L'histoire de la Guyane française est complexe et partiellement connue. Les premiers occupants de ce territoire sont amérindiens. À partir de l'arrivée des colons européens et de leurs esclaves africains, elle s'intègre dans l'histoire de France, francophone et panafricaine. et de l'Amérique du Sud. La pluralité linguistique encore présente atteste de cette diversité et ancre sa place dans le monde créole. depuis au moins le ..
Histoire ancienne
thumb|Roches gravées de la Carapa. Datant du , les premières traces de peuples amérindiens sont des poteries, des gravures rupestres et des polissoirs. Les descendants de ces peuples seraient les peuples autochtones Tekos et Wayampi, parlant le tupi-guarani. Ces premiers peuples amérindiens auraient commencé le processus de création des terres fertiles de Terra preta. Quelques millénaires plus tard, cette transformation des sols permet l'établissement de populations aux densités plus élevées.
À la fin du , venus de l’ouest et du sud, les indiens Arawak et Palikurs, probablement originaires d’Amazonie, arrivent sur le littoral et chassent les premiers habitants. Ils parlent des langues de la famille linguistique arawak.
À la fin du , des indiens Kalinago (Caraïbes), les peuples Kali'na (ou Galibis) et Wayana occupent à leur tour les littoraux et l'est de l'actuelle Guyane, ils parlent le caribe.
Plusieurs dizaines de nations amérindiennes ont conjointement ou successivement peuplé la Guyane et l'actuel État brésilien de l'Amapá depuis . On pense notamment aux porteurs de la culture Aristé.
Des indices archéo-historiques font penser qu'au , une partie au moins des sous-groupes qui vont constituer les Wayana, vivait au Nord de l'Amazone. Au début du , remontant progressivement le Paru de leste et le Jari, ils semblent avoir absorbé des peuples de chasseurs cueilleurs (dont Upurui et Opagwana). Les Wayampi sont cités par les Portugais au comme occupant les rives du Rio Xingu au sud de l'Amazone, qu'ils semblent avoir franchi en vagues successives après 1720.
Au , deux nations amérindiennes remontent vers le nord, alors que les envahisseurs venus d'outre-mer colonisent l'Amérique du Sud, amenant armes et microbes inconnus sur ce continent. C'est le temps de la colonisation qui arrive.
Arrivée des Européens (1498-1500)
Le , au cours de son troisième voyage, Christophe Colomb longe pour la première fois les côtes de la Guyane. Des populations indigènes amérindiennes occupent le littoral, et sont estimées à environ pour la Guyane française, au siècle suivant, ils ne sont plus que .
À l'hiver 1500, le capitaine espagnol Vicente Yáñez Pinzón (1460c-1523), qui avait accompagné Christophe Colomb (1451-1506) lors de son premier voyage et qu'une tempête jette le dans le delta de l’Amazone, reconnaît la côte portugaise jusqu'à l'Orénoque, future frontière de la Guyane.
Les Guyanes n'étant pas concernées par le traité de Tordesillas de 1494 qui traçait les limites territoriales entre l'Espagne et le Portugal, vers 1503, un premier groupe de colons français se serait installé dans l’île de Cayenne pendant quelques années.
Premières tentatives de colonies (c. 1600-1650) De 1604 à 1652, des tentatives de colonisation ont lieu. En 1604, le capitaine Daniel de La Touche, seigneur de la Ravardière est le premier Français à faire une reconnaissance sérieuse de la Guyane. Le pays est alors appelé France équinoxiale.. La première "France équinoxiale" (1612-1615)
En 1608, le britannique , au service du Grand-duché de Toscane, tente d'établir en 1608-1609 une colonie entre Orénoque et Oyapock, du côté de la future Cayenne : .
De 1616 à 1626, des colonies permanentes néerlandaises s'installent sur les estuaires des fleuves Essequibo (colonie d'Essequibo), Berbice (colonie de Berbice) et Demerara (colonie de Démérara). En 1630 des Britanniques s'implantent à l'embouchure du fleuve Suriname.
En 1624, le roi de France Louis XIII ordonne l’installation des premiers colons originaires de Normandie et en 1626, le cardinal de Richelieu autorise la colonisation de la Guyane. En 1630, une nouvelle colonie s’installe sur les rives du Sinnamary sous les ordres de Constant d'Aubigné. En 1638, le cardinal de Richelieu confie au capitaine Bontemps le soin de coloniser les territoires de Guyane avec .
En 1643, le Français Charles Poncet de Brétigny de la Compagnie de Rouen rejoint les premiers colons à la tête d'un groupe de 400 nouveaux colons. Il achète aux indiens Galibis une colline à l'embouchure de la rivière Cayenne et lui donne le nom de « mont Cépérou », du nom du chef indien. Il y fait bâtir un petit village et le fort CépérouBlada : Fort Cépérou qui deviendra Cayenne. Il a recours aux persécutions et humiliations contre les Indiens autochtones qui finissent par se révolter. En 1643, Bretigny introduit l'esclavage, et sa colonie française est détruite quand revient le capitaine Mirbaut en 1647 avec du ravitaillement, des Capucins et le Sieur de la Forest, nouveau commandeur. En 1647, une deuxième expédition pour récupérer le fort est menée par le Sieur d’Ormeilles mais le capitaine du vaisseau l'abandonne pour aller aux Antilles et en 1648, il ne reste plus que vingt-cinq colons français.
Première guerre anglo-néerlandaise (1652-1654), première population d'origine africaine La première population d'origine africaine à Cayenne est constatée au début des années 1650, période d'arrivée des Français dans le sillage des patentes données par le Roi de France en 1651 à la Compagnie de Jésus pour s'installer aux îles, et de la création en de la Compagnie de Paris, chargée par le roi de développer la culture du sucre. Mais ces premiers africains sont d'origine anglaise, à l'époque où l'essor sucrier de la Barbade anglaise, où sont réfugiés de nombreux partisans du roi Charles II, est stoppé par les conflits religieux et militaires. Face aux menaces d'Oliver Cromwell d'organiser le blocus de cette île, qu'il exécute fin 1650 avant de s'en prendre à ses partenaires commerciaux hollandais, Anthony Rowse en était parti, envoyé par le gouverneur Lord Willoughby fonder une autre colonie dans l'actuel Suriname. C'est Fort Willoughby, où l'esclavage sera d'abord développé par cette importante colonie anglaise, à l'embouchure de la rivière Surinam lieu du futur Paramaribo, où vivait déjà depuis deux ans un colon isolé et sa famille du nom de Jacob Enoch en bonne amitié avec les indigènes.
Après avoir négocié avec les chefs amérindiens, Anthony Rowse y avait installé dès 1650 cinq cents plantations de sucre où travaillaient , aidés par noirs venus de la Barbade anglaise.
La première guerre anglo-néerlandaise, démarrée le , gêne ensuite le commerce sucrier anglais et fait monter les cours du sucre car elle s'ajoute à l'effondrement du Brésil hollandais.
Côté français, à 300 km au sud-est, l'année 1652 est alors le théâtre de deux grandes expéditions, préparées dès l'année précédente, par la Compagnie de Rouen, une soixante d'hommes partis en avec Huet de Navarre, ancien capitaine de Poncet, puis par la Compagnie de Paris, appelée aussi "Compagnie de la France équinoxiale ou de la Terre-Ferme d'Amérique"Annuaire de la Guyane française, 21-23, Imprimerie du gouvernement, Cayenne, 1861 Texte, fondée en par les Sieurs Balthazar Le Roux de Royville et Du Plessis"Le Bourg de Cayenne : une colonie néerlandaise au pied du fort Nassau (1655-1664)" par Martijn VAN DEN BEL et Lodewijk HULSMAN, dans le Bulletin de la Société d'Histoire de la Guadeloupe en .
La compagnie des « douze seigneurs » de la Compagnie de Paris recrute 500 soldats et autant d'ouvriers, embarqués au "pont Rouge de Paris", (l'actuel pont Royal) le . Partis du Havre le , ils débarquent à à la pointe du Mahury et y trouvent les survivants.
En , quelques semaines après leur arrivée, sur une autre rivière, les colons français menés par le capitaine Duplessis capturent un navire anglais à bord duquel se trouvaient 14 esclaves s'exprimant dans une langue de base lexicale portugaise, et disant avoir tous été capturés sur la même plantation à "Fernanbouch"(Biet 1664 : 86) ou "Ressif" (Laon 1654 : 81)Les Premières Générations d'une société créole : Cayenne 1660 - 1700, William Jennings, Université de Waikato-Hamilton, Nouvelle-Zélande , c'est-à-dire le Pernambouc brésilien alors détenu par les Hollandais, sur fond de première guerre anglo-néerlandaise.
Mal préparés et pénalisés par les erreurs des tentatives françaises précédentes, surdimensionnées et prosélytes, ces colons sont rapidement décimés par les fièvres et des guerres avec les Indiens Galibi. Les survivants fuient vers le Suriname le , selon le témoignage publié en 1664, douze ans après, par l'un d'eux, le père Antoine Biet., pour aller à la Barbade puis leur destination finale, les Antilles françaises.
Un troisième projet de colonisation de Cayenne sera l’œuvre de Pierre de la Vigne et Sieur de la Poterie, de la Compagnie de la Terre Ferme de l’Amérique méridionale. La flotte arrive bien en Martinique mais s’installe finalement au Vénézuéla espagnol, dans l’embouchure de l’Orénoque en 1656.
Trois colonies hollandaises à Cayenne (1660)
Au début de 1654, après la perte du Brésil hollandais, un groupe de Néerlandais du Brésil aurait atteint Cayenne, avec des esclaves, mais le manque de provisions et de bateaux qui a suivi la chute de Récife en rend cette théorie improbable. C'est vers 1660, six ans après que sont arrivés d'Amsterdam, quelques rares anciens du Brésil hollandais.
En 1655, la Chambre d’Amsterdam de la Compagnie des Indes occidentales (WIC) donne le patronage de Cayenne au commerçant d’Amsterdam Jan Claes Langedijck, en liens avec Nieuw-Nederland (New York). Il a aussi un agent sur l’île anglaise de la Barbade, chroniquement en manque de victuailles et matières premières, d'où il voyage deux fois vers Cayenne en et , où il noue des bonnes relations avec les Amérindiens puis observe la fuite des Français en . Il ne s'installe à Cayenne qu'en 1656 dans les ruines d'un vieux comptoir français qu’il baptise Fort Nassau. Le pilote de son navire défriche des terrains avec les indigènes, payés en couteaux. En 1658, il tente de recruter des colons à Amsterdam, échoue, et doit recourir à 30 ou 35 garçons d’orphelinats, en se plaçant au service de la WIC d’Amsterdam. Revenu fin 1659, il découvre que deux autres expéditions font aussi voile vers Cayenne : la WIC a envoyé au même moment un autre hollandais, l'architecte et diplomate Balthazar Gerbier, qui avait travaillé au service du roi Charles Ier d'Angleterre. Il veut creuser une mine sur la Montagne d’Argent et installer d’autres colons sur le bas Approuague afin de planter du tabac. Il arme le navire "St Jean Evangelist", qui arrive en avec des colons et des mineurs de la « Nouvelle Compagnie de Guyane ».
Une troisième implantation est négociée par Paulo Jacomo Pinto pour que trois convois, constitués de juifs granas de Livourne puissent se réfugier au nouveau monde, de 1658 à 1659.. Une partie se perd dans la Caraïbe sur l'île de Tobago, où ils dépériront et obtiendront une indemnisation puis cultiveront le cacao.