Le château de Falaise dit château Guillaume-le-Conquérant est un ancien château fort, du , qui se dresse sur le territoire de la commune française de Falaise, dans le département du Calvados, en région Normandie. Le château où naquit le futur Conquérant et qui fut l'une de ses résidences principales est à la fois place forte, symbole du pouvoir princier et berceau de la dynastie anglo-normande.

Le château, propriété de la commune, est classé au titre des monuments historiques.

Localisation Le château est situé sur massif schisteux formant un éperon barré au sud-ouest de la ville de Falaise, dans le département français du Calvados, dominant la cluse de l'Ante qui sépare le promontoire étroit du château au sud, du mont Myrrah au nord.

Historique Moyen Âge Les premières traces de fortifications en pierre, partiellement appareillées en arête-de-poisson, datent du , ce qui fait du château de Falaise l'un des premiers châteaux normands en pierreLes dossiers d'archéologie, .. La datation du front Est au carbone 14, à l'occasion de fouilles réalisées en 2009, a en effet permis de révéler la construction d'une première enceinte maçonnée du début du , entre 1019 et 1023François Savatier, « Falaise, premier château normand en pierre ? », pourlascience.fr, consulté le 12 mai 2015., peut-être sous , mais plus vraisemblablement sous son fils, . Le chroniqueur Robert de Torigni mentionne au les tours et les murs construits par de Normandie en 960. L'utilisation de la pierre, matériaux onéreux, témoigne de l'importance stratégique de la place forte et du faste de la Normandie. Cependant, il est probable que le château ne disposait pas à cette époque d'un grand donjon, et seul le mur extérieur devait être maçonné. Généralement les bâtiments résidentiels et les dépendances sont bâtis en bois. Parfois on trouve l'emploi du solin de pierre, comme dans les bâtiments de la motte d'Olivet à Grimbosq.

En 1027, Robert le Libéral, alors comte d'Hiémois, entre en rébellion contre son frère et duc de Normandie , et s'enferme dans la forteresse. Le duc vint l'assiéger. Guillaume de Jumièges écrit dans la Gesta Normannorum ducum qu'il fit , preuve de la fortification du lieu. Peu de temps après le début des combats, Robert décide de se rendre et les deux frères se réconcilientGuillaume de Jumièges, Histoire des Normands, , ., mais Richard meurt peu après. C'est également en 1027-1028 que naît au château de Normandie, le futur Guillaume le Conquérant.. En 1042, le château, tenu par le vicomte d'Hiémois, Tustin Goz en rébellion, est assiégé avec succès par Raoul de Gacé fidèle de Guillaume le Bâtard..

, le fils cadet de Guillaume le Conquérant, en 1106, après la bataille de Tinchebray, se proclame roi d'Angleterre et duc de Normandie, et doit reconstruire la Normandie et ses châteaux afin de faire face à de nombreux ennemis, alliés à ses frères et entreprend une large campagne de renforcement des châteaux ducaux. À Falaise, il consolide l'enceinte de la ville et du château, et fait bâtir, dans la basse-cour du château une chapelle dédiée à saint Nicolas. En 2000, des fouilles menées dans la basse-cour, laisserait supposer qu'un logis fut aménagé le long du rempart nord. Le bâtiment connu dans les archives comme étant le logis vicomtal, aurait été construit en partie sous . Vers 1123-1125, ce dernier entreprend la construction d'un grand donjon-palais de plan quadrangulaireStéphane William Gondoin. Châteaux forts de Normandie. éditions OREP, 2006. Page 17. typique de l'architecture anglo-normande ( Tour de Londres).

Le premier étage est composé des pièces traditionnelles de l'habitat seigneurial médiéval : la Grande-Salle, pièce de réception (en latin aula), la chambre, pièce de vie privée (camera), la chapelle (capella)Claude Wenzler, Architecture du château fort, Ouest-France, Rennes, 1997, p. 11.. Dans les salles, on trouve des traces d'une cuisine et de lieux où étaient stockés les vivres en cas de siège. Ce donjon repose partiellement sur des murs maçonnés formellement identifiés comme appartenant à l'ancien donjon de l'époque de Guillaume le Conquérant.

Le petit-fils d', et ses fils investirent des sommes importantes dans l'entretien et l'amélioration du château, comme l'évoque les finances sur la réalisation de travaux sur les fortificationsMartin Aurell. L'Empire des Plantagenêt, 1154-1224. Tempus (collection), Perrin édition, Paris, 2004 (Ouvrage de référence sur et ses fils).. C'est qui dote l'enceinte de ses premières tours de flanquement, et qui dans la seconde moitié du , accole une nouvelle construction au grand donjon. Ce second donjon est également quadrangulaire, ses dimensions sont plus modestes, il agrandit l'espace habitable : c'est le petit donjon. On sait que le nouveau duc-roi passa Noël 1159 au château de Falaise en compagnie de sa femme, Aliénor d'Aquitaine, et de sa cour. Sa position à l'opposé de l'entrée du grand donjon en fait un ouvrage plus d'agrément que de défense. Selon Bernard Beck, c'est une fois la guerre de Cent Ans finie que le petit donjon a été percé de deux baies, mais aussi de canonnières..

Au , afin de réguler le flux de la rivière Marescot, on installe des écluses et des canaux, créant ainsi une vaste étendue d'eau au pied du rempart sud du château, et le système défensif est complété par des haies d'épineux, des palissades et des systèmes fossoyés.

Du au , , en guerre contre ses fils rebelles, assiège Dol et capturent des alliés bretons de ses fils, qu'il fait transférer au château de Falaise, qui devient alors « prison d'État »

En 1174, à la suite de la bataille d'Alnwick, Guillaume le Lion, roi d'Écosse, fait prisonnier par le roi d'Angleterre est incarcéré à Falaise., en . C'est à Falaise que Jean sans Terre emprisonnera son neveu Arthur de Bretagne

Enfin, le troisième donjon fut bâti en 1207. par le roi de France Philippe Auguste, à la suite de l'annexion du duché de Normandie au domaine royal par son arméeRoger Jouet, … Et la Normandie devint française. éditions OREP, 2004.. Philippe Auguste avait pu s'emparer du château à la suite de la défection de Louvrecaire, un chef de mercenaires gascons, en 1204, après un siège de huit jours seulement. Après avoir reconstruit les bâtiments détruits lors du siège, il applique les principes d'architecture défensive en vogue à travers le royaume, et fait compléter la forteresse d'un nouveau donjon, comme il l'avait fait à Gisors, Verneuil (tour Grise), Vernon, Lillebonne, Caen. Accolée au petit donjon, c'est une grosse tour de plan circulaire, la tour Talbot, à vocation uniquement défensive, qui est construite selon les prescriptions des ingénieurs militaires du roi de France, reprenant les principes de l'architecture castrale philippienne.

Lors de la guerre de Cent Ans, le , le roi d'Angleterre, , entame le siège de la place défendue par deux capitaines, Olivier de Mauny dans la ville qui résiste six semaines et Gilbert de la Fayette dans la forteresse, qui à bout de ressources est contraint de capituler après un peu plus de trois mois. ().

Vers 1430-1440, les Anglais renforcent la courtine est, la plus vulnérable. En 1433, une des latrines en bois du château est pourrie et remplacée. En 1450, La place subit un second siège lors de la campagne de Normandie.

Lors des guerres de Religion, la forteresse est disputée entre Montgomery et le maréchal de Matignon, et est prise en 1590 par les ligueurs.

Du Le château, abandonné au , sert de carrière de pierre. Les étages supérieurs du donjon sont détruits. De 1809 à 1944, le collège de Falaise s'établit entre les murs du château. Entre-temps il est classé au titre des monuments historiques en 1840. L'architecte, Victor Ruprich-Robert, disciple de Viollet-le-Duc, entame, à partir de 1864, une campagne de restauration qui sauve les donjons de la ruine. Les donjons furent peu touchés par les bombardements alliés lors des combats de la poche de Falaise qui ont rasé les bâtiments modernes, mais également la chapelle romane Saint-Nicolas qui se trouvait au centre de l'esplanade.

Le château aux vignette|Vue sur le donjon du château. On distingue facilement l'avant-corps en béton construit entre 1987 et 1997. Entre 1987 et 1997 des rénovations ont été entreprises pour améliorer l'accessibilité touristique du site et lui rendre une allure correspondante aux gravures du . Bruno Decaris, architecte en chef des monuments historiques du Calvados, est alors chargé de l'opération. Un avant-corps en béton armé vernis et acier a ainsi été ajouté à l'avant du donjon, qui abrite un escalier et une réplique de pont-levis. Des rénovations ont également été réalisées dans les intérieurs.. Il occupe la même surface au sol, que le bâtiment originel.

Cette reconstruction fut controversée. En accord avec la charte de Venise, l'utilisation de tels matériaux pour restaurer un château médiéval vise à informer le visiteur de l'actualité de la réalisationCharte de Venise, art. 9, en matière de restauration, « tout travail de complément reconnu indispensable pour raisons esthétiques ou techniques relève de la composition architecturale et portera la marque de notre temps ». À l'issue des recours judiciaires liés à cette restauration, Bruno Decaris est condamné à d'amende par le tribunal correctionnel de Caen, en 2005, pour une erreur administrative liée à une infraction au code de l'urbanisme..

Depuis la fin des années 2000, l'enceinte castrale a été restaurée de façon à rendre au château son aspect défensifRestauration des remparts du château Guillaume-le-Conquérant - Falaise 2007-2011..

vignette|Tablette « HistoPad ». En , le château s’est doté d’une nouvelle scénographie, axée notamment sur les nouvelles technologies. Les visiteurs peuvent découvrir l’intérieur du château, tel qu’il était probablement au , grâce à des tablettes numériques tactiles nommées « HistoPad ». Il suffit de tourner sur soi-même pour que l’architecture médiévale se superpose à l’aspect actuel.. Le château s'est aussi équipé de lunettes stéréoscopiques « HistoCam », permettant de découvrir, dans le même angle de vue, une représentation en relief de la basse-cour du château..

Description

On retrouve les premières traces de fortifications datant du sur le front est de l'enceinte castrale. Dans leur ensemble, les éléments visibles aujourd'hui datent principalement des , . Ces différentes phases de construction sont clairement identifiables, chaque époque ayant vu l'érection d'un donjon.

Le grand donjon quadrangulaire

Le grand donjon quadrangulaire est le premier et le plus grand. Il correspond à la principale phase de construction. Long de , large de , le donjon, haut de , a des murs de d'épaisseur en petit appareil assez irrégulier et de solides contreforts plats à double ressaut, comme aux châteaux de Castle Rising ou de Norwich, en appareil moyen bien ajusté et en pierres plus blanches.

L'à-pic naturel de l'éperon permettait de bloquer l'accès à la fortification et contribuait à la défense de l'édifice. Il est divisé en deux par un mur de refend épais de . L'unique accès au donjon est aménagé pour en rendre l'accès très difficile : il est placé très haut, sur le flanc oriental, et protégé par un châtelet d'entrée qui contient la cage d'escalier et un imposant avant-corps. L'étage inférieur abrite les celliers, les saloirs, la citerne de récupération des eaux de pluie et un puits. L'étage supérieur, avec un cordon mouluré qui court tout autour du donjon et s'éclaire par cinq baies romanes géminées restaurées dont les colonnettes sont ornées de chapiteaux sculptés, comprend les appartements, avec dans l'angle nord-est, une pièce appelée « chambre d'Arlette » et une chapelle palatiale, dédiée à saint Prix., à deux étages au sud-est, dans un saillant du mur.