L'Art déco (abréviation d'« art décoratif ») est un mouvement artistique de portée mondiale né progressivement dans les années 1910 et qui prend son plein épanouissement au cours des années 1920, avant de décliner lentement à partir du milieu des années 1930. Il embrasse l'ensemble des activités artistiques et les métiers d'art. Le « style Art déco » tire son nom de l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes qui se tint à Paris en 1925« Art déco ou Arts déco : style décoratif mis en vedette, en 1925 par l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de Paris (ses fondements étaient établis dès avant la guerre de 1914-1918) […]. On dit aussi « Arts appliqués » […]. Arts décoratifs : disciplines visant à la production d'éléments décoratifs, d'objets plus ou moins utilitaires ayant une valeur esthétique », Larousse L1, 1979, ..
L'Art déco concerne l'architecture, plus spécialement l'architecture intérieure (avec ses tapisseries, vitraux, ferronnerie, peintures et sculptures ornementales) et son mobilier (ébénisterie, céramique, orfèvrerie). On peut y associer l'activité de « design » qu'exigent alors les grandes séries d'équipement de l'habitat et des bureaux à cette époque, ainsi que la mode vestimentaire comme, d'une manière générale, l'ensemble des arts graphiques.
Le style Art déco prend son essor avant la Première Guerre mondiale, à une époque où les volutes et les formes organiques de l'Art nouveau dominent. Il consiste en un retour à la rigueur classique : symétrie, ordres classiques (souvent très stylisés), pierre de taille (sans aucun effet pittoresque). Le décor, en général encore très présent, n'a plus la liberté qu’il présentait dans les années 1900 ; il est sévèrement encadré par ses créateurs et son dessin s'inspire de la géométrisation cubiste.
De portée internationale, l'Art déco se diffusa partout, en Europe et aux États-Unis, en Afrique du Nord, mais aussi au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Inde, aux Philippines, au Japon, au Viêt Nam et dans plusieurs villes chinoises telles Shanghai et encore Hong Kong.
Histoire Des origines antérieures à 1900 vignette|gauche|redresse|Flèche du Chrysler Building, New York (1930). vignette|gauche|redresse|Palais Bolchini, Milan (1930).
Les origines de l'Art déco doivent être recherchées avant les années 1900-1910.
Dans les années 1880, partout en Occident, se met en place une politique de rapprochement entre les Beaux-arts (au sens classique), les artisans d'art et l'industrie, donnant naissance entre autres aux arts appliqués. Par exemple, en France, en 1882, est fondée l'Union centrale des Arts décoratifs (UCAD). ; la même chose va se produire en Angleterre, en Allemagne, aux États-Unis, dans des contextes où l'initiative privée tendra parfois à primer sur l'impulsion donnée par les institutions. Ce qui fut appelé , l'Art nouveau correspond en réalité à un vaste mouvement de fond, très pluriel dans ses productions, mais qui représente une rupture avec les académismes. Ainsi, dans les années 1890, les mouvements sécessionnistes allemands et autrichiens, même s'ils diffèrent de ce qui se passe à Glasgow ou à Nancy durant la même période, n'en suivent pas moins une logique de fond similaire : travailler à produire des formes nouvelles en associant différents métiers d'art, dans le but de les commercialiser à grande échelle. Ce mouvement ne se produisit pas en un jour, il fallut du temps pour que les commanditaires, les clients, le public donc, intègrent ces nouvelles formes.
Aux formes alors contemporaines parfois qualifiées péjorativement de « molles », ou encore de « style nouille »., des créateurs opposent, à la même époque, des lignes simples, pures et dynamiques, des compositions classiques et un emploi parcimonieux du décor. Ce désir de symétrie et de sobriété prend différentes expressions selon les pays, mais ce sont elles qui finiront par s'imposer après 1918 — le Bauhaus constituera à ce titre un véritable laboratoire.
En Autriche, par exemple, la ligne ondoyante dominante durant les premiers temps de l'Art nouveau est progressivement remplacée par un réseau de lignes orthogonales et de volumes simples, sous l'influence de l'architecte et designer écossais Charles Rennie Mackintosh. Les artistes emblématiques de cette tendance sont Josef Hoffmann, Koloman Moser, Otto Wagner et les membres de la Wiener Werkstätte fondée en 1903. Le hasard d'une commande passée à Josef Hoffmann introduit cette évolution à Bruxelles, grande ville Art nouveau, dès 1905-1911 avec la conception du palais Stoclet. Les intérieurs, que nous connaissons grâce à des photographies, mobilisent l'ensemble du Wiener Werkstätte et notamment le peintre Gustav Klimt..
En France, les premiers signes de cette volonté d’évolution vers l'épure sont perceptibles dès les années 1900. Analyser le travail d'un Henri Bellery-Desfontaines permet de mesurer le passage, dès 1902-1904, entre Art nouveau et Art déco : cet artiste généreux n'est pas le seul à cette époque à opérer un point de jonction entre les styles, à réduire les frontières entre « décoratif », artisanal et artistique. En effet, Jean-Frédéric Wielhorski procède de la même manière quand il conçoit l'immeuble Duthoo à Tours (1907-1910).. En 1905, Eugène Grasset publie une Méthode de composition ornementale qui donne la part belle aux formes géométriques et à leurs déclinaisons.. Cette vision tranche avec la liberté ondoyante du style d'Hector Guimard, si prisé à Paris quelques années plus tôt. L'année suivante, Paul Iribe dessine pour Paul Poiret un album de mode dont l'esthétique frappe le milieu parisien par sa nouveauté..
Un troisième événement important est le Salon d'Automne de 1910 auquel sont invités des artistes munichois qui depuis plusieurs années avaient adopté des formes plus dépouillées.. Autour de 1910, les décorateurs français André Mare, Louis Süe et Paul Auscher font eux aussi évoluer leur style vers davantage de rigueur et de retenue. En sculpture, François Pompon crée de nouvelles formes, elles aussi très épurées.
vignette|Publicité pour les cigarettes Murad par Rea Irvin, 1917-18.
Sur le plan architectural, entre 1910 et 1913, s'ouvre le chantier du théâtre des Champs-Élysées, autre signe du changement esthétique radical que connaît le milieu parisien d'alors. D'abord confiés à Henry Van de Velde, la conception et le chantier reviennent rapidement à Auguste Perret. La composition rigoureuse de la façade et la place mesurée laissée au décor frappent les esprits lors de l'inauguration en 1913. Enfin, Henri Sauvage . Le « système d’immeuble à gradins [qu’il brevète avec] Charles Sarazin en 1912 est la version urbaine du sanatorium »..
Ces évolutions sont résumées en 1912 sous la plume du décorateur André Vera. Dans son article « Le nouveau style », paru dans la revue L'Art décoratif., il exprime le rejet des formes Art nouveau qui sont asymétriques, polychromes et seraient et . Il appelle à une , à une et à une et exhorte les artistes à rechercher les qui ont marqué le classicisme du . Il appelle à reprendre le fil de l'histoire des styles français à partir de la période Louis-Philippe, sans pasticher, et conclut son article en indiquant que le et que .
L'influence de la peinture des années 1910, moment de diffusion et de popularisation du fauvisme, et plus encore du cubisme, se fait sentir. Les peintres de la Section d'or exposent des œuvres souvent plus accessibles pour le public que ne l'étaient celles des Picasso et Braque de la période du cubisme analytique. Les thèmes (sport, monde ouvrier) et les couleurs chatoyantes tranchent avec les natures mortes fragmentées et avant-gardistes des pionniers du mouvement. Le vocabulaire cubiste séduit les créateurs de mode, de mobilier et de décoration intérieure...
Enfin, le Paris des années 1910 découvre les ballets russes de Serge de Diaghilev, mêlant danse, musique et peinture et inspirés des Mille et une nuits. Les ballets sont une invitation au luxe et à l'exotisme ; les costumes sont créés, entre autres, par Léon Bakst. Les ballets lanceront la mode des éventails, des plumes, des jets d’eau et des couleurs vives. Les couleurs insolites s’imposeront dans le décor et le mobilier : on verra des boudoirs aux murs orangés, des salons tendus de noir.
Années folles (1920–1929)
vignette|Hôtel particulier de Jacques Doucet, 33 rue Saint-James, Neuilly-sur-Seine (1929). Joseph Csaky a conçu l'escalier, Henri Laurens la fontaine, Jacques Lipchitz le manteau de la cheminée, Louis Marcoussis un tapis cubiste. Le sculpteur Gustave Miklos et d'autres ont collaboré à la décoration du studio.
C'est véritablement dans la décennie suivante, celle des années 1920, que le mouvement se déploie. Tandis que l'Allemagne des années 1920 est l'objet d'une grave crise économique (dont témoigneront les artistes de la Nouvelle objectivité), la France voit son économie repartir. Les crises monétaires de 1924 et 1926-1927 n'entraveront pas une progression qui culminera en 1930. Le monde dans son intégralité, en dehors de ces deux pôles antagonistes, se met à l'heure de la vitesse et des déplacements rapides. Cette reprise de la paix mondiale ne peut faire oublier les difficultés laissées sur le terrain par la guerre ; les villes détruites devaient être reconstruites. Reims et Saint-Quentin, par exemple, ont été rasées à 80 % et seront rebâties en grande partie dans un style architectural forgé par des créateurs ouverts à de nouvelles conceptions de l'habitat.
La mentalité ambiante évolue avec cette guerre longue qui fait cohabiter sur le front des populations venues de tous les points du globe. Elle modifie dans l'après-guerre la signification des contenus des musées, devenus ethnographiques modernes. Elle change également le regard porté dans le milieu artistique sur ce qui était cantonné à l'exotisme, comme ce qui avait été produit précédemment avec l’architecture anglaise des cités-jardins (vérandas, terrasses) sous l’impulsion d’Ebenezer Howard. Le modernisme concerne de fait les villes reliées au monde, par exemple Bordeaux (et, en face, New York). Cependant, l'instabilité monétaire en Europe provoque une hausse des prix constante jusqu'en 1927 en France et la législation française sur les loyers engendre une forte crise du logement pour les classes populaires et moyennes.
Mais le début des années 1920 voit aussi des manifestations de la richesse financière restée intacte des classes les plus aisées en France. À Paris, comme dans les grandes villes de province, les commentateurs de l'époque notent la construction de riches immeubles de rapport, villas et hôtels particuliers. Autant de chantiers prolifiques pour les artistes décorateurs et les architectes Art déco. La tendance est à une simplification du travail pour gagner en rapidité d'exécution, tendance qui structure toute l'architecture à principes modernes, jusqu'à utiliser des structures constructives en béton armé et des profils métalliques. Le modèle de la hauteur croissante de l'immeuble, signe de richesse et de modernité, est repris depuis les États-Unis qui s'affichent comme le pays le plus florissant économiquement de l'époque. Cette envie de hauteur est contenue par les plans d'urbanisme qui ne dérogent à leurs règles que si l'architecture de la construction le justifie. La raison suffisante est l'apport de progrès structurel de l'abri (construction de garages intégrés par exemple) ou esthétique (caractère patrimonial) dans la construction.
Car, globalement, les années 1920 sont aussi le théâtre d'évolutions dans différents domaines.
Architecture Art déco Cette architecture se distingue par un intérêt pour la richesse de décoration, pour l'aspect ressenti, au détriment de la structure constructive et du principe de la circulation visible dans l'édifice.