L'invention du bateau remonte à plusieurs milliers d'années, et correspond au besoin que l'homme a très tôt eu de pouvoir se déplacer sur l'eau, qu'il s'agisse de rivière ou de mer. Les bateaux ont accompagné l’homme dans son évolution. De la barque monoxyle du Mésolithique au puissant porte-avions nucléaire moderne, l'histoire des bateaux accompagne celle de l’Homme.
Préhistoire
Les premiers bateaux ont été construits au Néolithique, à partir de troncs d'arbres évidés à l'aide d'outils en pierre (pirogue monoxyle) mais d'autres types de bateaux (de type skiff) ont été conçus. Il semblerait aussi que des radeaux s'appuyant sur des outres ou des amphores inspirés pour le transport de ces derniers ou non, émergent au Moyen-Orient : en Mésopotamie, en Égypte ou en CrèteVoir quelques illustrations crétoises ici selon l'interprétation que l'on fait de certaines gravures... Ces premiers bateaux ont une fonction simple, qui est de pouvoir se déplacer sur l'eau, essentiellement pour la chasse et la pêche. On a par exemple retrouvé à Noyen-sur-Seine une pirogue monoxyle, fabriquée dans un tronc de pin sylvestre et conservée sur une longueur de plus de , datée du mésolithique (7000 av. J.-C.), et actuellement visible au musée de Nemours; Musée de Nemours. Deux autres pirogues, disposées côte-à-côte et en excellent état, ont également été découvertes en amont de Paris, à Nandy, et sont datées de 7245-6710 av. J.-C. pour la plus ancienne, 7040-6620 av. J.-C. pour l'autre, ce qui en ferait a priori les plus vieux bateaux découverts sur le plan mondial. Des répliques expérimentales de ces pirogues ont été réalisées..
Mais très vite, l'homme constate que ce moyen de locomotion offre d'immenses possibilités, tant pour la pêche que pour l'exploration, pour faire du commerce aussi bien que pour faire la guerre. Après avoir appris à utiliser une perche en bois qu'il appuie au fond de l'eau pour diriger son embarcation, il apprend vite à fabriquer des perches à extrémité plate, des pagaies, qui, en appui sur l'eau, permettent de se déplacer dans les zones de grande profondeur.
Les plus anciennes pirogues monoxyles découvertes lors de recherches archéologiques sont la plupart du temps taillés dans des arbres résineux, à l'aide de simples outils en pierre. Leur forme, dérivée d'un tronc, est très allongée (jusqu'à plus de ) et étroite (en général de 50 à , espace suffisant pour asseoir le navigateur). L'extérieur est en général circulaire, les extrémités sont en cuillère. On trouve sur certaines de premières adaptations destinées à renforcer l'ensemble de l'intérieur. L'équipement se limite à des pagaies ou à une perche, parfois accompagné d'une ancre en pierre..
Age du bronze Dans les vagues, l'eau a tendance à envahir l'embarcation. Il y a environ ans, des constructeurs, tant en Égypte que ceux vivant au bord de , ils « cousent » sur les flancs de la pirogue une planche portant des trous en position concordante. Ils inventent ainsi le bordage cousu, qui permettra progressivement d'augmenter la taille des embarcations. Ce bordage, en surélevant les bords, protège des entrées d'eau, mais permet du même coup d'augmenter significativement la capacité de charge de l'embarcation. Les autochtones d'Amérique, qui lors de la découverte de l'Amérique par les Européens, en sont technologiquement au stade de l'âge de la pierre, construisent des canoës, structures très légères et maniables, constituées de lames d'écorce de bouleaux cousues sur une charpente en frêne. Le plus ancien bateau cousu de Méditerranée, découvert à Zambratija en 2014, date du ..
De la pirogue monoxyle, il ne reste bientôt que la quille des bateaux, qui perdure encore aujourd'hui dans les constructions en bois.
Parallèlement, les premiers navigateurs constatent qu'en déployant une peau de bête ou une toile végétale tressée, tendue au bout d'une perche plus ou moins verticale fixée au fond de l'embarcation, ils peuvent utiliser la force de propulsion du vent : la voile est née. Les premiers voiliers ne savent utiliser le vent que lorsqu'il vient de l'arrière, dans les autres cas, la rame reste indispensable. Mais les meilleurs navigateurs apprennent vite à domestiquer ce vent indispensable. C'est ainsi, avec de simples pirogues à bordage cousu, et une voile rudimentaire, que débutera le peuplement de l'Océanie il y a 3000 ans, les austronésiens, navigateurs expérimentés, parcourant déjà des milliers de kilomètres en plein océan sur des pirogues pouvant embarquer jusqu’à une cinquantaine de passagers.
Antiquité
Les Égyptiens, il y a , ont déjà une parfaite maîtrise de la construction des voiliers, dont on a retrouvé un exemplaire remarquable, la célèbre barque solaire, devant la pyramide de Gyzeh. La barque, en bois de cèdre, à bordage cousu, mesure de long, sa proue s'élève à et sa poupe à . Si cette barque est un outil de culte funéraire, il est évident qu'elle a été construite par simple copie des techniques alors maîtrisées par les égyptiens. Selon les dernières études réalisées, il semble très probable que ce voilier ait été théoriquement capable de remonter au vent, et de naviguer en haute mer, mais la démonstration grandeur nature reste à faire. Les Égyptiens savent déjà à l'évidence naviguer autant sur le Nil qu'en mer. Le pharaon Sésostris III (1878 av. J.-C. - 1839 av. J.-C.) fait creuser un canal dirigé d'ouest en est à travers le Wadi Tumilat, ancêtre du canal de Suez, faisant se joindre le Nil et la mer Rouge. D'après HérodoteL'Enquête d'Hérodote ; livre 4, § 42, traduit par Andrée Barguet., les Égyptiens réalisent vers 600 avant notre ère une première circumnavigation de l'Afrique.
S'inspirant des techniques égyptiennes, les Phéniciens et les Grecs achèvent progressivement de maîtriser la navigation en mer à bord des trières, explorent puis colonisent toute la Méditerranée à bord de leurs navires. Ptolémée fait construire pour guider les marins le Phare d'Alexandrie. Mais la plupart du temps, ceux-ci font du cabotage, et ne s'aventurent que rarement hors de vue des côtes. Leurs navires ont principalement une fonction de commerce et de transport de personnes, bien qu'ils ne dédaignent pas les utiliser parfois pour faire la guerre. Mais le navire reste alors un simple moyen de transport, permettant éventuellement l'utilisation d'armes de jet pour affaiblir l'adversaire avant l'abordage du navire ennemi.
Vers 340 , un scientifique et explorateur grec de Massalia, Pythéas, franchit à bord de son navire les colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar), remonte les côtes de la Gaule, accoste en Bretagne (l'actuelle Angleterre), passe les Orcades et, poussant plus au nord, atteint un pays nommé Thulé qu'il ne peut dépasser, bloqué par la banquise. Pythéas rapporte de son voyage la preuve de la rotondité de la terre, ce que la majorité des astronomes de l'époque supputent. Ses mesures de latitude, à l'aide d'un gnomon, sont d'une précision étonnante pour l'époque. Aristote l'a démontré indirectement à la fin du par le calcul, Pythéas le confirme par un relevé des positions stellaires, et par la mesure des durées diurnes et nocturnes.
Flotte vénète Selon Jules César, les navires vénètes étaient supérieurs à ceux des Romains : leurs carènes étaient plus plates et étaient donc plus adaptées aux hauts-fonds et aux reflux. Les proues et les poupes étaient très relevées ce qui leur permettait de naviguer plus facilement par gros temps et par tempête. Les bateaux étaient en bois, les ancres étaient retenues par des chaînes et les voiles étaient faites à partir de peaux. En outre, ils étaient plus grands et plus massifs que les navires romains et leurs coques étaient si solides qu’elles résistaient parfaitement à leurs coups d’éperons. Leurs bords étaient également plus hauts, ce qui protégeait les soldats des tirs des Romains, qui eux-mêmes étaient en position vulnérable, enfin ces hauts bords rendaient difficile un abordage de l’ennemi.
Cette description des navires vénètes est la seule description contemporaine à la Guerre des Vénètes qui nous soit parvenue :
Moyen Âge Vers la fin de l’Antiquité et le début du haut Moyen Âge, s’effectue au cours d’un processus complexe une révolution technique importante : le principe de « construction sur bordéPlanches du bordé (liées entre elles par ligatures ou par tenons et mortaises) assemblées directement sur la charpente axiale (quille, étrave et étambot) puis membrures fixées au bordé au moyen de clous et/ou de gournables et introduites dans la coque pour la renforcer. », qui était déjà utilisé pour les bateaux cousus de l'époque archaïque, est remplacé par le principe de construction « sur membrure » ou « sur squeletteAssemblage en premier des membrures à la charpente axiale pour constituer le squelette du navire, puis planches du bordé fixées sur le squelette. » qui reste appliqué jusqu’à aujourd’hui.
Jusqu'à la Renaissance, à part quelques exceptions, les bateaux, qu'ils soient à rame ou à voile, vont conserver cette caractéristique polyvalente. Les Vikings, comme en témoigne la tapisserie de Bayeux, utilisent le même navire, un knörr mi-rameur mi-voilier, pour explorer l'Amérique du Nord, commercer dans la mer Baltique ou envahir la Normandie et remonter la Seine jusqu'aux portes de Paris.
Comme on peut le constater en comparant les bateaux égyptiens (image ci-dessus) et les bateaux viking ou les dromons byzantins (images ci-contre), il n'y a quasiment aucune évolution technique des bateaux sur cette période de . La technologie de la navigation, jusqu'à la Renaissance, reste primitive, basée sur les acquis techniques des civilisations méditerranéennes de l'Antiquité.
L'absence d'avancée technique notable n'empêche pas certaines civilisations de prospérer grâce à leur maîtrise de la navigation, comme les républiques maritimes de Gênes et de Venise, ou encore la Marine byzantine. Mehmed pacha Sokolović, grand vizir de Soliman le Magnifique, afin d'aider à l'expansion de l'Empire ottoman, entame des travaux de restauration du canal de suez, mais ne peut les mener à terme.
On sait aujourd'hui, grâce au site de l'Anse aux Meadows que les Vikings sont allés très tôt jusqu'au continent américain. L'établissement fondé plus de avant Christophe Colomb abrite les plus anciennes traces de la présence européenne en Amérique du Nord. On pense qu'il pourrait s'agir de la colonie quasi légendaire de « Vinland » fondée par l'explorateur Leif Ericson aux alentours de l'an mil.
Les inventions décisives Nombre d'inventions ont permis de faire évoluer les bateaux. Mais quelques-unes ont été décisives, permettant un bond technologique offrant de nouvelles perspectives dans les capacités des bateaux, et motivant par effet d'entraînement de nombreuses autres améliorations. Pouvoir mieux naviguer incite à la témérité, qui impose d'améliorer la structure globale des bateaux.
La boussole
La cuillère pivote, pointant son manche vers le sud. Il ne reste qu'à appliquer les règles du feng shui, la géomancie chinoise, pour déterminer l'orientation la meilleure pour la tombe ou le palais. L'invention de la boussole ne doit rien au désir d'explorer, elle a été conçue par les devins taoïstes afin d'inscrire harmonieusement les constructions humaines au sein d'une nature parcourue de courants telluriques.
Avant l'introduction de la boussole, la navigation en mer se fait principalement par la navigation célestielle (le terme « célestiel » faisant référence à l'approche divine de l'astronomie). Les difficultés surgissent quand les conditions atmosphériques ne permettent pas de voir le soleil ou les étoiles.
Les Arabes peuvent généralement compter sur un ciel clair pour naviguer dans le golfe Persique et l'océan Indien. Les marins en mer Baltique font une utilisation étendue des sondages. Dans le bassin méditerranéen, cependant, depuis l'antiquité, les voyages en mer ne se font pas entre octobre et avril, du fait de l'absence de ciel clair pendant l'hiver méditerranéen.