L’érosion du littoral, appelée aussi érosion côtière ou recul du trait de côte, est un phénomène d'origine naturelle et/ou anthropique, qui se produit en de nombreux endroits du monde (20 % du littoral français est concerné en 2024) et qui peut être critique pour certaines villes littorales, infrastructures, notamment dans les îles. Différents facteurs peuvent causer cette érosion non compensée par l'engraissement local : facteurs planétaires telles que la légère montée des océans et les phénomènes de rééquilibrage isostatique, et facteurs locaux qui déséquilibrent le bilan sédimentaire et la disponibilité de sédiments : conditions hydrodynamiquesType de côte (basse, ou haute, sableuse ou rocheuse…), configuration de la côte ou des fonds., courants marins, altération mécanique qui résulte de la pression des mouvements ondulatoires de l'eau (action des vagues et de la houle) particulièrement lors de grandes marées et de fortes tempêtes, suintements d'eau douce, ruissellement d'eau de pluie liée à la dénudation des surfaces favorisée par plusieurs facteurs anthropiques : artificialisation et imperméabilisation des solsNotamment l'urbanisation qui conquiert la frange littorale (littoralisation), le développement de l'agriculture intensive., circulation de véhiculesNotamment ceux liés aux stationnements et aux activités de loisir : vtt, quad…, surpiétinement des randonneurs, diminution des apports terrigènes en sable à la suite de la construction de nombreux barrages dans les bassins versants des cours d'eau ou de l'extraction de sables, installation d'ouvrages de protection qui perturbent le bilan sédimentaire, nettoyage excessif de la végétation qui participe à la fixation des solsDisparition à cause de ce nettoyage, de végétaux stabilisant les vasières, les plages, les dunes ou arrières-dunes., déforestation.…

On observe alors un recul du trait de côte, des couloirs de ravinement, l'abaissement des plages et des petits fonds, des dépôts de pente lorsque les roches sont globalement saines, ou des phénomènes plus ou moins spectaculaires lorsque les roches sont altérées : éboulements rocheux, glissements de matériaux ponctuels ou en masse, suivant la hauteur, la pente et la nature de la falaise.

Pour répondre aux besoins d'état des lieux et de prospective (face notamment au dérèglement climatique et à la montée de la mer), une cartographie () de l'évolution du trait de côte est en cours dans de nombreux pays, dont la FranceCartographie normalisée de l'évolution du trait de côte..

Le phénomène vignette|Diagramme illustrant le bilan sédimentaire des plages qui peut être équilibré (plages stables), excédentaire (accrétion des plages qui s'engraissent) ou déficitaire (érosion des plages qui dégraissent). vignette|Érosion d'East Cliff, West Bay - partie du littoral du Dorset et de l'est du Devon. Le chemin côtier a été détourné pour éviter les terrains dangereux. La mobilité des dunes, des estuaires et du trait de côte est naturelle. Elle résulte de l'action combinée des vagues, du vent, des courants et des flores fixatrices des sables et vases, là où elles existent.

L'érosion littorale est plus importante sur les substrats mous (sable). Les plages représentent environ 20 % du linéaire côtier mondial. On estime actuellement que 70 % de la longueur de ce linéaire est érodé, 20 % est stable, et 10 % seulement montre des signes d'élargissement (progradation du trait de côte par engraissement sédimentaire naturel des plagesLes matériaux (sable, galets) de cet engraissement ont des origines diverses : les cours d'eau qui sont les principaux pourvoyeurs de matériaux, l'érosion des falaises, les vents qui soufflent du continent, et l'avant-côte. Cf ., l'engraissement artificiel étant un épiphénomène)..

En France, en 2003, l'Institut français de l'environnement estime qu'un quart (24 %) du trait de côte métropolitain recule, quand un dixième gagne sur la mer, près de 50 % étant stable. Le reste (17 %) étant artificiellement figées (zones portuaires et digues) ou de côtes dont la dynamique n'est pas étudiée (5 %).. plus tard, selon le CEREMA, plus de sont menacés et 200 routes pourraient être coupées entre 2025 et 2050.. Le phénomène est particulièrement grave pour les îles, par exemple pour les îles Tuvalu menacées de disparition en France pour la Guadeloupe (où en 2024, la commune de Deshaies a décidé de s'y adapter, et où douze communes se proposent de travailler à une nouvelle législation et à des aménagements ad hoc..

Causes Elles sont nombreuses : La nature géologique de la côte. Par exemple, pour les falaises rocheuses dures (granite, gneiss), le recul moyen annuel est inférieure à ; pour les roches à côtes plus tendres (calcaire, schiste), il est de l'ordre de ; pour la craie et les roches sédimentaires du Tertiaire, de l'ordre de ; de pour les dépôts quaternaires ; de l'ordre de pour les falaises de roches meubles (molasse, flysch, argile à silex, sables, marnes, dépôts volcaniques meubles).. Pour les côtes à falaises, la valeur de ce recul est tributaire de la lithologie du rivage, mais aussi de l'exposition de la côte aux agents de la dynamique marine ; Le nettoyage des plages : en détruisant les laisses de mer qui servaient de nourriture aux micro-organismes vivant dans le sable, il élimine les cordons dunaires qui se forment à partir de ces laisses et qui constituent un frein à l'érosion naturelle ; Le réchauffement climatique, en augmentant le niveau de l'eau, et la force des aléas climatiques. Les aménagements portuaires ou de digues, ayant des effets parfois spectaculaires, souvent via des modifications des courants qu'ils induisent ; La diminution, voire la disparition dans certains cas, des apports sédimentaires à la côte, en raison de la construction de barrages, des programmes de canalisation et d'irrigation ; Les gravières sous-marines peuvent aussi avoir des effets différés en termes de mouvements de sédiments ; Des pompages ou drainages peuvent aussi indirectement modifier l'érosion de certaines falaises en y produisant des phénomènes de solifluxion ou des effets plus vifs du gel/dégel et des sécheresses (alternances de retraits et gonflements par exemple). Sur les plages, et face aux dunes, certains ouvrages de protection (épis par exemple) se sont eux-mêmes montrés capables de modifier les courants et surcreuser des plages ou des vasières plus en aval ; La destruction des mangroves est un des principaux facteurs de ce recul en zone tropicale. Localement des événements tels que les tsunamis peuvent emporter des portions entières de littoraux. vignette|La résidence du Signal, à Soulac-sur-Mer, est devenue le symbole de l'érosion du littoral et a participé à une prise de conscience du phénomène. thumb|Érosion le long d'une piste cyclable au sud de Brooklyn ().

Plus particulièrement, l'érosion des plages a des causes naturelles et anthropiques. Les principales causes naturelles sont la baisse des apports sédimentaires à la côte depuis la fin de la transgression marine holocène qui faisait remonter vers les rivages d'abondants stocks de sables sous-marins, aggravée par l'élévation actuelle du niveau marin en raison du réchauffement climatique (causes s'exerçant à l'échelle globale et sur de longues périodes de temps ), et les surcotes des marées de tempêtes (cause s'exerçant à l'échelle locale, sur de courtes périodes de temps ) dont les effets s'observent même sur des côtes non perturbées par l'homme). Les principales causes humaines sont l'anthropisation des fleuves (construction de digues et de barrages) et du littoral (urbanisation des cordons dunaires, bétonisation du littoral, extraction de sédiments, mise en place d'ouvrages littoraux , surfréquentation touristique…)..

Histoire, enjeux Jusqu'à l'ère industrielle, l'érosion marine était un phénomène essentiellement naturel et récurrent, plus ou moins équilibré par des zones d'engraissement (si les plages rétrécissent, les dunes reculent et les falaises se morcellent, des deltas avancent sur la mer… le trait de côte a toujours fluctué. Et à ce jour, Henri Le Cozannet, ingénieur au Bureau de recherches géologiques et minières..

L'urbanisation et l'industrialisation du littoral depuis ont changé la donne : Patrick Bazin, responsable du département Gestion patrimoniale au Conservatoire du littoral.. Yvonne Battiau-Queney, professeur émérite à l’Université de Lille et présidente de l’association de protection des littoraux EUCC-France.. Pour autant, les effets du réchauffement climatique sur les côtes ne peuvent être écartés, surtout dans l’avenirJournal Le Télégramme de Brest et de l'Ouest, , 22 août 2015.. Ainsi, 200 millions d'européens vivent aujourd'hui à moins de de la mer, et les zones littorales continuent globalement à se vouloir pour le tourisme et l'activité économique, en s'artificialisant. En France, de 2013 à 2050, selon l'INSEE, la population littorale pourrait encore croître de habitants pour passer à 8,7 millions, alors même que le GIEC prévoit une hausse de la mer de 0,43 m à 0,84 m avant 2100 (menaçant emplois)..

Méthode et indicateurs de position du trait de côte Le trait de côte représente la limite entre terre–mer et varie avec le temps selon les conditions et le contexte dynamique (érosion accrétion), de ce fait, la détermination de cette limite n’est pas toujours aussi facile et précise. Des indicateurs permettent d’estimer la position du trait de côte dans différents endroits des zones littorales comme les lignes des hautes et basses eaux, la ligne du haut de la falaise et la ligne du pied de la falaise.

La qui représente un concept simple d'érosion littorale liée à transgression marine est un outil de valeur, mais il se heurte à diverses difficultés d'application.

Méthode de relevé sur les côtes à falaises La méthode ne s'applique que pour les falaises directement exposées à l’action des vagues. Elle ne prend pas en compte la plateforme d'érosion qui est considérée comme une côte basse. La morphologie des falaises varie en fonction de la lithologie et la résistance des roches et selon l’intensité des processus d’érosion marine et aérienne. On distingue deux types de falaises : les falaises présentant une forte pente (>45°) et les falaises présentant une pente faible (<45° Fig.9 et Fig.10). Sur un secteur à falaise, quatre indicateurs peuvent être relevés : le pied de falaise (pour les falaises à faible pente) ; le haut de falaise ; la rupture de pente ; la limite d'extension de la végétation. Dans tous les cas, le relevé du haut de falaise est à privilégier..

Incertitudes et limite des méthodes de mesure La détermination du trait de côte n'est pas aussi simple qu'il n'y parait, en raison de la nature mouvante des dunes, de la végétation qui peut ponctuellement cacher certains phénomènes notamment, et au vu la limite des méthodes utilisées ( marge d’erreur lors du calage et géoréférencement des anciennes photos aériennes, difficulté de repérage des points de référence lors de géoréférencement, marges d'erreurs dans la numérisation du trait de côte sur les anciennes photos à prendre en compte dans la comparaison et le calcul de la distance de recul).

En France

vignette|Géomorphologie des côtes de France par région : caractéristiques dominantes du trait de côte et % d'érosion du linéaire côtier (chiffres en 1996)Chiffres tirés de la carte de la géomorphologie côtière par région, Le Moniteur , 23 août 1996.. vignette|Évolution du trait de côte des départements français selon le type de côte (donnée CEREMA, 2018)L'indicateur national de l’érosion côtière produit par le CEREMA est basé sur l'estimation du taux de recul par comparaison d'orthophotographies à deux dates éloignées de plusieurs décennies. Cf. ..

vignette|L'immeuble Signal à Soulac-sur-Mer, évacué en 2014, est devenu un symbole de l'érosion côtière..