Syberia est un jeu vidéo d'aventure en pointer-et-cliquer belgo-canadien réalisé par Benoît Sokal. Développé et édité par Microïds, il est sorti en 2002 sur PC, puis a été porté sur PlayStation 2 et Xbox en 2003, sur Nintendo DS en 2008 et sur Nintendo Switch en 2017.

L'héroïne du jeu, Kate Walker, est une avocate américaine chargée de conclure le rachat de l'usine d'automates familiale des Voralberg dans le petit village alpin de Valadilène. Mais la révélation de l'existence d'un héritier potentiel, Hans Voralberg, qui a disparu en Europe de l'Est, contraint Kate à se lancer dans un voyage qui l'emmène toujours plus loin vers l'est, sur les traces de Hans et de ses automates de génie, à travers des lieux de plus en plus étranges.

Syberia est un succès critique et commercial.

Le jeu a donné lieu à trois suites : Syberia II en 2004. Syberia II est la suite directe de Syberia. Autrement dit, Syberia et Syberia II ne sont, finalement, que les deux volets d'un seul et même jeu d'aventure. Syberia III en 2017. Syberia: The World Before en 2022.

Une version remasterisée du jeu développée par Virtuallyz Gaming et Microids Studio Paris est prévue pour 2025.

Trame Les joueurs incarnent Kate Walker, une avocate travaillant pour le cabinet Marson & Lormont à New York. Elle a été envoyée par ses patrons en France, dans le petit village de Valadilène, dans les Alpes. Son but est d'obtenir le rachat de l'usine d'automates Voralberg pour le compte d'un géant du jouet américain, Universal Toys. En approchant du village, Kate contemple un étrange cortège funèbre entièrement animé par des automates. Parvenue à l'hôtel, elle y apprend que ce cortège n'était autre que celui de la propriétaire de l'usine, Anna Voralberg, qui vient de décéder. Elle se rend donc chez le notaire, dans l'espoir de conclure rapidement la transaction. Mais un coup de théâtre l'attend : le notaire lui révèle l'existence d'un héritier possible, Hans Voralberg, frère cadet d'Anna, que tous les habitants de Valadilène croyaient mort. Hans est vivant, mais il n'est plus revenu à Valadilène depuis des années et personne ne sait où il se trouve. Kate doit donc découvrir au plus vite ce qu'est devenu Hans Voralberg, sans quoi le contrat de vente ne peut être signé.

Au fil du jeu, Kate explore plusieurs endroits : le village de Valadilène, la cité universitaire majestueuse de Barrockstadt, la cité industrielle de Komkolzgrad et la station thermale d'Aralbad. Elle y rencontre une foule de personnages : un cosmonaute ivre et désabusé, une ancienne cantatrice, un professeur d'université…

Dans le même temps, une intrigue secondaire se développe par l'intermédiaire des appels téléphoniques que reçoit Kate au fil du jeu. Elle est appelée tour à tour par son patron, par son compagnon Dan, par sa mère ou par sa meilleure amie. Au fil de son voyage, Kate est confrontée à l'incompréhension de son patron qui s'impatiente et de ses proches restés à New York, qui n'imaginent pas le voyage qu'elle est en train de faire et la jugent distante. La personnalité de Kate, de son côté, s'affirme de plus en plus au fil des péripéties qu'elle surmonte.

Valadilène vignette|droite|La rue principale de Valadilène. Kate prend ses repères à Valadilène et se familiarise avec le maniement des automates Voralberg, reconnaissables aux clés caractéristiques qui permettent de remonter leurs ressorts. Son enquête à Valadilène lui apprend peu à peu l'histoire de la famille Voralberg. Hans n'a jamais été très à l'aise à l'école et un accident subi dans une grotte près du village l'a placé dans un état de retard mental apparent. Pourtant, ce handicap n'a pas empêché Hans de devenir un mécanicien et un inventeur de génie, mais ses relations avec son père se sont peu à peu dégradées. Au cimetière, dans le caveau des Voralberg, la tombe de Hans est vide : sa mort n'était qu'une sinistre mise en scène faite par son père, furieux après la fuite de son fils. Dans la maison familiale et dans l'usine Voralberg avoisinante, Kate se plonge dans les archives d'Anna Voralberg, qui était très liée à son jeune frère. Comme Hans ne savait pas lire, Anna communiquait avec lui non pas par lettres mais à l'aide de messages vocaux enregistrés sur des cylindres mécaniques. Kate trouve quatre de ces cylindres au fil de l'aventure. Kate se lie aussi d'amitié avec un jeune garçon, Momo, qui a connu Hans et partage à la fois son excentricité et ses talents de mécanicien. Grâce à Momo, Kate peut se rendre dans la grotte où Hans a eu son accident. Hans y avait aperçu une poupée en forme de mammouth que Kate découvre toujours là des années après et qu'elle emporte.

Dans l'usine à l'arrêt, Kate découvre aussi un automate inachevé d'une grande complexité : Oscar, prévu pour être le conducteur de la locomotive à ressort qui attend dans une petite gare située près de l'usine. Kate parvient à faire redémarrer un circuit de montage et à fabriquer la dernière pièce qui manquait à Oscar : ses pieds. Oscar est prêt à jouer son rôle, mais s'avère très tatillon en matière de procédures administratives : Kate doit se procurer un billet et trouver le moyen de lui présenter un certificat de propriété pour la locomotive portant le tampon du notaire avant qu'il n'accepte de démarrer. Kate part alors à bord de la locomotive, en compagnie d'Oscar, sur les traces de Hans Voralberg.

Barrockstadt Le ressort de la locomotive étant complètement détendu, le train s'arrête dans la gare de Barrockstadt. C'est en réalité une impressionnante gare-volière contenant une serre et une réserve ornithologique précieuse. Le tout appartient à l'université, le seul endroit de la ville à ne pas être en ruines. Kate cherche un moyen de remonter le ressort de sa locomotive. Au-delà de la gare, la ville est ceinte d'un haut rempart percé par deux ouvertures : celle du canal qui longe la gare et celle de la voie de chemin de fer, fermée par un complexe portail portant la marque de fabrique des Voralberg. Un remontoir mécanique se trouve au bout de la voie peu avant le portail, mais le train s'est arrêté avant. Kate s'adresse à un couple de mariniers dont la péniche stationne dans la gare non loin de son train. Les mariniers acceptent de remorquer le train jusqu'au remontoir si Kate les rétribue en argent et si elle parvient à rouvrir les écluses dont plus personne n'arrive à actionner le mécanisme. Kate se rend à l'université, dont les bâtiments majestueux sont jouxtés à l'entrée par d'énormes statues de mammouths. Les recteurs la somment de déplacer son train le plus vite possible. Ayant besoin d'argent, Kate l'obtient des recteurs en trouvant moyen de réparer les ingénieux automates musiciens qui ornent la cour d'honneur de l'université. Pour obtenir la pièce manquante, qui se trouve à la gare, Kate doit se débarrasser d'oiseaux qui y sont devenus endémiques : les coucous d'Amerzone. Elle découvre aussi l'existence d'un trafic de vin à base de sauvignon d'Amerzone entre les recteurs et le chef de gare.

vignette|droite|La bibliothèque de l'université de Barrockstadt.

Au passage, Kate recueille de nouvelles informations sur Hans Voralberg auprès des recteurs de l'université et d'un professeur de paléontologie appelé Cornelius Pons. Hans a étudié à Barrockstadt où il a marqué les esprits par son génie d'inventeur, mais aussi par son excentricité et son assiduité toute relative aux cours. Il ne suivait que les cours de paléontologie et paraissait obsédé par les mammouths. Après Barrockstadt, Hans semble avoir poursuivi son voyage jusqu'en Sibérie. Ayant montré au professeur Pons la poupée mammouth trouvée dans la grotte, Kate obtient des révélations surprenantes : cette poupée date de la Préhistoire et est le produit de la culture des Youkols, un peuple nomade dont l'existence tournait entièrement autour des mammouths. Au moment de la disparition de ces animaux, selon la légende, les Youkols ont continué à prospérer en envoyant régulièrement une arche en direction de l'île légendaire de Sybéria, où vivent les derniers mammouths. Hans adhérait visiblement à cette légende et serait bien capable d'avoir voulu découvrir Sybéria.

Kate parvient à actionner les écluses et peut ainsi faire remorquer son train jusqu'au portail, où elle remonte le ressort de la locomotive aisément. Mais Oscar exige qu'elle lui présente un visa avant de quitter la ville. Kate a alors affaire à l'officier de l'armée qui garde le rempart. Myope comme une taupe, l'officier prend pour un cavalier cosaque ce qui n'est qu'une lointaine branche d'arbre mort sur la steppe, de sorte que, depuis des années, il se tient sur le qui-vive et empêche quiconque de franchir le rempart. Kate finit par rendre son acuité visuelle à l'officier en lui faisant boire un verre de vin contenant un extrait de Yangola-Cola, un champignon aux propriétés curatives. Elle obtient alors le visa et peut enfin quitter Barrockstadt.

Komkolzgrad vignette|droite|Les statues d'ouvriers géantes de Komkolzgrad pendant une cinématique du jeu. Le deuxième arrêt du train est Komkolzgrad, une usine soviétique d'extraction et d'affinage de métaux lourds plongée dans une nuit perpétuelle par les fumées toxiques qui s'en dégagent. L'usine est à l'abandon, mais les gigantesques statues métalliques d'ouvriers enjambant les rails et les automates de la mine portent la marque de Hans Voralberg, qui a travaillé à Komkolzgrad pendant un temps après la Seconde Guerre mondiale. Cette fois, Kate remonte facilement la mécanique de la locomotive. Mais voilà qu'en son absence, un inconnu pénètre dans la locomotive et dérobe les mains d'Oscar. Le coupable n'est autre que Sergueï Borodine, le directeur de l'usine, dont la santé mentale laisse à désirer. Par le passé, Borodine a connu Voralberg, mais aussi une chanteuse mondialement connue, Helena Romanski, qui a donné un concert à Komkolzgrad il y a de longues années. Borodine est obsédé par le projet de la faire revenir à Komkolzgrad pour qu'elle y chante à nouveau. Il a converti une partie des machineries en un orgue gigantesque et a subtilisé les mains d'Oscar afin de parachever son automate pianiste faute d'avoir su inventer lui-même des mains assez complexes. Kate n'a d'autre choix que d'accepter d'aider Borodine à retrouver Helena Romanski, car c'est la condition qu'il met pour lui rendre les mains d'Oscar. Par bonheur, la mère de Kate, qui l'appelle régulièrement pendant l'aventure, sort avec un homme qui connaît Helena et sait où elle se trouve actuellement : elle s'est retirée dans la station thermale d'Aralbad.

Pour se rendre à Aralbad, Kate explore le spatiodrome qui jouxte l'usine et dégrise Boris Tcharov, cosmonaute et pilote d'essai, qui vit encore là. Celui-ci lui explique qu'Hans avait conçu une fusée à ressort, mais est parti du jour au lendemain lorsqu'il s'est rendu compte que l'armée soviétique voulait qu'il la transforme en missile nucléaire à longue portée. Kate rend service au pilote en lui montrant comment réaliser enfin le vol d'essai civil qu'il était sur le point de faire sur la fusée Voralberg au moment où la disparition de Hans a provoqué l'arrêt brutal du programme. Avant le décollage, le pilote indique à Kate comment faire fonctionner le dirigeable à pilote automatique qui assurait les trajets entre Komkolzgrad et Aralbad au temps de la grandeur de l'Union soviétique. Après avoir libéré l'aigle apprivoisé qui tient éloignés les oiseaux des pistes de décollage, Kate part seule à bord du dirigeable et gagne ainsi Aralbad.

Aralbad vignette|droite|La jetée de l'ancien port d'Aralbad.