L'« islamofascisme » (auquel il est également fait référence sous les termes « nazislamisme »Ivan Rioufol, La fracture identitaire, Fayard, 2007, conclusions.., « fascisme islamique », « fascisme vert », « fascislamisme ».) est un néologisme popularisé par les néoconservateurs américains au cours des années 1990. Ce mot est un terme controversé, qui fait référence , similaire à celle des The New Oxford American Dictionary, Second Edition, Erin McKean (Editor), Oxford University Press, mai 2005 (cité dans l'ouvrage de )..

Pour le politologue Jean-Yves Camus, le terme « nazislamisme », comme celui d'« islamo-fascisme » est dénué de , et a un caractère purement polémique..

Apparition du néologisme L'expression (sous la forme ) est employée pour la première fois en 1933 par un journaliste indien , alors âgé de 21 ans, dans une attaque contre Mohamed Iqbal, partisan de la création du Pakistan. Selon lui, l'idée d'un Pakistan indépendant relevait d'une forme de « fascisme islamique »"Western Representastions of Fascist Influences on Islamist Thought" in Görlach et al., Cultural Transfers in Dispute: Representations in Asia, Europe and the Arab World since the Middle Ages, Campus Verlag, 2011, ..

L'introduction du concept (sous l'expression de ) est attribuée à Manfred Halpern dans son livre The Politics of Social Change in the Middle East and North Africa publié en 1963 et dans lequel il développe l'idée que les changements sociétaux et l'urbanisation croissante dans les pays musulmans mêlée à un rejet des biens matériels pourrait pousser à une nouvelle forme de et à un totalitarisme de la pensée.

En France, l'historien Maxime Rodinson, publie en 1978 trois articles dans le journal Le Monde dans lesquels il s'inquiète de l'apparition d'un intégrisme musulman. Selon Janet Afary et , Rodinson avance qu'à la suite des assauts successifs des croisés, des Mongols, des Turcs et de l'impérialisme occidental, les masses populaires ont considéré que leurs élites, liées aux étrangers, étaient dépourvues de piété traditionnelle. Le nationalisme et le socialisme importés d'Occident ont été reformulés en termes religieux, et un processus d'islamisation politique visant à imposer un ordre moral et social totalitaire assuré par l'État prend naissance dans les sociétés musulmanes.

En 1990, l'écrivaine Malise Ruthven et Christopher Hitchens popularisent le terme. Mais la véritable paternité du concept d'« islamo-fascisme » revient au philosophe tunisien Mezri Haddad. En effet, selon l’écrivain et professeur de littérature française à l’université catholique de Louvain Vincent Engel, « le terme est apparu dans les années 1990 dans la foulée du doctorat d’un universitaire tunisien, Mezri Haddad, qui dénonçait déjà en 1989 les dérives de l’idéologie islamiste ».

Après les attentats du 11 septembre 2001, le terme a été utilisé pour la première fois par le journaliste Stephen Schwartz qui décrit l'« islamofascisme » comme l'usage de la foi en l'Islam pour couvrir une idéologie totalitaire.

Concept Selon Malise Ruthven, qui soutient le concept, l'islamo-fascisme traduit le fait que le monde musulman et les sociétés islamiques présenteraient des difficultés particulières à institutionnaliser la diversité politique et qu'en conséquence ils se réfugieraient dans des gouvernements autoritaires où, depuis le Maroc jusqu'au Pakistan, le . Michel Onfray cite la révolution iranienne et le régime de Khomeini comme exemple d'émergence d'un en Iran..

Selon Nicolas Lebourg, qui rejette le concept, ce dernier postule que l’islamisme serait un organicisme, comme les extrêmes droites européennes. Il en présente l'apparition dans les années 1990, après que les historiens spécialistes des fascismes ont étudié l’imbrication des notions de religion politique et de totalitarismeNicolas Lebourg, «Islamo-fascisme»: après avoir mal interprété l'antisémitisme, la gauche française comprend de travers l'islam radical, Slate.fr, février 2015..

Origine du lien entre l'islamisme et le fascisme

Pour les défenseurs du concept, les liens entre le nazisme et l'islamisme se sont noués dans le contexte de la politique étrangère du Troisième Reich avec le Moyen-Orient.

Pour l'historien Jeffrey Herf, les fondements de l'influence fasciste sur l'islamisme ont pour origine la propagande nazie dont le monde arabe fut la cible durant la Seconde Guerre mondiale. Pour Bassam Tibi, l'islamofascisme, qui est une réalité, est un dévoiement de l'islam dû à un comme le montre l'inexistence dans la tradition islamique de notions propres au totalitarisme islamiste telles qu'« État islamique » ou « Système islamique ».

droite|vignette|Couverture du livre Nazis, Islamists and the Making of the Modern Middle East.

Selon l'essayiste Matthias Küntzel, Matthias Küntzel, The Continuing Nazi Influence on Arab Attitudes, interview pour Israel National News, 10 novembre 2013..

Dans un livre poussant la thèse islamofasciste à l'extrême et basé sur des « recherches nouvelles dans les archives européennes, américaines et moyen-orientales, pour la plupart jamais discutées »Couverture de l'ouvrage sur le site des Yale University Press., les historiens Barry Rubin et Wolfgang G. Schwanitz avancent que le mufti de Jérusalem, aurait été l', que les Nazis auraient promu tant l'islamisme que le jihad et que cette alliance « nazislamiste » serait la base de la situation au Moyen-Orient aujourd'hui, Did Zionism Cause the Holocaust? A New Biography Says Yes., Tabletmag, 3 février 2014..

Selon David Mikics, professeur d'anglais au New College of Florida, cette thèse est et cache un au vu du matériel sur lequel elle s'appuie.

Pour le politologue franco-libanais Gilbert Achcar, ces liens relèvent plus du fait que le mufti de Jérusalem a occupé une place centrale dans la propagande israélienne que de leur réalité. Ils visent à et à Les Arabes et la Shoah. La guerre israélo-arabe des récits, Gilbert Achcar, Sinbad, Actes Sud, 2009, . Joseph Simon Görlach partage cette analyse. Il souligne que l'abondante littérature liant le Mutfi au nazisme existait déjà avant 2001, dans le but de légitimer Israël face aux aspirations nationalistes palestiniennes mais qu'elle a connu un regain de popularité après 2001 dans la recherche d'arguments démontrant l'influence du nazisme sur les mouvements islamistes.

Pertinence du concept Dans le monde académique, parmi les commentateurs du concept, la profondeur et l'origine des liens entre l'islamisme et le fascisme sont controversées.

La philosophe et sociologue algérienne Marieme Helie Lucas note que si , il convient de pointer ce que l'islamisme et le fascisme ont en commun par exemple le mythe des origines aryennes du nazisme ou le passé glorieux de la Rome antique pour le fascisme italien, à mettre en comparaison avec le prétendu des intégristes, ce qui légitime aux yeux de ces derniers le droit d'éliminer une partie de la population (les Juifs, les Tsiganes ou encore les homosexuels pour les premiers, les « mécréants » pour les seconds). Elle note aussi que le fascisme comme l'islamisme s'accommodent du capitalisme, ce qui expliquerait selon elle la tolérance des gouvernements occidentaux à l'égard de cette idéologieMarieme Helie Lucas, interviewée par Marc Weitzmann, « Ce qui était visé est la place des femmes en Europe », Le Magazine littéraire , avril 2016, p. 86-89..

L'historien Nicolas Lebourg écrit : Interviewé par .. Nicolas Lebourg affirme que la notion d'islamofascisme est ..

Pour l'historien Marc Crapez, . Il estime également que si .

Pour le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste des groupes radicaux islamistes, le terme « nazislamisme », comme celui d'« islamo-fascisme » est « dénué de pertinence scientifique », et a un caractère purement polémique. Selon lui, il manque à l'islamisme , chapitre 6 : The European Extreme Right and Religious Extremism, section : Is Islamism a Fascism ?. Le fascisme est une idéologie de l'homme nouveau, alors que l'islamisme veut le retour à un âge d'or ; le fascisme a une image positive de la modernité (les néofascistes italiens de CasaPound se réclament du turbofascisme), alors que l'islamisme est du côté du fixisme. Le fascisme a le culte de l'État total, là où l'islamisme s'accommode très bien de l'État faible . L'idéologie islamiste ne prône ni une économie d'État, ni une hostilité à l'économie de marché, elle n'est pas anticonservatrice, comme dans la définition du totalitarisme de Stanley Payne. Elle ne met pas non plus en valeur une renaissance nationale sur des bases ethniques selon la définition de Roger GriffinJean-Yves Camus, The European Extreme Right and Religious Extremism in Varieties of Right-Wing Extremism in Europe, Routledge, 2013, chapitre 6 : The European Extreme Right and Religious Extremism, section Is Islamism a Fascism ?.. Jean-Yves Camus relève cependant des similitudes avec : , chapitre : Is Islamism a Fascism? Can Islamism be an ally?.

L'historien spécialiste de l’antisémitisme Georges Bensoussan pense que le terme « islamo-fasciste » n'est pas adapté pour qualifier l'État islamique, car le fascisme est un concept européen qui ne rend pas compte de l'aspect complètement étranger de Daech ; mais reconnait que l'idéologie totalitaire est un trait commun à la Gestapo et à l'État islamiqueGeorges Bensoussan, « Les troublantes révélations issues des dossiers nazis sur le profil des membres de la Gestapo et leur destin après la deuxième guerre mondiale », Atlantico, 27 septembre 2015..

Pour François-Bernard Huyghe , le terme d'« islamofascisme » n'est pas pertinent et nie : ..

Pour Stefan Durand, si . Selon lui, la notion d'islamofascisme n'est qu'un amalgame qui a pour but de recycler la en en regroupant des organisations aussi différentes que .Stefan Durand, Le fascisme vert n'existe pas, Manière de voir, avril 2014..

Henry Laurens renvoie dos à dos la lutte contre un islamofascisme et un anti-impérialisme, les deux naissant de moments historiques sacralisés différents : . Si, pour l'auteur, le fascisme est mal connu des musulmans et que ceux-ci ont , ils ont intégré l'idée d'antifascisme et préfèrent se référer à l'impérialisme et la colonisation. Pour résumer, .

Usages médiatiques, politiques et littéraires Des personnalités médiatiques (philosophes, essayistes, journalistes, hommes politiques) ont utilisé les termes d'islamofascisme ou de nazislamisme ou encore d'islamo-nazisme, ou les ont commentés.

En , douze intellectuels (parmi lesquels figurent notamment Bernard-Henri Lévy, Caroline Fourest ou encore Salman Rushdie) signent collectivement une tribune dans laquelle ils estiment qu'.. Le philosophe Luc Ferry s'interroge sur les origines de la haine de Daesh et de la cruauté de ses membres. Il y voit des racines « islamo-fascistes »

Politiciens De nombreux politiciens ont fait également usage de ce mot ou de ces concepts.

Dans les jours qui suivent les attentats du 11 septembre 2001, l'homme politique français Alain Madelin évoque le fascisme islamique - publié dans le Figaro du 19 septembre 2001.

Le philosophe Luc Ferry, le député PS Malek Boutih. et le journaliste Franz-Olivier Giesbert parlent, .

En , le député UMP Bruno Retailleau. l'avait également utilisé pour condamner les actions de l'État islamique (Daech).

En , après les attentats islamistes commis en région parisienne, plusieurs personnalités, à l'instar du philosophe tunisien Mezri HaddadMezri Haddad, « Ces scènes de guerre étaient hélas prévisibles ! », Le Figaro, samedi 10 / dimanche 11 janvier 2015, p. 16. et du député EELV Noël Mamère. emploient le terme « islamofascisme » pour qualifier l'idéologie des terroristes. Réagissant à la prise d'otages du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes, Robert Badinter évoque la France Info : un monde d’idées : .