Évariste Régis Huc, ou plus simplement le Père Huc ou l'Abbé Huc, né le à Caylus (Tarn-et-Garonne) et mort le à Paris , est un religieux français de l'ordre des lazaristes, missionnaire en Chine au . Il effectue des missions d'exploration à travers la Tartarie, le Tibet et la Chine de 1844 à 1846, dont il rend compte dans un livre, publié pour la première fois en 1850.
Depuis les voyages de l'Anglais Thomas Manning Elizabeth Baigent, « Manning, Thomas (1772–1840) », Oxford Dictionary of National Biography au Tibet (1811-1812) Clements Robert Markham, Narratives of the Mission of George Bogle to Tibet and of the Journey of Thomas Manning to Lhasa, London (1876); Asian Educational Services (1999), ., aucun Européen n'avait visité Lhassa. Les récits du Père Huc vont stimuler l'intérêt des Européens pour l'Asie centrale et ouvrir la voie aux études asiatiques.
Biographie
Né en 1813 à Caylus (Tarn-et-Garonne). d'une famille originaire de Martinique, il fait ses études au petit séminaire de Toulouse. Ayant ressenti l'appel à une vocation missionnaire, il se rend à Paris en 1837 afin d'entrer dans la Congrégation des Lazaristes. Au bout de deux ans, il prononce ses vœux et est ordonné en février 1839.
Départ pour la Chine Quelques jours plus tard, il s'embarque au Havre sur le brick Adhémar en partance pour la Chine, où il arrive après cinq mois et demi de voyage. Il passe 18 mois au séminaire lazariste de Macao. La persécution sévit alors contre les chrétiens et le P. Perboyre, lazariste et compatriote du nouveau missionnaire, est arrêté et mis à mort à Ou-Tchang-Fou (aujourd'hui Wuhan) après un long martyre (). C'est revêtu d'un vêtement de ce prêtre que Régis-Évariste Huc – qui avait pris le costume chinois – se met en route vers la Tartarie. Affecté en 1840 au vicariat nouvellement créé de Tartarie-Mongolie, il doit parcourir sept cents lieues pour rejoindre son nouveau poste. Le Père Huc séjourne trois ans à Si-Wan, gros village de 800 âmes, aux frontières avec la Mongolie, résidence des missions catholiques qui avaient dû quitter Péking en 1827.
Le voyage en Tartarie Puis le Père Huc est désigné par le Vicaire apostolique de la Tartarie pour aller reconnaître les limites du Vicariat et on lui recommande de pousser aussi loin qu'il pourra son explorationLe Père Huc. « Un Français à Lhassa », Éditions Montsouris, collection Dauphine, Paris XIV°.
Il part donc le 3 aout 1844 en compagnie du P. Joseph Gabet, son supérieur, pour un voyage d'exploration destiné à étudier les habitudes des tribus mongoles en vue de leur évangélisation. Ils quittent leur « domicile » en compagnie du jeune lama SamdadchiembaIl s'agit de bSam-gtan-'dzin-pa (1816-1900), voir Patrick Taveirne, Han-Mongol Encounters And Missionary Endeavors, ., originaire du Gansu, qu'ils ont converti. Le Père Huc ne possède pour se guider qu'une boussole et une carte géographique française de la Chine. Samdadchiemba ouvre la marche, monté sur un petit mulet noir, suivi de deux chameaux chargés des bagages. Le Père Joseph Gabet vient ensuite, monté sur une grande chamelle, et le Père Huc sur un cheval blanc. « La petite caravane avait résolu de vivre entièrement à la mode tartare, mais on n'apprend point en un jour la vie nomade, et ce ne fut qu'au bout de quelque temps que les voyageurs surent dresser leur tente de grosse toile bleue, allumer des feux en plein vent, faire cuire leur thé et leur riz, et marcher de longs jours sans boire ».
Ils passent par Dolon-nor, Guihuacheng (Kwei-hwa-ch'eng, ), le pays Ordo, le Ningxia (Ning-hia), la ligue d'Alxa (Ala-shan), franchissent la Grande Muraille et atteignent Xining (Si-ning, actuellement dans la province du Qinghai), alors situé dans la province du Gansu (Kan-Su).
Leur qualité de « Lamas d'Occident » leur donne le droit de loger dans les couvents bouddhistes et c'est ainsi qu'ils passent quelque six mois à la célèbre lamaserie de Kounboum où ils perfectionnent leur pratique de l'écriture tibétaine, étudient le bouddhisme et la langue tibétaine. À la fin de leur séjour, ils se joignent à l'ambassade du dalaï-lama qui revenait de Pékin.
En passant par le lac Qinghai ou Kokonor en mongol (Ku-ku-nor), le Qaidam (Tsaidam) et la cordillère de Bayan Har (montagnes de Bayan-Kara), ils parviennent enfin à la ville sainte de Lhassa, le , après 18 mois de voyage. Ils sont les premiers étrangers à se rendre à Lhassa depuis Thomas Manning en 1811-1812, et précèdent de 85 ans le passage de la première femme occidentale, Alexandra David-Néel.
Ils y demeurent à peine deux mois : ils sont bien traités par les Tibétains et reçus avec courtoisie par le régent, Ngawang Yeshe Tsultrim Gyaltsen (le dalaï-lama, Khendrup Gyatso, est alors un enfant de 8 ans, tandis que vient d'être élu et n'a que 18 ans) qui met à leur disposition une de ses maisons. « Les missionnaires eurent ainsi leur chapelle, leurs prières publiques, des conférences suivies avec les plus éminents personnages et bientôt se forme autour d'eux un groupe de fervents néophytes. Sans la malveillance du délégué extraordinaire de la cour de Péking — un mandarin qui résidait à Lhassa sous le prétexte de protéger le Dalaï Lama - la jeune chrétienté se fût sans doute rapidement développée. ». En effet l'amban mandchou Ki-shan — en poste à Lhassa pour Péking — qui avait une dent contre les Occidentaux, (il avait été condamné à mort puis amnistié pour ses relations avec les Anglais pendant la guerre de l'opium) - invoque les ordres généraux de l'empereur et les fait expulser le 26 février sous la garde d'un escorte chinoise. Commence alors une longue et pénible route qui les ramène en Chine car on leur a refusé l'autorisation de rejoindre les Indes. Pendant leur voyage via Chengdu, Chongqing et Wuhan, bien qu'en réalité prisonniers des Chinois, ils sont traités comme des fonctionnaires en voyage officiel. Ils arrivent à Canton fin septembre 1846 puis à Macao — où on les croyait morts — en . Le Père Gabet rentre en Europe pour faire trancher par Rome le différend qui oppose sa congrégation aux Missions étrangères. Il meurt au Brésil en mars 1853.
Retour en France Nommé responsable de la maison des Lazaristes à Macao, en 1852, le Père Huc y rédige le récit de ses aventures mais doit renoncer à retourner en Tartarie. À demi-paralysé, il est contraint de rentrer en France pour raison de santé et quitte la Chine le . Son voyage de retour sur des navires de guerre français le fait passer par l'Inde, l'Égypte et la Palestine.
Le récit du Père Huc, « Souvenirs d'un voyage dans la Tartarie et le Tibet », est publié à Paris. L'auteur est reçu par Napoléon III, qui le nomme chevalier de la Légion d'honneur et en fait son conseiller sur la Chine. Ses opinions eurent une part dans la décision de l'empereur de poursuivre la colonisation de la Chine (la France participe à l'expédition franco-britannique de 1860 au cours de laquelle l'Ancien palais d'été est pillé et incendié, et installe des comptoirs à Shanghai, Canton et Wuhan) et de l'Indochine. L'empereur fait imprimer à l'Imprimerie nationale une édition de L'Empire chinois en 1854, qui connaît un grand succès.
En France, le Père Huc séjourne occasionnellement au château des Nouettes, résidence de la comtesse de Ségur, dont il divertit les habitants avec ses récits de voyage et ses anecdotes parfois effrayantesHortense Dufour, La comtesse de Ségur, née Sophie Rostopchine, Flammarion, 2008 ..
Affecté par son ordre dans une maison d'enseignement, le père Huc demande à être relevé de ses vœux pour devenir prêtre séculier. Malgré le soutien de la famille impériale, il ne peut obtenir une charge ecclésiastique et rentre dans la vie civile. Il rédige alors son dernier ouvrage Le Christianisme en Chine et au Thibet, ouvrage historique (1858), qui fut accueilli avec indifférence.
Évariste Huc meurt à son domicile parisien du le , à l'âge de 46 ans.. Il est inhumé deux jours plus tard dans le cimetière du Montparnasse ()..
Fortune critique En 1862, deux ans après la mort de Huc, la comtesse de Ségur évoque le missionnaire dans son roman Les Bons Enfants. Le personnage de Sophie (à ne pas confondre avec l'héroïne des Malheurs de Sophie) y détaille notamment la recette des confitures de crapauds qu'elle tient de l'« l'abbé Huc ».
Dans Les Malheurs de Sophie, film français de Christophe Honoré adapté du roman éponyme de la comtesse de Ségur, l'acteur Michel Fau interprète une version fictionnalisée du Père Huc, qui sert de confesseur à de Réan. Dans une première scène, il mène une « séance d'apaisement » au chevet de de Réan, avant d'être interrompu par l'arrivée de Sophie, qu'il effraie avant de la mettre dehors. Dans une seconde scène, il s'adonne à un tour de chant en mandarin dont le ridicule fait pouffer de rire les dames de l'assembléeChristophe Honoré et Gilles Tauran, Les Malheurs de Sophie - Le roman du film, Hachette Romans, 2016, ..
Victor Segalen fait référence à Huc et Gabet dans le poème de Thibet., qui commence ainsi :
Toujours dans Thibet, cette fois-ci au poème , Victor Segalen, s’est visiblement inspiré du livre d’Évariste Huc Voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine (livre , environ à la moitié du chapitre ).
Texte d’Évariste Huc :
Poème de Victor Segalen :
Publications
Réédition moderne en deux volumes : Souvenirs d'un voyage dans la Tartarie, t. I ; Souvenirs d'un voyage dans le Thibet, T. II ; Paris, Librairie générale française, collection Le Livre de Poche chrétien, 1962, avec une introduction et des notesParmi ses notes des extraits d'un ouvrage du prince Henri d'Orléans : Le P. Huc et ses critiques, Paris, Calmann-Lévy, 1893. de Jean-Marie Planchet (1870-1948). Réédition moderne en un volume des Souvenirs et de L'Empire : Éditions Omnibus, Paris, 2001, . Jacqueline Thevenet, Le Lama d'Occident, Évariste Huc, de France en Tartarie et du Tibet en Chine, 1813-1860, Seghers, Paris, 1989. Réédition : Un lama du ciel d'Occident : Évariste Huc (1813-1860), Payot, Paris, 2004, . PP.Joseph Gabet, Évariste Huc, Lettres de Chine et d'ailleurs : 1835-1860, édition critique par Jacqueline Thévenet, Les Indes savantes, Paris, 2005, .
Distinctions .
Notes et références
Annexes Articles connexes Histoire de l'exploration européenne du Tibet Joseph Gabet
Liens externes
Inventaire des éditions anciennes et traductions sur Google Livres Œuvres du Père Huc téléchargeables sur le site Les Classiques des sciences sociales de l'Université du Québec à Montréal le trajet du voyage Exposition sur Evariste Huc "Voyage en Chine" au musée des Arts d'Afrique et d'Asie de Vichy en 2008
Catégorie:Écrivain français du XIXe siècle Catégorie:Religieux français Catégorie:Missionnaire catholique français en Chine Catégorie:Missionnaire chrétien au Tibet Catégorie:Missionnaire catholique au Tibet Catégorie:Mongoliste français Catégorie:Tibétologue français Catégorie:Lazariste Catégorie:Explorateur français du XIXe siècle Catégorie:Chevalier de la Légion d'honneur décoré en 1853 Catégorie:Naissance en juin 1813 Catégorie:Naissance en Tarn-et-Garonne Catégorie:Décès en mars 1860 Catégorie:Décès dans le 7e arrondissement de Paris Catégorie:Décès à 46 ans Catégorie:Personnalité inhumée au cimetière du Montparnasse (division 6)