L'Organisation de l'armée secrète, ou Organisation armée secrète, surtout connue par son sigle OAS, est une ancienne organisation terroriste clandestine française d'extrême-droite créée le pour la défense de la présence française en Algérie par tous les moyens, y compris le terrorisme à grande échelle.
Un an après l'échec de la semaine des barricades, alors que le gouvernement français souhaite manifestement se désengager en Algérie, l’OAS est créée à Madrid, lors d'une rencontre entre deux activistes importants, Jean-Jacques Susini et Pierre Lagaillarde, ralliant par la suite pieds-noirs, colons et militaires de haut rang, notamment le général Raoul Salan.
Le sigle « OAS » fait volontairement référence à l’Armée secrète (AS) de la Résistance. Il apparaît sur les murs d'Alger le , et se répand ensuite en Algérie et en métropole, lié à divers slogans : « L'Algérie est française et le restera », « OAS vaincra », « l'OAS frappe où elle veut et quand elle veut »
Sur le plan pratique, il ne s'agit pas d'une organisation centralisée unifiée ; d'une façon très générale, elle est divisée en trois branches plus ou moins indépendantes, parfois rivales : l'« OAS Madrid », l'« OAS Alger » et l'« OAS Métro »Yves Courrière et Philippe Monnier, La Guerre d'Algérie, 1972..
L'OAS est responsable de à , principalement en Algérie.
Histoire Création L'OAS se présente comme la manifestation la plus radicale de la volonté d'une partie de l'armée et de civils de conserver l'Algérie française, où vivaient un million d'habitants ayant le statut de citoyens français, et huit millions d'Algériens ayant un statut juridique différent. L'Algérie étant alors statutairement constituée de départements français, l'OAS voulait s'opposer par tous les moyens à la politique d'autodétermination mise en place par Charles de Gaulle à partir de la fin de l'année 1959.
vignette|14 décembre 2012 à Djidiouia, ex Saint-Aimé : cinquante ans après dans l'Algérie indépendante, traces d'un slogan : « Vive l'Algérie française », datant des dernières années de l'occupation française en Algérie.
Le général de Gaulle est arrivé au pouvoir en 1958, quelques jours après le putsch d'Alger du . Ses premières déclarations ( le à Alger et le à Mostaganem) semblent porter les valeurs de l'Algérie française. Néanmoins, il ne manque pas d'annoncer à plusieurs occasions (à Alger, Oran, Constantine, Bône) ., signifiant de fait que le système colonial tel qu'il existait en Algérie ne pouvait plus être maintenu en l'état, et, après Mostaganem, il ne prononcera plus les mots d'.. La mise en place du plan de Constantine (économique) en et du plan Challe (militaire) en indique la volonté du gouvernement de conserver une Algérie où la France joue un rôle actif et rassure provisoirement les Français d'Algérie. À plusieurs occasions au cours de l'année 1959, de Gaulle souligne le caractère propre de l'Algérie et que son avenir dépendra du vote de ses habitants., mais la plupart de ces déclarations ne suscitent guère de réactions. C'est le discours de De Gaulle du proposant l'autodétermination sur l'avenir de l'Algérie qui suscite la surprise dans tous les milieux, et la stupéfaction dans la population européenne d'Algérie. Ce discours ouvre trois possibilités : la francisation (un seul pays réunissant la France et l'Algérie et dont tous les citoyens ont les mêmes droits), l'autonomie (une fédération entre la France et l'Algérie), la sécession (conduisant à l'indépendance).
Pour la première fois, il ouvre la possibilité de l'indépendance de l'Algérie.
Le , l'Assemblée nationale valide la politique d'autodétermination par 441 pour et 23 contre.. Mais pour ceux qui refusent cette politique, regroupant certains membres de la classe politique (Jacques Soustelle, Georges Bidault), ainsi qu'une partie de l'armée et des Français d'Algérie, c'est une trahison. Le premier fait marquant de la révolte de la population française d'Algérie contre ce discours est la semaine des barricades d'Alger. du au , une partie de l'armée, sans basculer du côté des insurgés, montre néanmoins son indulgence.
Au cours des mois qui suivent, plusieurs mutations mais aussi des procès visent des cadres de cette armée. C'est la mutation du colonel Bigeard, du général Challe, des colonels Godard, Broizat, Argoud, et le limogeage du général Faure, tandis que le colonel Gardes est traduit en justice. L'armée est dessaisie de certains de ses pouvoirs civils. Pierre Lagaillarde et Joseph Ortiz, inculpés, s'évadent en Espagne d'où l'OAS sera fondée. Le , le référendum sur l'autodétermination de l'Algérie est approuvé par 75 % des votants.. Pour les partisans de l'Algérie française, ce référendum annonce l'abandon de celle-ci. En , un groupe, exilé à Madrid à la fin de l'année 1960 pour échapper au procès de la semaine des barricades, se forme autour du général Salan, de Pierre Lagaillarde et de Jean-Jacques Susini et crée l'OAS. Salan reçoit l'aide de Ramón Serrano Súñer, beau-frère du général Francisco Franco, durant les six mois de son séjour en Espagne franquiste..
Le se déroule le putsch des généraux à Alger, suivi par environ deux cents officiers. Néanmoins, la plupart des officiers supérieurs adopte une attitude attentiste et la majorité de l'armée reste loyale au pouvoir métropolitain, entraînant l'échec du putsch en quelques jours. À la suite de cet échec, une bonne partie des insurgés ainsi que de nombreux civils désertent et rejoignent la lutte clandestine dans les rangs de l'OAS. La cassure est totale avec de Gaulle et il s'ensuit une véritable guerre entre les membres de l'OAS et l'État. De Gaulle utilisera contre l'OAS aussi bien la police que des groupes illégaux (les barbouzes), mais laissera l'armée en retrait car elle compte dans ses rangs de nombreux sympathisants à la cause « Algérie française » qui sont tentés de rejoindre l'OrganisationAfin d'enrayer les désertions et les disparitions d'armes, le général Ailleret publiera une directive en décembre 1961, demandant aux forces armées « d'éliminer de leurs rangs tous éléments appartenant à l'OAS ou manifestant en sa faveur une sympathie agissante », cité par .. Elle ne sera utilisée contre l'OAS qu'après la signature des accords d'Évian, au moment du siège de Bab El Oued, de l'épisode de la fusillade de la rue d'Isly et du maquis de l'Ouarsenis.
Les attentats de l'OAS viseront des personnalités politiques et administratives du gouvernement légal français, des intellectuels ou des organes de presse favorables à une négociation avec le FLN, en Algérie comme en métropole, ainsi que les musulmans soupçonnés de soutenir le FLN. Ses commandos prendront également pour cible les policiers, les enseignants, les fonctionnaires de l'administration fiscale, les commerçants musulmans.. Le but des attentats en métropole est de « renverser le régime » ; le général de Gaulle est lui-même victime de tentatives d'assassinat (comme celle de 1961 à Pont-sur SeineACCOCE Pierre, « 11 - Les attentats de l’OAS contre de Gaulle », dans : , Ces assassins qui ont voulu changer l'Histoire. sous la direction de ACCOCE Pierre. Paris, Plon, « Hors collection », 1999, ., l'objectif de ces opérations terroristes étant d'arrêter le processus qui allait conduire à la décolonisation de l'Algérie.
Phase de répression par l’État Dès le printemps 1961, le commissaire Grassien, sous-directeur de la Police judiciaire (PJ), arrive en Algérie à la tête de quinze officiers. Mais les résultats sont limités, et le groupe regagne la métropole le . Quelques semaines plus tard, le directeur de la PJ, Michel Hacq, les relaie, avec pas moins de deux cents inspecteurs, qui forment la Mission « C ». Ces policiers sont renforcés par un peloton de quinze gendarmes, dirigé par le capitaine Lacoste, et qui avait déjà combattu le Front de libération nationale (FLN). Ce sont ces gendarmes qui arrêtent le général Raoul Salan, le , grâce aux renseignements fournis par la Police judiciaire parisienne.
De son côté, le général Charles Feuvrier, chef de la Sécurité militaire (SM), fonde une structure spécifiquement chargée de la lutte anti-OAS en Algérie, la Division des missions et recherches. La Sécurité militaire était jugée peu sûre voire favorable aux idées OAS.
Ces forces officielles sont aidées par des agents de police parallèle, les « barbouzes » (dont le rôle secret et méconnu pourrait avoir été d'attirer l'attention de l'OAS afin que la Mission « C » puisse travailler sereinement et en profondeur, ainsi appelés en raison des postiches qu'ils étaient censés porter (le terme s'est ensuite appliqué à tous les agents secrets, réguliers ou non). Sans mandat officiel, les barbouzes sont recrutés dans divers milieux : des militants et sympathisants de mouvements gaullistes, des champions d'arts martiaux (Jim Alcheik , Raymond Buy Tré), des Vietnamiens ayant choisi la France pendant la guerre d'Indochine, des marginaux et des truands, comme Jean Augé et le proxénète Georges Boucheseiche, ancien de la Gestapo française et par intermittence, des musulmans (sous la houlette du cheikh Zeknini et de ses fils). Ce recrutement, ainsi que l'acheminement vers l'Algérie, sont assurés par deux ardents partisans du général de Gaulle, Lucien Bitterlin, chef du Mouvement pour la communauté, et par Pierre Lemarchand. Les barbouzes sont chargés de faire du contre-terrorisme, c’est-à-dire des plasticages (à la place de la Sécurité militaire, qui ne pouvait elle-même commettre des attentats), de réaliser des interrogatoires, en collaboration étroite avec les forces de gendarmerie du colonel Debrosse (au cours desquels la torture est utilisée, selon les membres de l'OAS qui les ont subisGosselin, Vinent, Tislenkoff , sur alger26mars1962.fr., SalascGeorges Fleury, Histoire secrète de l'OAS.., capitaine Noëlle Lucchetti, , Jean Hourdeaux, Charles Daudet, Albert Garcin, Rodenas, Ziano).
La branche de la mission « C » chargée du renseignement, le CRC (Centre de recherches et de coordination), parvient très rapidement à établir des listes de personnes susceptibles d'appartenir à l'OAS, et manipulant adroitement les barbouzes, remet dès à Lucien Bitterlin, qui la fait transmettre au FLN par l'intermédiaire de Smaïl Madani, une première liste de membres de l'OAS (noms et pseudonymes, âges et adresses). Selon l'historien Yves Courrière, c'est le FLN qui souhaite obtenir des armes auprès de Lucien Bitterlin. Celui-ci refuse mais réussit à se faire communiquer par ses interlocuteurs du FLN une liste de membres de l'OAS. Bitterlin la communique à la mission « C » qui se charge des arrestations. Entre le et le , la mission « C » procède ainsi à l'arrestation de de l'OAS, dont et . Avec les accords d'Évian, le rapprochement s'opère directement entre mission « C » et FLN à Alger et à Oran, et quelques jours plus tard, une seconde liste de membres de l'OAS est remise à Si Azzedine, chef de la Zone autonome d'Alger. Après avoir démantelé en quelques mois l'OAS par l'arrestation de ses chefs, la mission « C » pense ainsi transmettre la basse besogne au FLN. Mais d'après l'historien Jean-Jacques Jordi ..