L'histoire des sciences est l’étude de l'évolution de la connaissance scientifique..
La science, en tant que corpus de connaissances, mais également comme manière d'aborder et de comprendre le monde, s'est constituée progressivement depuis plusieurs millénaires. C'est aux époques protohistoriques qu'ont commencé à se développer les spéculations intellectuelles visant à élucider les mystères de l'univers.. L'histoire des sciences est une discipline qui étudie le mouvement progressif de transformation de ces spéculations et l'accumulation des connaissances qui l'accompagne. Pour certains auteurs, l'épistémologie le fait de manière similaire..
L'histoire des sciences n'est pas la chronique d'une série de découvertes scientifiques. C'est l'histoire de l'évolution d'une pensée, mais aussi d'institutions qui, dans leurs contextes historiques, offrent à cette pensée les moyens de se déployer, et de traditions qui viennent l'enrichir.
L'histoire des sciences n'est pas, non plus, l'histoire des techniques. Les deux sont liées, mais ne peuvent être identifiées ensemble.. Lorsque l'homme apprend à maîtriser le feu, à tailler des silex ou lorsqu'il a inventé l'agriculture, il n'a pas fait œuvre de science. Et les connaissances qu'il a accumulées ne sont pas, en l'occurrence, des connaissances scientifiques, mais des savoir-faire empiriques.
L'histoire des sciences est directement utile à la construction de la connaissance scientifique.. Elle a un rôle épistémologique et philosophique..
Présentation L'histoire des sciences est l'étude du développement des sciences, y compris des sciences naturelles et des sciences sociales. La science est un ensemble de connaissances empiriques, théoriques et pratiques sur le monde naturel. Ces connaissances sont produites par des scientifiques qui mettent l'accent sur l'observation, l'explication et la prédiction de phénomènes du monde réel. Par contre, l'historiographie des sciences étudie les méthodes employées par les historiens des sciences.
Le terme « scientifique » est relativement récent. Il a été popularisé par le polymathe britannique William Whewell au . Auparavant, les savants qui étudiaient la nature nommaient cette science la philosophie naturelle. Alors que les observations de sciences naturelles sont décrites depuis l'Antiquité classique (Thalès et Aristote) et que la méthode scientifique est employée depuis le Moyen Âge (Ibn al-Haytham et Roger Bacon), les sciences ont commencé à se développer à l'époque moderne ().. Traditionnellement, les historiens des sciences ont défini la science de manière suffisamment large pour y inclure les recherches antérieures.
Besoins d'histoire et utilité Michel Morange donne une première utilité à l'histoire des sciences : . Il prend l'exemple de Louis Pasteur redécouvrant au les écrits de Pline décrivant les pratiques de chauffage utilisées par les Romains de l'Antiquité pour conserver leurs vins ().
Certaines disciplines ont besoin d'histoire. Par exemple, les astronomes ont appris grâce aux observations datées des Chinois ou des Grecs de l'antiquité. De même, les géologues, les écologistes, les anthropologues, les épidémiologistes ont des besoins récurrents identiques dans les chroniques de leurs différentes disciplines.
L'histoire des sciences est pédagogiquement utile à l'enseignement des sciences et à la culture générale, et elle apporte un surcroît de rationalité (). Toujours selon Morange : (). Il lui revient de démontrer les processus de la découverte scientifique comme : des faits d'intuitions et de questionnements ; des stratégies rationnelles et des rencontres entre acteurs aux compétences variées ; des angles d'attaque différents, des négociations complexes entre eux ; des boucles récursives (analyse/synthèse, in-dé-abduction/expérience, hypothèse/validation, communication/confirmation, déconstruction/reconstruction). Ce travail s'effectue dans un cadre méthodologique très précis, le tout sans contrainte de temps, de planning, ou de financements.
L'histoire des sciences permet de redonner un positionnement précis de l'influence de personnalités ayant agi sur le contexte de la découverte ou de l'avancée des idées. Par exemple, Michel Morange rappelle que l'influence d'Erwin Schrödinger avec son livre .(titre pouvant être traduit par « Qu'est-ce que la vie ? ») est à chercher dans la mise en forme d'une culture informationnelle qui accompagne l'essor de la biologie moléculaire (). (). Un autre exemple en est Edgar Morin qui, même si ses ouvrages ne sont pas repris dans les bibliographies des scientifiques manipulant des systèmes complexes, a modifié le paysage et les cadres par trop cartésiens, linéaires, binaires et/ou déterministes.
De plus, l'histoire des sciences permet de mieux comprendre l'origine et le déroulement de recherches ayant révélé des erreurs manifestes, les pistes explorées infécondes, des pertes de contact direct avec le réel. Elle révèle également la nécessité du va-et-vient indispensable entre le travail expérimental et le corpus de connaissances sur lequel il s'appuie, en parallèle d'une interrogation permanente (). Morange indique également qu' (). Toutes ces leçons sont utiles aussi bien à la qu'à l'attribution des Prix Nobel.
En outre, l'histoire des sciences permet de lever la confusion entre rationalité et scientificité. La démarche scientifique, telle qu'elle existe aujourd'hui, est une démarche particulière, parmi toutes les démarches rationnelles, qui donne un poids majeur à l'expérience et aux faits qu'elle engendre (page 38).
Les équipes de recherche scientifique se regroupent maintenant autour des chercheurs interdisciplinaires, des historiens et des philosophes des sciences. Tous ont une vision globale, progressive, communautaire, constructiviste de la Science.
Préhistoire Historiquement, la technique précède la science. En s'appuyant sur une démarche empirique, l'Homme invente très tôt des outils et découvre le feu : c'est la période du paléolithique (qui commence il y a environ d'années et s'achève vers le avant notre ère). Aucune science à proprement parler n'existe à cette époque.
La science et la magie ont été, durant plusieurs millénaires, très liées l'une à l'autre..
Le développement de l'agriculture et de l'élevage ne sont pas non plus sans rapport avec l'émergence de certaines protosciences — le calcul et l'astronomie en particulier. Il faut, par exemple, compter les animaux, mesurer les quantités de grains. Cela implique un certain art mathématique, mais aussi se préoccuper de l'ordre des saisons pour les semailles et les récoltes ; la naissance de l'astronomie n'est peut-être pas non plus étrangère à ces impératifs.
Si ces grandes étapes de l'histoire de l'humanité (élevage, agriculture…) participent à la construction de ce qui deviendra, bien des siècles plus tard, une pensée scientifique, il est essentiel, pour comprendre l'histoire des sciences, de les tenir non pour des explications de l'apparition de la science, mais bien pour des éléments d'une histoire complexe. De manière générale, l'histoire des sciences n'est ni linéaire, ni réductible aux schémas causaux simplistes qui se retrouvent parfois dans certains livres de vulgarisationNous pouvons citer à titre d'exemple le livre de Colin Ronan, qui a connu un certain succès, largement immérité selon l'auteur du compte rendu qui en est fait dans la revue Isis, qui explique : (Michael Shank, Isis, Vol. 75, No. 3 (Sep., 1984), )..
Antiquité L'Homme pense à son environnement depuis la nuit des temps, comme en témoignent les fresques préhistoriques. Mais ce n'est que quelques siècles avant l'ère chrétienne, tout au plus un millénaire, qu'a commencé à se former une véritable pensée scientifique, au croisement de diverses traditions : mésopotamienne, égyptienne, indienne, chinoise ou grecque.
Pré-science mésopotamienne et babylonienne
Le sumérien semble être la plus ancienne langue écrite connue, sous une forme d'écriture appelée le cunéiforme, voire la plus ancienne langue connue. Cette écriture fut utilisée au début pour le commerce. Des pictogrammes représentaient des objets et, petit à petit, le besoin s’est fait sentir d’étendre le système. L’étape suivante, qui fut le début de l’établissement d’une véritable langue écrite, fut d’associer les sons à des pictogrammes et, enfin, de ne les associer qu’à des sons, offrant ainsi l’équivalent écrit d’une langue parlée. L’invention de l'écriture a permis la préservation et la transmission des idées. Le support d’écriture en Mésopotamie était l’argile, présente sous de nombreuses formes : en tablettes, en forme de cylindres ou de prismes. vignette|Tablette de calcul sumérienne.
C’est sur des tablettes d’argile babyloniennes qu’ont été trouvées les traces des premières mathématiques. Les de base se faisaient à l’aide de tables et la résolution de problèmes pratiques à l’aide de mots détaillant toutes les étapes. Bien que ces méthodes n’étaient pas pratiques à l'usage, elles avaient le mérite de fonctionner et de permettre de résoudre des équations allant jusqu’au troisième degré. Pas plus qu’en Égypte il ne semble y avoir eu de théorisation de ces algorithmes. On ne donnait que des exemples empiriquement constitués, certainement répétés par les élèves et les scribes. À ce titre, il s’agit donc d’un savoir-faire empirique, transmis comme tel, et non d’une science mathématique rationnelle. Cependant, cette algèbre ne sera pas étendue et il faudra attendre les travaux des mathématiciens arabes pour développer cet aspect des mathématiques.
Très préoccupés d'astrologie, les peuples de Mésopotamie se mirent très tôt à observer le ciel et à consigner leurs observations par écrit, initiant ainsi une véritable science astronomique. Des tablettes de l'époque paléo-babylonienne (vers -1800) ont été retrouvées, rendant compte d'observations effectuées dès la fin du . Cette démarche perdura durant de nombreux siècles, au cours desquels les observations gagnèrent en précision. À cet effet, les Babyloniens durent mettre au point des méthodes de calcul et de mesure pour consigner lesdites observations avec une précision scrupuleuse. À l'époque néo-babylonienne, sous le règne de Nabonassar (-747/-733), les observations devinrent systématiques et officielles. Dès lors, l'an -747 sera utilisé par les Grecs comme point de départ de leurs calendriers et de leurs tables astronomiques, et les observations chaldéennes leur permettront d'établir ces dernières. L'archivage systématique des phénomènes célestes jugés importants pour les présages amena la découverte de certaines périodicités dans les mouvements des astresVoir les articles Histoire de l'astronomie, Astronomie mésopotamienne et Hipparque (astronome)..
Pour le commerce, il était nécessaire de nommer les animaux et les plantes. Mais les Mésopotamiens ne se limitèrent pas à une simple énumération, ils les classifièrent et cela dépassait le domaine simplement marchand. C’est ainsi que des centaines d’animaux et plantes sont classifiés en « règnes » (les poissons, les crustacés, les serpents, les oiseaux ou encore les quadrupèdes).
Les Mésopotamiens connaissaient plusieurs maladies et avaient des remèdes pour chacune d’entre elles. Des textes et manuels médicaux avaient même été écrits, mais il semblerait que l’expérience du médecin était la plus importante. Les remèdes — à base de drogues végétales comme des racines, mais aussi de minéraux tels que le sel — côtoyaient la magie. À cette époque, on pensait par exemple que certaines plantes devaient être cueillies à certaines dates, administrées un certain nombre de fois (des chiffres comme le 3, le 7 et leurs multiples étaient très prisés). La récitation d’incantations faisait aussi partie du remède. Tout cela peut s'expliquer par les croyances en une origine divine des maladies. Ainsi, l'apaisement des dieux était nécessaire pour soigner le malade.