L’économie du développement est une branche de l'économie qui applique des techniques modernes de l’analyse macroéconomique et microéconomique à l’étude des problèmes économiques, sociaux, environnementaux et institutionnels que rencontrent les pays dits en développementNote de repère I : Développement et économie du développement. Elle s'intéresse aux déterminants de la pauvreté et du sous-développement ainsi qu'aux politiques à mettre en œuvre pour permettre une meilleure évolution des pays en développement.
Définition et objectifs L'économie du développement est un ensemble de pratiques publiques et privées encourageant le développement économique d'un pays ou d'une région, en favorisant par exemple la propension à investir, innover, entreprendre, se former, travailler.
L'objectif est de réunir une masse critique de facteurs de production pour atteindre une croissance économique suffisante, permettant notamment une amélioration sensible du niveau de vie des habitants de la zone concernée et leur autonomisation.
L'économie du développement, en tant que branche à part entière de l'économie, émerge à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Auparavant les études relatives aux pays pauvres faisaient partie de l'analyse de la croissance, sans qu'il y ait de théories spécifiques à ces pays. Ce n'est que dans les années 1950 que des économistes s'attachent à développer des outils propres aux pays en développement« Les théories du développement se sont affirmées comme un corpus distinct dans la science économique dès lors qu'elles ont postulé l'existence de spécificités communes à un ensemble de pays, en même temps qu'elles ont adopté l'idée que le développement ne se réduisait pas à la croissance » (Elsa Assidon, Les Théories économiques du développement, Paris, La Découverte, 1992, ). Parmi les pionniers du développement on peut citer Paul N. Rosenstein-Rodan, Albert O. Hirschman, Arthur Lewis, Ragnar Nurkse, Gunnar Myrdal et Raúl Prebisch. Les premiers travaux des pionniers du développement ne distinguaient pas développement économique et croissance économique. Le développement signifiait obligatoirement l'obtention d'une croissance économique sur une longue période. Et inversement, toute croissance créerait une amélioration du bien-être de la population et une diminution de la pauvreté. Les travaux s'intéressaient donc aux déterminants de la croissance. Les premières politiques préconisées portaient sur un investissement massif de façon à sortir du sous-développement et mettre en œuvre un cercle vertueux.
Par la suite les économistes du développement ont introduit la séparation entre développement et croissance. Le développement ne peut se faire sans un minimum de croissance, mais ce facteur n'est plus primordial et une politique de développement doit s'attacher également à réduire les inégalités ou satisfaire les besoins fondamentaux.
L'évolution de la pensée économique du développement est généralement découpée en trois phases.
Les pionniers du développement Le kémitisme montre que l'Afrique a contribué par l'Égypte au développement, aux définitions scientifiques et lettres grecques antiques, donc de l'occident. Jean-Baptiste Colbert, sous Louis XIV, a été un pionnier du développement du commerce par la protection des manufactures contre le négoce manufacturier de l'Empire Britannique, issu de la création de manufactures mondialisées par Élisabeth IDans Principes de la Science Sociale Tome 1 au Chapitre XVI § 3 Henry Charles Carey loue Élisabeth I pour montrer la création scientifique de manufactures, puis rappelle régulièrement ce bénéfice anglais, protectionnisme de Colbert repris ensuite par Alexander Hamilton pour le développement et l'exportation sans contrainte pour l'industrie par une banque nationale publique, au début du , suivant la philosophie d'utilisation d'anciennes monnaies chinoises, puis par Simon Patten qui allait jusqu'à parler d'économie de l'abondance à la fin du . Trois de ses élèves permirent le New Deal au par le Glass-Steagall Act.
Le système mondial de Bretton Woods (1945-1960) Dans le contexte d'après-guerre marqué par la décolonisation en Asie et en Afrique, du développement des institutions de Bretton Woods, avec la nationalisation de la Banque de France, puis durant la guerre froide (1947-1991) la lutte contre la pauvreté était vue comme un moyen de garder ces pays dans le camp occidental, l'économie du développement s'élabore. Les principaux travaux s'attachent à montrer les spécificités structurelles des pays en développement: les cercles vicieux de la pauvreté (Nurkse, John Kenneth Galbraith), le dualisme (Lewis 1955), la croissance équilibrée (Rosenstein-Rodan, Nurkse), la croissance déséquilibrée (Hirschman), les étapes de la croissance économique (Rostow)
Le sentiment qui prédominait était un grand espoir, le sous-développement pourrait être résolu rapidement. À cette période, le développement était synonyme de croissance du revenu national. Le manque de capitaux étant le principal obstacle au développement, les politiques de développement s'orientaient vers une aide publique au développement inspirée du plan Marshall. Étant donné le manque de capitaux, la question de la meilleure allocation possible de l'investissement se posait avec acuité.
Le secteur clé des pionniers du développement était l'industrie. Les politiques de développement prônées dans cette période d'après-guerre s'évertuaient à lancer l'industrialisation des PED sur l'exemple de l'industrialisation des pays avancés.
Le modèle de Harrod-Domar mettait en lumière le besoin de capitaux des PED. Le taux de croissance dépendait du taux d'épargne ; le niveau bas de ce dernier dans les PED devait être compensé par l'aide étrangère. Rosenstein-Rodan allait dans le même sens. Du fait de l'indivisibilité de certains investissements, une grande poussée (big push) était nécessaire.
L'allocation des capitaux restait un sujet débattu, entre les partisans d'un investissement limité à certains secteurs (croissance équilibrée, Nurkse) et les partisans d'un investissement plus large (croissance déséquilibrée, Hirschman).
La phase de radicalisation (début des années 1960 - fin des années 1970) L'économie du développement s'est radicalisée au cours des années 1960. Le sous-développement est alors vu comme la résultante principalement de causes externes, relayées par la structure sociale interne (bourgeoisie "compradore" par exemple). Plusieurs théories vont dans ce sens: théorie de la dépendance, théorie de l'échange inégal (A. Emmanuel 1969), analyse centre-périphérie. Le principal auteur est sans doute Samir Amin, qui conclut à l'impossibilité pour les pays pauvres de se développer autrement qu'en coupant les ponts avec les pays industrialisés, et en mettant en œuvre un développement autocentré.
La période de la gestion de la crise (fin des années 1970 - 1995) Les rapports économiques entre le centre et la périphérie sont marqués par le paradigme de la dépendance. L'économie monde est un système entretenu par les conséquences de ces rapports. Le sous-développement est la perpétuation de l'état néo-colonial, dans lequel les anciennes colonies sont devenues indépendantes, mais leur économie reste fortement dépendante des économies développées. La gestion de la crise est concédée aux institutions de Bretton Woods (FMI, Banque mondiale) à travers les plans d'ajustement structurel. L'objectif est de faire adhérer les pays du Sud à la dérégulation, au libéralisme économique et à l'ouverture des marchés, par le biais de mesures d'orthodoxie budgétaire, de dénationalisation, de thérapie de choc, big push et aide extérieure (Jeffrey Sachs). Cette conception du développement a été critiquée par William Easterly pour son paternalisme et son inefficacitéWilliam Easterly, Le fardeau de l'homme blanc. L'échec des politiques occidentales d'aide aux pays pauvres, Markus Haller 2009.
Abandon des politiques d'ajustement structurel, réorientation vers la lutte contre la pauvreté À partir de 1999, les institutions des accords de Bretton Wood (FMI, Banque mondiale) intègrent les critiques qui ont été adressées aux mesures d'ajustement structurel en raison des échecs constatés, critiques qui remettent en cause la légitimité de ces institutions. Elles réorientent leurs actions vers la lutte contre la pauvreté, et passent du financement de projets ciblés à des financements budgétaires globaux. L'objectif affiché est de laisser les pays bénéficiaires décider eux-mêmes de l'allocation des fonds, et des mesures à prendreJean-Pierre Cling, Mireille Razafindrakoto, François Roubaud Les nouvelles stratégies internationales de lutte contre la pauvreté - Synthèse, DIAL/Economica, Paris, 2002 en ligne .
Toutefois, ce renouvellement est malgré tout limité, et la fondation de ce courant opposé au « consensus de Washington », qui intervient à un moment où la déréglementation a gagné du terrain, se heurte selon Elsa Assidon, à des intérêts financiers et industriels puissants, et à des technocraties d'État gagnées à la pensée libéraleElsa Assidon FLI-Banque mondiale : la fin du consensus théorique, L'Économie politique, , 2000Stéphanie Treillet L'économie du développement - De Bandoeng à la mondialisation, Armand Colin, 2011 , . Le consensus apparent est donc moins clair qu'il n'y parait, car il fait abstraction des antagonismes d'intérêt et des processus de domination.
Le micro-développement Depuis la fin des années 1990, certains économistes du développement (notamment Michael Kremer, Esther Duflo, Ted Miguel, Abhijit Banerjee, Sendhil Mullainathan) ont développé des outils pour appréhender les impacts des politiques économiques au niveau microscopique et du développement d'expériences sur le terrain comme méthode d'analyse des causalités en économie. Ils ont propulsé la théorie de la randomisation, l'évaluation aléatoire et insistent sur les projets comme les micro-projets comme une stratégie de développement efficace quand on s'y prend rationnellement.
Avérée comme instrument empirique, la randomisation a revitalisé la discipline de l'économie du développement. Beaucoup parlent déjà d'une sous-discipline de la science économique, l'économie du micro-développementArvind Subramanian, Mettre les théories au service de l'idéalisme in FMI, Finances et développement, décembre 2007. Toutefois, les critiques n'ont pas tardé, car les résultats de ces évaluations devraient être limités à la situation qu'ils analysent. Rien ne dit qu'une mesure qui a réussi en Inde réussira aussi au Mexique ou au Kenya. De plus, ces méthodes supposent que certaines mesures soient appliquées à une partie seulement de la population (et refusées à d'autres), ce qui pose un problème éthique. Enfin, le coût élevé des enquêtes nécessaire pose un problème de rapport entre les résultats et le coût de l'information.
Moyens du développement Les pratiques favorisant le développement peuvent se situer au niveau des dispositions légales, de l'adaptation des infrastructures et de l'éducation, voire de certaines incitations financières. Robert Solow a examiné de près ces aspects, ainsi que les organismes publics (Banque mondiale) ou privés (Fondation Soros) chargés de promouvoir le développement.