Paon [] est un nom vernaculaire ambigu désignant certains oiseaux appartenant à différentes espèces et sous-espèces de la famille des Phasianidés, classés dans les genres Pavo et Afropavo. Les paons sont donc proches des faisans et des pintades. Hormis le Paon bleu (Pavo cristatus), domestiqué de longue date, les autres espèces sont menacées de disparition au . Leur plumage remarquable est la raison de leur popularité dans la culture et les arts.

Étymologie et nomenclature Du latin pāvōnem, accusatif de pāvō « paon »., lui même peut-être issu du grec ou d'origine onomatopéïque, le latin paupulare signifiant « crier comme un paon ».

La femelle paon est appelée paonne (prononcer « panne ») et son petit paonneau (prononcer « panneau »). On dit que le paon « braille » ou « criaille », c'est-à-dire « paonne », quand il pousse son cri caractéristique.

Un groupe de paons est appelé fête.

Quand il étale les plumes de sa queue sous la forme d'un éventail, on dit que le paon « fait la roue » ; pour les Canadiens, c'est aussi un « paon rouant »Nom en français d’après Termium plus, la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada.. Cette roue comprend des structures en forme d’œil, qui sont appelées ocelles (du latin ocellus « petit œil », diminutif de oculus « œil »). Selon la mythologie, ce sont les cent yeux du géant Argus (en grec Argos Panoptès, « celui qui voit tout »), qui décorent sa queue.

Le paon fait la roue pour attirer les femelles pendant la période de reproduction ; il danse en faisant bouger ses plumes de façon qu'elles reflètent la lumière, rendant ainsi ses couleurs d'autant plus visibles. Il s'agit aussi d'impressionner les autres mâles lors de combats singuliers.

Par analogie, certaines races de pigeons bisets ayant été sélectionnées pour leur ressembler s'appellent pigeons paons. Des espèces de poissons combattants sont également appelées « paons de mer » par allusion à leurs nageoires étalées. Plusieurs espèces de papillons portent aussi le nom de ces oiseaux, comme le grand paon de nuit, en raison de leurs ailes ocellées.

Noms français et noms scientifiques correspondants Noms normalisés Liste alphabétique des Phasianidés portant précisément ce terme dans leur nom normalisé, d'après la Commission internationale des noms français des oiseaux (CINFO) : Paon bleu – Pavo cristatus ; Paon du Congo – Afropavo congensis ; Paon spicifère – Pavo muticus.

Noms vernaculaires vignette|Un paon blanc, mutation colorée alba du Paon bleu, faisant la roue dans le Jardin des Plantes (Paris).

Liste alphabétique des noms vernaculaires ou des noms vulgaires dont l’usage est attestéAttention aux appellations et traductions fantaisistes circulant sur l'Internet.. À noter que certaines espèces ont plusieurs noms. Paon - voir Paon bleuCuivré sur le site Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN), consulté en février 2012. Paon africain - voir Paon du CongoVoir définition donnée par le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française. Paon arlequin - voir Paon panaché Paon blanc — voir Paon bleu, mutation colorée albaNom français d'après Dictionary of Common (Vernacular) Names sur Nomen.at. Paon commun — voir Paon bleu Paon domestique - Pavo cristatus domesticus, forme domestiquée du Paon bleuMeyer C., ed. sc., 2009, Dictionnaire des Sciences Animales. consulter en ligne. Montpellier, France, Cirad. Paon muet - voir Paon spicifère Paon nigripenne — voir Paon bleu, mutation colorée nigripennis Paon panaché — voir Paon bleu, mutation recessive Paon spalding - hybride de Paon bleu et Paon spicifère Paon spicifère de Java — Pavo muticus muticus, sous-espèce du Paon spicifère Paon vert - voir Paon spicifère Paon tacheté - voir Paon panaché

Physiologie, comportement et écologie

Les caractéristiques générales des paons sont celles des Phasianidés, avec des nuances pour chaque espèce : voir les articles détaillés pour plus d'informations sur leur description ou leur mode de vie.

Caractéristiques principales des paons

Le paon porte sur la tête une aigrette en couronne, et le plumage de la queue du mâle peut se dresser en éventail : on dit qu'il fait la roue. Les plumes de la queue possèdent des ocelles ressemblant à des yeux.

Le paon est un oiseau galliforme connu pour son plumage coloré et sa longue traîne. Il existe plusieurs espèces de paons, dont le plus commun est le paon bleu.

vignette|gauche|Une paonne et son paonneau. Lors de la parade nuptiale, le paon fait vibrer sa traîne déployée en roue et la paonne vient, captivée, se mettre en position pour l'accouplement. Par la suite, elle crée un nid au sol pour pondre quelques œufs, de l'ordre de 4 à 5, voire plus, et les couve pendant 28 à . C'est une période où la paonne est très vulnérable aux attaques de prédateurs. Après l'éclosion, elle éduque ses petits à sélectionner leurs aliments.

Chez les paons, les mâles et les femelles . À peine plus petite, la femelle se distingue par une queue beaucoup plus courte et un plumage nettement moins bigarré, plus propice au mimétisme. Cette particularité l'aide en effet à passer inaperçue lorsqu'elle doit rester sur le sol pour couver. La traîne du mâle peut atteindre de long, sauf chez le paon du Congo, plus proche de celle du dindon. . Le cri d'appel caractéristique du paon, « Léon ! », peut s'entendre .

L’alimentation du paon Les paons ont une alimentation très variée, composée de céréales, de végétaux, de fruits et d'Invertébrés tels que les vers de terre ou les larves de hanneton. En semi-liberté, les paons peuvent se nourrir seuls en glanant leur nourriture dans leur environnement, notamment des pissenlits, des feuilles de betterave, des chardons des champs.

Couleur du plumage

Les variations de nuances dans le plumage dépendent de la concentration ou de la migration partielle de la mélanine. Ces mutations sont courantes chez le Paon bleu d'élevage avec les variétés alba (blanc), nigripenne ou panachée.

Structure des plumes induisant la couleur

Les couleurs chatoyantes et les ocelles sont provoqués par la structure complexe de la plume du paon..

Dans l'absolu la plume est de couleur noire, permettant une absorption complète du spectre lumineux, les barbules étant hérissées de microlamelles parallèles. Lorsque la plume est éclairée, selon le chemin parcouru par les radiations lumineuses dans les microlamelles, deux radiations lumineuses de même couleur peuvent s'annuler, la barbule recevant alors une lumière d'où a disparu une couleur, soit la couleur complémentaire. La couleur qui apparaît à nos yeux dépend de l'écartement entre les microlamelles ; celui-ci est de l'ordre de la longueur d'onde, soit quelques dixièmes de micromètres.

L’éventail du paon

Ces oiseaux très voyants paradent volontiers pour courtiser leur partenaire ou écarter les rivaux.

Le paon mâle « fait la roue » pour séduire les femelles lors de sa parade nuptiale. Il étale en éventail les longues plumes de sa queue, puis tourne sur lui-même en les agitant pour faire remarquer sa parure.

Sélection sexuelle Du fait de l'importance de sa parure, extrême parmi les oiseaux, le paon a servi de cas d'école pour comprendre les modalités de la sélection sexuelle, l'un des piliers de la théorie de l'évolution.

S'appuyant sur sa théorie de l'évolution fondée sur la sélection naturelle, Charles Darwin s'est interrogé sur l'existence des dimorphismes sexuels, comme les parures nuptiales colorées et complexes des oiseaux, et en particulier celle du paon. En effet, si l'on considère de manière restrictive que la sélection naturelle ne s'exercerait que sur la capacité de survie (accès à la nourriture et capacité d'échapper aux prédateurs), un tel animal, très voyant, aux couleurs extravagantes, aux cris si aisément reconnaissables et perceptibles, consommant beaucoup d'énergie superflue pour son plumage aussi élaboré qu'inutile pour la survie, et courant aussi lentement, aurait dû disparaître depuis longtemps parce qu'il serait mal adapté à son environnement. Darwin disait lui-même de manière humoristique que les paons étaient son cauchemar.. Cela lui a en réalité permis de découvrir qu'une des composantes essentielles de sa théorie de la sélection naturelle est la sélection sexuelle : l'évolution d'un attribut sexuel apparu au départ par une simple fluctuation et s'étant développé parce que conférant un avantage reproductif, par l'attirance accrue des femelles.

Ronald Aylmer Fisher fait de la traîne du mâle un exemple classique d'emballement fisherien, parce que son développement ne donne aucun autre avantage sélectif que celui d'attirer les paonnes, et qu'un tel processus de sélection sexuelle, conférant un fort avantage pour la transmission de leurs caractères héréditaires aussi bien aux mâles qu'aux femelles qui participent à ce jeu, ne peut que s'emballer de génération en génération de manière exponentielle, jusqu'à créer des attributs sexuels exagérés par leur taille et leur raffinement, tant que ceux-ci ne provoquent pas de désavantage majeur pour la survie, auquel cas un équilibre s'installe ensuite entre la sélection sexuelle et les autres composantes de la sélection naturelle plus liées à la survie (capacité d’accéder à l'alimentation et d'échapper à la prédation, aux parasites et aux maladies).

Amotz Zahavi a aussi repris l'idée de Darwin pour développer sa théorie du handicap dans le cadre de la théorie de l'évolution.

Aspects culturels

En Occident vignette|gauche|Le paon est très souvent représenté dans les mosaïques antiques romaines. En Occident, bien qu'absent de la faune sauvage européenne, le paon fut importé d'Inde dès l'Antiquité, certainement par voie commerciale à travers la Mésopotamie dès le , et il fut domestiqué en Grèce entre le et le . Par son aspect remarquable, il n'a pas manqué d'acquérir une importance culturelle majeure et une riche symbolique religieuse. Dans la Grèce antique déjà, il était devenu l'oiseau emblème de la déesse Héra à partir du , avant d'être associé au culte dionysiaque au . Dans l'Histoire des animaux, Aristote précise que l'oiseau vit environ et qu'il commence à se reproduire à l'âge de , lorsque son plumage se colore. Le paon perd ses belles plumes caudales , à l'automne, et il les retrouve au printemps, au moment de l'accouplement. Le paon devient ainsi un symbole de renaissance associé à la déesse Héra / Junon.

Dans la mythologie grecque, le paon était l'animal préféré de la déesse Héra, épouse de Zeus (Junon et Jupiter chez les Romains). La déesse avait un fidèle gardien, le géant Argos (Ovide, Métamorphoses I, 625). Héra était très jalouse de Io, nymphe courtisée par son époux, qu'elle soupçonnait d'adultère. Elle transforma la jeune femme en génisse et confia sa garde au géant. Argos possédait cent yeux et en gardait cinquante ouverts qui veillaient en permanence, tandis que les cinquante autres dormaient, de sorte qu'il était impossible de tromper sa vigilance. Lorsque Zeus s'en rendit compte, il envoya Hermès le tuer, et délivrer Io. Héra rendit hommage à la fidélité de son serviteur en plaçant ses cent yeux sur la queue de son oiseau préféré, le paon.