Christiane Taubira Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API., née le à Cayenne (Guyane), est une femme politique française.
Elle commence sa carrière politique comme militante indépendantiste, puis participe à la création du parti politique guyanais Walwari en 1992. Députée de la Guyane de 1993 à 2012, elle est à l'origine de la loi tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité. Elle est également députée européenne de 1994 à 1999.
Candidate du Parti radical de gauche (PRG) à l'élection présidentielle de 2002, elle arrive en treizième position du premier tour de scrutin, avec 2,32 % des voix.
Elle est garde des Sceaux, ministre de la Justice de 2012 à 2016, dans les gouvernements Ayrault et , puis Valls et , sous la présidence de François Hollande. À ce titre, elle défend au Parlement le projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples de personnes de même sexe. En désaccord avec le projet de déchéance de la nationalité française pour des personnes jugées coupables de terrorisme, elle démissionne en .
Souhaitant se présenter à l'élection présidentielle de 2022, elle remporte la primaire populaire, mais retire sa candidature deux jours avant la date limite du dépôt des parrainages, faute d'avoir réuni les 500 signatures d'élus nécessaires.
Biographie Famille, études et carrière professionnelle Née à Cayenne le , Christiane Taubira est issue d'une famille modeste — sa mère, Bertille, aide-soignante puis infirmière., morte à 49 ans (lorsque Christiane Taubira avait 16 ans.), élevait seule ses onze enfants, dont cinq conçus avec le père de Christiane, Georges Taubira, épicier à Cayenne, qui les avait abandonnés..
Après avoir été scolarisée à Cayenne, où elle obtient un baccalauréat B, elle suit des études supérieures et obtient un DEA en sciences économiques à l'université Panthéon-Assas en . Elle rédige son mémoire d'étude sur l'économie du pouvoir dans les formations sociales des pays en développement.. Elle est également titulaire d'une licence en sociologie de l'université Paris-Sorbonne, actuelle Sorbonne Université, d'un diplôme d'études supérieures en ethnologie afro-américaine de l'université Paris-Diderot, actuelle université Paris-Cité, et a suivi un troisième cycle universitaire en agroalimentaire au Centre français de la coopération agricole...Pendant de nombreuses années, les portraits médiatiques de Christiane Taubira lui attribuent un, voire deux doctorat(s), en économie, en ethnologie ou en agroalimentaire, selon les sources (). Dans son ouvrage Contre la justice laxiste (éditions L'Archipel, avril 2014), Philippe Bilger, ancien avocat général à la cour d'assises de Paris, laisse entendre que la garde des Sceaux ment sur son curriculum vitæ : . Sollicité, le cabinet de Christiane Taubira, alors garde des Sceaux, affirme que celle-ci n’a jamais dit elle-même qu’elle possédait ces diplômes et explique que ces mentions sont dues aux journalistes qui (). — (Le Monde, 28 mars 2014). Selon certaines enquêtes journalistiques, la ministre n'aurait pas affirmé détenir ces diplômes mais n'aurait pas non plus démenti publiquement de façon explicite ceux qui lui prêtaient leur obtention ( et ..
Elle devient professeure de sciences économiques en 1978..
À la fin des années 1970, Christiane Taubira rencontre , dirigeant indépendantiste, qu'elle épouse en 1987 et avec lequel elle a quatre enfants, nés entre 1979 et 1988.. Les époux se séparent en 2002, sur fond de crise politique, après que Roland Delannon constitue une liste dissidente de celle de son épouse lors des élections régionales de 1998Mariana Grépinet, « Le livre de la semaine - Le Mystère Taubira », Paris Match , semaine du 21 au 27 mai 2015, page 39..
Elle quitte l'enseignement en et prend successivement la tête de divers instituts d'économie locale en Guyane : la Coopération agricole Antilles-Guyane et la Confédération caraïbe de la coopération agricole (Caricoop) entre et ., le Centre national des arts et métiers de Guyane entre et , l’Assistance technique à la pêche artisanale en Guyane entre et puis l'Office de coopération et du commerce extérieur de la Guyane (OCCE-G) entre et , un organisme dépendant du conseil régional de la Guyane. À ce titre, elle se voit confier un créneau pour des émissions au sujet de l'économie de la pêche et celle du milieu agricole par la radio locale RFO-Guyane, la faisant entrer dans le débat public et permettant la diffusion de ses idées au sein de la société guyanaise..
Elle est également membre honoraire du conseil d'administration de la Fondation Danielle-Mitterrand - France Libertés..
Depuis fin 2024, Christiane Taubira occupe une chaire universitaire à São Paulo, au Brésil. Elle prépare dans ce cadre la conférence de Belém de 2025 sur les changements climatiques, où elle défendra la préservation de la forêt amazonienne, en s’appuyant sur le travail des soixante chercheurs qu’elle dirige..
Parcours politique Militante indépendantiste et création de Walwari Elle commence sa carrière politique en 1978 comme militante indépendantiste, notamment au sein du Mouvement guyanais de décolonisation (MOGUYDE)., que son mari a fondé en 1974. Elle dirige la revue indépendantiste Mawina.. Selon Robert Chaudenson, , avec l'aide de l'Union des travailleurs guyanais (UTG), prépare un attentat contre les installations pétrolières de Guyane qui échoue (le complot de Noël).. Il est alors arrêté le avec 12 autres personnes. L'arrestation des 13 personnes impliquées dans l'opération déclenche une grève générale de la part de l'UTG. Selon Taubira, Roland Delannon est ensuite emprisonné pendant dix-huit mois., ce qui est démenti par l'intéressé... Taubira affirme qu'elle a alors été obligée de vivre dans la clandestinité.. Selon le magazine Valeurs actuelles, elle aide les clandestins et les militants guyanais détenus à la prison de la Santé..
Après l'arrivée de François Mitterrand à la présidence de la République en 1981, elle cesse le militantisme indépendantiste, constatant qu'il n'est plus soutenu par les Guyanais. et fonde son activité professionnelle : elle devait signer un contrat de professeur-chercheur à l'université du Québec à Montréal lorsqu'elle est sollicitée pour s'investir en politique.
En 1992, elle cofonde avec son mari le parti Walwari et en prend la présidence.
Premiers mandats de députée de la Guyane (1993-2002) En 1993, elle est élue députée sans étiquette dans la première circonscription de la Guyane. D’abord non-inscrite (NI), elle intègre le le petit groupe parlementaire technique République et liberté (RL), et vote l'investiture du gouvernement Balladur (de droite).. Elle affirmera ensuite à ce propos que et qui serait un moyen de qu'elle dit désirer.. Interrogée sur ce vote lors de sa campagne présidentielle de 2022, elle évoque .
De 1993 à 2002, elle siège à la commission des Affaires étrangères..
Elle est quatrième de la liste Énergie radicale, menée par Bernard Tapie, aux élections européennes de 1994. Elle est ainsi députée européenne jusqu’à la fin de la législature, en 1999, en parallèle de son mandat de députée à l’Assemblée nationale. Durant cette période, elle est successivement membre de la commission du développement et de la coopération de 1994 à 1997, puis brièvement de la commission de la politique régionale en 1997, avant de se tourner vers celle de la culture, de la jeunesse, de l'éducation et des médias de 1997 à 1999.
En , elle est observatrice parlementaire aux premières élections non raciales de l'histoire de l'Afrique du Sud qui débouchent sur la victoire de Nelson Mandela.vignette|170px|Portrait officiel de Christiane Taubira en tant que députée européenne (1994).|gaucheAprès sa réélection à l’Assemblée nationale en juin 1997., elle s'apparente au groupe socialiste (SOC), et se voit confier par Lionel Jospin un rapport sur la recherche de l'or en Guyane. En 1998, elle se sépare de son mari après que celui-ci s'est présenté contre Walwari aux élections régionales de 1998 sans l'en avertir, se disant fatigué de l'hégémonie politique de son épouse. En 2014, elle exprime des remords dans la presse sur ce passage de sa vie.
Le , elle rejoint le groupe radical, citoyen et vert (RCV)...
Christiane Taubira donne son nom à la loi tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité (-434), déposée à la présidence de l'Assemblée nationale le . et définitivement adoptée le , qui reconnaît comme crimes contre l'humanité, la traite négrière transatlantique et l'esclavage qui en a résulté, jusqu'à son abolition. La loi prévoit également l'insertion de ces faits historiques dans les programmes scolaires et le développement des recherches scientifiques s'y rapportant. Une des conséquences de cette loi est la création de la Journée nationale des mémoires de la traite et de l'esclavage et de leurs abolitions, qui se tient les 10 mai.
La loi est critiquée, car elle est considérée par certains comme loi mémorielle se limitant à la traite européenne et occultant les traites africaines et arabo-musulmanes. D'autre part, elle ferait preuve d'anachronisme en omettant l'esclavage actuel et, faisant écho à des revendications communautaires, menacerait avec son caractère prescriptif la liberté des historiens.. Ce sentiment de menace est renforcé par l'opposition entre Christiane Taubira et l'historien de l'esclavage Olivier Grenouilleau, au cours de l'affaire du même nom..
Candidate du PRG à l’élection présidentielle de 2002 En , elle est la candidate du Parti radical de gauche à l'élection présidentielle.
L'historien Christophe Prochasson indique qu'elle fait alors figure d' et qu'elle n'est : , et , : . Sa campagne est axée sur deux thèmes : et la Son programme prévoit notamment : la création d’un ministère des Droits des personnes et de la Cohésion sociale ; la défense de l’égalité des sexes, en particulier à travers l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes ; l’instauration du droit de vote des étrangers aux élections locales ; l'abaissement de l’âge du droit de vote à 17 ans ; la démocratisation de l’enseignement et la priorité donnée à l’université plutôt qu’aux « grandes écoles élitistes » ; la création d’un revenu minimum étudiant ; l’instauration d’une Sixième République, dans laquelle les pouvoirs seraient davantage décentralisés vers les territoires, et instaurant un régime présidentiel fort passant par la suppression du poste de Premier ministre et « la concomitance des élections législatives, sénatoriales et présidentielles » ; la promotion d'une Europe fédérale, unifiée autour d’une Constitution commune à tous les États ; des mesures d’inspiration relativement libérale en matière économique, avec la suppression de l’impôt sur le revenu, de la contribution sociale généralisée (CSG), de la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) et des cotisations sociales, et leur remplacement par un impôt progressif pour tous, mais modéré, « y compris le taux marginal supérieur », afin de ne pas « décourager l’effort et l’initiative » ; en matière pénale, la dépénalisation des drogues douces et l’augmentation des mesures de substitution à l’emprisonnement ; la « diversification énergétique » et le recours aux énergies renouvelables... Elle formule plusieurs propositions libérales sur le plan économique, comme la baisse de l'imposition des foyers aux revenus les plus élevés, le développement de la retraite par capitalisation ou la suppression des cotisations sociales dans le financement de l’assurance-maladie...
Elle obtient 2,32 % des voix au premier tour et réalise l'essentiel de son score en France d'outre-mer, notamment dans son département d'origine, la Guyane, où elle est députée et où elle obtient 52,7 % des suffrages exprimés..