thumb|Albanie (Europe)
L’Albanie est un pays d'Europe du Sud, à l’ouest de la péninsule des Balkans, avec une ouverture sur la mer Adriatique et sur la mer Ionienne. Le pays a une frontière au nord avec le Monténégro, au nord-est avec le Kosovo, à l’est avec la Macédoine du Nord et au sud avec la Grèce.
L'Albanie devient indépendante le 28 novembre 1912. C'est un État souverain depuis 1920 jusqu'à nos jours. Elle est à présent dénommée République d'Albanie. L'Albanie a été créée en 1360.
En 2024, sur un territoire de , l'Albanie est riche d'une population d'environ d'Albanaises et Albanais parlant très majoritairement l'albanais. L'évolution récente de la population (, , , , , , ) est à pondérer par la forte : de proximité (Kosovo, Grèce, Macédoine du Nord, Monténégro) et au moins d'exil (Turquie, Italie, Allemagne, États-Unis, Suisse, Argentine, Canada, ...).
Préhistoire
vignette|Carte du relief du territoire albanien. L’occupation du sol intervint au Paléolithique moyen, période qui, pour l’Europe, débuta il y a ans environ et se termina il y a 40 000 ans av. J.-C. Les traces de cette occupation humaine ont été découvertes sur une bonne douzaine de sites archéologiques, et notamment à proximité de Sarandë et de Shkodër.
Les traces de présence humaine datant du Néolithique (6 000 à 3 000 ans av. J.-C.) sont d’une plus grande richesse. Les fouilles de Cakran (entre Fier et Vlorë), de Kannik et des marais de Maliq (région de Korçë) ont permis la mise au jour d'habitants de civilisations pastorale et agricole, ainsi que de vestiges témoignant de la maîtrise du tissage et de la poterie. C'est sur le site de Maliq que furent trouvés des objets témoignant d’une civilisation qui semble attester d’une société constituée de cités lacustres. Dès entre 6 100 et 5 900 av. J.-C. l'Albanie fait partie de la culture de la céramique cardiale..
Contrairement à la continuité génétique observée au cours de la transition Néolithique-Chalcolithique, les Balkans au cours de l'Âge du bronze ancien (EBA) (environ 2600-1800 avant notre ère) connaissent un changement significatif en raison de l’arrivée de populations provenant de la steppe pontique (culture Yamna) et de langue indo-européenne dans la région Leonidas-Romanos Davranoglou, Aris Aristodemou, David Wesolowski et Alexandros Heraclides, Ancient DNA reveals the origins of the Albanians, biorxiv.org, 7 juin 2023, doi.org/10.1101/2023.06.05.543790. Cette arrivée est concomitante avec les premières sépultures de kourganes qui font leur apparition dans le pays. Les découvertes archéologiques contemporaines de l'Âge du bronze ancien provenant des tumulus de Shkodër comprennent également des artefacts associés à la culture de Vučedol, révélant des liens avec le nord de l'Adriatique et la Pannonie.
Les nécropoles tumulaires mises au jour sur tout le territoire albanais (de Shkodër à la frontière grecque, en passant par Vlorë) mettent en évidence une civilisation où le bronze est bien présent et qui semble opérer une transition entre les premières populations préhistoriques et celles qualifiées d’illyriennes. La civilisation du fer qui suivra est également attestée par les fouilles des sépultures tumulaires, pratique qui sera utilisée en Illyrie jusqu’au début de l’ère chrétienne. À la fin du Néolithique, les Illyriens pratiquent l’élevage, cultivent la vigne et l’olivier. Ils sont polythéistes et semblent vénérer les éléments naturels.
Antiquité
thumb|alt=Monnaies illyriennes s. av. JC|left|upright=1|Monnaies illyriennes, thumb|Illyriens proprement dits. Dans l'Antiquité, selon les dernières recherches et découvertes archéologiques, le pays était habité par les Pélasges,12.000 - 6000 ans av. J-C. D'où les héritiers étaient les Illyriens, Thraces, Daces, etc., peuples autochtones préhistoriques et préhelléniques, avec une langue spécifique, du Pélasgien.. Vers la fin de l'âge du bronze, les Illyriens vinrent s'établir dans les régions méridionales de l'Albanie et du nord-ouest de la GrèceN.G.L. Hammond, « Ancient Epirus: Prehistory and Protohistory », dans Epirus, 4000 years of Greek history and civilization, Athènes, Ekdotike Athenon, 1997, p. 34–45, en particulier p. 38. .. Les Illyriens apparurent à une époque charnière entre l'âge du bronze et l'âge du fer. Les archéologues les associent à la culture de Hallstatt.
Parmi les tribus illyriennes présentes sur le territoire de l'Albanie se trouvent les Ardiéens, les Taulantiens, les Enchéléiens, les Parthiniens, tandis que dans le sud vit la tribu des Chaoniens., et à l'ouest les Epyrotes . Le texte le plus ancien mentionnant l'existence des Illyriens remonte à Hérodote, au milieu du Hérodote, livre IV, 49 ; VIII, 137 ; IX, 43.. Leur civilisation se développe rapidement, dès le , au contact des Grecs qui établissent, notamment à Epidamne (aujourd'hui Durrës), à Apollonia (près de Pojan), à Orikos et à Aulon (aujourd'hui Vlorë), des colonies dont subsistent d’importants vestiges..
Les Illyriens, qui débordent largement des limites des pays aujourd’hui occupés par des Albanais, se divisent progressivement en petits États hostiles, vite ennemis, que les Macédoniens soumettent. Un royaume illyrien s’étend de la côte dalmate jusqu'à l'Albanie centrale et du Sud (passant par les territoires actuels de la Croatie du sud, du Monténégro, de la Bosnie, de l'Albanie, du Sud de la Serbie, et du KosovoN. Hammond, « », dans le bulletin annuel de la , .. Le royaume illyrien du est ainsi vaincu en -359 par Philippe II de Macédoine, père d'Alexandre le Grand.
Les Illyriens reprennent leur indépendance ensuite, et le royaume d’Épire connait son heure de gloire avec Pyrrhus , tandis que l'État d'Illyrie atteint l'apogée de sa puissance sous les règnes du roi Agron puis de sa fille, la régente Teuta. La capitale de ce royaume est la ville de Shkodër (située au nord de l'Albanie actuelle) au milieu du . Le royaume devient une forte puissance maritime, mettant ainsi en danger le commerce de la République romaine .. Pline l'Ancien emploie l'expression « » (Illyriens proprement dits) pour désigner les populations qui vivaient dans les territoires des Balkans, de l'Autriche à l'Albanie jusqu'à la Grèce Livre ..
En 168 av. J.-C., Rome conquiert l’Illyrie, qui reste sous son autorité pendant plus de cinq siècles. La majeure partie de l’Albanie actuelle était intégrée dans la province d’Illyrie, créée en 9 av. J.-C.. Peu à peu la civilisation romaine se répandit, surtout sur les côtes et le long de voies de pénétration. L'Illyrie devient un centre important reliant Rome et Byzance par la via Egnatia. Pendant cette période, les ports de Dyrrachium (Durrës), Apollonia ou Oricum se transforment en d’importantes places commercialesJ.-C. Faveyrial, Histoire de l'Albanie, édition établie et présentée par Robert Elsie, Pejë, Dukagjini, 2001.. L’assimilation est telle que l’Illyrie, christianisée dès le (avec saint Asti à Durrës et saint Donat à Vlora), fournit, au , plusieurs empereurs.
À la suite du partage par l’Empire romain en 395 de l’Illyrie entre les provinces de Mésie, Dalmatie et Épire, l'Illyrie est intégrée politiquement à l’empire d’Orient. Les provinces illyriennes sont dévastées par des tribus nomades, les Goths au et les Huns au , les Bulgares, et les tribus slaves au , Serbes et Croates en provenance du nord des Carpates (sud de la Pologne actuelle). Avec l'arrivée des Slaves, les populations illyriennes disparaissent de l'histoire, leur dernière mention étant dans Miracula Sancti Dimitrii au : . Le géographe Ptolémée mentionne pour la première fois au le mot Albanopolis pour un lieu-dit correspondant à Zgërdhesh (près de Krujë, Albanie centrale)Encyclopédie méthodique, géographie ancienne, tome I et tome III, Paris, 1792, ..
Néanmoins, il semble que, contrairement aux régions adjacentes telles que la Croatie et la Serbie, la population de l'Albanie a été peu affectée dans l'ensemble par les changements démographiques au cours de l'ère romaine et par les migrations des Slaves du sud.
Liste des noms latins des villes des Balkans
Moyen Âge Les Albanais seront mentionnés pour la première fois au : l'historien byzantin Michel Attaleiatès (1021-1080) écrit une Histoire dans laquelle il parle des Albanoï ayant participé à un soulèvement contre Constantinople en 1043, et des Arbanitai qui étaient des habitants du duché de Dyrrachion (Durrës), la nouvelle Épire. Vers 1081, un autre historien, Ioannis Scylitzes, évoque des Arvanites (dénomination grecque des Albanais) qui constituent une partie des troupes réunies par le duc de Durrës, Nicéphore Basilakios, en rébellion contre Constantinople. Mention des Albanais est faite aussi au dans la chronique d'Anne Comnène, la fille de l'empereur byzantin Comnène. Ce dernier est alors confronté à l'invasion normande conduite par Robert Guiscard. Celui-ci sera battu à Shën Koll (Saint-Nicolas), près de Durrës, et selon la chronique il aurait pu vaincre « s'il avait attendu les Arvanites ». Replié ensuite vers Ohrid, il aurait donné le commandement de la place de Durrës au komiskort (seigneur) de l'Arbanon.
De 1272 aux années 1280, la région se trouve sous le contrôle de Charles Ier d'Anjou (frère de Saint Louis, installé d'abord en Sicile), qui se proclame . Le territoire de ce royaume a la forme d'un rectangle dont les sommets sont aujourd'hui à Bar (anciennement Tivar), Prizren (Dardanie), Ohrid et Vlora (sud de l'Albanie actuelle). Cela ne correspond qu'à une partie seulement du territoire sur lequel vivaient les tribus identifiées comme illyriennes dans l'Antiquité ..
Les Normands, qui gouvernaient le sud de l'Italie, conquirent Durrës en 1081. Les Byzantins reconquirent l'Albanie en 1083. Des Normands y retournèrent en 1107 et encore en 1185 mais furent rapidement expulsés. En 1190, le prince albanais réussit à instaurer un État indépendant qui se maintient jusqu’au milieu du . Le Second Empire bulgare qui atteint son apogée sous le règne d'Ivan Assèn II (1218-1241), chutera à la mort d'Ivan . Un siècle plus tard, un empire serbe atteint son apogée au milieu du , sous le règne d’ Douchan (1331 à 1355), période pendant laquelle une partie du nord de l'Albanie (jusqu'à Durrës où commençaient les territoires appartenant à la république de Venise) est sous sa domination ().
thumb|Les migrations des Albanais, 1300-1350.
L'historiographie fait apparaître l'existence de plusieurs principautés albanaises avec l'effondrement de l'empire de Douchan et les premières incursions ottomanes dans l'ouest des Balkans autour de 1385. De puissants seigneurs albanais dirigent alors la plupart des régions albanophones des Balkans, de Kosovo à Arta.
Ces principautés sont le despotat de Gjergj Balsha de Shkodër, puissante famille catholique albanaise qui a réussi à travers des alliances matrimoniales avec les Serbes, (Balsha I, II et III) à régner sur l'empire de Zeta (État historique) (actuels Albanie du nord, Kosovo et Monténégro), le despotat des Aranit régnant sur les territoires de Topia, de Durrës à Ohrid, le despotat d'Arta qui s'étend jusqu'au golfe de Corinthe, la principauté des Zenevisi (basée à la ville de Gjirokastër), et celle des Muzaka (régnant de Berat à Kastoriá en Macédoine.
Les territoires de ces principautés ne sont pas stables à cause des divisions et regroupements qui se font en relation avec des partages d'héritages, des mariages et l'évolution des rapports de force. Lors de l'attaque ottomane de la bataille de Kosovo Polje (1389), à laquelle participent toutes les forces balkaniques (Albanais, Hongrois, Valaques, Serbes et Bosniaques), la défaite est avant tout une défaite albanaise. Si ces forces semblent avoir accepté la direction du prince Lazar Hrebeljanović (Lazare de Serbie), c'est vraisemblablement parce qu'il est plus directement concerné, la confrontation se faisant au sud de la Serbie. Environ un quart de toutes les forces mobilisées de la coalition sont albanaises.