La Russie est en 2024 la onzième économie mondiale selon le FMI et la Banque mondiale. L’économie russe reste marquée par son héritage soviétique, notamment par un rôle central de l’État, une dépendance forte aux ressources naturelles, un vieillissement démographique prononcé et une corruption endémique (la Russie se place sur 180 dans la liste de la perception de la corruption par pays en 2024, un chiffre en constante dégradation depuis 2020).

Depuis l’invasion de l’Ukraine en , l’économie russe a subi des transformations profondes, avec un renforcement de la centralisation étatique, une militarisation de l’économie, et des défis démographiques et institutionnels exacerbés.

Histoire économique De l’égalité initiale, en l’an mille, avec l’Europe, le produit intérieur brut par habitant russe n'a cessé de fléchir. Les Mongols rassemblés sous Gengis Khan ruinent son économie au . Les tsars fondent un empire reposant sur la puissance militaire et le féodalisme mais ne peuvent « rattraper » le retard pris sur l’Europe. Les efforts entrepris par Moscou ont permis à l’époque soviétique quelques rebonds au , vite retombés lors de la dislocation de l’URSS, le PIB par habitant russe n'atteignant que 50 % du PIB franco-allemand et 40 % du PIB américain au début du . De son passé soviétique, la Russie a hérité d’une industrie métallurgique lourde puissante et concurrentielle, d’un savoir-faire pointu dans les domaines de l’aéronautique, de l’armement et de l’énergie.

L'économie russe à la fin de l'époque impériale vignette|Ce diagramme montre le développement de la masse monétaire et l'inflation en Russie entre 1914 et 1917. Du fait de réformes tardives (le servage n'a été aboli qu'en 1861 par exemple), l'Empire russe a connu la révolution industrielle avec un décalage avec les autres pays européens. Son développement économique a toutefois été relativement rapide à partir des années 1880. .

La Première Guerre mondiale montre les faiblesses de cette économie qui ne parvient que très partiellement à passer en économie de guerre et qui voit l'inflation exploser.

La révolution russe et l'Union soviétique entre 1917 et 1960 La révolution russe de 1917 a conduit à l'instauration d'un nouvel État (l'Union soviétique) et à l'instauration d'un nouveau système économique, l'économie planifiée. Il a fallu pour cela vaincre la Contre-Révolution, organisée par les partisans du tsar, les Russes blancs, et l'intervention sur le sol russe des armées de pays hostiles au communisme (dont la France). Cette première transition économique, en plusieurs phases (le « communisme de guerre » jusqu'en 1921, le plan GOELRO et la « Nouvelle politique économique » ou NEP jusqu'en 1928, puis la collectivisation, bureaucratique en l'espèce, et la priorité donnée à l'industrie lourde) a été extrêmement coûteuse dans un premier temps sur le plan économique (recul du produit intérieur brut pendant les premières années du régime cependant suivi d'une croissance rapide lors de l'industrialisation) puis humains (millions de victimes de la collectivisation de l'agriculture sous Staline).

La mobilisation des ressources (niveau élevé d'investissement du fait des restrictions de la consommation, exode rural permettant le développement des industries) a ensuite permis un rattrapage économique et industriel certain : dans les années 1950-1970, l'URSS a alors rivalisé avec les États-Unis, notamment dans le domaine militaire, tout en gardant un retard notable en ce qui concerne le niveau de vie de la population. Le produit intérieur brut par habitat a cru pendant cette période.

L'Union soviétique entre 1960 et 1991 Cette croissance extensive étant par nature limitée (voir loi des rendements décroissants), la croissance soviétique a commencé à ralentir dans les années 1960, suscitant de nombreuses tentatives de réformes, sans remettre en cause le principe du rôle dirigeant du parti communiste et la propriété collective des moyens de productions. Le ralentissement s’est accentué des années 1970 au milieu des années 1980, il correspond à une tentative de passage à un régime d'accumulation intensive.

La perestroïka, engagée par Mikhaïl Gorbatchev, à partir de 1985 a constitué un tournant majeur. Les réformes économiques, censées initialement dynamiser l'économie sans modifier le régime, ont précipité l'éclatement de l'Union soviétique en et rendu possible le démantèlement du Système économique.

Le taux d’activité des femmes s’élève à 84 % en 1989, soit l’un des plus élevés au monde. Une certaine polarisation s'effectue toutefois entre les secteurs à domination masculine et féminine. Ainsi, en 1970, elles représentent 75 % du corps enseignant, des médecins et des dentistes, et 63 % des employés de bureaux.

Selon la Banque mondiale, le cœfficient de Gini — mesurant les inégalités— s’élevait en 1988 à 0,24 en URSS. En 1993, le chiffre est de 0,48 pour la Russie.

La Russie sous Eltsine : Une transition violente Deux modèles de transition La transition vers l'économie de marché est apparue inéluctable pour la fédération de Russie née fin 1991. Deux approches économistes s'opposaient vis-à-vis des modalités de cette transition : D'une part, les partisans d'une thérapie de choc, qui prônaient la libéralisation rapide des prix, du commerce, des flux de capitaux, des programmes de stabilisation de l'inflation et des privatisations rapides et massives. Cette école est représentée par l'économiste américain Jeffrey Sachs. D'autre part, les institutionnalistes ou « gradualistes », prônant une transition plus progressive, qui libéraliserait l'économie et privatiserait le secteur public qu'à mesure que les institutions étatiques (justice, autorité anti-corruption, conseil de la concurrence) nécessaires au bon fonctionnement des marchés se développeraient. Appuyés par les instances internationales (FMI, BERD, etc.), les partisans de la « thérapie de choc » (Jeffrey Sachs), l'emportèrent. À partir de 1992, la Russie privatise massivement, la thérapie de choc étant mise en œuvre de façon complète à partir de 1994: à cette époque, plus de 50 % du secteur public ( d'État) est privatiséeDavid Stuckler, Lawrence King, Martin McKee, « Mass privatisation and the post-communist mortality crisis: a cross-national analysis », The Lancet, 2009; 373: 399–407 (Published Online; January 15, 2009; DOI:10.1016/S0140-6736(09)60005-2. Compte-rendu dans The Financial Times: Andrew Jack, Soviet sell-offs led to deaths, says study, 15 janvier 2009. .

Conséquences de la thérapie de choc Dans un contexte de privatisations hâtives et d'inflation persistante, la transition s'est d'abord traduite par une quasi-division par deux du produit intérieur brut, ce qui a fait naître des controverses sur le rôle joué par le Fonds monétaire international (FMI)Joseph E. Stiglitz, La Grande Désillusion, 2002 .

Le chômage, qui s'élevait à moins de 0,1 % de la population active au début des années 1990, a grimpé à 0,8 % en 1992 et jusqu'à 7,5 % en 1994, quatre fois plus vite qu'en Biélorussie (0,5 % en 1992 et 2,1 % en 1994), qui a adopté une méthode plus graduelle de libéralisation.

Le niveau d’inégalité en Russie est devenu comparable à celui des sociétés latino-américaines. Des oligarques proches du clan Eltsine, comme Boris Berezovski se sont enrichis considérablement. Ceux qui ont bénéficié des largesses de l'État ont fait de gros efforts pour assurer la réélection du président.

Dans le même temps, souligne une étude comparative entre pays post-communistes du Lancet (2009), le taux de mortalité augmenta quatre fois plus vite en Russie qu'en Biélorussie. L'étude constate une corrélation entre les privatisations massives et rapides et l'augmentation du chômage, et entre celle-ci et l'augmentation des taux de mortalité. Elle attribue ainsi une augmentation de plus de 18 % de la mortalité en Russie attribuable aux privatisations massives (et au chômage conséquent, menant entre autres à un accès difficile aux soins, à l'augmentation de l'alcoolisme et de comportements alcooliques dangereux - ingestion de substances toxiques - ) ; tandis qu'en Biélorussie, l'augmentation du taux de mortalité attribuable aux privatisations, plus progressives, aurait été de 7,7 %. D'après l'Unicef, la proportion d'enfants russes vivant dans la pauvreté dépasse les 75 % en 1997.

La dépression économique a culminé avec la crise financière de 1998, marquée une dévaluation brutale du rouble et un défaut sur la dette russe (les GKO notamment). En raison de l'hyperinflation, 70 % des produits industriels et agricoles sont échangés sur la base du troc. Le PIB chute de 47 % en cinq ans et la population russe diminue d’un million et demi d’habitants.

Pour le prix Nobel d'économie Joseph E. Stiglitz, la thérapie de choc a été une grave erreur.

La reprise économique de la Russie sous Vladimir Poutine Durant ses deux premiers mandats, le gouvernement russe replace des secteurs économiques stratégiques accaparés par des oligarques, notamment les hydrocarbures, sous le contrôle de l'État. Il entreprend par ailleurs de réduire les dépenses sociales et d'instaurer une fiscalité favorable aux entreprises et aux hauts revenus. Un taux unique d'imposition sur le revenu (13 %) est mis en place en 2001, et un nouveau code du travail plus favorable au patronat est adopté en 2002. Les autorités ajoutent au système de retraite un système par capitalisation obligatoire ; 6 % des cotisations retraite sont ainsi dirigées non vers le financement des retraites en cours, mais vers des intermédiaires financiers ou des fonds de pension privés.

Entre 1999 et 2005, la Russie a connu une croissance économique moyenne supérieure à 6,7 %. Grâce aux prix de plus en plus élevés de l'énergie qui assure une rente en devise, la demande intérieure se développe rapidement et une croissance du PIB de l'ordre de 6 à 8 % par an se maintient jusqu'en 2008. En 2005, à la suite d'un mouvement de protestation sans précédent depuis le début des années 1990, le gouvernement est amené à introduire certaines réformes sociales, dont notamment le renforcement des allocations familiales. Grâce à une politique de rente pétrolière, le niveau de vie de la population russe s'améliore par rapport aux années 1990, mais le budget de l'État se situe dans une dépendance sévère du prix des matières premières. En 2014, pour disposer d'un budget en équilibre, le gouvernement doit profiter d'un prix du pétrole aux alentours des le baril. Toutefois, l'économiste Jacques Sapir estime que le rebond économique après la crise de 1998 est aussi dû à une politique volontariste (dévaluation, blocage des prix nominaux du transport et de l'énergie, efficacité croissante du contrôle des mouvements de capitaux) plus qu'à la hausse du prix des hydrocarburesJacques Sapir, La Démondialisation, Seuil, 2011, 55 et suivantes..