Glenn Gould, né le à Toronto (Ontario) et mort le dans la même ville, est un pianiste, compositeur, écrivain, homme de radio et réalisateur canadien.
Il est connu pour ses interprétations pianistiques du répertoire baroque, en particulier pour deux enregistrements des Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach, l'un ouvrant sa carrière en 1955 et l'autre la concluant en 1981.
Célèbre pour son style analytique, très précis et chantant, ainsi qu'une certaine excentricitéBiographie de Glenn Gould sur le site de Radio Canada., Glenn Gould abandonne sa carrière de concertiste dès 1964 et ne se produira plus jamais en public afin de se consacrer aux enregistrements en studio et à la production d'émissions de radio pour Radio-Canada.
Ayant ainsi réalisé un nombre considérable d'enregistrements, il livre un riche héritage artistique unique dans le paysage musical qui l'amène à être considéré comme l'un des pianistes marquants du .
Biographie vignette|gauche|redresse|alt=photo : Gould et Guerrero|Glenn Gould et Alberto Guerrero vers 1945. vignette|gauche|redresse|alt=photo : Gould avec son chien|Glenn Gould chez lui, à Toronto, en février 1946, avec Nicky (Sir Nickolson of Garelocheed), son setter anglais, et Mozart, sa perruche. Origines familiales Glenn Herbert Gould, né Gold, 23 juillet 2019Glenn Gould n'officialisa jamais le changement de nom. Repris par Karol Beffa et Jacques Perry-Salkow, Anagrammes à quatre mains, Arles, Actes Sud, 2018, . Pour plus de détails, voir l'article wikipedia en anglais., est le fils de Russell Herbert Gold, violoniste amateur, et de Florence Grieg (lointaine parente du compositeur norvégien Edvard Grieg), pianiste, organiste et professeur de chant.. Il grandit au sein d’une famille presbytérienne aux origines anglaise, écossaise et norvégienne. En 1939, au début de la seconde Guerre mondiale, le nom Gold fut changé en Gould afin que la famille ne soit pas la cible d’attaques à caractère antisémite (bien qu'il n'ait aucune origine juive), alors en hausse à Toronto. Glenn Gould en plaisanta à plusieurs reprises en disant par exemple :
Formation On découvre que Glenn Gould a l'oreille absolue à trois ans, puis il montre des prédispositions précoces pour le piano étant capable de transposer, composer et improviserDictionnaire amoureux du piano, Olivier Bellamy, Éditions Plon, 2014.. Il apprend le piano avec sa mère jusqu'à l'âge de dix ans avant de rejoindre le Conservatoire royal de musique de Toronto afin d'étudier le piano auprès d'Alberto Guerrero (1943–52), l'orgue auprès de Frederick Silvester (1942–49) et la théorie musicale auprès de Leo Smith (1940–47). Il est organiste d'église à onze ans et donne son premier concert professionnel à l'orgue en . Il fait sa première apparition publique au piano avec orchestre en 1946 et son premier récital professionnel l'année suivante, enchaînant avec des apparitions à la radio (1950), la télévision (1952) et son premier enregistrement commercial en 1953. Pendant cette période, il compose dans un style alternant entre le romantisme tardif et le dodécaphonisme de Schönberg.
Carrière En , il donne ses premiers concerts aux États-Unis, à Washington (Musée d'art moderne) et New York dans des programmes originaux comprenant Gibbons, Sweelinck, Bach, le dernier Beethoven (Hammerklavier), Berg (Sonate) et Webern (Variations, op. 27). Il est immédiatement identifié par son jeu très personnel et ses choix de programmation, comme un iconoclaste ou en français comme « excentrique ».
Alexander Schneider, membre du Quatuor de Budapest, rencontre David Oppenheim, patron de Columbia Masterworks. Celui-ci, après avoir écouté un enregistrement de Dinu Lipatti, s'exclame : . Schneider qui avait entendu Gould à Washington, répond : il y en a un, . Il signe un contrat avec la firme CBS. Il a vingt-deux ans. Son premier disque des Variations Goldberg de dans les studios CBS de New York, publié en est acclamé tant par la critique que le public, et lui apporte la renommée internationaleDès la première année, il s'en vend . Karajan le réclame pour Berlin et Salzbourg et même Khrouchtchev veut l'entendre à Moscou. Cette interprétation d'une vélocité et d'une clarté de voix hors du commun et hors des modes de l'époque, contribue notablement à son succès. Resté une référence absolue, cet enregistrement fait toujours partie des meilleures ventes du catalogue CBS/Sony. Suivent vingt-cinq ans de collaboration fidèle entre Gould et le label discographique, même après sa décision de ne plus se produire en public.
De 1955 à 1964, il donne de nombreux concerts, essentiellement sur le continent nord-américain, avec les plus célèbres chefs et interprètes (Dimitri Mitropoulos, Leonard Bernstein, Yehudi Menuhin, entre autres). Lors de trois tournées entre 1957 et 1959, il se produit en récitals dans les grandes capitales en URSS, en Israël et en Europe de l'Ouest, notamment à Londres, à Stockholm, à Berlin sous la direction d'Herbert von Karajan et à Salzbourg avec MitropoulosGlenn Gould, the secret tapes, Sony 88637808092 (2010) (et l'Orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam).
À partir de 1961, il réduit ses apparitions publiques et ne prend aucun engagement au-delà de l'année 1964. En 1962, il fait part à son entourage de sa fatigue de devoir se produire devant des auditoires distraits, qui toussent ou attendent la fausse note. Sans tournée d'adieu ni annonce préalable, Gould donne son dernier concert au Wilshire Ebell Theater de Los Angeles le . Il interprète quatre fugues de L'Art de la Fugue, la partita de Bach, la sonate de Beethoven et la sonate d'Hindemith. Il quitte définitivement la scène à l'âge de pour se consacrer exclusivement aux médias électroniques : enregistrements en studio, réalisation d'émissions de radio et de télévision. Se succèdent, outre ses disques pour CBS, sept documentaires pour la CBC ou d'autres productions. Notamment les Chemins de la musique (1974, pour la télévision française avec le documentariste Bruno Monsaingeon et qui sera renommé ultérieurement Glenn Gould, l'alchimisteLors de la parution chez EMI/collection classic archive.), et une série de trois films intitulés Glenn Gould Plays Bach (1979–81). En , Gould publie un article dans High Fidelity Magazine, « L'enregistrement et ses perspectives » (), pour s'en expliquer.
C'est lors de la diffusion de 1974 des Chemins de la musique, en début de soirée sur les trois chaînes de télévision en grève, qu'en France, Gould se fait admettre au rang qui lui revient : .
En , il entame une nouvelle carrière de direction d'orchestre, en enregistrant le Siegfried Idyll de Richard Wagner. En septembre, paraît la nouvelle version de ses Variations Goldberg.
Derniers jours et postérité vignette|alt=photo : Gould sur son banc (bronze)|Statue de Glenn Gould devant le building CBC à Toronto. Le , après avoir ressenti de forts maux de tête, Glenn Gould est victime d'un accident vasculaire cérébral, qui paralyse le côté gauche de son corps. Il est hospitalisé à l'hôpital général de Toronto, où son état se détériore rapidement. Le , alors que les preuves cliniques attestent que Gould est cérébralement mort, son père demande que l'on débranche les appareils le maintenant artificiellement en vie.
Glenn Gould repose aux côtés de ses parents au cimetière Mount Pleasant de TorontoLigne 38, rangée 1088, terrain 1050 : Faq Glenn Gould : Where is Glenn Gould buried? Glenn Gould : findagrave.com. Les premières mesures des Variations Goldberg sont gravées sur la pierre tombalePhotographies de la tombe de Glenn Gould. Le personnel du cimetière est souvent sollicité par ses admirateurs afin de localiser sa tombe..
Style et répertoire thumb|right|alt=photo : chaise de G. Gould|Une réplique de la chaise, avec des pieds à hauteur variable, qui accompagna Gould toute sa vie durant. Glenn Gould a peu joué les romantiques et la musique impressionniste, pour se concentrer essentiellement sur la musique baroque, classique, le dernier romantisme et la musique austro-allemande du début du , avec quelques remarquables incursions dans la musique des virginalistes anglais et la musique canadienne contemporaine. Si Glenn Gould aimait peu Chopin, ainsi que les dernières œuvres de Mozart (« Mort trop tard », selon lui), il admirait en revanche la chanteuse britannique Petula Clark, à laquelle il consacra un article élogieux en 1964. Ces options sont liées à sa conception musicale dont il considère que l'essence se trouve dans le contrepoint.
Il acquiert sa réputation internationale grâce aux interprétations très originales des œuvres de Bach. Son jeu pratiquement dépourvu de legato, presque sans pédale, combiné aux réglages millimétrés de son piano fétiche, tendu à l'extrême pour gagner encore en rapidité, sont sa propre marque. Gould a particulièrement excellé dans l'interprétation des Variations Goldberg dont il a su mettre en valeur la dynamique, la vivacité, la profondeur de l'articulation logique des thèmes, qui fut à l'origine de sa renommée internationale et dont le toucher était si différent qu'il en était immédiatement reconnaissable entre tous (hormis son chantonnement célèbre et les craquements de son tabouret), et également beaucoup critiqué par certains. À cela s'ajoutaient une personnalité et une excentricité peu ordinaires. Le tout éclipsant, auprès du grand public, l'influence qu'a eue Rosalyn Tureck de 18 ans son aînée..
Marc VignalLarousse de la musique édition 1982, . résume d'un trait, l'homme : Notamment, au concert ou au disque, il chantonnait souvent en jouant, ce qui est perceptible sur certains enregistrements, comme dans son interprétation du Clavier bien tempéré ou des Variations Goldberg et particulièrement dans les films de Monsaingeon dans lesquels, outre son contre-chant vocal, il accompagne celui-ci de gestes de direction d'un orchestre imaginaire. Cela créait des difficultés pour les ingénieurs du son. Sa position au piano était très particulière : assis très bas, il se penchait très en avant vers son clavier, le visage au niveau des touchesCette caricature est évoquée dans les entretiens avec Cott : . Cela tenait à l'utilisation d'une seule et unique chaise pliante dont il avait scié les pieds et qui était ainsi bien plus basse qu'une banquette de piano. Cette chaise l'accompagnera sa vie durant. Même lorsqu’elle fut dans un état de délabrement total, il l'emporta partout où il devait jouer. Devenus les symboles de Glenn Gould, la chaise et le piano Steinway CD318 sont conservés et exposés de manière permanente depuis au Centre national des Arts d'OttawaLe piano fétiche CD 318 de Glenn Gould élit domicile permanent au Centre national des Arts communiqué de presse du 23 juin 2012 du Centre national des Arts d'Ottawa..
Dans ses comportements extra-musicaux on note que, quelle que fût la température, il portait toujours de nombreuses couches de vêtements et, très souvent, des couvre-chefs et des gants.
Instruments
Pianos utilisés : Chickering, Steinway & Sons et Yamaha Tout au long de sa carrière, Glenn Gould a recherché des instruments et des réglages lui permettant d'obtenir une sonorité particulière. Il souhaitait notamment disposer de pianos dont la sonorité s'approche de celle des clavecins. Il recherchait donc des instruments aux sons clairs.
Pendant longtemps, Glenn Gould entretient une relation particulière avec le piano de sa jeunesse, un Chickering de . Quatre années après l'avoir découvert chez un ami, il l'achète en et le conserve pour jouer chez lui. Toutefois, l'instrument est trop petit et n'a pas les qualités acoustiques suffisantes pour pouvoir être joué en concert ou enregistrement.