Le jardin du Luxembourg est un jardin ouvert au public, situé dans le de Paris. Créé en 1612 à la demande de Marie de Médicis pour accompagner le palais du Luxembourg« Un jardin né de la volonté de Marie de Médicis », www.yelp.fr., il a fait l'objet d'une restauration dirigée par l'architecte Jean-François Chalgrin sous le Premier Empire et appartient désormais au domaine du Sénat. Il s'étend sur ( au public) agrémentés de parterres de fleurs et de sculptures« Jardin du Luxembourg. Informations pratiques », senat.fr..

En 2022, selon un palmarès du site anglophone HouseFresh qui a agrégé les avis de dizaines de milliers de touristes, il est désigné comme étant le plus beau jardin d'Europe et troisième plus beau jardin du monde, derrière le Gardens by the Bay de Singapour et le jardin Majorelle de Marrakech...

Toponymie Le palais et le jardin ont gardé le nom de l'ancien hôtel particulier sur lequel ils ont été construits : l'hôtel de Luxembourg (à ne pas confondre avec l'hôtel actuel dans le Marais). Il appartenait à François de Piney-Luxembourg, qui l'avait fait construire et y avait habité quelque temps avant de le vendre à Marie de MédicisArthur Hustin, Le Luxembourg, son histoire domaniale, architecturale, décorative et anecdotique, Impr. du Sénat, 1910. À la suite de cela, on l'a aussi nommé « Palais Médicis », mais cette appellation n'est pas restéeGuide de l'étranger dans Paris et ses environs, Hôtel du Louvre, 1875, page 200 .

Le nom n'a qu'un lointain rapport avec le duché de Luxembourg, ancêtre de l'actuel pays. Les Piney-Luxembourg ne le possédaient pas, ils n'étaient issus que de façon indirecte, à travers plusieurs branches cadettes, de la maison de Luxembourg, une lignée allemande très prestigieuse du qui avait ce duché en apanageLouis Moréri, Le grand dictionaire historique, ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, à l'entrée « Luxembourg », nombreux éditeurs, 1740 . Mais à l'époque de l'achat, cette lignée s'était éteinte depuis longtemps et le duché était détenu par l'EspagneJean Bertholet, Histoire Ecclésiastique Et Civile Du Duché De Luxembourg Et Comté De Chiny, Volume 8, page 57 (attention il y a plusieurs séries de numérotations), Chevalier, 1743 .

Il est familièrement surnommé « Luco », abréviation de Lucotitius, nom donné à l'époque romaine au faubourg de Lutèce où se trouve l'actuel jardin. ; c'est donc une coïncidence si Luco se rapproche de Luxembourg..

Histoire thumb|Charles Martin, Marie de Médicis et le dauphin Louis (1603), musée des beaux-arts de BloisLa Reine Marie de Médicis et le dauphin Louis, webmuseo.com..

Création du jardin par Marie de Médicis Au début du , le quartier qui s'étend au pied de la montagne Sainte-Geneviève est peu densément peuplé et principalement constitué de séminaires, couvents, collèges et hôtels particuliers, parmi lesquels celui du duc de Piney-Luxembourg. Lorsque Marie de Médicis décide de quitter le palais du Louvre, elle pense à cette propriété où le jeune Louis XIII s'initiait à la chasse : on lâchait pour lui des marcassins dans le jardin. Les huit hectares de terrain qui entouraient la demeure permettraient à Marie de Médicis d'édifier le vaste jardin florentin dont elle rêvait. Le corps de logis n'étant pas digne de son rang, elle fait appel à l'architecte Salomon de Brosse pour l'édification d'un palais inspiré du palais Pitti de Florence. Pour la décoration, la régente s'adresse à des artistes italiens, français et flamands. Ainsi, elle fait venir Pierre Paul Rubens à Paris en 1622 pour qu'il réalise vingt-quatre tableaux retraçant les principaux épisodes de sa vie ; treize seulement furent réalisés.

Le jardin s'ouvrait devant le nouveau palais, mais ne pouvait se prolonger dans la logique perspective de la façade puisque le couvent des Chartreux se dressait à peu de distance. Richelieu exerce des pressions qui permettent de repousser le mur d'une centaine de mètres, mais en dépit de son pouvoir, Marie de Médicis échoue à faire déplacer les religieux. C'est ainsi que le parc dut s'étendre sur un des flancs du palais. Ainsi, sur le plan de Gomboust, réalisé en 1629, le jardin s'étend sur à peine devant l'édifice, tandis que, d'est en ouest, il occupe plus d'un kilomètre, depuis l'actuel boulevard Saint-Michel jusqu'à l'actuel boulevard Raspail. C'est donc dans ce sens transversal que courait la grande allée qui, deux siècles plus tard, après la suppression de la partie occidentale du jardin, est à l'origine de la rue de Fleurus.

La réalisation du premier jardin est confiée à Jacques Boyceau, un des plus grands spécialistes de son époque. Les plantations commencent en 1612, dès le lendemain de l'achat des terrains. Au pied du palais, autour d'une fontaine centrale, Boyceau dessine une série de parterres symétriques. Pour faciliter l'admiration de ce travail, le jardin est entouré d'un double déambulatoire surélevé, qui adopte la forme d'une terrasse à l'italienne dessinée par l'ingénieur florentin Thomas Francine. Il faut près de dix ans pour reconstruire l'aqueduc romain d'Arcueil qui alimente la fontaine depuis Rungis, à onze kilomètres de là et qui porte désormais le nom d'« aqueduc Médicis ».

En 1635, André Le Nôtre réaménage les parterres, ne pouvant dérouler la grande perspective souhaitée vers le sud du fait de la persistance du couvent des Chartreux.

Après la mort de Marie de Médicis, en 1642, le palais du Luxembourg et son jardin changent de mains à de nombreuses reprises. En 1778, le comte de Provence, frère de Louis XVI et futur Louis XVIII, reçoit le Luxembourg. Pour financer les travaux de restauration du palais, endommagé par ses occupants successifs, il aliène le tiers ouest du jardin, qui incluait l'allée des Philosophes, fréquentée par Rousseau en 1741, et la promenade des Soupirs, refuge des amoureux. C'est ainsi que l'on ouvre la rue du Luxembourg, aujourd'hui rue Guynemer, qui fixe la limite occidentale définitive du jardin.

Révolution et début du vignette|gauche|Course de vélocipèdes dans le jardin du Luxembourg, gravure de 1818.

À la Révolution, le palais transformé en prison (Danton, Desmoulins, Fabre d'Églantine, David, parmi huit cents autres détenus, y sont enfermés), le jardin est à l'abandon, seulement fréquenté par les familles des prisonniers qui cherchent à communiquer avec les leurs. Le couvent des Chartreux est réquisitionné, le mur qui obstruait la perspective vers l'Observatoire est abattu et les que possédaient les religieux sont annexés. Le terrain perdu quelques années auparavant à l'ouest est ainsi récupéré au sud, atteignant l'actuel boulevard du Montparnasse. En 1795, c'est le Directoire qui prend place dans le palais. Les directeurs s'installent au Petit Luxembourg, sauf Barras qui occupa l'ancien appartement royal dans l'aile ouest.

vignette|Christophe Civeton, Le Jardin du Luxembourg (1829). Durant les premières années du , Jean-François Chalgrin trace l'avenue de l'Observatoire sur les anciennes terres des Chartreux. Il remodèle aussi le jardinet et dessine les décorations florales que nous connaissons aujourd'hui. Les terrasses intermédiaires de Francine sont couvertes par un talus, des perrons donnent accès à l'unique terrasse restante, la grotte de Médicis est remodelée et le bassin encadré de pelouses en demi-cercle. Au sud, il compense une dénivellation par la création d'un perron décoré de statues.

Après le coup d'État du 18 Brumaire, le palais est affecté au Sénat de l'Empire. Napoléon souhaite que le jardin soit destiné aux enfants ; le Luxembourg est alors aménagé en conséquence avec des kiosques, des jeux, et bientôt les premières voitures à chèvres.

À partir de 1836, des travaux d'agrandissement de l'hémicycle imposent de déplacer les parterres d'une trentaine de mètres. Des bâtiments vétustes sont démolis, le mur d'enceinte du jardin est remplacé par des grilles, ce qui améliore la visibilité du palais. Les statues des reines remplacent les anciennes, trop dégradées, et Alphonse de Gisors fait construire une nouvelle orangerie.

Second Empire et travaux haussmanniens vignette|redresse|gauche|Les principaux axes créés ou transformés entre 1850 et 1870 dans le centre de Paris.

Sous le Second Empire, l'histoire du jardin est marquée par les travaux d'urbanisme du baron Haussmann. L'ouverture du boulevard Saint-Michel et de la rue de Médicis réduisent le jardin au nord-est. L'intention d'Haussmann était de laisser la grotte Médicis à son emplacement et ainsi de l'isoler sur une placette. Face aux protestations, elle est finalement démontée pierre par pierre, reconstruite et transformée en fontaine là où on peut l'admirer aujourd'hui. Un plan d'eau lui fait désormais office de miroir et la Vénus de la niche centrale est remplacée par Polyphème surprenant Galatée dans les bras d'Acis d'Auguste Ottin.

Au nord-ouest, la démolition du couvent des Filles du Calvaire et l'élargissement de la rue de Vaugirard opéré en 1845, amènent Gisors à recomposer les bâtiments entre le palais du Luxembourg et le Petit Luxembourg. Les protestations redoublent quand, en 1865, pour le percement de la rue Auguste-Comte, est annoncé le projet de suppression de la pépinière, dont les terrains doivent être bâtis. Les promenades dans cette partie sud du jardin étaient particulièrement appréciées des Parisiens. Après une inspection sur place, Napoléon III arbitre en faveur des travaux. vignette|Souvenirs de la Commune. Une exécution dans le jardin du luxembourg, gravure sur bois anonyme de 1871. Conservée au musée Carnavalet.

Après la Commune de Paris, le , des Fédérés sont fusillés au pied de la terrasse des Reines. Une plaque est déposée en leur honneur par le Sénat le ..

Le 11 mars 1918, durant la Première Guerre mondiale, le jardin est touché lors d'un raid aérien effectué par des avions allemands« Exelsior du 8 janvier 1919 : Carte et liste officielles des bombes d'avions et de zeppelins lancées sur Paris et la banlieue et numérotées suivant leur ordre et leur date de chute ».. Certains palmiers des Canaries, placés l’été autour du bassin, conservent sur leur tronc les impacts des bombardements.. Le de la même année, un obus lancé par la Grosse Bertha explose dans le jardin« Carte et liste officielles des obus lancés par le canon monstre et numérotés suivant leur ordre et leur date de chute », Excelsior, 9 janvier 1919..

Sous l'Occupation vignette|Enfants dans les années 1900. Sous l'Occupation, le palais du Luxembourg est le siège de l'état-major de la aérienne allemande. L'occupant creuse alors deux blockhaus sous le jardin (l'un à l'est, l'autre à l'ouest du palais) et installe des barbelés dans le parc. Le jardin, alors en partie fermé au public, sert de parking aux véhicules et à l'artillerie allemandeFerdinand Dupuy, La Libération de Paris vue d'un commissariat de police, Librairies imprimeries réunies, 1944..

Plus précisément, un « jardin allemand » est installé en 1941 dans une partie du Luxembourg ; celui-ci est interdit à la population. Il s'agit de la pelouse située dans l'axe de la façade du palais, allant jusqu'au bassin et aux allées latérales. Au printemps 1943, un grand local à pommes de terre est aussi construit près du pavillon Guynemer..

Le jardin continue de participer à des expositions horticoles, par exemple la Foire de Paris de 1942. Quant au jardin fruitier, il continue d'être cultivé pour l'enseignement et pour maintenir ses collections. Sa production diminue du fait du manque de main-d'œuvre et d'engrais et du , comme le note un rapport de 1943. Les fruits tombés sont utilisés pour la cantine du personnel.