mari qu'elle veut divorcer. Il est dévasté par sa décision, la suppliant de donner une autre chance à leur mariage, « mais comme il m'a imputé l'essentiel de notre échec, nous n'avons fait aucun progrès », écrit Marie. gauche|vignette|255x255px|Maria Pavlovna avec son époux et son fils en 1911.