L’archibasilique Saint-Jean-de-Latran ( en italien) est l'église cathédrale de l'évêque de Rome, le pape.

Premier édifice monumental chrétien construit en Occident, à partir de 320, elle est l'une des quatre basiliques majeures de Rome, édifiée sur le mont Latran. Son titre exact est : archibasilique du Très-Saint-Sauveur-et-des-Saints-Jean-Baptiste-et-Jean-l’Évangéliste du Latran.

Tout comme le palais du Latran qui lui est contigu, elle est la propriété du Saint-Siège et bénéficie à ce titre du privilège d'extraterritorialité. Elle est considérée comme la « mère » en ancienneté et dignité de toutes les églises de Rome et du monde. Elle porte le titre, inscrit sur le fronton, de omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput, qui signifie : « mère et tête de toutes les Églises de la Ville et du monde ».

Première église à être publiquement consacrée — le par le pape Sylvestre — elle prit progressivement (à partir du ) le nom de basilique Saint-Jean par association à son important baptistère voisin, dédié à saint Jean Baptiste, le plus ancien de Rome. D'autre part, elle est aussi dédiée à saint Jean l'Évangéliste depuis le . Consacrée à l’origine au Très Saint Sauveur, puis dédiée à saint Jean Baptiste au et à saint Jean l’Évangéliste au ..

Pendant plus de dix siècles, les papes (évêques de Rome) résidèrent dans le palais du Latran voisin. Dans les murs de la basilique se réunirent plus de 250 conciles, dont les cinq conciles œcuméniques du Latran.

Ses immenses portes d'entrée en bronze proviennent de la Curie Julia, réinstallées là au milieu du .

Historique thumb|upright=1.4|Mosaïques de l'abside. La mosaïque centrale avait été réalisée par Jacopo Torriti et Jacopo da Camerino, qui y avaient inclus une image plus ancienne du Sauveur. L'actuelle n'est qu'une refonte réalisée par les mosaïstes de Léon XIII, qui n'ont réutilisé que les carreaux de mosaïque dorés du fond.

La basilique constantinienne Le lieu doit son nom à la demeure d'une grande famille de patriciens, les Laterani. Sur la colline du Latran, au début du , se trouvent les écuries de Maxence, où la cavalerie de cet empereur tenait garnison. Après la victoire de Constantin , celui-ci fait don du site à l'évêque de Rome, et les travaux sont lancés pour la construction d'un lieu de culte chrétien. Ce n'est pas un temple qui est alors construit, mais une basilique..

La basilique est consacrée sous le vocable de Basilique du Très-Saint-Sauveur en 324 (ou 319 selon d'autres sources) par le pape Sylvestre . Le bâtiment, long de , est alors la plus grande église chrétienne (Saint-Pierre, consacrée en 328, est beaucoup plus petite). Dès l'origine, est construit à proximité le palais épiscopal, où réside le pape. Au nord-ouest, derrière l'abside, a également été érigé un baptistère, dédié à saint Jean Baptiste, où une fois l'an, à Pâques, les néophytes reçoivent le baptême.

La basilique se caractérise par un plan rectangulaire simple divisé par des files de colonnes qui définissent quatre bas-côtés et une nef centrale plus large venant buter sur le transept, ce qui lui donne une forme de croix. Le tout (le vaisseau central et les bas-côtés) porte le nom de nef. Ce type de plan basilical, caractéristique de l'architecture paléochrétienne, s'inspire du modèle romain de la basilique civile. Les dix-neuf colonnes séparant la nef centrale étaient en marbre rouge, tandis que les vingt-et-une colonnes séparant les bas-côtés étaient en marbre vert. À l'entrée de la basilique, un vaste hall a pour avantage principal d'accueillir des foules nombreuses. La nef centrale, plus haute que les bas-côtés et couverte par un toit à double pente, se terminait par une abside semi-circulaire, décorée de mosaïques. Les bas-côtés étaient couverts d'un toit plat percé de baies en demi-lune. Le décor était constitué de peintures murales et de placages de marbre précieux et coloré. À Rome, cette physionomie de grande basilique antique s'observe à la basilique Sainte-Marie-Majeure, construite au et très bien conservée, à l'église Sainte-Sabine, elle aussi construite au et qu'une heureuse restauration moderne a débarrassé de la plupart de ses ajouts baroques, ainsi qu'à la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, reconstruite en respectant fidèlement la conception architecturale d'origine.

Difficile Moyen Âge thumb|left|150px|Baldaquin.|alt=

Ce monument a subi de nombreux outrages au cours des siècles. La basilique subit des dégâts lors des sacs de Rome, par Alaric en 410, puis Genséric en 455. À partir du , on commence à la désigner sous le nom de Saint-Jean, nom du baptistère voisin.

Un tremblement de terre la détruisit en l'an 896. Elle est alors entièrement restaurée par le pape Serge III au . Lorsqu'au début du débute l'aventure franciscaine, le pape voit en songe un petit homme en brun s'affairer à soutenir la basilique bien fragilisée : le lendemain, il reconnaît le petit homme de son songe dans François d'Assise venu lui présenter son projet de fondation d'un ordre mendiant.

Le magnifique cloître roman, avec des colonnes aux multiples formes, typique de l'art roman italien, et avec des décors d'opus sectile de pierres polychromes de style cosmatesque, est construit aux . L'abside du chœur de la basilique conserve également une superbe mosaïque et des marqueteries de marbre cosmatesques de cette période.

thumb|200px|Le plafond de la basilique.|alt= La basilique fut à nouveau très endommagée par un terrible incendie dans la nuit du sous le pape Clément V. Celui-ci lance les travaux de restauration terminés sous le règne de son successeur Jean XXII.

Elle fut encore endommagée par un séisme en 1349, puis par un autre incendie en 1361, et à nouveau restaurée par Urbain V qui confia les travaux à l'architecte Giovanni Stefani. C'est à cette époque que le plafond à caisson recouvre la charpente en bois.

Lors du retour des papes à Rome, avec Martin V en 1417, ceux-ci ne peuvent pas s’installer au Latran en trop piètre état. Le pape lance immédiatement une campagne de restauration. Il est enterré dans la basilique.

La renaissance : le grand remaniement L'édifice actuel est un grand remaniement du . En effet, à la suite de la construction de la basilique Saint-Pierre, la cathédrale du pape avait grand besoin de retrouver son lustre. La nef et l'aménagement intérieur sont dus à l'architecte Francesco Borromini, réalisation à la demande du pape Innocent X à l'occasion du Jubilé de 1650. L'architecte désirait reconstruire totalement : il lui fut imposé de préserver le plafond du . Son poids étant trop important pour les fines colonnes antiques, Borromini les réunit deux à deux et fit monumentaux. La façade extérieure, monumentale, est construite en travertin en 1735, par l'architecte Alessandro Galilei à la demande du pape Clément XII comme l'indique l'inscription sur le fronton (Clemens XII Pont Max anno V - Clement XII sous sa cinquième année pontificale). Celui-ci s'est très nettement inspiré de la façade de Saint-Pierre de Rome. Les portes centrales en bronze sont initialement les portes de la Curie romaine du Ier siècle. Elles sont déplacées du Forum au Latran, lors de cette restauration.

La période contemporaine La dernière restauration majeure date du pontificat de Léon XIII : le presbytérium étant trop petit, il fit déplacer l'abside d'une vingtaine de mètres vers l'ouest, ce qui impliquait de déposer et remonter la mosaïque monumentale du .

thumb|289x289px|Vue de l'abside.

Malgré toutes ces vicissitudes, les restaurations successives ont gardé à la basilique sa structure initiale. Sa taille actuelle correspond à peu de chose près à l'édifice de l'année 324 : les ajouts se limitent à la façade (et son atrium), aux chapelles latérales et à l'allongement du chœur. Son apparence n'est plus du tout constantinienne : seule la peinture de Filippo Gagliardi, représentant l'intérieur de l'église, peut donner une idée de l'intérieur avant 1650.

Elle fut, ainsi que le palais du Latran attenant, le siège de cinq conciles : Latran I (1123) ; Latran II (1139) ; Latran III (1179) ; Latran IV (1215) ; Latran V (1512).

Elle accueille les sépultures de trois papes : Martin V (+ 1431), Clément XII (+ 1740, inhumé à Saint-Jean-de-Latran en 1742) et Léon XIII (+ 1903, inhumé à Saint-Pierre de Rome puis à Saint-Jean-de-Latran en 1924).

Liens avec la France « Premiers et uniques chanoines honoraires »

thumb|Inscription sur la base de la statue d'Henri IV sous le portique du transept droit, mentionnant l'attribution du titre de chanoine d'honneur aux rois de France.|alt=

Les rois de France (1483-1830) En 1483, Louis XI fait donation de revenus en Languedoc et en Guyenne, dont ceux de l'abbaye de Clairac, à la basilique Saint-Jean-de-Latran pour permettre sa restauration. Les conflits de la papauté avec Charles VIII et avec Louis XII, puis l'essor du protestantisme dans la région, empêchaient de percevoir ces revenus.

Le , Henri IV confirme le chapitre dans ses droits et fait en sorte qu'il soit en mesure de percevoir les revenus de l'abbaye qui lui sont dus.

En contrepartie, le chapitre fait ériger une statue à l'effigie du roi dans la basilique Saint-Jean-de-Latran, réalisée par Nicolas Cordier. Il attribue au roi de France le titre de « premier et unique chanoine honoraire » du chapitre de la basilique. Il fait célébrer annuellement une messe pour la prospérité de la France le , jour anniversaire de la naissance d'Henri.

En 1729, Louis XV augmente les revenus du chapitre de deux prieurés dépendant de l'abbaye de Clairac. La Révolution française supprime ces droits en 1791. Louis XVIII manifeste sa bienveillance envers le chapitre et son successeur Charles X lui accorde en 1825 une indemnité annuelle de 24 000 francs, que Louis-Philippe abolit.

Les présidents de la République française (de 1849 à nos jours) Les traditions de la messe du et du titre de chanoine honoraire décerné au chef d'État français perdurent. Les présidents de la République française relèvent officieusement ce dernier privilège, à l'invitation du chapitre après leur élection, et entretiennent des rapports cordiaux voire protecteurs avec lui.

vignette|Vase offert au chapitre du Latran par le général de Gaulle.

République et Empire En 1849, sous Louis-Napoléon Bonaparte, la basilique est protégée des révolutionnaires par l'armée française, et les clefs sont confiées à l'ambassade de France à Rome. Devenu Napoléon III, et « entendant jouir des droits, privilèges, prérogatives et honneurs dont ont joui tous les souverains de la France », il restaure en 1863 l'indemnité au chapitre sous forme d'une rente et s'y fait représenter par un clerc.

République

L'indemnité est définitivement abolie en 1871 par la République, ainsi que le titre et la stalle.

Après la reprise des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, Aristide Briand fait verser au chapitre « un petit capital » en 1927, et un service funèbre solennel est encore célébré dans la basilique en 1932, après l'assassinat de Paul Doumer.

et République René Coty (1954-1959), dernier président de la République, visite officiellement le chapitre le et prononce un discours. Charles de Gaulle (1959-1969), premier président de la République, rencontre Pie XII à Rome en 1959, puis est « installé » au Latran en 1967. Georges Pompidou (1969-1974) accepte le titre sans venir à Rome. Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981) rend visite à Paul VI le et reçoit son canonicat d'honneur en 1978 sous Jean-Paul II. François Mitterrand (1981-1995) ne reçoit pas formellement son canonicat, tout en acceptant le titre de chanoine.. Jacques Chirac (1995-2007) vient prendre discrètement possession de sa stalle, à l'occasion de sa visite d'État à Jean-Paul II le .