Dans l'Antiquité romaine, la garde prétorienne était une unité de l'armée romaine constituée de soldats d'élite initialement recrutés en Italie. Ces unités tirent leur origine du petit groupe d’hommes dont s’entouraient les magistrats républicains connus sous le nom de préteurs et leur nom du camp des légions romaines où était dressée la tente du commandant de la légion, le prétoire (latin : prætorium), quand ils partaient en campagne. C'est l'une des unités militaires les plus célèbres de l'histoire romaine, ayant joué un rôle décisif tout au long de son existence.

Sous la République romaine Durant la République romaine il n'existe pas de garde permanente chargée de la protection des officiers généraux. Mais certains officiers choisirent de s'entourer d'une garde de soldats pour assurer leur sécurité, donnant naissance aux premières . En cas de bataille, elles interviennent comme une ultime réserve. Les consuls étaient d'ordinaire protégés par les licteurs, qui s'installaient également près de leurs tentes à l'armée.

Au siège de Numance, Scipion Émilien s'était ainsi constitué une troupe importante de cinq cents hommes pour sa protection personnelle, les sorties des assiégés étant parfois dangereuses. Cet usage se répandit ensuite, les généraux romains occupant leur fonction pour des périodes de plus en plus longues. Cette garde était alors appelée cohors prætoria.

À la fin des années 40 , Octavien (futur Auguste) et son rival Antoine opéraient tous deux avec un nombre d'unités prétoriennes organisées individuellement. D'après Appien, ils se répartissaient entre eux des vétérans, organisés et formés par la suite en cohortes. Antoine avait avec lui trois cohortes en Orient et, en 32 , a émis une monnaie en l'honneur de ses prétoriens. Selon Paul Orose, Octave avait cinq cohortes à Actium.

Après sa victoire à Actium, Octavien a fusionné ses forces avec celles de son adversaire dans une réunification symbolique de l'armée de Jules César.

Sous l'Empire

Les prétoriens constituent la majorité de la garde rapprochée de l'empereur, ainsi qu'une réserve militaire sous son commandement direct.

Ils tirent plusieurs avantages de leur proximité avec l’empereur : les prétoriens sont les seuls à être admis en armes dans l'enceinte sacrée de Rome — le pomerium — ; leur temps de service obligatoire est plus court : 12 ans chez les prétoriens au lieu de 16 ans dans les légions à partir de 13 , ensuite porté à, respectivement, en 5 d'après Tacite, et leur solde est plus élevée que celle d’un légionnaire. Sous Néron, la solde d'un prétorien était trois fois et demie celle d'un légionnaire, augmentée des primes de donativum, octroyées par les nouveaux empereurs. C'était une prime équivalente à plusieurs années de solde, renouvelée lors des événements importants de l'empire, ou touchant la famille impériale : anniversaires, naissances, mariages. De grosses distributions d'argent et de nourriture renouvelaient et récompensaient la fidélité des prétoriens après l'échec de chaque complot particulièrement grave (tel celui de Messaline contre Claude en 48 ou de Pison contre Néron en 65). Craints et redoutés de la population et du Sénat, les prétoriens ne jouissaient cependant à Rome d'aucune sympathie. Un vers célèbre de Juvénal évoque le clou que lui aurait laissé dans le pied la sandale d'un prétorien pressé… L'appellation de « prétorien » conserve en français un sens péjoratif, héritage du rôle souvent trouble du Prétoire antique et définissant un militaire servant un régime autocratique.

Organisation Le commandement : la Préfecture du prétoire

À partir de l'an 2 , le préfet du prétoire est le commandant de la garde prétorienne (avant chaque cohorte était indépendante et sous les ordres d'un tribun de rang équestre). Sa position clé (officier de toutes les troupes stationnées à Rome) en a fait un personnage puissant et incontournable de l'État romain.

À partir de Vespasien, la préfecture du Prétoire, toujours tenue par un chevalier, est la plus haute fonction de l'ordre équestre.

Il y a habituellement deux préfets, parfois un seul (comme sous Tibère). La collégialité permet de diminuer les pouvoirs des préfets du prétoire, qui sans cela auraient été de vrais vice-rois.

À partir du , le préfet a l'autorité non seulement sur les cohortes prétoriennes mais également sur le reste de la garnison de Rome (dont les cohortes urbaines et les singulares) mais pas sur les cohortes de vigiles.

Après la dissolution des cohortes prétoriennes par Constantin le Grand (après la défaite de ces derniers lors de la bataille du pont Milvius en 312), la préfecture du prétoire n'est plus qu'une fonction administrative dans l'Empire : son titulaire dirige de vastes territoires (nommé préfecture du prétoire) regroupant des diocèses au nom de l'empereur.

Type d'unité : Cohorte equitatae Les cohortes prétoriennes sont dites equitatae, de 500 hommes chacune à l'origine (cohorte quingénaire), c'est-à-dire qu'elles comprennent des turmes de cavaliers avec des centuries de fantassins.

Pour éviter de s'aliéner la population de Rome et conformément à la coutume républicaine, les prétoriens ne portaient pas d'armure au sein de la ville. Au contraire, ils portaient plutôt la toge formelle, qui les distinguait des civils, mais restait un vêtement civil et la marque du citoyen romain. Auguste, conscient du risque que pouvait comporter la seule force militaire intégrée à l'Urbs, avait évité de les regrouper et imposé cet habillement.

Leur camp était situé sur le mont Quirinal depuis Tibère, hors de Rome. C'est à Séjan, préfet du prétoire et favori de l'empereur Tibère, qu'est due la réunion des cohortes urbaines et des neuf prétoriennes jusqu'alors dispersées en Italie en un seul et vaste camp situé au-delà de la muraille servienne, sur le plateau des Esquilies, le Castra Praetoria, aux portes de Rome à partir de 26. Séjan trouvait que le logement dans l'Urbs, qui avait été le leur jusqu’alors, les amollissait. À partir de ce regroupement, la garde prétorienne devint un contre-pouvoir que les empereurs durent acheter pour accéder et conserver le pouvoir.

Depuis l'an 2 , les cohortes étaient sous le contrôle de deux préfets voire d’un seul, mais les cohortes ont continué à être organisées indépendamment, chacune avec un tribun à sa tête. Les tribuns avaient comme subordonnés immédiats des centurions ordinaires. Ceux-ci étant de rang égal à l'exception du trecenarius, le premier de tous les centurions des cohortes prétoriennes, qui commandait aussi les 300 speculatores, et à l'exception également de son second (?), le princeps castrorum.

Pour le , les calculs des listes de démobilisation gravées suggèrent une augmentation de la taille à environ (peut-être un doublement de 800 (depuis Vespasien), probablement organisée en 20 centuries) sous Commode en l'an 187/8 ou sous Septime Sévère (193-211). Cela serait conforme au chiffre probable des effectifs des cohortes urbaines au temps de Dion Cassius. Ces chiffres donnent une taille globale de la Garde de sous Auguste, sous Vitellius, sous Vespasien, à partir de Domitien jusqu’à Commode ou Sévère, et par la suite Dr Boris Rankov, The Praetorian Guard, Osprey Publishing, 1994, .

Au début du , on y trouve encore 89 % d’Italiens. Sous Septime Sévère le recrutement évolue pour autoriser l'inclusion de légionnaires des armées romaines, comme ceux de l'armée du Danube, très aguerris. Septime Sévère y met ses partisans arrivés avec lui à Rome, les prétoriens étant restés fidèles à ses concurrents.

Cavalerie prétorienne Dès sa création, chaque cohorte comprend, comme une légion, un détachement de cavalerie, à ne pas confondre avec les equites singulares Augusti qui font leur apparition sous l'empereur Trajan. Les prétoriens pouvaient devenir cavaliers (equites) après un service d'environ cinq ans dans l'infanterie. Ces hommes restaient inscrits dans leur centurie d'origine, mais opéraient ensemble dans des turmae de 30 hommes chacune commandée par un optio equitum.

Il y avait probablement une proportion de une turme de cavaliers pour deux centuries de fantassins : soit trois turmae par cohorte de l'époque augustéenne, cinq pour la cohorte de la fin du et du , et dix pour la cohorte du . Avec un vexillum comme emblème de chaque turme.

Speculatores Augusti Les speculatores augusti étaient des cavaliers affectés aux mêmes tâches que les speculatores des légions et unités auxiliaires (messagers chargés de transmettre le renseignement et agents clandestins).

Au nombre de plus ou moins 300 (30 par cohortes), ils constituaient une unité aux ordres du premier des centurions prétoriens, le trecenarius. Choisis pour leur physique impressionnant, ces hommes de confiance, l'empereur les utilisa aussi pour des activités clandestines telles que l'arrestation, l'emprisonnement de suspects et l'exécution de condamnés.

L'une de leurs missions auprès de l'empereur consistait à accompagner celui-ci lors de ses déplacements extérieurs (mission qui sera reprise plus tard par les equites singulares augusti). Claude avait l'habitude de s'entourer de speculatores lorsqu'il assistait à des dîners.

Les gardes du corps de Galba, d'Othon et des Flaviens semblent avoir été des speculatores (en remplacement des gardes germains supprimés par Galba).

À la suite de l'assassinat de l'empereur Domitien, son successeur Nerva, pour contrer d'éventuelles vengeances ou mutineries, se mit sous la protection de Trajan, commandant de la plus importante armée de l'époque, celle de Germanie, en le désignant comme son héritier. C'est sans doute à la suite de cela que Trajan, pour renforcer sa sécurité par rapport aux speculatores restés fidèles à Domitien, remplaça ceux-ci comme garde du corps par les equites singulares augusti (constitué sur le modèle des singulares des gouverneurs provinciaux, poste alors occupé par Trajan). Les quelque 300 speculatores seront réaffectés par Trajan au sein des cohortes prétoriennes.

Ils se distinguaient par une forme particulière de botte de forme inconnue, la speculatoria Caliga (selon Suétone) et ils ont reçu des diplômes honorifiques spéciaux en bronze à leur démobilisation. Ils avaient leur propre instructeur d'équitation (exercitator).

Service dans la Garde prétorienne vignette|Inscription funéraire de Quintus Pomponius Poeninus, soldat de la cohorte prétorienneMusée de Cáceres. Q(uintus) Pomponius Potentinus / Ser(gia) h(ic) s(itus) e(st) / C(aius) Pomponius Potentinus / mil(es) c(o)hor(tis) IIII praet(oriae) / test(amento) fieri iussit. À l'origine, les prétoriens sont recrutés parmi les populations anciennement romanisées d'Italie centrale (Étrurie, Ombrie et Latium d'après Tacite) entre , un écart un peu plus grand que pour les légionnaires, entre 18 et 23 ans. D'après Dion Cassius, durant les deux premiers siècles de notre ère et avant la réforme de Septime Sévère, les prétoriens ne venaient que d'Italie, d'Espagne, de Macédoine et du Norique (Autriche actuelle) .

Sous le règne de Vitellius et à partir de celui de Septime Sévère, des hommes sont également transférés des Vigiles, des Cohortes Urbanae, et des légions. Ce dernier mode de recrutement au sein des légions devient la voie normale de recrutement au après que Septime Sévère a licencié les prétoriens indisciplinés qui avaient assassiné Pertinax en 193, et les a remplacés par des hommes de ses propres légions danubiennes.

À ce moment, les prétoriens représentent les meilleurs soldats des légions (principalement d'Illyrie). Ils constituent donc réellement l'élite des soldats à partir du et non plus une catégorie sociale privilégiée (comme les Italiens au temps d'Auguste). Les Italiens constitueront la base de recrutement de la légion Parthique, nouvelle légion crée et stationnée en Italie.