Nabta Playa est un site archéologique de Haute-Égypte, situé à l'ouest d'Abou Simbel, qui fut occupé à partir du par une population qui pratiquait la céramique, la chasse, la cueillette du sorgho, parmi d'autres céréales et légumineuses sauvages, et un peu d'élevage en fin de période.
La région compte un grand nombre de sites similaires. Les monuments de pierres accumulées et assemblées selon des dispositions caractéristiques, parfois mégalithiques, sont des centaines dans les massifs sahariens, réalisés à une époque de « Sahara vert » (Subpluvial néolithique).
En 2018, on ne sait toujours pas d'où la population de Nabta Playa provenait, faute d'indices concomitants. L'étude de ce site pose de nombreuses questions archéologiques.
Toponymie La première partie du nom, « Nabta », vient de celui d'une montagne toute proche (Djebel Nabta). La seconde partie, « playa », signifie plage en espagnol.
Situation vignette|redresse=1.2|Localisation en bas et au centre de la carte
Nabta Playa est situé dans le sud de l'Égypte (en Haute-Égypte), à à l’ouest d’Abou Simbel. Ce site, qui occupe une dépression située en plein désert de Nubie (partie orientale du Sahara) semble avoir été occupé du au Il se trouve sur l'ancienne piste caravanière qui reliait Abou Simbel à , et au-delà.
L'ancienne oasis de Bir Kiseiba se trouve dans la même dépression que Nabta PlayaL'escarpement de Bir Kiseiba se trouve à 90 km à l'ouest de Nabta Playa. Ted A. Maxwell et al, 2017 : « 2. Prior studies of the Bir Kiseiba region » et « 3.3. Kiseiba Surface » : et les deux sites sont reconnus comme appartenant à la même culture. Au millénaire, tout l'espace de la Nubie est considéré comme un même territoire culturel qui inclut la vallée du Nil, de la Première à la Quatrième cataracte, avec les zones (actuellement désertiques) environnantes, dont Nabta-Kiseiba. Nabta Playa, tout comme Bir Kiseiba, situé entre 150 et 190 m d'altitude, présente des plages fossilisées de sables fluviaux, qui attestent la présence d'anciens niveaux aquatiques, dont la hauteur variait beaucoup d'une période humide à une période aride.
Le site, bien conservé par les conditions du climat désertique, offre un grand intérêt pour plusieurs disciplines : anthropologie, archéologie, préhistoire, égyptologie, agriculture, etc.
Fluctuations climatiques Anciennes fluctuations
Le climat passé explique l'implantation de cette population préhistorique. Alors qu'aujourd'hui le désert occidental égyptien est tout à fait aride, ce ne fut pas toujours le cas dans le passé. L'étude paléoclimatique du Sahara montre qu'il y eut plusieurs épisodes humides (jusqu'à de pluie annuelle), l'une d'elles se situant au cours de la dernière période interglaciaire et glaciaire, entre avant le présent (AP). À ce moment, on devait rencontrer dans cette région une savane qui abritait une faune nombreuse, telle que des bovidés et de grandes girafes, ou encore certaines variétés d'antilopes et de gazelles. La phase finale du Pléistocène (18 000 - ) fut en revanche très aride.
Holocène
Avec l'Holocène, les pluies d'Afrique tropicale commencèrent à remonter vers le Nord. C'est alors le « Grand humide » du Sahara (9700 - 6500 AEC). Une estimation de 150-100 mm de pluie annuelle a été avancée pour cette période. On vit alors réapparaître une steppe semi-aride, composée d'herbe sahélienne, d'arbres et de buissons. L'eau s'accumulait dans certaines dépressions, formant des lacs temporaires, principalement au pied des zones montagneuses.
Présentation du site Nabta Playa a probablement commencé à être utilisé comme un centre cérémoniel régional vers 6100 - 5600 AEC, lorsque des groupes résidant dans d'autres bassins voisins s'y sont réunis à des fins cérémonielles et autres, pendant la saison humide d'été, lorsque la « playa » était à son apogée. Ce rassemblement a eu lieu sur une dune, le long de la rive nord-ouest de la « playa » où se trouvent des centaines de foyers et plus de deux mètres de débris culturels accumulés.
Les archéologues Fred Wendorf et Romuald Schild ont déterminé que des populations humaines furent présentes pendant plus de 5000 ans, d'environ 7500 à 2500 AEC. Toutefois, la majorité de l'occupation s'est faite entre 4500 et 2500.
Ce site possède un important champ mégalithique, daté de 4500 - 4000 AEC, qui a beaucoup fait pour sa célébrité, car il serait à orientation astronomique. D'autres monuments mégalithiques circulaires à orientation astronomique peuvent lui être comparés : le cercle de Goseck (en terre), en Allemagne, datant de 4800, et le célèbre cromlech de Stonehenge, Wiltshire, en Grand-Bretagne, datant de 2800 AEC.
Chronologie Pré-Néolithique Une population vint progressivement s'établir à Nabta Playa entre 9000 et 7000 AEC. Les premiers établissements étaient composés de petits camps saisonniers qui pratiquaient la céramique. La poterie est très rare sur ce site mais elle est remarquable. Elle est décorée sur tout l'extérieur avec des motifs d'impression complexes appliqués avec un peigne dans un mouvement de bascule. On remarque des similitudes entre les poteries nubiennes de Nabta Playa et celles de Khartoum (poterie rouge à bord noir, à décor ondulé).
Un optimum climatique, constituant en même temps l'épisode le plus humide de l'Holocène, a été atteint au cours des phases du El Nabta (vers 7050 – 6700 AEC) et d'Al Jerar (vers 6500 – 6100 AEC).. Dès le des silos souterrains contenaient du sorgho sauvage. Les chercheurs américains de l'équipe de Fred Wendorf ont pu mettre en évidence un stockage intensif de sorgho sauvage (sorghum bicolor), ce qui pourrait être la trace d'une forme de proto-agriculture, ou plus simplement, un mode de subsistance fondé, en partie, sur la collecte intensive de ces plantes sauvages, comme cela est attesté au Natoufien du Levant. La chasse et la cueillette demeurent prédominantes jusque vers 5400 AEC.
Au début du millénaire, un changement climatique dans le Sahara oriental, lié au déplacement progressif du front de mousson vers le Sud, diminua fortement les pluies. Toutes les activités de subsistance furent touchées : chasse, pêche, collectes et pâturages. Les animaux trouvaient eau et pâtures tant que les lacs alimentés par les passages pluvieux ou par des nappes artésiennes jaillissantes (lorsque leur niveau piézométrique dépasse le niveau du sol) n'étaient pas épuisés. Ensuite le groupe repartait vers un autre site favorable.
Les habitants de Nabta Playa établirent des camps qui n'étaient utilisés que pendant une partie de l'année. Aux environs de 6000 situe ce moment vers 7000. Et vers 6800 AEC des céramiques réalisées sur place., un changement intervint lorsque ces populations se mirent à creuser des puits, ce qui leur permit d'y séjourner toute l'année, et notamment pendant l'hiver, la saison sèchePlan en relation avec cette phase, semble-t-il : « Nabta Playa, plan d’habitation du site E 76-6 (d’après Wendorf & Schild 2001) » : .. Leurs établissements purent également s'agrandir, certains des plus grands comptant jusqu'à dix-huit ou vingt huttes massives, rondes ou ovales, produites par empilement de grandes pierres. Leur disposition, à peu près en ligne, délimitait un espace de circulation..
Néolithique Après une nouvelle période très sèche (de 4700 à 4500 AEC situe ce moment vers 5500.), le retour de la pluie amena d'autres populations. Les tumulus avec restes de bovins, dont certains désarticulés, y compris une jeune vache, qui ont été trouvés à Nabta Playa, illustrent l'importance sociologique et probablement aussi religieuse des bovins vers 5400, au début de la période néolithiqueWendorf et al.1997; Applegate, Gautier et Duncan 2001 . Ces sépultures d'animaux sont les premiers exemples d'une tradition qui devait se poursuivre pendant plusieurs centaines d'années, jusque dans la période dynastique primitive (Flores 2003). L'élevage de bovins, cependant, jouait encore un rôle mineur dans la stratégie de subsistance. Les animaux sauvages sont restés la principale source de protéines. Le matériel de chasse, en particulier les pointes de flèches, était toujours la principale composante des industries lithiques (Riemer 2007).
Des indices très forts semblent indiquer que ces nouvelles populations avaient un système social qui impliquait un niveau d'organisation supérieur, qu'on ne rencontre pas jusqu'alors en Égypte.
Il a fallu attendre une modification drastique du climat, à partir de 3900 AEC, pour que ces populations ne trouvent plus assez de ressources dans la chasse et la collecte, sur les anciennes marges du Sahara en cours d'aridification, et se trouvent contraintes de se concentrer sur les ressources de la vallée du Nil, avec une agriculture intensive et bientôt une hiérarchie sociale naissante.
Le cercle de pierres orientées vignette|le cercle mégalithique à Nabta, au moment de son relevé en 1992. Tout l'espace alentour est jonché de ces pierres mêlées au sable.
Ce monument supposé cérémoniel est impressionnant, même s'il n'est pas très grand (environ 4 mètres de diamètre - voir photo et plan). Il consiste en une série de blocs de pierres de grès arrangés en cercle, certaines atteignant deux mètres de hauteur. Sur le cercle, on peut distinguer quatre couples de pierres plus grandes formant comme des « portes ». À l'intérieur du cercle, on rencontre deux rangées de pierres, dont la fonction astronomique, s'il y en avait une, n'est pas évidente. Quant aux « portes », deux d'entre-elles, en vis à vis, sont sur une ligne Nord-Sud. Les deux autres paires forment une ligne à 70° à l'Est-Nord-Est, qui s'aligne avec la position calculée du lever du soleil au solstice d'été il y a 6000 ans, époque où cela semble avoir été construit : des charbons de bois provenant de l'un des nombreux foyers autour du "calendrier" datent d'environ 4800 ans AEC (6800 AP +/- 60 ans, CAMS - 17287). Le solstice d'été correspond aussi au début de la saison des pluies dans le désert. Mais l'âge exact de ce cercle n'est pas connu avec certitude.
Un centre cérémoniel
En plus de divers lieux d'habitations retrouvés à Nabta Playa, on a découvert un nombre important de dispositifs monumentaux. Vu le grand nombre de mégalithes présents dans ce lieu, on pense qu'il a pu être un centre cérémoniel régional. Trois ensembles, en dehors du cercle de pierres déjà analysé ci-dessus, peuvent être distingués :
un premier, constitué de huit tumulus recouverts de pierres, contenant des restes de bœufs, chèvres, gazelles et d'humains ; l'un d'eux contenait même un veau entier, enterré dans une chambre souterraine. Ces restes dateraient du Néolithique, vers 5400 AEC. Une autre datation a été posée initialement par un contributeur, mais sans référence : .