Lawrence d'Arabie () est un film britannique réalisé par David Lean, sorti en 1962. Le film est basé sur la vie de l'archéologue, militaire, diplomate et écrivain britannique Thomas Edward Lawrence, surnommé « Lawrence d’Arabie ». Le film est une adaptation du récit autobiographique Les Sept Piliers de la sagesse, racontant les aventures de Lawrence d'Arabie lors de la grande révolte arabe de 1916-1918.
Succès critique et commercial à sa sortie, le film est nommé pour dix Oscars lors de la cérémonie des Oscars en 1963, et en remporte sept, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur. La photographie de Freddie Young et la musique de Maurice Jarre ont également été saluées par la critique. Il participa grandement à la construction de la légende et la révision du mythe de son personnage éponyme.
En 1991, il a été jugé « culturellement, historiquement ou esthétiquement significatif » par la Bibliothèque du Congrès des États-Unis et sélectionné pour être conservé dans le National Film Registry. En 1998 et 2007, l'American Film Institute l'a respectivement placé à la cinquième et septième place de son rapport 100 Years... 100 Movies, liste des plus grands films américains. En 1999, le British Film Institute a nommé le film le troisième plus grand film britannique. En 2004, il a été élu meilleur film britannique dans le sondage du Sunday Telegraph sur les principaux cinéastes britanniques. Le film a également propulsé les acteurs Peter O'Toole et Omar Sharif au rang de légendes du cinéma.
Synopsis thumb|Bande annonce du film. En 1935, au Royaume-Uni, Thomas Edward Lawrence meurt sur sa motocyclette à la suite d'un accident de la route. À la sortie de ses funérailles, à la cathédrale Saint-Paul de Londres, un journaliste interroge plusieurs personnes pour en savoir plus sur sa vie. Il apparaît rapidement que peu de personnes semblaient réellement le connaître, et que plusieurs ne l'appréciaient pas.
En 1916, pendant la Première Guerre mondiale, Thomas Edward Lawrence est un jeune lieutenant de l'armée britannique. Basé au Caire, il est peu apprécié de ses supérieurs en raison de son extravagance et de son effronterie, en dépit de sa haute éducation. Contre l'avis du général Archibald Murray, Mr. DrydenM. Dryden est un personnage fictif, créé pour les besoins du film. Le scénariste Robert Bolt cite plusieurs personnalités qui l'ont influencé : David Hogarth, Henry McMahon, Mark Sykes ou encore Ronald Storrs., du Bureau arabe, souhaite envoyer Lawrence rencontrer le prince Fayçal ibn Hussein (auprès duquel se trouve déjà le colonel Harry Brighton). Allié naturel des Britanniques dans la région (de par sa révolte contre les Turcs de l'Empire ottoman), Mr Dryden charge Lawrence de découvrir les projets politiques d'après-guerre du prince.
Sur place, contre l'avis du colonel Brighton, Lawrence va se prendre au jeu de cette révolte et se passionner pour le désert et la culture arabe, devenant peu à peu une légende au sein des tribus du Moyen-Orient. Il va réussir à fédérer plusieurs tribus d'Arabie, dont les Howeitat d'Aouda Abou Tayi. Lawrence va les pousser à fonder une nation arabe indépendante et moderne.
Fiche technique
Titre original : Lawrence of Arabia Titre français : Lawrence d’Arabie Réalisation : David Lean, assisté de Noël Howard et d'André de Toth Scénario : Robert Bolt et Michael Wilson, d'après le récit Les Sept Piliers de la sagesse de Thomas Edward Lawrence Musique : Maurice Jarre Direction artistique : John Stoll, sous la direction de John Box Costumes : Phyllis Dalton et John Wilson-Apperson Photographie : Freddie Young, assisté d'Ernest Day (cadreur) Son : Paddy Cunningham et John Cox Montage : Anne V. Coates Production : Sam Spiegel et David Lean Société de production : Horizon Pictures Société de distribution : Budget : . Pays de production : Langues originales : anglais, arabe et turc Format : couleur (Technicolor) - 2.20:1 (Super Panavision 70) - son stéréophonique 6 pistes (RCA Sound Recording) - 70 mm Genre : biographie, aventures, historique Durée : ; (version - 1989) ; (version restaurée - 2012) Dates de sortie : Royaume-Uni : (avant-première mondiale à Londres) États-Unis : (New York), (Los Angeles) France : France : (nouvelle sortie en version restaurée en 4k)11e édition d'Avant-premières CIP, 5 juillet 2026, sur le site multicine.fr. Affiches : Raymond Elseviers (Belgique), Georges Kerfyser (France)
Distribution vignette|redresse|Le prince Fayçal ibn Hussein est incarné dans le film par Alec Guinness. Légende : Doublage de la version originale (1963) + rajouts pour la version longue (1992) Peter O'Toole (VF : Jean Piat + Bernard Lanneau) : Thomas Edward Lawrence Alec Guinness (VF : Gérard Férat) : Le prince Fayçal ibn Hussein Anthony Quinn (VF : Henry Djanik + Richard Darbois) : Auda ibu Tayi Jack Hawkins (VF : Claude Péran + Jean-Pierre Delage) : général Edmund Allenby Omar Sharif (VF : lui-même) : Chérif Ali Ibn El-Kharish José Ferrer : Le bey de Deraa Anthony Quayle (VF : Pierre Gay + Yves Barsacq) : Le colonel Harry Brighton Claude Rains (VF : Jean-Paul Moulinot + Michel Modo) : Monsieur Dryden Arthur Kennedy (VF : Jean-Claude Michel + Idem) : Jackson E. Bentley Donald Wolfit (VF : Yves Brainville + Idem) : Le lieutenant général Archibald Murray I. S. Johar (VF : Georges Aminel) : Gasim Gamil Ratib (VO : Robert Rietty / VF : lui-même) : Majid : Farraj John Dimech : Daud Zia Mohyeddin : Tafas Howard Marion-Crawford (VF : Georges Hubert) : Le médecin militaire Jack Gwillim : Le secrétaire du club : Le colonel Harry Fowler (VF : Jacques Chevalier) : Le caporal William Potter
Production Genèse et développement vignette|redresse|Photographie avec notamment le réel Thomas Edward Lawrence (deuxième en partant de la droite) et Fayçal ibn Hussein (au premier plan).
L'idée de départ remonte avant la mort accidentelle de Thomas Lawrence. En effet, le producteur Alexander Korda émet à l'époque le souhait de réaliser une biographie. Mais Lawrence n'est pas intéressé. Après la mort de ce dernier, Korda relance le projet sans succès, la perspective d'alliance entre le Royaume-Uni et la Turquie face à l'Allemagne nazie empêchant de parler des Ottomans comme le film devait le faire.
Au début des années 1950, Harry Cohn, alors à la tête de Columbia Pictures, récupère le projet. Après le refus de Michael Powell, Cohn propose le film à David Lean qui, au même moment, reçoit la proposition de l'auteur Terence Rattigan qui écrit une adaptation théâtrale de Lawrence d'Arabie. Cohn décédant en 1958, le producteur Sam Spiegel décide de monter un partenariat avec Columbia. Avec David Lean, ils convainquent le Arnold Lawrence (frère de Thomas) de leur vendre les droits du livre Les Sept Piliers de la sagesse, écrit par le défunt officier durant son expédition dans la péninsule arabique, à condition de lui présenter le scénario final pour un accord définitifLawrence d'Arabie - L'Épopée sauvage par Olivier Rajchman, Première Classics #2, janvier-mars 2018..
Michael Wilson est embauché après son travail sur le script du Pont de la rivière Kwaï (que par ailleurs, victime du Maccarthysme, il a écrit dans l'ombre). Il commence alors à écrire une ébauche le , dépeignant Lawrence comme un officier occidental cynique et opportuniste. En voyant cette première version, Arnold Lawrence revend les droits à Sam Spiegel pour la somme de Wilson passe un an à peaufiner le script et les dialogues. Mais lorsque David Lean, après avoir été écarté par divers problèmes de production, prend connaissance du script de 400 pages, en , il reproche à Michael Wilson de ne pas avoir assez romancé l'histoire de Lawrence, imposant à celui-ci sa personnalité dénuée de scrupules, l'escamotage de son masochisme voire sa probable homosexualité. N'acceptant pas les exigences de Lean, Wilson tire sa révérence. Cependant, une partie de sa version est conservée, entre autres la scène d'ouverture sur l'accident de Lawrence. Sam Spiegel fait appel à Robert Bolt, connu comme l'auteur de la pièce Un homme pour l'éternité, pour remanier le scénario de Wilson. D'abord réticent à cause de sa trop grande expérience de dramaturge, il finit par accepter lorsque le producteur lui offre un cachet de pour sept semaines de travail.
Attribution des rôles vignette|redresse|Peter O'Toole dans le rôle de Lawrence.
Après avoir auditionné Albert Finney, le jugeant pourtant trop jeune pour le personnage de Lawrence, puis proposé le rôle à Marlon Brando qui a préféré s'engager sur Les Révoltés du Bounty de Lewis Milestone, David Lean choisit finalement Peter O'Toole après l'avoir remarqué dans Le Jour où l'on dévalisa la banque d'Angleterre où l'acteur incarnait un militaire benêt. Cependant, O'Toole ne se montre pas très intéressé dans un premier temps, déclarant même . Pour se préparer, il consulte des photos de Lawrence, puis se teint les cheveux. Par surprise, Peter O'Toole se retrouve confronté à des témoins ayant connu le véritable Lawrence. Ceux-ci auraient pu confondre le personnage authentique et le comédien s'il n'était pas question d'une différence de taille (Lawrence mesurait 1 mètre 65 ce qui reste loin du mètre 88 d'O'Toole).
Pour le rôle du shérif Ali, partiellement fictif, David Lean contacte l'acteur allemand Horst Buchholz mais ce dernier préfère s'engager sur le film Un, deux, trois de Billy Wilder. Par la suite, Sam Spiegel propose le rôle à Alain Delon. Delon refuse néanmoins de porter des lentilles de contact brunes pour le rôle et quitte le projet. Après s'être rabattu sur Maurice Ronet, Spiegel repère Omar Sharif, qui est déjà une vedette au Proche-Orient, et finalement le choisit.
Revenant tout juste du tournage de Barabbas, Anthony Quinn accepte le rôle d'Auda Ibu Tayi contre la somme mirobolante de . Bien décidé à faire forte impression, Quinn se présente en Jordanie, où les prises de vue ont démarré, affublé d'une barbe postiche et d'un faux nez. De vieux figurants arabes prennent l'acteur sortant de sa tente pour le véritable Auda, tant il ressemble à son personnage. Le réalisateur lui-même ne le reconnaît pas.
David Lean retrouve son acteur fétiche, Alec Guinness, ainsi que Jack Hawkins après les avoir dirigés dans Le Pont de la rivière Kwaï.
Ce film ne comprend aucune actrice, tous les personnages sont masculins.
Tournage Le tournage commence le en Jordanie. Peter O'Toole s'y trouvait depuis un mois, le temps d'apprendre à monter un dromadaire et de s'habituer à la température locale. Lorsqu'il chevauche sa monture, laquelle est couverte de puces, puis chauffée par une température moyenne de , l'acteur en redescend les cuisses en sang. Pour soulager son postérieur, il recouvre la selle en bois d'une couche de caoutchouc qu'il s'est procurée à Beyrouth.
Les séquences de désert sont filmées à Almeria en Espagne mais aussi en Jordanie, le roi Hussein ayant mis à disposition l'armée jordanienne pour les plans avec de nombreux figurants. Ainsi environ de scènes (vers 1h30/35') sont tournées notamment à Wadi Rum, à proximité des rochers des Piliers de la sagesse pour à peu près du film. La scène du Cairo Great Britain Army Headquarters est quant à elle filmée à Séville sur la place d'Espagne. D'autres séquences sont tournées aux studios Texas Hollywood ainsi qu'au Parc national de Doñana.