Charles Tristan, marquis de Montholon, né le à Paris et mort dans la même ville le , est un général français, compagnon de sur l’Île de Sainte-Hélène.
Biographie
Charles-Tristan était d’une ascendance noble, fils aîné de Mathieu de MontholonMathieu du nom ou de Montholon. (1753-1788La famille de Montholon (page 15) sur racineshistoire.), conseiller au parlement de Metz, et de Angélique Aimée de Rostaing (1756-1842; fille du comte de Rostaing, colonel du régiment de Grenoble, et d’Anne Henriette de Lur-Saluces). Mathieu de Montholon s’allie à la meilleure noblesse : cela lui vaut d’entrer au service du duc de Penthièvre, d’où il passe à celui de Monsieur, dont il a la charge de Premier veneur. Ayant à faire les preuves pour les honneurs de la Couril fallait faire remonter sa généalogie jusqu’en 1400 sans trace d’anoblissement., il affirme tenir des comtes de Lée et de Montholon, en Autunois, mais les preuves ne furent pas reçues ; en compensation, on reconnaît à son père, par lettres patentes du , la noblesse d’extractiondite aussi immémoriale ou de race, prouvée par possession d'état noble à un moment donné mais dont la source de noblesse, selon la formule d’usage, « se perd dans la nuit des temps ». Le père de Charles-Tristan préfére prendre le titre de marquis de MontholonMasson, Napoléon à Sainte-Hélène, tome I, et l’on autorisa son fils à porter le titre de comte de Lée. C’est par son hypothétique filiation avec les comtes de Lée-Montholon que Montholon affirmera descendre de deux gardes des sceaux de et Henri III. Voir : comtesse de Montholon, Souvenirs, Appendice III, , « Extrait de la généalogie de la maison de Montholon-Sémonville »..
La sœur aînée de Charles-Tristan, Marie de Montholon, épouse Louis Ernest Joseph, comte de Sparre, le ; et la seconde, Félicité Françoise Zéphirine de Montholon, épouse en premières noces le général Joubert, qui meurt à la bataille de Novi; puis s’unit en secondes noces au maréchal Macdonald.
Une rapide carrière d’officier d’état-major À la mort de son père, Charles-Tristan avait six ans. Il est adopté par son beau-père Charles-Louis Huguet de Sémonville, étonnante figure, surnommé « le vieux chat » par Talleyrand, dont Bonaparte fait un conseiller d’État, un sénateur, puis un comte de l’Empire. Ce personnage influent, qui joue un rôle crucial dans la conclusion du mariage autrichien, s’occupe avec soin des enfants de sa femme. Il marie la fille aînée au comte de Sparre, et la cadette d’abord au général Joubert, puis au général MacDonald ; il adopte les deux garçons. L’aîné, Charles-Tristan, doit à cette protection une rapide carrière : le , à seize ans, il est nommé adjoint du génie par Championnet ; le , il est promu lieutenant, et détaché comme aide de camp du général Augereau, ce qui lui vaut ses galons de capitaine le ; réformé avec traitement le , il est placé en mission auprès du ministère des Affaires étrangères d’avril 1802 au , date à laquelle il est nommé aide de camp du général Klein ; le , il est aide de camp de son beau-frère, le général MacDonald.
En novembre 1804, Sémonville demande pour lui le grade de lieutenant-colonel ; Berthier en fait la proposition à l’empereur, en l’appuyant de la chaude recommandation de MaretAmi intime de Sémonville. : , annote NapoléonMasson, Napoléon à Sainte-Hélène, tome I, .. Montholon continue de servir dans les états-majors. Le , il est affecté à celui de la Grande Armée. Il y obtient la Légion d'honneur le et le grade de chef d’escadrons, le . Le , on le trouve aide de camp de Berthier. En 1808, il commande le régiment provisoire de la brigade Salm-Isembourg lors du soulèvement du Dos de Mayo à Madrid.
Le , il est promu adjudant-commandant (lieutenant-colonel) et le suivant, comte de Sémonville, sur transmission du titre de son beau-père qui a constitué un majorat à cet effet. Le , il reçut une dotation de francs sur les biens du domaine extraordinaire en Hanovre et, le de la même année, il figure sur la grande fournée de chambellans, la même que celle dans laquelle on trouve également Las Cases. Il fait effectivement son service en cette qualité en 1810 et 1811.
Un imprudent mariage d’amour Le , Montholon quitte l’armée pour embrasser grandement la carrière diplomatique en devenant ministre plénipotentiaire auprès du grand-duc de Wurtzbourg, ci-devant grand-duc de Toscane, à la faveur d’une vaste fournée de diplomates.
En 1808, Montholon rencontre une jolie femme, déjà divorcée une première foisElle avait d’abord épousé le baron Bignon., de trois ans son aînée, Albine de VassalLa famille Vassal, de petite noblesse de robe, appartenait à la bonne société de Montpellier et était alliée aux Cambacérès : Jean-Jacques-Régis de Cambacérès et Albine de Vassal étaient cousins issus de germains., épouse en deuxièmes noces d’un financier genevois, le baron Daniel RogerElle en avait eu un fils Édouard, comte Roger du Nord, né en 1803, l’ami intime de Thiers.. C'est un coup de foudre réciproque. Albine quitte le domicile conjugal pour vivre avec Montholon dont elle a un fils, Napoléon Charles Tristan, né le . Le baron Roger demande et obtient la séparation de corps le , puis le divorce le .
Montholon demande alors la permission d’épouser la jeune femme, mais celle-ci lui est refusée. Profitant du passage de Napoléon, partant pour la campagne de Russie, à Wurtzbourg, il a recours à un stratagème en se faisant accorder un congé pour épouser « une nièce du président Séguier », avocat général à la Cour de cassation, en omettant de préciser que cette nièce est précisément la jeune femme pour laquelle l’autorisation lui a été précédemment refusée. Il revient vite à Paris et épouse discrètement Albine dans une petite commune proche de Paris (à Draveil), le .
Cette imprudence lui vaut sa destitution lorsque Napoléon découvre la supercherie, sur un rapport dressé par le duc de Rovigo : il ordonne la révocation de Montholon de ses fonctions de ministre plénipotentiaireMaret à Montholon, 12 octobre 1812 : , qui est effective le . Montholon doit se retirer en province, et vit avec sa femme dans un petit château à Changy, près de Nogent-sur-Vernisson, dans une situation financière critique, car il semble avoir dilapidé en quelques mois tous les fonds dont il pouvait disposer.
Après la campagne de Russie, on rappelle tous les officiers non employés : en avril 1813, Montholon est désigné pour se rendre à Metz, comme chef d’état-major de la du de cavalerie légère. Il refuse en invoquant une blessure à la cuisse gauche qui l’empêche de monter à cheval, ce qui est vérifiémais la blessure n’avait pas dû être contractée au combat, puisqu’elle ne figure pas aux états de service.. En septembre de la même année, on veut l’envoyer comme chef d’état-major du prince d’Essling à Toulon, puis le , on l’informe qu’on le met à la disposition du général Decaën, commandant en chef dans les Pays-Bas. Il répond qu’il s’y rendra cité par : Masson, Napoléon à Sainte-Hélène, tome I, ., prétextant une fièvre. Le ministre, lassé de ces esquives, ordonne alors de le faire rechercher. On le trouve à Paris le . Toujours invoquant sa santé délicate, il demande le commandement d’un département. Le , on lui donne celui de la Loire, et il va rendre visite au préfet, Rambuteau, qui forme des bataillons provisoires avec les régiments réfugiés dans son département. Montholon en prend le commandement. Il se dirige sur la Franche-Comté pour appuyer le maréchal Augereau, doit se replier sur Lyon et Roanne, puis sur Saint-Bonnet-le-Château, où le préfet a translaté sa préfecture, où il se terre pendant quelque temps, coupé de ses troupes qui battent la campagne. Un ordre du général Poncet finit par l’en déloger le , mais il est bien tard : les Autrichiens ont pris Montbrison et Roanne le . Montholon, en battant en retraite devant l’avance des colonnes autrichiennes, se fait verser par le payeur de Noirétable une Masson, Napoléon à Sainte-Hélène, tome I, . ; le 14, à Clermont-Ferrand, il se fait remettre cette fois, par le payeur général du département, Masson, .
Une valse hésitation sous la Première Restauration et les Cent-Jours Après l’abdication de Napoléon, il remet son commandement au colonel Genty du léger. Il semble qu’il a alors gagné Fontainebleau qu’il atteint le , à temps pour y croiser l’empereur qui part pour l’île d'Elbe. En tout cas, le même jour, il s’adresse au général-comte Dupont de l’Étang, commissaire au département de la Guerre pour le roi :
Ces offres de service ne sont pas immédiatement suivies d’effet mais Montholon obtient quand même la croix de chevalier de Saint-Louis, le . Le , il écrit à :
Le , Montholon est nommé maréchal de camp (général de brigade), par un brevet signé de . S’il n'est pas rétabli dans sa charge de premier veneur il obtient les entrées de la Chambre. C’est alors qu’il y eut bruit de la somme de prélevée sans aucune justification sérieuse sur le receveur général de Clermont-Ferrand. Augereau veut le faire passer en conseil de guerre. Montholon fait se démener sa parentèle auprès du général Dupont, qui ajourne la décision. Montholon tente de se faire rétablir dans son commandement en faisant intervenir ses beaux-frères, le maréchal MacDonald et le comte de Sparre, auprès du maréchal Soult, nouveau ministre de la Guerre. En vain. Il réclame alors, en compensation, la cravate de commandeur de la Légion d’honneur, alors qu’il n’a jamais été promu officier, contrairement à ce qu’il prétendra. Il ne l’obtient pas davantage, mais est invité à ne pas paraître à la Cour et à se faire oublier. Sa carrière qui s’annonçait brillante sous les Bourbons veint de se briser sur ses prévarications.
C’est alors que survint le coup de théâtre des Cent-Jours. Le , Montholon demande au prince d’Eckmühl, ministre de la Guerre, la confirmation de son grade de maréchal de camp et son rappel à l’activité. Le , il s’adresse à l’empereur :
L’empereur annote favorablement la lettre qui lui était destinée et la transmet à son aide de camp, le général Flahaut, qui avait entre les mains le rapport du ministre de la Guerre sur la demande que Montholon lui a adressée. Aussitôt, le , Montholon est nommé général de brigade, recevant ainsi de nouveau de Napoléon le grade qu’il a obtenu une première fois de Louis XVIII. Mais il reste sans affectation.
Avec Napoléon à Sainte-Hélène Au retour de Waterloo, et bien qu’il ne soit plus chambellan, il se présente à l’Élysée revêtu de l’habit écarlate à parements d’argent qu’il avait porté en 1810. Le palais est fort désorganisé, presque vide, on l’emploie, et il proteste hautement de son dévouement. Quand l’heure du départ sonne, il se glisse dans la suite de l’empereur.
Il se trouve avec Napoléon sur le Bellérophon le lorsque l’empereur reçut lecture de la note du gouvernement britannique qui le condamne à être détenu à Sainte-Hélène. Cette note précise : Profondément abattu, Napoléon refuse d’abord obstinément de désigner les trois officiers qui l’accompagneraient à Sainte-Hélène. En définitive, il désigne les généraux Montholon et Bertrand et le colonel Planat de La Faye, avant que ce dernier ne soit remplacé par le général Gourgaud sur les protestations de celui-ci.