Tozeur ( ) est une ville tunisienne aux confins de l'Atlas et du désert du Sahara, la plus grande des cinq oasis que compte le Jérid. Progressivement construite autour de sa palmeraie, elle est le chef-lieu du gouvernorat du même nom.

Située au nord-ouest du Chott el-Jérid, près de la frontière algérienne, Tozeur se trouve à au sud-ouest de Tunis. Ville au passé religieux important, elle accueille de nombreux lettrés. Ibn Chabbat lui lègue le système d'irrigation des palmeraies, et le poète Abou el Kacem Chebbi y compose son célèbre Ela Toghat Al Alaam, en plein protectorat français. L'odonymie contemporaine de Tozeur leur rend hommage, ainsi qu'aux marabouts. La ville connaît une importante croissance démographique, doublée d'une extension considérable, durant la seconde moitié du , avec la sédentarisation des Bédouins. Elle passe en quelques décennies d'une population d'environ à , selon le recensement de 2014.

L'architecture de son patrimoine bâti, en particulier celle de sa médina caractérisée par des motifs de briques en relief que l'on retrouve dans la ville voisine de Nefta est caractéristique du Jérid. L'agriculture, et en particulier la monoculture des dattes de la variété deglet nour, constitue sa principale ressource, représentant le tiers de la production dattière tunisienne. Sa briqueterie est toujours en activité, pour répondre aux besoins de nombreux chantiers de construction. Depuis les années 1990, la municipalité de Tozeur développe le tourisme, en particulier sous l'impulsion d'Abderrazak Cheraït, maire jusqu'en 2008. Ce développement s'appuie entre autres sur la présence d'un aéroport international et de nombreux hôtels, sur la valorisation du patrimoine et des lieux de tournage, et sur l'organisation du Festival international des oasis.

Tozeur est choisie pour y implanter la première centrale solaire photovoltaïque de Tunisie, en 2019.

Toponymie

vignette|alt=Relief.|Relief représentant la reine Taousert, dont le nom a pu donner celui de Tozeur. Temple d'Amon (Amada), Nubie égyptienne, 2007.

« Tozeur » est la transcription officielle du nom de la ville en caractères latins ; une autre transcription de l'arabe tunisien serait plutôt « Tûzer ». D'après Vincent Battesti (chercheur en anthropologie sociale au Centre national de la recherche scientifique), le nom de la ville se prononce « Tuzor ».

Le comte Antoine-Auguste du Paty de Clam (1856-1929), officier, administrateur des colonies, archéologue et membre de la Société de géographie de Paris., a émis quatre hypothèses concernant l'origine du nom de Tozeur :

La première suppose que l'appellation existait déjà dans l'Égypte antique sous la forme de Tes-Hor, signifiant , que les Grecs transforment plus tard en Apollonites ; une colonie venue de cette ville aurait peut-être repris la même appellation.

La seconde hypothèse indique qu'il viendrait du nom de la pharaonne Taousert qui monta sur le trône après la mort de son mari Séthi II (pharaon de la XIX dynastie et petit-fils du célèbre pharaon Ramsès II). La ville de Tozeur serait un hommage rendu par une colonie kouchite à cette reine, qui fut la dernière représentante de la dynastie. Cette hypothèse est corroborée par l'architecture de Tozeur, caractérisée par l'usage de la brique en terre séchée au soleil, puis cuite. L'Égypte antique est connue pour avoir utilisé un tel savoir-faire dans ses constructions urbaines.

La troisième hypothèse indique que le mot serait une forme féminine berbère de l'adjectif , Taouser, dont la forme signifierait . En 205 , le royaume berbère de Massinissa s'étend jusqu'à cette ville. Cette étymologie est également défendue par Charles-Joseph Tissot..

La dernière hypothèse suppose que le nom de Tozeur est l'une des formes du nom Utsuur, c'est-à-dire ou , car le nom de la ville serait un hommage rendu par une colonie assyrienne à leur patrie d'origine.

Le philosophe tunisien Youssef Seddik rejoint l'hypothèse d'une origine égyptienne antique du nom : Ne serait-on pas tentés de voir dans ce mot de Tozeur le très lointain écho d'une origine égyptienne antique de cette terre ? Le étant [un] préfixe qui marque le lieu comme dans Thèbes, Tamazret, Tafilalt ou Tamanrasset, Ozeur ou Ozir étant l'apocope d'Osiris, le dieu morcelé.

Géographie et environnement

vignette|gauche|alt=Vue aérienne d'un point d'eau.|Sebkha aux abords de l'aéroport international de Tozeur-Nefta pendant l'hiver 2019-2020.

Tozeur se trouve le long d'une colline allongée de plusieurs kilomètres, le dhrâ‘, qui sépare deux lacs salés, le Chott el-Jérid au sud et le Chott el-Gharsa au nord-ouest. Elle fait partie du Jérid ou Djérid, dont elle constitue la plus importante des cinq oasis, aux confins du désert du Sahara. Une petite chaîne de montagnes, le djebel Morra, se trouve à l'est de la ville. Tozeur fait à ce titre partie du pli de l'Atlas, qui s'étend du Maroc à l'ouest de la Tunisie. La région de Tozeur appartient à l'Atlas tunisien méridional, caractérisé par ses chotts composés de bassins sédimentaires du Carbonifère supérieur. Cette région est connue pour ses luxuriantes oasis au milieu du désert et présente un intérêt géologique et géomorphologique. Des sebkhas, caractérisées par de fins sédiments humides de saumures en hiver, et des surfaces de boue fissurées avec du sel et des croûtes de gypse en été, couvrent le sol des chotts, accueillant une très rare végétation.

La ville, qui s'étend sur , est entourée d'une palmeraie rattachée à son centre urbain, d'approximativement , abritant environ ... La principale espèce végétale poussant naturellement à Tozeur est la prosopis, une plante fourragère et mellifère atteignant une hauteur de cinq mètres à l'âge de quinze ans. De plus, la limnée (Lymnaea truncatula Müller) vit en permanence dans cet environnement, avec une concentration plus importante en automne, et sert d'hôte intermédiaire à Fasciola hepatica, faisant de Tozeur la principale région où le bétail est touché par la fasciolose.. L'ancien littoral lacustre dans l'oasis de Jehim constitue un géosite, recelant des lumachelles avec Cardium.

vignette|droite|alt=Désert.|Chott el-Jérid aux abords de Tozeur en 2009.

Les problématiques posées par l'environnement de Tozeur sont la lutte contre l'ensablement (qui occupe ), la gestion de l'eau et celle de la salinité des sols et de l'eau. Pour limiter l'ensablement (5 à par an), les habitants recourent à des moyens mécaniques ou à des plantations de Tamarix (dont quatre espèces différentes poussent naturellement dans la région.), moins onéreuses, mais qui nécessitent trois à quatre ans d'arrosages réguliers.

Cette ville et ses alentours ont servi de décor pour de nombreux films, dont les Star Wars et Le Patient anglais. Le canyon de Sidi Bouhlel, renommé , apparaît dans l'épisode IV et l'épisode I..

Hydrologie

gauche|vignette|alt=Motopompe de forage, palmiers et cours d'eau.|Forage d'eau au bord de l'oued de la palmeraie en 2020.

Tozeur a longtemps été irriguée par des sources (de 150 à 200), mais à partir de 1995, de nombreux forages modernes mènent au tarissement de celles-ci, au grand regret des oasiens. D'après Vincent Battesti, . Les oueds du Jérid proviennent des eaux de sources artésiennes et ne se déversent habituellement que sur quelques kilomètres. Historiquement, le contrôle des ressources aquifères a toujours constitué un enjeu de pouvoir local.

La distribution de l'eau est étatisée et depuis les années 1980, elle est redistribuée dans les parcelles agricoles par des associations d'intérêts collectifs qui collectent des redevances pour les reverser au fournisseur.. Cette distribution est dépendante de la fourniture en électricité, plus aucune source à Tozeur ne coulant .

Bien que la nappe phréatique soit surexploitée, des mesures telles que l'introduction du goutte-à-goutte ont permis d'économiser 35 à 30 % de la consommation. D'après une étude menée en 2012, l'eau d'irrigation de Tozeur provient à 20 % de la nappe phréatique et à 80 % de la nappe profonde, dont la salinité est plus importante. Cette nappe profonde est située à de la surface au minimum et au maximum. Une motopompe tire l'eau de la nappe profonde, puis la déverse dans le lit de l'oued.

En 2012, les eaux usées traitées de Tozeur sont réutilisées à 40 %.. Une partie est rejetée dans la sebkha, sans utilisation. La gestion de l'eau est influencée par l'activité touristique, les cours d'eau n'étant pas bétonnés afin de conserver leur cachet.

Climat Tozeur présente un climat désertique chaud et aride, avec très peu de pluie (moins de par an). La température moyenne annuelle est de , pour une moyenne de pluie annuelle de . Le climat du Jérid alterne entre une saison froide en hiver et une saison chaude en été et en automne, la transition vers la saison chaude ayant lieu au mois d'avril. Les températures estivales peuvent dépasser les à l'ombre, mais l'ensemble est tempéré par l'.

Ce climat découle de l'éloignement de la mer et du relief, les vents venus de l'est se desséchant durant leur traversée du djebel Cherb. Tozeur est touchée par le sirocco sur des durées moyennes de trois à neuf jours, soit environ par an.. La ville est vulnérable au changement climatique, qui risque d'accroitre ses besoins en eau et de nuire au tourisme comme à la production agricole.

Géographie administrative Tozeur se trouve à au sud-ouest de la capitale de la Tunisie, Tunis. Cela l'a longtemps fait percevoir comme un , selon les mots du chercheur en anthropologie Nicolas Puig et du docteur en urbanisme Najem Dhaher ; la ville de Tozeur est en effet caractérisée, en Tunisie, par sa ruralité et son éloignement de la capitale.

Tozeur est à la fois une commune administrative et le chef-lieu du gouvernorat du même nom, créé le . Ce gouvernorat se divise lui-même en cinq délégations, dont celle de Tozeur qui correspond à la commune. De 1958 à 1980, Tozeur est rattachée au gouvernorat de Gafsa.

Tozeur est assez proche de la frontière algérienne. La ville se trouve à de Gafsa, à de Gabès et à de Kairouan.

Histoire

vignette|alt=Carte de la Tunisie.|Carte satellite de la Tunisie avec d'anciens sites archéologiques puniques et romains : sites archéologiques importants (points blancs) et autres sites antiques (points rouges), avec Tozeur (Thusuros), au Sud-Ouest.

La région est peuplée dès la Préhistoire, notamment par une population de culture capsienne. Comme toute l'Afrique du Nord, elle est ensuite peuplée par des Berbères, même si la tradition locale ne le revendique pas : elle se positionne en effet sur une arabité qui fait le lien avec le prophète Mahomet. Les premières descriptions scientifiques de Tozeur remontent à la fin du , ces écrits étant marqués par une obsession de la recherche de ruines romaines. L'histoire du Jérid reste assez mal connue, les Fastes chronologiques de Tozeur de Paty du Clam (1890) représentant la principale source disponible à propos du passé de Tozeur.

Antiquité Tozeur devient un centre actif du commerce caravanier transsaharien, au cours de la période carthaginoise. Ptolémée la mentionne en 148 et l'appelle . Les Romains, en pleine conquête de la rive africaine de la mer Méditerranée, s'y installent en 33 . La ville prend alors le nom de , qui figure dans la table de Peutinger.. Pline l'Ancien en donne un témoignage lyrique mais précieux en décrivant la beauté paradisiaque de ce lieu.

Les vestiges de cette époque sont rares, mais visibles :

Sous la domination romaine, la ville devient un poste sur le Limes Africanus, sur la voie allant de Gabès à Biskra. Elle est spécialisée dans le commerce des dattes, mais aussi des esclaves.

De l'influence chrétienne sous saint Augustin, il subsiste les vestiges d'une église, reprise par la mosquée El Kasr, située à Bled el-Hadhar, et certains rites comme le Sidi Yuba qui consiste à baptiser les garçons avant la circoncision.

Moyen Âge

vignette|alt=Bâtiment avec un toit en coupole.|Mosquée de Bled el-Hadhar (édifiée en 1193) en 2015.