Le daguerréotype est un procédé photographique mis au point par Nicéphore Niépce et Louis Daguerre. Il produit une image sans négatif sur une surface d'argent pur, polie comme un miroir, exposée directement à la lumière. vignette|droite|Chambres noires et plaques pour daguerréotype appelé « Grand Photographe » (1840-1841), fabriqués par Charles Chevalier. Paris, musée des Arts et Métiers.
Histoire Le daguerréotype n'est pas le premier procédé photographique, mais les images produites par la plupart des procédés antérieurs avaient tendance à disparaître rapidement du fait de l'action de la lumière du jour et de l'absence d'un fixateur opérant, tandis que le procédé de Niépce au bitume de Judée requérait, pour les prises de « vues », plusieurs jours de pose. Le procédé du daguerréotype est ainsi l'un des premiers à enregistrer et à afficher, de façon exploitable, une image permanente. Il est donc devenu le premier procédé photographique utilisé commercialement.
vignette|redresse|Daguerréotype du général suisse Guillaume Henri Dufour (1850), localisation inconnue.
Le terme daguerréotype provient du nom de son inventeur, l'artiste et décorateur français Louis Daguerre, qui invente ce procédé en 1835. Après des années de perfectionnement, son invention est présentée à l'Académie des sciences par Arago le ..
Le brevet de Daguerre est acquis par le gouvernement français R. Derek Wood, « », (Taylor & Francis: Royaume-Uni), , (5), . lire en ligne., ce qui permet à l'Académie, en publiant les détails du procédé le , d'en « doter libéralement le monde entier »..
Parallèlement, des recherches sont menées en Angleterre par William Henry Fox Talbot qui invente le calotype dont il obtiendra le brevet en 1840. Le calotype permet une impression sur papier à la différence du daguerréotype qui utilise lui des plaques de cuivre recouvertes d'argent. Seule l'invention de Daguerre sera reconnue, notamment grâce au travail de l'académie dans la diffusion des procédés du daguerréotype. Cependant, le procédé du négatif-positif devint la base de la photographie argentique moderne.
Le daguerréotype est un procédé uniquement positif ne permettant aucune reproduction de l'image. Il est constitué d'une plaque, généralement en cuivre, recouverte d'une couche d'argent. Cette plaque est sensibilisée à la lumière en l'exposant à des vapeurs d'iode qui, en se combinant à l'argent, produisent de l'iodure d'argent photosensible. Lorsqu'elle est exposée à la lumière, la plaque enregistre une image invisible, dite « image latente ». Le temps d'exposition est d'environ vingt à trente minutes, soit beaucoup moins que les méthodes précédentes qui nécessitaient plusieurs heures d'exposition.
Le développement de l'image est effectué en plaçant la plaque exposée au-dessus d'un récipient de mercure légèrement chauffé (). La vapeur du mercure se condense sur la plaque et se combine à l'iodure d'argent en formant un amalgame uniquement aux endroits où la lumière a agi proportionnellement à l'intensité de celle-ci. L'image ainsi produite est très fragile et peut être enlevée en chauffant la plaque, ce qui produit l'évaporation du mercure de l'amalgame.
On peut à juste titre se demander comment Daguerre qui n'était pas chimiste eut l'idée de soumettre la plaque exposée à des vapeurs de mercure. En 1904, le Professeur Ostwald, chimiste allemand publia un traité intitulé Éléments de chimie inorganique dont la version française fut publiée en 1913 par les éditions Gauthier-Villars. Dans son article sur l'iodure d'argent (, du ), il indique en note de bas de page :
C'est la seule mention de cette anecdote rencontrée dans la littérature chimique à ce jour.
La véracité de cette anecdote, souvent réimprimée, est maintenant mise en cause par les photohistoriens modernes..
L'opération suivante consiste à fixer l'image, c'est-à-dire à la rendre permanente, en plongeant la plaque dans une solution d'hyposulfite de soude, dont l'action avait été découverte plus tôt par Daguerre et Nicéphore Niepce. L'image produite par cette méthode est si fragile qu'elle ne supporte pas la plus légère manipulation, et doit être protégée contre tout contact.
La daguerréotypie se répandit rapidement, excepté en Angleterre, où Daguerre avait secrètement fait breveter son procédé avant de le vendre au gouvernement français. Au début des , l'invention fut présentée aux artistes des États-Unis par Samuel Morse, l'inventeur du télégraphe, via George W. Prosch ; en 1842, Morse avait en effet acheté son premier appareil auprès du Français François Fauvel-Gouraud, représentant des établissements Alphonse Giroux. Rapidement, un exubérant marché de portraits vit le jour, souvent par le travail d'artistes ambulants qui se déplaçaient de ville en ville, à l'image de Jean Nicolas Truchelut. L'un des plus prolifiques daguerréotypistes américains fut Abraham Bogardus sur . En , Alexander Wolcott ouvre un Daguerrean Parlor, constituant l'un des premiers studios photographiques non itinérant au monde, destiné à produire de petits portraits Helmut Erich Robert Gernsheim et al., « Development of the daguerreotype », in: Britannica, en ligne..
Le daguerréotype ne fut employé que pendant environ dix ans, car, ensuite, il a été concurrencé par d'autres procédés : l'ambrotype, présenté en 1854, une image positive sur verre, avec un fond noir ; le ferrotype, une image sur étain traité chimiquement ; le panotype., une photographie sur tissu ; la photographie à l'albumine, une photographie sur papier produit à partir de grands négatifs de verre.
Le déclin rapide de la photographie par daguerréotype était inévitable. Le processus était complexe, nécessitait beaucoup de travail et impliquait de nombreuses étapes, ce qui rendait les daguerréotypes chers et peu accessibles au grand public. En outre, l'exposition typique était longue, exigeant de rester immobile et de tenir la pose pendant tout ce temps. Enfin, l'inconvénient principal était peut-être l'absence de négatifs qui empêchait toute reproduction de l'image.
Toutefois, à la différence des photographies sur film et sur papiers, un daguerréotype peut durer pour toujours, lorsqu'il est convenablement protégé. Aujourd'hui, les daguerréotypes sont des articles de collection très recherchés (voir en fin d’article pour plus de détails). Certains, les daguerréotypes produits par Southworth & Hawes, de Boston, et George S. Cook, de Charleston, sont considérés comme des chefs-d'œuvre de l'art de la photographie.
Les ateliers de daguerréotypes vignette|droite|400px|« La Daguerréotypomanie. »Lithographie de Théodore Maurisset parue dans La Caricature en .De longues files de personnes attendent de se faire photographier, tandis que d'autres font la queue pour s'initier à la daguerrotypie. Sur les pancartes, on peut lire : « Section des daguerrotypomanes », « Section des daguerrotypolâtres », « Épreuve daguerrienne sur papier », « Étrennes daguerrotypiennes pour 1840 » et « Potences à louer pour les graveurs », cette dernière annonçant la mort de l'art et la naissance de la photographie. Dans le ciel, un ballon dirigeable porte une chambre photographique dans son panier. vignette|redresse|Portrait présumé de Marie Guy-Stéphan, daguerréotype (vers 1850) Plaza Orellana, Rocío (2013). . , ., Madrid, photothèque de l'Institut du patrimoine culturel d'Espagne.
L’annonce officielle de Daguerre en 1839 est d’abord lancée à Paris, ville qui restera durant plus d’une décennie un des principaux centres de recherche et de production de la daguerréotypie. Au cœur d’une ère où l’art et la science se recroisent, l’impact sur le public est énorme, et la commercialisation prometteuse : très vite, les premiers ateliers ouvrent leurs portes.
Le plus souvent, les daguerréotypistes sont issus d’une formation étrangère à la photographie même, et nombre d’entre eux continuent même de pratiquer leurs anciens métiers : peintres, opticiens, parfois marchands. Pour ouvrir un atelier, la publicité est très importante. Les annonces sont faites dans les journaux locaux, et l’enseigne doit être imposante, compte tenu de la concurrence de plus en plus forte à Paris. Les ateliers proposent principalement des portraits, mais aussi des prises de vues en extérieur, soit pour portraiturer à domicile, dans le jardin du client, soit pour la vente de vues de paysages. En parallèle avec leurs activités publiques, beaucoup de daguerréotypistes s’adonnent dans leur atelier à des recherches ou à des prises de vue de Paris, moins commerciales. Un atelier parisien des peut produire plus de par an.
Seule une petite partie de leur production nous est parvenue. En effet, les plaques se détériorent facilement et la conservation n’est au pas suffisamment avancée pour éviter l’oxydation corrosive des daguerréotypes laissés au contact de l’air. Les plaques non conservées dans des écrins hermétiques sont souvent irrécupérables, tandis que d’autres, du fait du coût élevé du matériau, sont plus tard repolies afin d’être réutilisées.
À partir de 1841, les avancées scientifiques permettent de réaliser un portrait en moins d’une minute. La daguerréotypie se répand commercialement de plus en plus, de nombreux ateliers de portraits ouvrent leurs portes à Paris dans les . Moins de deux ans après l’annonce de Daguerre, certains daguerréotypistes parviennent déjà, par la réduction des formats de leurs plaques et le perfectionnement de leurs méthodes, à obtenir des portraits en quelques dizaines de secondes. Ces avancées apparaissent d’abord à Vienne, avec les frères , puis aux États-Unis, avec John Adams Whipple, avant de se diffuser à Paris à partir de .
Les premiers ateliers parisiens s’installent autour du Palais-Royal sur les derniers étages des immeubles. Ainsi apparaissent répertoriés dans les bottins l’atelier de Charles Chevalier dès 1841, puis ceux de Jean-Baptiste Sabatier-Blot, Legros et Eduard Vaillat à partir de 1845. Ils font construire des verrières sur les toits afin de réaliser des portraits daguerréotypes en plein soleil. Évidemment, la belle saison favorise ces activités, très difficiles en hiver les premières années, du fait du manque de lumière. Au début des , ces ateliers restent relativement artisanaux, le travail nécessaire à la daguerréotypie (révélation dans l’obscurité au mercure), et surtout sa non-reproductibilité, ne permettant pas de production massive d’images comme Paris en connaîtra sous le Second Empire. Il se crée des ateliers dans plusieurs villes européennes, comme celui d'Emilie Bieber, à Hambourg, fondé en 1852.. Mais dès le milieu des , ces ateliers de daguerréotypie se voient progressivement éclipsés par la concurrence des nouveaux studios de portraits tirés sur papier et reproductibles, et ne conservent, comme le dira alors Nadar, qu’un charme désuet, tout juste bon à attirer des provinciaux ou des nostalgiques.
Le portrait Les ateliers de portraits s’adressent aux débuts essentiellement à la bourgeoisie, leur coût restant avant les assez élevé. Une nouvelle bourgeoisie est alors en plein essor, les « nouveaux riches », dirigeants de la société industrielle. La plupart sont issus de familles peu illustres, voire pauvres, et s’installent à peine dans un milieu aisé où leur intégration est difficile sans l’image d’un passé glorieux. Cette nouvelle classe dirigeante voit alors en la daguerréotypie le moyen de pallier l’absence de galeries de tableaux familiaux, et de se fabriquer ainsi une « histoire » respectable. Le daguerréotype devient dès lors un témoin crucial de sa place dans la hiérarchie sociale.