Le camp de concentration du StutthofÀ ne pas confondre avec le Struthof, seul camp de concentration établi en Alsace.(Zivilgefangenenlager Stutthof, Konzentrationslager Stutthof, Durchgangslager Stutthof, Sonderlager Stutthof, Arbeitserziehungslager Stutthof) est le deuxième camp de concentration nazi établi dans un territoire annexé par le Troisième Reich.
Il est le dernier à être libéré par les Alliés, le . Sa construction sur le territoire de la ville libre de Dantzig, à de cette ville, commença à partir d’août 1939 et fut terminée le pour accueillir ses premiers prisonniers : et prisonniers de guerre polonais. Le , le camp comptait : des prisonniers de guerre polonais ainsi que de nombreux membres de l'intelligentsia polonaise dont la grande majorité fut rapidement exterminée par les SS.
Entouré par les eaux de la Vistule et de la mer Baltique, le camp était situé dans un endroit retiré, humide et boisé, à l'ouest de la petite ville de Stutthof (aujourd'hui Sztutowo). Initialement, le Stutthof avait été construit pour persécuter et éliminer les Polonais, mais ses fonctions évoluèrent et il joua ensuite un rôle essentiel dans l’extermination planifiée des Juifs d’Europe. Environ Stutthof, the first Nazi concentration camp outside Germany, dont de confession juive, y périrent sur les - qui y furent déportées.
Le camp de concentration vignette|Camps de concentration construits par les nazis sur le territoire de la Pologne occupée (marqué avec des carrés noirs). Les autorités nazies de la Ville libre de Dantzig avaient commencé à rassembler des données sur l'intelligentsia polonaise à partir de 1936, ainsi qu'à passer en revue les emplacements possibles pour des camps de concentration dans la région. À l'origine, le Stutthoff était un camp d'internement civil sous l'autorité du chef de la police de Dantzig. En , il devint un camp administré par la Police de Sécurité allemande. Finalement, en , le Stutthoff devint un camp de concentration ordinaire. Il évoluera vers un camp d'extermination lors de la Shoah en Pologne.
Le choix du site insalubre vignette|gauche|La rivière Nogat. Le site du camp d'origine (appelé aujourd'hui l'ancien camp) a été choisinous reprenons une partie du travail de J.C. Martin à dessein dans un lieu humide, insalubre, à de la mer Baltique. Le sol de tourbe est marécageux. Le paysage est plat, boisé de pins par places. Le climat est à la fois maritime et continental, c'est-à-dire que le froid, le vent glacial et la pluie y règnent pendant la plus grande partie de l'année. Placé au nord de la route qui relie le port de Dantzig à Königsberg, le camp est bien desservi par les voies de communication. Une ligne de chemin de fer à voie étroite le relie, par la station de Tiegenhof, à la ligne internationale à grande circulation.
Les nazis trouvent là d'autres avantages : l'éloignement de toute habitation assure la discrétion, et les évasions éventuelles seront difficiles puisque, pour atteindre Dantzig, il faut traverser la Vistule et la Nogat, étroitement gardées.
Population carcérale d'origine vignette Les premiers détenus arrivés au camp le furent environ polonais — des activistes de la communauté polonaise de Gdańsk, résidents de la ville libre de Dantzig, arrêtés le sur la base de listes de proscriptions établies précédemment par la police allemande. Le , la population carcérale atteint . Dans les années 1939-1941, Stutthof devint un lieu de déportation pour plusieurs milliers de Polonais de Poméranie, dont environ de Gdańsk et environ de cette région.
Le camp n'a pas utilisé de double numérotation ou de numéros tatoués sur les mains des prisonniers.
Commandants du camp Les commandants du camp ont été : SS-Hauptsturmführer Max Pauly ( – ) SS-Sturmbannführer Paul Werner Hoppe ( – )
Personnel du camp Le personnel du camp était composé de gardiens SS et, après 1943, d'auxiliaires ukrainiens. En 1942, les premières femmes prisonnières et les femmes gardiens SS arrivèrent au Stutthof, dont l'Aufseherin Herta BotheHerta Bothe: the female Nazi concentration camp guard at Bromberg-OstHerta Bothe, her life as an "SS" concentration camp guard. Un total de servaient dans le complexe des camps du Stutthof. Trente-quatre gardiennes, dont Gerda Steinhoff, Rosy Suess, Ewa Paradies et Jenny-Wanda Barkmann, ont été identifiées plus tard comme ayant commis des crimes contre l'humanité au Stutthof. En , les SS du Stutthof commencèrent à recruter des femmes de Dantzig et des villes environnantes pour les former comme gardiennes, à cause d'une pénurie de gardiens. En 1944 un sous-camp de femmes du Stutthof appelé Konzentrationslager Bromberg-Ost fut installé dans la ville de BydgoszczBenjamin B. Ferencz, Less Than Slaves: Jewish Forced Labor and the Quest for Compensation..
Plusieurs volontaires Waffen-SS norvégiens travaillèrent comme gardiens ou comme instructeurs pour les prisonniers venant de pays nordiques, selon des chercheurs du Centre d’études de l'Holocauste et des minorités religieuses(translation of title: — Norwegian guards worked in Hitler's concentration camps)"- Norske vakter jobbet i Hitlers konsentrasjonsleire".
Évolution de la population de détenus vignette|Intérieur de la chambre à gaz.
Le le Stutthoff devient un camp principal subordonné au SS-Oberabschnitt Weichsel. Au printemps 1941, le camp ne contient qu'une cinquantaine de détenus juifs. Après la visite de Heinrich Himmler le , il est intégré dans le plan d'extermination et élargi à . En un crématoire est construit, puis une chambre à gaz en 1943. Au début de 1944 les détenus seront gazés au moyen de Zyklon B.
Entre furent internées au camp de Stutthof. Les internés d'origine juive étaient les plus nombreux, environ , dont des Juifs polonais de Varsovie et Białystok ainsi que des Juifs venant de camps de travaux forcés des États baltes occupés, que les Allemands avaient évacués lors de l'approche de l'Armée rouge en 1944. Ces totaux sont donnés à titre conservatoire : on pense que les détenus envoyés immédiatement à l'exécution n'étaient pas enregistrés. Du point de vue de la nationalité les Polonais étaient les plus nombreux, puis venaient les prisonniers d'Union soviétique. Un certain nombre d'Allemands y furent aussi envoyés ; ils étaient connus comme formant . Un groupe important de criminels allemands se vit confier des positions de kapos et terrorisaient les autres détenusMonografia KL Stutthof. Stutthof Museum Struktura społeczna obozu.Więźniarski aparat nadzoru. D'autres Allemands, dont un couple de sociaux-démocrates et plus tard des membres de factions militaires qui avaient tenté de renverser Hitler y furent détenus. En 1945 les autorités du camp notaient que 35 % des détenus étaient Polonais, 8 % Russes et 7 % Allemands (quelques-uns étaient Polonais et refusaient d'accepter l'assimilation allemande forcée (Deutsche Volksliste)Kl Stutthof obozem międzynarodowym..
Conditions d'existence vignette|Le bâtiment du crématorium. Les conditions d'existence étaient rudes pour les détenus. Beaucoup d'entre eux sont morts du fait des épidémies de typhus qui ont balayé le camp pendant les hivers de 1942 et 1944. Ceux que les gardiens SS jugeaient trop faibles ou trop malades pour travailler étaient envoyés à la chambre à gaz. Le gazage au Zyklon B commença en .
Les médecins du camp tuèrent aussi des prisonniers malades ou blessés dans l'infirmerie avec des injections mortelles.
Les Allemands utilisaient les prisonniers comme travailleurs forcés. Quelques prisonniers travaillèrent dans des entreprises propriétés de la SS comme la Deutsche Ausrüstungswerke (DAW), localisée près du camp. D'autres travaillaient dans des briqueteries, dans l'industrie privée, en agriculture ou dans les ateliers du camp en 1944. Comme main d'œuvre de travail forcé, les prisonniers des camps devinrent extrêmement importants pour les industries de production d'armements : une usine d'avions Focke-Wulf fut construite à Stutthof. Graduellement, le système de camps du Stutthof devint un grand réseau de camps de travail ; (satellites) du Stutthof furent établis à travers la Pologne du nord et du centre. Les plus importants sous-camps étaient Thorn et Elbing.
L'ancien détenu du Stutthoff et écrivain lituanien Balys Sruoga est l'auteur d'un roman, Dievų miškas (La Forêt des dieux), qui décrit la vie quotidienne de ce camp.
Production de savon à partir des corps Le camp de Stutthof fut choisi comme une source possible de restes humains que le Rudolf Spanner, directeur de l'Institut d'anatomie de l'Académie de médecine de Dantzig, utilisa pour fabriquer une quantité limitée de savon à base de graisse humaineTests show that Nazis used human remains to make soap : Mail & Guardian Online..
Le site Jewish Gen. Stutthof camp. déclare au sujet de cette production : .
Il existe des preuves qu'une production à petite échelle de savon à base de graisse humaine a été menée dans le camp de concentration du Stutthof..
Dans son livre Russia at War 1941 to 1945, Alexander Werth rapporte qu'en visitant Gdańsk/Dantzig en 1945, peu après son occupation par l'Armée rouge, il vit une usine expérimentale à l'extérieur de la ville destinée à fabriquer du savon à partir de corps humainsLa réaction chimique de saponification des graisses par une base (soude ou potasse) donne du savon et de la glycérine. Cette substance est le point de départ d'un processus de fabrication d'explosifs (nitroglycérine).. Selon Werth, elle était dirigée par « un professeur allemand appelé Spanner » et « était une vision de cauchemar, avec ses bacs pleins de têtes humaines et de torses baignant dans des liquides, et ses bacs pleins d'une substance molle - savon humain. ».
La déposition du du détenu du camp Zygmunt Mazur devant la , a été présentée lors du procès de Nuremberg par les Soviétiques. L'écrivaine polonaise Zofia Nałkowska, qui avait fait partie de cette commission et avait assisté aux interrogatoires des témoins, aux procès des victimes et à des enquêtes sur place), a rapporté le témoignage de Mazur dans sa nouvelle « Professor Spanner » publié en 1946. (Médaillons).
Les installations D'après un document établi le par le contrôleur financier du camp de Stutthof, ce KZ a été créé dès , c'est-à-dire dès l'occupation de Dantzig par le Reich et avant le début de la guerre contre la Pologne (en même temps que sept autres camps d'internement ).
Ancien camp vignette|Ouverture des fours crématoires. L'ancien camp est bâti sur le même modèle que les autres KZ. À l'entrée du camp se trouvait un panneau indiquant "Waldlager Stutthof" (camp forestier). Il forme un quadrilatère de de large sur de long. Bientôt sa superficie dépassera . En , il comprendra trois parties : l'ancien camp, le nouveau camp et un troisième camp dit . Une ligne de chemin de fer à voie étroite dessert les différentes parties du KZ. L'album personnel de photographies de l'ancien commandant du camp permet de suivre les phases de cette extension. Au début de 1945, l' « ancien camp » comprend une zone entourée de fils de fer barbelés renfermant les blocks en bois, le revier (infirmerie) et des ateliers pour maçons et charpentiers. À l'extérieur sont situés les bâtiments administratifs, le bunker et le bureau du commandant. À l'est ont été construits un vaste crématorium à plusieurs fours et une chambre à gaz, ainsi que des garages et des entrepôts. Au nord sont cultivés des jardins et des potagers.
Le camp comprenait huit baraques pour les prisonniers et une kommandantur pour les gardiens SS, totalisant . En 1943, le camp fut agrandi et un nouveau camp construit le long de l'ancien. Il fut aussi entouré par une clôture de fil de fer barbelé électrifié. Il comprenait alors trente nouvelles baraques, portant la surface totale à .